‹ Le coffret ou Le trésor enfoui [microforme]Chapitre 44 sur 65 · M RE · texte numérisé non relu

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ribles paroles:

‘“‘Pauperes spiritu, ADSUM !”

Stupéfaits, ils regardaient Valdu se relever lentement et reprendre son siège. Celui-ci, profitant de cette émotion qui fayorisait ses vues, reprit avec gravité.

— “Je vous connaissais déjà, Messieurs; mon maître m'a fait voir vos portraits dans le miroir magique où se reflètent les figures aussi bien que les actions des hommes. Je suis député vers vous pour vous aider et diriger dans vos recherches du COFFRET !”

À ces paroles, nos trois compères se regardèrent avec satisfaction, sans oser, toutefois, interrompre le sorciervisiteur. Creusot avait tiré son portefeuille et consulté l’écrit qui contenait les paroles sacramentelles. Il eut un moment de doute, car ces paroles n’é6taient pas tout-à-fait semblables à celles qu’il venait d’entendre prononcer.

— “Si M. Baptiste, puisque vous exigez que l’on vous nomme si familièrement, si M. Baptiste veut bien me pardonner mon interruption, nous aimerions à entendre «une seconde fois des paroles qui ont pour nous une valeur bien grande.”

—. “Volontiers, M. le Maire,

‘“Pauperes spiritu, ADSUM!”

Et Creusot suivait des yeux sur son petit papier les mots qu’il y avait tra-

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cés lui-même, de mémoire: ‘“Pauvresse iras-tu à cet homme.”

—Pardon encore une fois, M. Baptiste, mais il me semble que ce ne sont pas là les paroles qui devaient nous annoncer la présence de l’envoyé que nous attendions. Je les avais écrites sur ce papier, et...”

— “Faites voir, je vous prie,” dit Valdu.

Et il lut la phrase si spirituelle copiée de mémoire par Creusot. Un léger rictus contracta les lèvres du pseudosorcier, et quelque chose comme un agacement de toux le saisit au gosier ; mais renrenant sordainement son rôle,

— ‘“‘En effet, dit-il, je vois ici une grande similituñe de consonnances, avec certaînes déviations, néanmoins, dn sens réel des paroles ane jai été chargé de prononcer devant vous. L’erreur, mon cher M, le Maire. vient de ce ane, je supnose, vous n'avez pas l’habitvde d'écrire le latin sons dictée.

Au reste, Messieurs, je ne snis que l’obéissant esrlave de celni qui m’envoie, et comme il le vous disait lui-même, lors de votre solennelle et mystérieuse entrevue, il en estencore temps, Messieurs, vous pouvez vous retirer et ne pas pousser plus loin votre dangerance euriosité.”?

Et Valdu. la fizure allongée, les veux fixés au plafond de la salle, laissait tomber une à une ces paroles qui rap-

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pelaient à ses auditeurs celles à peu près identiques qu'ils avaient entendues de la bouche même du grand sorcier.

— ‘Ah! Monsieur Baptiste, s’écrièrent-t-ils tous à la fois, nous sommes satisfaits; nous vous reconnaissons pour l’envoyé de cet homme puissant que nous sommes allés consulter à Montréal. Nous vous écoutons avec le respect qui vous est dû. Que faut-il faire?

- “Ce qu'il faut faire, Messieurs? Il faut vous taire, il faut me donner toute votre confiance, m'obéir en tout, en TOUT, comprenez-vous ?

— “Oui, oui.”

— “Eh bien, pour commencer, voici les premières mesures à prendre : je désire ne pas être interrompu, et comme nos rôles changent dès ce moment, vous ne vous formaliserez pas si, dorénavant, et pour me conformer aux ordres que j'ai reçus du grand sorcier, ce ne sont plus des recommandations que je vous fais, mais des ordres que je donne. Est-ce bien entendu?

— “Oui, oui, oui, répétèrent l’un après l’autre les trois amis qui commençaient à avoir un peu la fièvre.”

‘Alors, écoutez, et surtout, pas d’interruption. Je parle, et vous obéissez; là se borne toute l'affaire.

“Vous allez trouver neuf de vos amis de la Paroisse, vous les choisirez par-

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mi les plus riches; vous vous formerez en une association pour la déconuverte du trésor. Ne soyez pas inquiets de ce grand nombre d'élus, le Coffret contient la fortune de plus de cent personnes. Demain soir vous les réunirez ici; je vous donnerai alors mes ordres, et vous dirai les conditions rigoureuses que j'exige de chaque associé appelé à partager ces richesses immenses, car elles le sont. Je me contenterai seulement, pour ce soir, de vous dire que chaque associé devra donner à souper à ses confrères, chacun à tour de rôle; ce sera ainsi tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre. Ces repas devront être abondrnts, et dans cette saison de l’année, rien n’est plus facile que de se procurer des provisions de toute espèce. Les reliquats, reliefs ou restes de chacun de ces repas m'’'appartiendront à moi, à moi seul. Je les destine aux pauvres, car il faut faire la charité, Messieurs, la charité est une vertu divine, ne l’oubliez pas.

“Et maintenant, vous allez vous retirer; je vous ordonne de ne parler de ceci à personne, de ne pas même vous en entretenir les uns les autres que pour les besoins de l’association.

Allez, et que demain soir, les douze associés se trouvent ici même, chez M.

Creusot, qui aura l’honneur &e fournir le premier grand repas officiel, A tout seigneur, tout honneur. Allez.”

Rennes -*

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