CHAPITRE XXll
Un long voyage.
Si l'inimitable Knickerbocker , le graphique Cooper, et mille autres écrivains et voyageurs plus ou moins célèbres, n'avaient pas décrit les beautés du glorieux Hudson, j'aurais offert ici mon humble tribut à ce fleuve majestueux . associé dans ma mémoire à mes plus chers souvenirs. Mais le texte est épuisé par tant d'habiles mains, que je ne pourrais que glaner après elles, ou
copier l'aiblement des traits qu'elles ont tracés sous l'inspiration de la nature.
Catalina et son père s'embarquèrent sur le sloop Watervliet, commandé par le capitaine Baltus Van Slingerland , navigateur expérimenté , prudent et sage. Ce bâtiment était renommé pour la célérité de ses courses, et surpassait même les fameux paquebots de Liverpool. Il était rare qu'il mît plus de trois semaines à descendre d'Albany à New-Tork, à moins qu'il ne rencon-'^ trât les bas-fonds, avec lesquels il semblait avoir une sympathie d'instinct. Le capitaine Baltus s'était acquis une certaine réputation de courage et d'habileté en risquant le premier le dangereux voyage entre ces deux villes sans se recommander aux prières de l'église, ni faire son testament. Il était surtout remarquable par la circonspection qui accompagnait toutes ses actions. Jamais il ne croyait rien de ce qu'on lui affirmait, qu'il ne l'eût touché ou doigt ; en sorte que l'on ne pouvait le convaincre que son navire approchait d'un bas -fond ou d'un banc de sable avant qu'il y eût échoué. Alors il cédait au témoignage de ses yeux , avouait la chose , s'asseyait tranquillement, »t fumait sa pipe jusqu'à ce qu'il plût à l'eau de monter et de le remettre à flot.
d'un HGLLANDAtS. ' 253
Le vaisseau glissait doucement sur le fleuve , poussé de temps en temps par un léger vent, qui pour un instant ridait la surface de l'eau , et gonflait les voiles. Ils approchèrent ainsi des Overslanghs, place redoutée autrefois pour son étroit et tortueux canal , et les bancs de sable dont il est infesté. Le vigilant capitaine, pour se préparer à tout ce qui pouvait arriver, chargea sa pipe , et la passa dans la boutonnière de sa veste hollandaise.
« Maître, » cria le noir Palinure, qui présidait aux destinées du navire, a maître, ne pensezvous pas qu'il faudrait changer de direction? j(; crois que nous ne sommes pas loin des Overslanghs. M Le capitaine Baltus s'avança lentement vers l'avant; et après avoir jeté un coup-d'œil autour de lui, il répliqua : « Allons encore un peu plus loin, Brom ; il n'est pas nécessaire de se hâter ainsi avant d'être sûr d'une chose. »
Brom continua sa course en grommelant tout bas, et bientôt le bâtiment s'arrêta. Le capitaine allait faire jeter les ancres, mais le pilote lui dit : « C'est inutile, capitaine, il ne s'en ira point, »
— <« C'est fort bien , » reprit Baltus, « nous sommes sur les Overslanghs, je le vois maintenant. »
— «C'est aussi clair que de la boue, » répondit