‹ Le coin de feu d'un hollandaise; ou, Les colons de New-York avant l'Indépendance. Roman américain, traduit de Paulding par le traducteur de La France et l'Italie, de Lady MorganChapitre 25 sur 41 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Que le lecteur pourra passer s'il lui plaît, parce qu'il ne contient aucune aventure terrible.

Catalina reçut l'accueil le plus aimable de mistress Aubineau, la parente qui l'avait invitée à passer l'hiver chez elle ; cette dame parut surprise des changemens avantageux qu'elle remarqua dans sa personne. Notre héroïne de .son côte revit avec plaisir sa cousine. Trois ans de séparation n'avait pas effacé le souvenir des bontés

maternelles qu'elle avait eues pour Catalina quand elle était en pension à New-York.

Le mari de cette dame était fils d'un de ces réfugiés protestans français , que le fanatisme ou la politique de Louis XIV avaient forcés à chercher un asile dans ce pays de liberté, de liberté d'action , de paroles, de pensées, de conscience. Ces réfugiés constituaient la meilleure partie de la haute société de New-York, à cette époque. , Ils ont fondé en cette ville plusieurs familles qui existejit encore, et parmi lesquelles on a compté des hommes dont le nom s'associe à nos plus glorieux souvenirs. Le père de M. Aubineau , avait rempli une charge importante sous le gouvernement hollandais ; .mais il la perdit lorsque celte colonie fut donnée au duc d'York, qui rassasia la troupe famélique de ses courtisans avec les emplois, les terres, les monopoles que put leur fournir ce nouveau domaine. Le père et le fils conservèrent toujours quelque ressentiment de ce fait contre le gouvernement anglais, et quand on institua pour cet état un corps législatif, et que l'un ou l'autre en faisait partie, ils volaient constamment contre les mesures deman- <lécs parla métropole, et pour les libertés des colons. Ils se joignirent à l'ancien parli hollaur

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idais, en général favorable aux droits du peuple , et acquirent dans ce parti une haute considération.

Malgré ses opinions politiques , M. Aubineau le fils épousa une belle anglaise, non pas seulement anglaise d'origine, mais anglaise native, anglaise de Londres. Le père de cette darae était venu remplir un emploi à INew-York, comme beaucoup d'autres cadets de famille, qui, par le crédit de leurs parens , obtenaient des places da^is les colonies. Je ne sais pas bien précisément ce que c'était que cet emploi; mais je sais qu'il donnait è^V. M. Majoribanks les moyens de regarder du haut ^ de sa grandeur les êtres inférieurs qui fournissaient à sa subsistance j et qui avaient eu le malheur de naître de ce côté de l'Atlantique , où chacun sait que tout dégénère, depuis l'homme jusqu'au dandy. Être né dans la métropole don- . nait un immense avantage sur les habitans du pays; les jeunes colons riches, les grandes héritières, ne visaient qu'à unir leur sort à celui de quelque véritable rejeton exotique. Plus d'un soldat de fortune se trouva ainsi richement pourvu ; plus d'une aventurière parvint à faire un bel et bon établissement , dans lequel , pour comble de félicité, elle exerçait une domination

absolue. Contredire une femme née dans la mèrepatrie, eût été pour un mari l'équivalent d'un refus de la législature à sanctionner les ordonnances du gouverneur de Sa Majesté.

Toutefois M. Aubineau avait été plus heureux que bien d'autres dans son choix. Sa femme avait l'attention de le contredire à voix basse et en a parte quand ils étaient en public. Jamais elle ne se mettait en colère contre lui , mais s'ils se trouvaient différer d'opinion sur quelque objet , elle riait et faisait ce qu'elle avait résolu , nonobstant sa mauvaise humeur à laquelle elle avait la prudence de ne pas prendre garde. Cette dame aimait le monde, les plaisirs, la toilette, et sur toutes choses la société des officiers attachés au gouverneur. Ces messieurs, n'ayant rien à faire et peu d'envie de se marier, à moins qu'ils n'y trouvassent de grands avantages, faisaient volontiers leur cour aux femmes mariées, pensant trèssagement qu'ils ne risquaient pas là de se déshonorer par une promesse de mariage rompue de leur part, et qu'ils pouvaient sans crainte pousser les choses aussi loin qu'il plaisait à la dame: quant aux maris provinciaux , ils étaient totalement hors de la question.

Madame Aubineau , comme la plupart des

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dames anglaises et américaines de son temps , croyait fermement que tout le monde civilisé était un nid de barbares , comparé à la vieille Angleterre. Sans être de la confrérie des bas bleus encore peu répandue à cette époque, elle pouvait citer à la gloire de son pays, Shakespeare, Milton, Bacon et Locke, ces grands noms que tout Anglais prononce avec une Berté presque personnelle, toutes les fois qu'on parle devant lui de poésie , de philosophie ou de métaphysique. L'espèce de suprématie que mistress Aubineau s'arrogeait comme compatriote de ces hommes célèbres était pleinement reconnue par tout le monde , son mari excepté ; mais elle attribuait cette exception unique à la tendance indéfinissable des maris pour contredire leurs femmes, surtout quand elles ont laison, et donner raison à celles d'autrui, surtout quand elles ont tort. Le colonel Vancour était oncle maternel du mari de cette dame: il remit sa fille sous sa conduite pour la saison suivante, et lui confia le mariage arrêté entre elle et son cousin , ce qui fit rire sous cape la belle dame, dont la tête avait déjà formé plusieurs plans d'établissemens pour sa jolie parente , bien plus convenables et plus brillans.

Catalina, alliée aux familles les plus distinguées de la capitale, ne pouvait manquer de visites et d'invitations, et la perspective d'un hiver amusant s'ouvrait devant elle. Mais ce n'était rien que tous cos braves gens avec leur fortune, suivant mis- Ircss Aubineau ; quand on les comparait , non avec le gouverneur et sa famille , type de perfection auquel personne ne pouvait atteindre , mais avec les familles des magistrats dé Sa Majesté, de ses administrateurs des douanes, enfin du moindre de ses employés civils ou militaires. C'était eux en effet qui formaient le noyau de la bonne compagnie dans l'ancienne ville de New- York; et rien n'était plus ridicule que les prétentions de ce petit groupe de stipendiés à primer sur la masse des opulens citoyens , si ce n'est la docilité de ceux-ci à se soumettre à de telles prétentions.

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