I-ig. 54. Saint Ours
Pièce d'or de Soleure.
monnaies le saint patron ou le protecteur sous la bannière duquel ils se sont placés.
C'est alors tantôt une tète, tantôt un buste, tantôt une figure en pied qui apparaît ; parfois le saint tient en main l'écu de la ville ou du pays, etc.
Fig. 55. Saint Vincent.
Pièce d'or du roi Jean III
de Portugal.
Fig. 56. Saint Michel
terrassant le diable.
Pièce d'argent de Beromûnster.
Les reliques et reliquaires de différents saints sont représentés également sur le numéraire, ainsi à Besançon ; de même sur des médailles et des méréaux, La liste des saints patrons représentés sur les monnaies suisses se trouve dans la Revue scientifique suisse, Fribourg 1880. (Vol. IV, p. 3-4.) Les saints des monnaies italiennes sont catalogués dans le Maniiale di Numismatica, 1895, pages 177 à 181, d'Ambrosoli. Voir aussi Blanchet (voir Bibliogra-
phie), tome II, pages 490 à 498 : liste des saints nommés on représentés sur les monnaies et viéréanx. Les saints les plus fréquemment glorifiés par la numismatique sont par ordre d'importance : saint Pierre, saint Jean-Baptiste (sur les florins d'or), saint Paul, saint François d'Assise, saint Georges, saint Etienne et saint Marc.
Symboles. — Dans l'antiquité, la représentation de symboles avait devancé les images mythologiques ; pareillement au moyen âge l'apparition des symboles religieux sur les monnaies précède l'image des saints. Plus tard, les symboles se maintiennent tout en se transformant en symboles parlants et faisant place aux armoiries. Sur l'argent de l'Eglise primitive on trouve tout à côté de symboles religieux des représentations d'objets mythologiques : le trident de Neptune, la Ivre d'Apollon, la massue d'Hercule, l'amphore de Dionysios. Le roi Seleukos I" de Syrie choisit l'ancre comme signe personnel, l'empereur Auguste se met sous le signe du Capricorne qui brillait au ciel au moment de sa naissance ; ces marques distinctives sont adoptées par les successeurs de ces deux souverains.
Fig. 57. L'aigle comme symbole de la consécration.
Fig. 58. La chouette,
symbole de Minerve.
(M. grecque : argent.)
Chez les Romains nous constatons sur les monnaies une grande variété de symboles. Brutus fait représenter un poignard et le bonnet phrygien (de la liberté) comme des
TYPES MONHTAIRES. L EFFIGIE 53
iiicnicnio du meurtre de César et des emblèmes de la prétendue libération de la patrie. Pour symboliser leurs victoires, les empereurs font souvent graver des trophées constitués par des armes prises sur l'ennemi. Antoine frappe de l'argent orné d'une tiare perse en souvenir des victoires remportées par lui sur les Parthcs. Certains empereurs commémorent la conclusion d'une paix par la représentation d'un rameau d'olivier. Auguste symbolise la conquête de l'Egypte par un type monétaire représentant un crocodile qui rappellera cet événement, entre autres aussi à la colonie de Xcmausus, tondée par les vétérans de la campagne d'Eg}'pte.
Fig. 59. Pièce au crocodile, de Xcmausus (Nîmes).
Les symboles chrétiens sont connus ; tout d'abord surgit le monogramme du Christ et le labarum ; peu après, la croix du Sauveur, qui pendant des siècles se maintiendra sous une forme ou l'autre sur les différentes monnaies de presque tous les pays. Au moyen âge et plus tard, ce seront les clefs de saint Pierre, les bâtons pastoraux, les crosses, la mitre, le globe, etc.
Dès la plus haute antiquité on rencontre des symboles parlants qui, par la suite, se transforment en armoiries parlantes et figurent comme telles sur le numéraire. La ville de Mélos (jnelos — pomme) représente sur ses pièces une pomme; la ville de Side {side = grenade) une grenade;
Fig. 60. Symbole de la concorde.
« Fides mutua. »
Fig. 61. Lion ailé, symbole de saint Marc.
Bractéate de Reichenau.
Rhodes a sur son écu une rose (rbodos = rose), Delphes (en grec = dauphin) adopte les dauphins comme armoiries, etc. Pour d'autres villes on trouve tout à la fois une figure et un symbole. Les souverains romains procédaient d'une manière analogue en adaptant un type monétaire rappelant leur nom de famille ou un prénom ; ce sont souvent des jeux de mots illustrés sur le métal.
Les graveurs burinaient alors un type en corrélation étymologique avec le nom en question : une fleur (flos) pour L. Aquillius Florus; le dieu Pan, pour C. Mbius Pansa, un aigle {aquila) pour M. Aquillius ; une hostie, pour L. Hostilius Saserna ; un veau (viiiilus) pour Voconius Vitulus, etc. De pareilles facéties sont fréquentes à l'époque mérovingienne et au moven âge. Une monnaie de Velaci (\''elay) montre une tête de loup (l'eJacos = loup, en gallois) ; un triens d'Alingavias (Langeais) représente un oiseau (gavid) ; un triens de Blota, un insecte, la blatte (blotta) ; une pièce de Diablentas (lublains) figure le diable {diaboliis). Aux douzième et treizième siècles les graveurs s'adonnent aux calembours; les monnaies de la Champagne portent un peigne Tdans le champ un peigne) ; celles du Dauphiné un dauphin ; sur celles de Gênes (en latin : janua = porte) on voit une porte ; enfin sur les pièces de Florence on voit un
TYPKS MONETAIRES. L EFFIGIE 55
Ivs cffloresccnt {florciis = florissant), inutile de continuer les citations. Celui qui est à même de lire et d'interpréter les inscriptions et symboles héraldiques de certaines monnaies trouvera de nombreux objets de ce genre, capables de l'amuser tout à la fois et de l'instruire.
Armoiries. — Les armoiries, bien avant l'époque des croisades, à laquelle on les fait généralement remonter, consistaient en signes particuliers très simples, en emblèmes, en ornements qui primitivement servaient de signes de ralliement dans le combat. Avec le temps, ces signes se transformèrent en figures ou en couleurs convenues, invariables et héréditaires, toutes choses qui prévalurent, notamment à l'époque des croisades où chaque croisé se revêtait de ses insignes particuliers ; ceux-ci, au retour des croisades, furent conser\-és dans les fiimilles et, tout en rappelant les exploits des pères, passèrent aux descendants. Les tournois consacrèrent leur importance. A cette époque précisément les effigies avaient disparu des monnaies; les armoiries étaient toutes trouvées pour occuper une grande place en numismatique. En fait, elles apparaissent très nombreuses dès ce moment. Au fur et à mesure qu'elles s'intronisent sur les monnaies, elles fournissent des types parfois très compliqués, et qui se compliqueront de plus en plus, lorsque sur un écu se concentreront les signes ou les emblèmes de seigneuries différentes, d'alliances, de multiples charges ou honneurs. C'est ce qui eut lieu dès le quinzième siècle. Qu'on parcoure, par exemple, les titres souverains de l'empereur d'Autriche, et l'on s'expliquera la quantité de pièces, d'émaux ou de meubles qui figurent sur son impérial écu.
En numismatique, on distingue : l'écu triangulaire (trei-
zicme et quatorzième siècles) ; l'écu simplement arrondi par le bas, ou en cartouche (quinzième et seizième siècles); l'écu appointé par le bas (quinzième et seizième siècles), et l'écu en losange en usage dès le quinzième siècle (femmes). A côté de ces formes héraldiques, on trouve des écus genre Renaissance et genre rococo; parmi, l'écu ovale (Italie).
Fig. 62. Ecu triangulaire
du treizième siècle.
Pièce d'argent de Charles
d'Aniou-Sicile
Fig. 63. Ecu couronné, arrondi par le bas, du Portugal (seizième siècle).
Fig. 64. Ecu arrondi, du quinzième siècle.
On distingue sur les armoiries complètes d'un prince séculier : l'écu, le casque et la couronne, les lambrequins, parfois les supports et tenants, les insignes et ordres de chevalerie, le manteau, la devise.
L'écu, ou champ, sur lequel soiit placées les armoiries représente l'ancien bouclier. On y distingue le haut ou chef, le milieu ou centre et le bas ou pointe ; il se divise en quatre partitions : le parti, le coupé, le tranché, le taillé. Les émaux sont le nom collectif donné aux métaux et aux couleurs de l'écu. Les pièces principales sont au nombre de neut (cher, pal, croix, bande, barre, chevron, sautoir, pairie, hisce). Les meubles sont les ornements intérieurs. Sur les monnaies du treizième siècle on trouve seulement l'écu, généralement triangulaire; dès le quatorzième siècle le casque et ses ac-
TYPES M0\1:TAIRKS. L I-Il-IGIE
Fig. 6^. Ecu en losange.
Pièce d'argent aragonaise
(quinzième siècle).
Fig. 66. Heu couronné de Soleure (1787).
cessoires apparaissent. L'ensemble d'un écu tel que nous venons de l'esquisser n'apparaît qu'après la fin du moyen à^e. Pour les princes ecclésiastiques le casque est remplacé par une mitre, par un chapeau, etc., dont les rubans ou cordons enguirlandent l'écu, en se substituant ainsi aux lambrequins. Au-dessus ou derrière l'écu se groupent des croix, crosses, etc., et sur les armoiries pontificales, les clefs de saint Pierre.
Fig. 67. Ecu pontilical surmonté Je la tiare et îles clefs. Innocent XI.
Les représentations héraldiques de notre siècle sont caractérisées en général par un manque absolu de style, comme on pourra s'en rendre compte par l'image suivante.
Fig. 68. Pièce moderne. Le lion persan.
Le collectionneur fera bien d'étudier d'un peu près les armoiries des différents royaumes, duchés, comtés, évêchés, des villes, des abbaves ; la connaissance qu'il tirera de ce travail lui permettra de déterminer plus facilement les monnaies qui passeront entre ses mains. Le Mauiiale di ininiismatica d'Ambrosoli (pi. III et l\) contient 300 armoiries différentes représentées sur des monnaies.
Fig. 69. L'ccu de la ville de liàle tenu par le basilic et entouré des écus des 8 bailliages bâlois.
TYPES .MOXKTAIKES. l'eI-ITGIE • 59
Armes. Objets divers. — Sur les monnaies de toutes les époques apparaissent des armes, un sujet d'histoire militaire très intéressant à étudier. Sans revenir à ce qui a été dit sous la rubrique de l'effigie (armure, lance, javelot, casque, etc.), relevons ici la multiplicité des (ormes que revêt le bouclier : cet objet est très iVéquemment représenté, et nous apprenons à connaître ainsi les boucliers romain, grec, gaulois, germain, oriental, etc. Il en est de même en ce qui concerne l'arc, le carquois, les lîèches, les fanions, les clairons, etc. Enfin, grâce à ces images monétaires, nous pouvons nous faire une idée exacte de ce qu'étaient l'habillement et l'équipement du guerrier, flintassin ou cavalier, — on pourrait ajouter de l'éléphant de guerre, — aux temps passés, comme de la forme et de l'agencement des chariots, des attelages de combat ou de triomphe. Parmi les types si variés qui figurent sur le numéraire, le nombre de ceux qui se rapportent aux choses, aux objets les plus minimes ou les plus usuels de la vie civile, familiale, religieuse est infini pour tous les peuples.
Pour l'antiquité, les objets utilisés dans les cérémonies religieuses tiennent une grande place : le trépied, l'autel, les ornements sacerdotaux, etc. ; ceux qui témoignent de l'activité commerciale, du travail en général, viennent ensuite; puis ce seront des choses sans connexion directe avec les catégories citées, mais qui, se rattachant à un fait, à une circonstance, sont destinés à les mettre en relief. Sur une certaine quantité de pièces romaines du premier au troisième siècle après Jésus-Christ, puis sur des monnaies de l'époque du quatorzième au seizième siècle, nous trouvons la représentation de galères ou de vaisseaux ; les chariots, les véhicules de tout ordre abondent; tel le char
d'Astarté sur les pièces d'or de Sidon, le quadrige d'éléphants de Seleukos l"', d'Auguste, de Tibère, la biga (char à deux chevaux) de la République, la charrette muletière d'Agrippine, de Dornitille, le quadrige du divin Elagabal, le char triomphal de Germanicus, etc.
Fig. 70. Char triomphal de Germanicus.
Fig. 71. Monnaie d'argent de Selinus. (Bige,)
Œuvres statuaires et architecturales. — Les reproductions des œuvres de l'art statuaire et arcliitectural (monuments, édifices, statues, ports) sont, si possible, plus nombreuses encore. Pour une quantité de ces images la preuve de la ressemblance est facile à étabHr, puisque le modèle (groupe artistique, bâtisse) existe encore ; pour d'autres, cette preuve ressort de la description que nous ont laissée les auteurs de tel ou tel monument, etc., figurant comme type monétaire. Ainsi nous reconnaissons sur les
TVPKS MONLTAIKl-S. L L-l-FIGIE
monnaies de l'Hlidc la statue bien connue du Jupiter olympien, sur l'argent d'Athènes celle de Minerve, sur les pièces de Démétrius Poliorcète celle de la ^'ictoire de Samothrace. Les villes de l'Asie Mineure, après avoir été fortement éprouvées par un tremblement de terre, puis après avoir été largement secourues par Tibère, avaient élevé à ce souverain'une statue où il est représenté assis, ainsi que le mentionnent les auteurs ; or nous retrouvons cette statue sur les bronzes de cette époque. En fait de statuaire reproduite sur la monnaie, indiquons encore comme particulièrement intéressants : une statue de Néron représenté en Apollon, la colonne de Trajan avec la statuette impériale à son sommet, le groupe sculpté de l'impératrice Domitia avec son petit garçon. Les Romains, fiers, et à juste titre, du talent de leurs éminents architectes et de la splendeur des édifices de la métropole, mettaient tout leur orgueil à glorifier sur leurs monnaies ces grandes créations de leur génie national. Nombreuses sont les reproductions du temple de Jupiter Capitolin, de la tribune du Forum, de l'autel de la Roma et d'Auguste (à Lyon et à Ephèse); ces reproductions, bien que réduites, nous font connaître les arcs de triomphe (d'Auguste, de Drusus, de Claude, de Galba, de Domitien, de Sévère, etc.), l'amphithéâtre des Fia-
Statue de Jupiter olympien.
tig- 7 5- Un temple (vue à vol d'oiseau).
viens (le Colisée), le macellum de Néron, le temple fermé de Janus.
Fig. 74. Le Macellum de Néron.
Fig. 75. Temple de Jauus, fermé.
(Bronze de Néron.)
Pareillement, nous possédons des images d'aqueducs, de ponts ; parmi ces derniers : le pont du Danube ( sous Trajan), celui du Méandre à Antioche (sous Philippe I"'), celui du Rhin à Mavence (sous Maximien-Hercule).
Fig. 76. Pont du Danube. (Bronze de Trajan.)
Fig. 77. Le port d'Ostie.
(Bronze de Néron.)
En outre, comme grands ouvrages de construction maritime : les bassins du port d'Ostie inauguré par Néron, le phare d'Alexandrie ; puis des mausolées, des portes de ville, surtout pour l'époque s'étendant de Dioclétien à Constan-
TYPES MONÉTAIRES. l'eEFIGIE 63
tin. Ce sont cntîn des vues d'une eiiceinte fortifiée, d'un quartier de ville avec ses tours, ses arcs, ses temples, voire la reproduction d'une ville ; les types monétaires de cet ordre se rapportent le plus souvent à des villes grecques ; ils sont particulièrement fréquents pendant la période impériale.
En ce qui concerne le moyen âge, les reproductions d'œuvres architecturales y sont si nécessiteuses ou si schématisées que, bien que nous en possédions quelques échantillons, nous ne pouvons leur attribuer une très grande valeur d'art ou de ressemblance. Quelques monuments sont, néanmoins, reconnaissables : tel le Saint-Sépulcre de Jérusalem représenté sur des monnaies des rois croisés. A partir du seizième siècle apparaissent des \nies d'ensemble d'une ville entière ou d'un quartier (Venise, Zurich, Bâle, par exemple), d'une abbaye ou d'un couvent (Mûri, dixhuitième siècle). Sur les médailles, dès la Renaissance, on voit représentés des édifices isolés, des monuments qui font époque, ainsi le pont du Tibre sous Sixte IV, la basilique
Fig. 78. Vue de la ville de Bàle (seizième siècle).
de Saint-Pierre sous Jules II. De nos jours, c'est toute une série de constructions, de bâtiments, etc., permanents ou temporaires (expositions), dont on perpétue la genèse et le souvenir sur les métaux les plus variés.
Evénements historiques. — Certains types monétaires se rapportent à des faits historiques. Sous une forme allégorique, les Grecs ont ainsi légué à la postérité la représentation de certains épisodes de leur vie nationale ou de l'histoire de l'Etat ou de tel souverain. N'oublions pas que la reproduction d'une statue ou d'un monument commémore le plus souvent l'acte d'inauguration ou de consécration de l'œuvre représentée sur la monnaie, par conséquent rappelle le jour où cet acte solennel a été perpétré ; ces reproductions numismatiques impliquent ainsi l'idée de commémoration d'un événement plus ou moins important et d'intérêt local ou général. Un événement historique nous est représenté sous une forme allégorique sur une monnaie de Lokroi ; nous y vovons un groupe constitué par les statues de la Foi (Fides) et de Roma (la ville de Rome). Cette image se rapporte au fait qu'en 277 avant Jésus-Christ la ville de Lokroi (ville de la Grande-Grèce, située dans l'ancienne Italie, c'est-à-dire dans le Brutium = Calabre) s'était placée sous la protection des Romains. Par la suite, les événements historiques ne seront plus allégorisés ou symbolisés, mais représentés exactement tels qu'ils se sont passés, avec cette restriction, forcée, au reste, que l'événement est condensé, si l'on veut, synthétisé dans l'acte essentiel ou caractéristique de l'événement ; sa représentation sur une monnaie nous en donne, pourrait-on dire, le geste principal et essentiel ; citons, entre autres exemples, l'image monétaire qui nous montre Gcrmanicus
TYPHS MONtTAIRHS. l'eI-I-IGIH 65
au moment où il place la couronne sur la tète d'Artaxias, la monnaie devant rappeler tout à la lois l'acte dans son ensemble et l'événement historique ; une autre monnaie se rapporte à l'adoption d'Adrien, une autre au mariage d'un empereur ; nous voyons alors les personnages en scène, figurés au moment où ils se tendent solennellement la main. Au moven âge les graveurs réunissaient sur l'espace ii'un coin ou d'un sceau toute une foule de personnes: tel le Concile de Bàle. C'est un tour de force renouvelé fréquemment sur les médailles des temps modernes et qui implique, tout au moins pour les monnaies, un remplissage de l'espace restreint que présente le champ d'une monnaie, remplissage qui jure d'une manière flagrante avec les lois du style en relief en général et du style numismatique en particulier.
Animaux. Plantes. Etres fabuleux. — Les graveurs grecs avaient étudié la nature d'une manière étonnamment exacte ; aucun des détails du règne animal ou végétal n'avait échappé à la minutie et à la justesse de leur incomparable sens d'observation. L'ornementation de leurs monnaies en a largement bénéficié. Nous y trouvons des représentations exemplaires des sujets les plus variés et une ressemblance frappante. Tout y est vrai, exact, de l'éléphant et du lion jusqu'à la minuscule souris, depuis l'oiseau jusqu'à l'insecte.
Fig. 79. Monnaie d'argent du roi Seleukos I" de Syrie.
Fig. 80. Tète de sanglier sur une monnaie d'argent de Lycie.
Fig. Si. Pièce d'argent d'Ephèse.
Siins parler des amphibies, reptiles, poissons, fleurs, fcuil lage, qui figurent si souvent sur les pièces grecques.
Sur les pièces romaines, sur celles dites « millénaires » notamment, on voit apparaître les animaux qui servaient aux combats des arènes. La flore, les fruits, les plantes du bassin méditerranéen ont servi partout de motifs décoratifs et ont figuré sur des quantités de pièces à titre de types monétaires. Suivant l'époque et le milieu, la préférence allait aux êtres légendaires, fabuleux : lion ailé, cheval ailé, chien ailé, porc ailé ; c'était surtout la chimère, monstre à trois têtes, dont le corps tenait du lion et de la chèvre et qui avait la queue d'un dragon ; puis les harpies, monstres ailés avec un visage de femme, le corps d'un vautour et des griffes crochues; le griffon, animal fabuleux représenté avec le corps d'un lion, la tête et les ailes de l'aigle, les oreilles du cheval avec, au lieu d'une crinière, une crête de nageoire de poisson ; enfin les centaures. Pour compléter cet
TYPES .MOXl-TAIRKS. l' EFFIGIE 67
article, consultez A. Bhinchet (voir Bibliographie), Monnaies giWijiu's, pages 61-64.
Stabilité du type monétaire. — Une des plus grandes qualités de la monnaie est — au point de vue de l'économie politique — celle de la stabilité des types monétaires. Il n'y a que désavantage à vouloir, sans nécessité absolue, changer le type adopté et usuel. C'est ce qu'avaient déjà reconnu les anciens Perses et les Athéniens, ces derniers en s'en tenant pendant des siècles à l'image classique de la tète de Pallas et de sa chouette. Les rois de Bithynie visaient cette stabilité en frappant d'un règne à l'autre l'effigie de Philhetairos P''. Pour cette raison aussi la ville de Besançon conserva longtemps comme type monétaire l'effigie de Charles-Quint. Les dynastes sassanides gardèrent pendant quatre siècles l'image du feu brûlant sur l'autel comme type de revers de leurs monnaies.
Imitations du type monétaire. — Il faudrait tout un volume pour traiter de l'imitation des tvpcs monétaires dans l'antiquité, au moyen âge, et dans les temps modernes. Le cadre du présent travail n'admet que quelques citations caractéristiques. Une monnaie dont la valeur intrinsèque est bien cotée et dont l'aspect attire se fraie son chemin partout. D'où la tendance qu'avaient les villes, les peuples, les souverains à façonner leurs pièces sur le modèle de monnaies jouissant d'une bonne réputation. Les Gaulois imitèrent pour cette raison les statères d'or de Philippe III de Macédoine, les Scythes les tétradrachmcs d'argent des diadoques grecs. C'est pourquoi encore de certaines villes grecques avaient adopté la tète de Minerve universellement connue comme type athénien. Les Barbares d'avant et d'après les grandes invasions copiaient les monnaies ro-
68 LE COLLECTIONNEUR DE MONN.i.IES
maines, depuis le bigatus d'argent jusqu'au denier de hillon de Tetricus et de ses successeurs. De même en Britannie, dans les Gaules, en Espagne, les Anglo-Saxons, les Francs, les Visigoths se livraient — il faut ajouter avec peu de succès, vu l'absence de tout sens artistique — à l'imitation des types monétaires latins.
Fig. 82. Imitation d'une pièce de Tetricus I""" par un graveur d'AUémanie.
Au mo3'en âge, \^enise, les peuples slaves et Scandinaves copient les types b\"zantins; les Croisés et, dès Louis IX, l'Occident tout entier, imitent les tvpes arabes, tandis que l'empereur de Trébizonde, les princes de Bulgarie et d'Arménie prennent pour modèles de leurs monnaies l'image équestre des pièces des dj^nastes seldjoucides d'Iconium (Anatoliej.
Fig. 83. Pièce imitée par les Barbares.
Ce n'est pas dans un but de spéculation, mais pour des raisons d'ordre artistique que Constantin et ses fils imitèrent la tenue d'Alexandre le Grand. Les Urtukis turcomans, par contre, ne se gênaient pas pour placer sur leurs monnaies les effigies de souverains grecs, romains et byzantins (environ de 1 100-1250); le pavillon couvrait alors la marchandise.
TYPES MOXHTAIKi;S. i/kFI-IGIE 69
Les Huns bk\ncs imitaient la trappe des Sassanides, les Bulgares et Serbes les pièces de Byzance, pour donner à leur numéraire l'aspect d'une valeur que ce numéraire n'avait pas.
Fig. 84. Copie slave d'une pièce byzantine.
Charlemagne, Louis le Pieux, l-Védéric II ont emprunté pour leurs monnaies et multiplié à l'infini tous les tvpes imaginables de l'antiquité, ce en quoi ils furent suivis par les médailleurs de la Renaissance italienne, avec cette différence que ceux-ci surent s'y prendre avec la distinction artistique que l'on connaît. En France, c'est la belle tète des types S3Tacusains, qui figurait sur l'or, l'argent et le bronze de l'antiquité, qui, ressuscitée, et, quoique très modifiée, symbolise la France sur les pièces de la fin de notre siècle.
Dégénérescence du type monétaire. — Tels peuples, réduits à copier les monnaies antiques ou étrangères, se trouvaient dans un état de civilisation très rudimentaire. Les imitations n'approchaient pas — tant s'en faut — de la beauté du modèle, d'autant qu'en copiant et recopiant on s'éloignait toujours plus de l'original classique. Une copie ne devenait donc que l'imitation d'une copie et ainsi de suite. L'image première se perdit totalement au fur et à mesure que les années passaient ; aussi du type monétaire primitif ne subsista-t-il bientôt plus rien; on ne produisait couramment que des caricatures. Ainsi en dénaturant complètement le corps de l'animal, en lui créant des côtes fan-
tastiques, les graveurs anglo-saxons arrivèrent à transformer, par le fait de successives aberrations, la louve romaine des monnaies du Bas-Empire en un squelette de poisson ! Puis, après de nouvelles retouches, ils en firent un oiseau ! En outre, l'étendard romain portant l'inscription FOT XX flanquée de deux tenants se transformera en un carré enfermant un cercle (l'O de l'inscription) avec, à chaque coin du carré, une croix. Chez les Francs de Tépoque mérovingienne, la ^'ictoire qui figure sur la monnaie romaine se transforma en un volatile monstrueux, tandis que l'image des empereurs (assis sur leur trône ) devient une gerbe de paille ! D'un buste impérial de Bvzance frappé en face, les Petschenègues (sud de la Russie) font une caisse; d'une Victoire ailée de Rome, les Visigoths font un être fabuleux qui tient de la sauterelle, indescriptible au reste, tant elle est hideuse et grotesque. Plus tard, et au moyen âge, le processus de dégénérescence de l'image primitive continue ; le t3'pe premier est méconnu partout ; inutile d'ajouter qu'il devient de plus en plus méconnaissable. Ainsi le temple qui figure sur les monnaies de Saint-Médard de Soissons devient au onzième siècle un lanion. A Chinon on reproduisait les copies mérovingiennes des tètes impériales romaines ornées de la couronne radiée. L'image devint si embrouillée, si indéchiffrable en son louillis de points et de traits, qu'on en fit — sans autre — une espèce de bastion ou de castel, un type qui s'est perpétué sur certains tournois jusqu'au quatorzième siècle.