‹ Le coin de feu d'un hollandaise; ou, Les colons de New-York avant l'Indépendance. Roman américain, traduit de Paulding par le traducteur de La France et l'Italie, de Lady MorganChapitre 2 sur 41 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Un jeune homme timide.

Sybrandt Westbrook était le fiJs unique d'une parente éloignée de la famille Vancour , que M. Denis avait tendrement aimée dans sa jeunesse. Belle et riche héritière, cette dame avait épousé un officier anglais , qui , après l'avoir ruinée, repassa en Angleterre, et ne revint jamais : elle laissa en mourant son enfant sans fortune et sans appui ; mais il trouva un protecteur

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dans M. Denis Vancour, qui venait de perdre sa femme , et prit chez lui le jeune Westbrook, pour l'élever comme son fils. Denis était un excellent homme malgré de nombreuses originalités. Il vénérait les anciennes mœurs hollandaises , la langue hollandaise était hi seule qu'il voulût parler, quoiqu'il sût parfaitement l'anglais; il méprisait profondément les noms, les modes, les habitudes de New-York; et depuis qu'un habit rouge lui avait coupé l'herbe sous le pied , il avait conservé une mortelle antipathie contre tout ce qui portait cette livrée. De même il abhorrait tous les nouveaux systèmes d'éducation qui commençaient à s'introduire dans le pays , et les innovations que son changement de maîtres avait amenées. Suivant lui les jeunes gens à la mode étaient des fats , les belles dames des coquettes , qui ne savaient que chanter et danser avec les habits rouges.

Par ces raisons et quelques autres plus solides, il prit la résolution de faire donner à son fils adoptif une éducation domestique , sous la direction du bon Dominus Steltinius , pasteur de la congrégation. Ce digne homme était une des plus fermes colonnes de l'église réformée hollandaise, et sa piété sincèdrc , la candeur de son caractère

ne le rendaient pas moins recommandable que son profond savoir. II avait étudié à cette fameuse université de Leyde, illustrée par Erasme, Grotius, Graevius, Scaliger, Saumaise et tant d'autres savans illustres. C'était à Leyde que les jeunes gens avides d'instruction cherchaient un refuge contre le fanatisme monacal ; la liberté de penser, de parler , d'écrire , s'y maintenait malgré les persécutions de l'église et des gouvernemens; et les plus infatigables, les plus utiles cultivateurs des lettres, trouvaient, dans le sein de cette école célèbre , protection pour leur personne, encouragement pour les travaux qu'ils consacraient à la propao;ation des lumières. La France , l'Italie , l'Angleterre se disputent la palme dans les sciences, la littérature, la philosophie; mais si l'on examine les faits, on trouvera que le monde civilisé ne doit pas moins à la république de Hollande qu'à ces états si riches dans tous les genres de gloire, et que, pendant plus d'un siècle, on aurait vu dégénérer toutes les branches des connaissances humaines, si elles n'eussent pas été recueillies en ce pays libre.

Dominus Stettinius avait acquis par un travail persévérant une instruction complète dans toutes les parties des belles-lettres , chose rare et méri-

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toire eu ce temps, où l'on devait chercher laborieusement dans des milliers d'in-folios les counaissances que l'on trouve de nos jours condensées en encyclopédies, en dictionnaires, eu abrégés de toutes formes. Mais le Dominus, comme l'on appelait alors les révérends personnages de son état, ne possédait aucun talent autre que son érudition et sa théologie, et ne prisait rien audelà. Ses manières étaient simples, jusqu'à la rusticité ; et telle était la sévérité de son caractère, que bien qu'il eût le meilleur cœur du monde , il ne pouvait supporter le sourire , les jeux , les sauts joyiux de l'heureuse enfance.

Ce vénérable ecclésiastique se chargea cntièrent, à la demande de M. Denis Vancour, du jeune Sybrandt, alors âgé de sept ans, et il eu avait fait à dix-neuf ans un excellent écolier. Cependant le bon homme, empressé de le familiariser avec les livres, et tout occupé de ce soin, avait totalement négligé de lui faire connaître les hommes, et plus encore les femmes. En conséquence de ce faux système, le jeune homme se trouvait comme un étranger dans la société , sauvage, disirait, pensif, dénué de cette vivacité ordinaire à son âge , et plus ignorant qu'un enfant de ces petits usages . applicables à toutes les

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