‹ Le coin de feu d'un hollandaise; ou, Les colons de New-York avant l'Indépendance. Roman américain, traduit de Paulding par le traducteur de La France et l'Italie, de Lady MorganChapitre 14 sur 41 · CHAPITRE XIIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIÏ

TiPs Mobawks.

La conversation précédente fut interrompue par un léger coup frappé sur la porte que l'on ouvrit immédiatement, et Sybrandt vit entrer avec autant de surprise que d'effroi les mêmes hommes qui avaient été sur le point de le massacrer à la loge, et dont le chef s'était tué en tombant sur son couteau. Ils entrèrent , conduits par un autre chef dans la salle où l'étranger et

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Sybrandt étaient assis. Le premier les reçut avec courtoisie et leur fit signe de s'asseoir. Ils obéirent et restèrent sans parler, mais ils lançaient des regards sinistres sur le jeune homme.

(1 Mes enfans viennent en amis,» dit l'étranger.

«Les hommes rouges aiment toujours leur père , » répondit le chef, « mais ils viennent lui dire qu'il a un serpent dans son wigwam , et qu'ils doivent tuer ce serpent après lui avoir arraché les dents. »

L'étranger tressaillit, et, se tournant vers Sybrandt, lui dit: «Quelle imprudence j'ai commise ! j'aurais dû vous laisser partir aussitôt que vous avez été en état de voyager. Mais ne craignez rien ; je vous garantis qu'il ne tombera pas un seul cheveu de votre tête tant que la mienne sera sur mes épaules. » Et s'adressant alors au chef, il lui dit :

« Je t'ai compris. » — « C'est bien , » dit celuici. — « Demain je m'occuperai de cette affaire.» — a Le jeune serpent doit nous être livré ce soir. J'ai promis à la mère et à la femme de Paskingo que demain au lever du soleil elles chanteraient le chant de joie, L'Indien ne peut mentir.»

cf Celui que vous demandez est mon ami. » — « Il ne peut être l'ami de notre père blanc , et

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l'ennemi de ses enfans rouge.'. » — « Il a tue Paskingo en défendant sa propre vie. Paskingo el ses gens étaient furieux. » — « Qui les avait rendus furieux? le jeune serpent et son eau de feu. INous voulons qu'il vienne avec nous. »

a II n'ira point. Je ne veux pas le livrer. »

« Alors vous n'êtes plus notre père. Votre parole est comme celle des autres hommes blancs. Les blancs ne sont jamais du parti des rouges contre un des leurs. »

« Rchlez jusqu'à deniain, » dit l'étranger, qui paraissait dans une grande perplexité ; « restez jusqu'à demain , je vous promets que vous vous en irez satisfaits. »

a C'est bon,» dit le chef, « mais le jeune serpent restera -t -il aussi?» — «Il restera; il ne s'enfuira pas comme un daim.» — «C'est bon , » reprit l'Indien , et ils allumèrent leurs pipes et fuQièrent pendant quelque temps en silence.

Ce colloque s'était tenu en langage mohawk ; mais Sybrandt en avait aisément compris le sujet, et ses sensations pendant ce temps n'étaient rien moins qu'agréables. Il resta cependant parfailement passif, sentant bien que son intervention n'aurait fait qu'aigrir les choses.

Enfin ils achevèrent de fumer leurs pipes, et le chef dit au maître du logis :

« Pouvons-nous passer la nuit dans le wigwam de notre père? y — « Le jeune homme blanc serat-il en sûreté jusqu'à demain? » — «Oui; pourvu qu'il ne cherche pas à se sauver. «

Sans ajouter un mot l'étranger conduisit les Indiens dans une chambre de l'étage supérieur, où ils s'étendirent à terre et tombèrent bientôt <lans ce sommeil profond et paisible , l'un des attributs caractéristiques de leur race.

Quand ils furent seuls , Svbrandt et son hôte «urent ensemble une vive discussion. Le dernier proposait au jeune voyageur de favoriser sa fuite cette nuit, en lui fournissant un guide et un canot, et en retenant les sauvages dans la chamlire où ils étaient, assez long-temps pour qu'il h'ur fût impossible de le rattraper.

« Et quelles seront les conséquences de cette mesure? » dit Sybrandt « Les sauvages ne vous pardonneront jamais. Us deviendront vos ennemis ; et s'ils ne massacraient pas vous , votre femme et vos enfans. vous perdriez du moins tout votre crédit sur eux. Non , monsieur , le plan généreux que vous suivez avec tant de persévérance ne sera point renversé pour l'amour de

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moi. Je resterai , quoi qu'il puisse arriver. »

«Vous êtes, sur ma foi, quelque chose de mieux qu'un savant , vous êtes un brave et galant homme. Restez, j'y consens; mais je m'engage sur l'honneur que rien ne vous arrivera que je ne le partage avec vous. Allons nous reposer. Nous n'avons rien à craindre pour cette nuit , les Indiens ne violent jamais les droits de l'hospitalité. M

On doit supposer que Sybrandt ne dormit pas très -paisiblement dans l'attente des événeraens du lendemain. Dès que le jour parut, il se rendit dans la salle où s'était tenue la conférence de la veille; son hôte et les Indiens y étaient déjà. Le premier était vêtu d'un brillant uniforme de colonel. Autour de la chambre étaient étalés divers articles très-précieux pour les sauvages , et sur lesquels ils jetaient d'avides regards , qu'ils ne détournaient que pour les porter sur Sybrandt avec une expression de haine profonde. Après quelques minutes de silence le chef dit à l'étranger :

«Mon père, votre fils a fait un rêve cette nuit. »

«Quel a été le rêve de mon fils?» — «Votre fils, .) continua le chef avec la plus grande gravité,

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« voire fils a rêvé que le grand esprit lui apparaissait et lui disait que son bon père lui ferait présent de son bel uniforme , et donnerait à chacun de ses gens six blanquettes neuves. Le grand Esprit a-t-il dit vrai? mon père voudrait-il faire mentir le grand Esprit? »

L'étranger réfléchit un moment, et dit: «Le grand Esprit a dit vrai ; l'uniforme et les couvertures seront donnés. Mais j'ai rêvé moi-même celte nuit, mon fils. Le grand Esprit est venu près de mon lit, et m'a dit tout bas à l'oreille : ton fils, le chef de la tribu du Castor ^ a pardonné au jeune traficant, sous les armes duquel Paskingo est tombé. Il te l'a donné pour en disposer à ta volonté. Le grand Esprit blanc a-t-il dit la vé-> rite ? »

Les sauvages et leur chef écliaugèrent entre eux des regards de doute et d'embarras.

«J'avais oublié, » reprit l'étranger, «que le grand Esprit me dit encore que la mère et la femme de Paskingo avaient essuyé leurs larmes quand vous leur avez donné ces beaux colliers de grains rouges. A-t-il dit vrai , ou bien a-t-il menti le grand Esprit blanc? »

Les Indiens , après quelques instans de réflexions , firent entendre ce son guttural , par le-

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quel ils ont coutume d'exprimer leur consentement ; et le chef dit à l'étranger :

« Mon père , vos rêves sont irrésistibles pour votre fils. Vous n'avez pas fait mentir notre grand Esprit , nous ne ferons pas mentir le vôtre. Le jeune serpent est libre; mais qu'il prenne garde à ne jamais se montrer parmi nous; mon père lui-même ne le sauverait pas du biicher. »

Le marché consommé, les Indiens partirent avec leur butin; et tandis qu'ils disparaissaient dans la forêt , Tjerk, qui attendait le résultat de la conférence avec une profonde anxiété , poussa d'une voix tremblottante le cri de guerre des Adironcocks. A l'instant une flèche lancée par un arc invisible siffla tout près de son oreille , et retint ses transports. I! releva la flèche , la conserva toute sa vie , et en fit le texte de quantité de belles histoires, ressemblant aussi peu à celle que nous venousde conter, que la plupart des tableaux de paysages ne ressemblent à leurs originaux.

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