‹ Le collectionneur de monnaiesChapitre 14 sur 66 · ÉPIGRAPHIE MONÉTAIRE. LA LÉGENDE · texte numérisé non relu

ÉPIGRAPHIE MONÉTAIRE. LA LÉGENDE

Les alphabets. — Le plus grand nombre des monnaies portent une légende ; on appelle aiicpigraphes ou iiiucttes celles qui ne présentent ni lettres, ni inscriptions. Dans l'antiquité, les monnaies offrent les spécimens alphabétiques les plus divers. Les Grecs introduisent leurs signes graphiques dans les pays soumis à leur influence, et sous Alexandre le Grand ces caractères prévalent dans l'épigraphie monétaire de l'époque. Les Romains répandirent leur alphabet latin dans toute l'Europe. Quant aux peuples d'origine sémitique, ils employaient les signes conventionnels phéniciens, puniques, hébraïques, araméens ; les Perses se servaient de caractères ariens, les Chvpriotes d'un alphabet svllabaire qui leur appartenait en propre. Sur les monnaies grecques on distingue les lettres datant de l'époque primitive, des lettres d'une époque plus récente, et des lettres de la Grèce d'Asie Mineure ou lyciennes. Dans le groupe de l'alphabet italique figurent les caractères étrusques, ceux de rOmbrie, ceux des Osques et des Sabelliens, enfin l'alphabet latin, qui primitivement n'avait que i6 lettres et ne se compléta que plus tard. En Espagne, on trouve les signes

et caractères des Celtibères. Au moyen âge et dans les temps modernes, l'alphabet latin est commun à presque tous les peuples de l'Europe, soit de l'Occident, et qui relèvent de l'Eglise de Rome. Avec quelques variantes, les caractères grecs continuent à prévaloir dans l'Est européen jusqu'au moment où, Cyrille ayant inventé son alphabet, celui-ci fut adopté par les peuples slaves, soit par les pays appartenant à l'Eglise orthodoxe Grecque ou d'Orient. Mentionnons encore pour les pays méridionaux s'étendant de l'Inde à l'Espagne^ dès le septième siècle, l'alphabet coufique, qui s'implanta dans ces régions avec l'Islam d'où il procède; enfin l'alphabet runique des peuples Scandinaves, les lettres hébraïques qu'on retrouve sur des monnaies polonaises, les caractères géorgiens et arméniens. Dans l'Asie orientale, c'est l'épigraphie monétaire des Chinois remontant à une très lointaine époque, et d'autres caractères d'origine plus récente, qui font loi.

Linguistique. — L'écriture est la représentation même de la pensée par des caractères conventionnels, et la représentation des sons dont se composent par conséquent les mots d'une langue. On constate, cependant, que, dans des contrées à populations mixtes, les individus se sont parfois servis d'un alphabet étranger pour représenter leur langage. Telles les monnaies de la Bactriane, dont l'inscription gravée en caractères grecs constitue des mots iraniens ; de même pour les monnaies byzantines qui nous montrent des mots latins écrits en caractères grecs, ou inversement, des expressions grecques gravées sur le métal en lettres latines. Il importe, en outre, de relever le fait que la légende n'est pas toujours composée dans la langue du pays. Ainsi les Ethiopiens ornaient leurs monnaies d'une légende en grec ;

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cMi Kspagnc, les premiers Arabes frappaient la légende Je leurs pièces en caractères et mots latins. La langue latine s'est maintenue conjointement avec l'écriture latine sur toute l'étendue de l'Empire d'occident. L'alphabet latin nous est resté, malgré la transformation opérée dans le langage. Les premières inscriptions monétaires en langue française datent du onzième siècle ; à cette époque apparaissent aussi les premiers mots allemands et anglais ; les Scandinaves, les Espagnols, les Italiens suivront peu après dans ce mouvement de substitution. La légende n'est rédigée en langage national que très exceptionnellement ; ce sont autant de raretés qui émergent du flot des inscriptions latines ; au reste, jusqu'à nos temps présents, presque toutes les légendes sont rédigées dans la langue internationale par excellence: le latin.

Monnaies monolingues, bilingues, etc. — Les monnaies dont les inscriptions sont rédigées entièrement en une seule langue sont dites : Dionolingiies. La plus grande partie des types de tous pays et de toutes époques rentrent dans cette catégorie. On comprend sans autre explication le terme de bilingues. Sont bilingues : les monnaies macédoniennes de l'époque de la donîination romaine, la légende y est latine et grecque ; les cistophores d'Asie Mineure frappés dès l'an 67 avant Jésus-Christ ; les pièces arabes d'Afrique et d'Espagne du huitième siècle, qui portent une [légende arabe et latine ; les pièces du roi Ofîa de Mercie (Angleterre, 774) ; les monnaies frappées au douzième siècle par l'émir de Melitène, avec légende arabe et grecque. De nos jours, certaines monnaies coloniales (françaises) sont frappées d'après le même principe. Dans le groupe des monnaies trilingues, très rares, au reste, mentionnons les pièces sassanides, géorgiennes, indo-sassanides et parmi les types

modernes les monnaies néerlandaises, où nous trouvons réunis : l'arabe, le malais et le hollandais.

L'orthographe. — L'écriture ou la gravure épigraphique ne se conforme pas toujours aux règles de l'orthographe. L'imperfection de la légende est parfois en corrélation avec les inconséquences de l'orthographe, dont les sources de difficultés résident à leur tour dans l'imperfection de l'alphabet. Les Athéniens avaient changé leur orthographe en 403 avant Jésus-Christ. Dès lors, pour le nom de leur ville la lettre // se substitua à l'A' ouvert usuel ; les monnaies, toutefois, continuent à porter A0E, au lieu de A(-)//; on agissait ainsi dans l'intérêt de la stabilité du tvpe monétaire, de même qu'on conservait invariablement l'effigie ancienne. Sous les empereurs romains nous relevons toute une série d'inconséquences non seulement sur les pièces qui sortaient des officines coloniales, mais encore sur celles que fabriquaient les ateliers impériaux. Ainsi on peut lire KAR\\S à côté de CARVS, KARINVS et CARINVS ; VHABALATHUS figure sur les monnaies augustales d'un empereur qui pour sa personne signait VABALATH\'S ; on lira tout à la fois CONSACRATIO et CONSECRATIO, MACIDONICA et MACEDONICA, LETITIA et LAE- TITIA, etc. Les plus mauvais jours de l'orthographe sonnent à l'époque des invasions : les Francs de la période mérovingienne et les Wisigoths paraissent tout particulièrement réfractaires à la science d'écrire correctement les mots de leur langue, conséquemment la légende de leurs monnaies ; le nom du roi Liuba s'écrira tantôt LEOVA, tantôt LI\'VA, tantôt LEV\^A. Pour le nom WITIZA, ce sera WITTIZA ou VVITIGIS ; enfin le nom Chindaswinth a été rédigé de neuf difierentes façons. Au moven â^e la

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tonne de la rédaction de la légende devient de plus en plus vulgaire, la tbrme classique n'existe presque plus; c'est le cas pour les monnaies grecques-bvxantines comme pour celles du monde occidental et latin.

Disposition des lettres. — Les lettres peuvent être groupées sur une ligne ou plusieurs lignes. Une ligne de lettres juxtaposées peut former soit une droite, soit une courbe. Les lignes peuvent courir parallèlement l'une à côté de l'autre, ou bien les unes sous les autres ; elles peuvent, enfin, l'une par rapport à l'autre, former un angle droit, ou un carré, lorsqu'elles figurent en nombre voulu pour cela.

Fig. 85. Légende linéaire horizontale.

(Denier de Milan.)

Fig. 86. Légende circulaire.

(Denier de Milan.)

Sur les monnaies de Seleukos I", roi de Syrie, pour citer un exemple, on trouve les dispositifs suivants :

Imas;e

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Le mode de groupement des caractères épigraphiques, tel qu'il prévaut encore de nos jours, a été intronisé par les Romains ; c'est le mode circulaire. Le point de départ de la ligne courbe ou circulaire se trouve dans la règle à gauche et en bas ; de là la ligne fait le tour du champ de la monnaie. Dans ce cas, il faut la lire depuis le dedans, c'est-à-dire se figurer soi-même placé dans le centre de la pièce. Pendant quelque temps s'est maintenue la ligne dont le point de départ se trouvait à droite et en bas, et qu'il fallait lire du dehors vers le dedans, c'est-à-dire en se supposant en dehors de la pièce et en portant les yeux d'abord sur le cordon de la monnaie. Au moyen âge, et cela dès les Carolingiens, la ligne circulaire commence en haut, et à droite d'une croix qui sépare ainsi les premières lettres de la légende d'avec les dernières ou d'avec le point final de la légende. Ce mode tomba en désuétude ; on reprit le dispositif romain.

Fig. 87. Légende sur deux lignes concentriques.

Outre ces lignes circulaires, nous trouvons encore des lignes sur le champ même de la pièce, et des lettres isolées qui figurent sur le champ ou sur l'exergue. Nous avons déjà indiqué ce qu'est l'exergue, ou « hors-d'œuvre, » répétons que ce mot s'applique à l'emplacement recevant une légende qui forme une ligne horizontale ou plusieurs lignes,

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et comme en soulxissement, sur l'espace qui se trouve iiudessous du type monétaire. Comme pour l'écriture cursive, et iifin d'économiser de hi place (et du temps), les graveurs,

Fig. 88. Légende eu cinq lignes horizontales et superposées. Pièce byzantine.

à de certains moments, ont lié l'une à l'autre certaines lettres, ou plusieurs lettres (ligatures). Ces lettres liées, on les trouve sur des monnaies grecques, romaines, médiévales; on les déchiffre sans trop de difficultés ; par exemple AT = ANT ; L\ P = IMP ; PO>T = PONT, etc.

Monogrammes. — Le monogramme, un caractère composé de lettres enlacées qui, d'ordinaire, représentent les initiales d'un nom ou une combinaison de signes ou de lettres constituant un mot, est né de ces lettres liées ou ligatures, dont nous venons de parler. Les anciens ont fait usage de ces monogrammes, on les trouve nombreux dans les collections de pièces grecques, surtout sur les pièces de l'union achéenne (troisième et deuxième siècles) où le monogramme se compose d'un A et d'un X (le chi grec). Un des monogrammes les plus connus est celui du nom du Christ, formé par les lettres grecques : le X ichi) et le P (ro). Les patriciens-régents du cinquième siècle après Jésus- Christ, plus tard, les Byzantins et les Barbares se servent du monogramme pour orner leurs monnaies, dès lors il

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sera fréquemment employé soit en numismatique, soit pour les documents diplomatiques. Dès Théodose II jusqu'à Maïu'ice, le nom des empereurs et rois byzantins figure à l'état d'un enlacement de signes ; de Phocas à Léon III, l'enlacement est fait exclusivement de lettres initiales en plus des toutes premières lettres du nom. Les monnaies papales des neuvième et dixième siècles nous montrent également de nombreux spécimens de monogrammes ; ceux de Pascal l"', et depuis jusqu'à Agapet II, sont représentés dans le Traité d'Engel et Serrure, tome I, pages 285-286.

Fig. 89. Monogramme de Charlemagne.

Le monogramme de Charlemagne ne figure pas seulement sur les monnaies frappées sous son règne, mais encore, et pendant longtemps, sur celles de ses successeurs. Les monogrammes modernes sont d'une composition si simple qu'il nous paraît superflu d'entrer dans de plus amples détails à leur égard. Lorsque le monogramme est composé de majuscules, l'enlacement est formé par des lettres cur-

Fig. 90. Monogramme de Gustave-Adolphe IV. Pièce suédoise, 1809. Revers.

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sives. Au Ji\-huiticnic siècle surtout, le mono^raninie du souveraiu, agrémenté de tîoritures ealligniphiques, tormait le tvpe monétaire du revers.

Abréviations. — Les monnaies les plus anciennes ne portent aucune légende ; on n'y trouve tout au plus qu'une très brève et rudimentaire inscription destinée à ne dire que le strict nécessaire : une lettre, parfois, deux, trois, quatre lettres suffisaient pour cela. Par exemple 9 pour Corinthe ; MF^ pour Métaponte ; AV>A' pour Hphèse ; A6E pour Athènes. Ces abréviations grecques sont faciles à saisir. Il n'en est pas de même pour les abréviations romaines parce qu'ici la même lettre initiale sert de signe d'abréviation pour des mots différents. Ainsi ARNASI et ARNAZI (sur des monnaies de l'empereur Gallus) reste inexpliqué ; on discute encore au sujet de la signification de CONOB. Le mode d'abréviation varie beaucoup et dépend souvent du plus ou moins d'espace disponible. Le nom de CAESAR est abrégé tantôt d'une manière, tantôt de l'autre : C, CA, CAE, CAES. En ce qui concerne les abréviations romaines, consulter Stevenson, A Diciionary of Roman Coins. Les abréviations jouent un rôle considérable au cours du moyen âge ; aussi le collectionneur doit-il apprendre à les reconnaître. On peut les grouper sous cinq chefs :

i" Les sigles. Abréviations qui se composent de lettres choisies parmi les lettres qui composent un mot. Par exemple : A = pour les prénoms : Albertus, Antonius, Aimo, etc.; pour le titre : Abbé, Administator, etc.; pour un nom de ville : Aquilea, etc.; pour une année : Anno....

D = Dux, Deus, de. F = l-'rater, etc.

DG = Dci t(ratia. RF = Rcx Francorum.

SS = Sancti. etc.

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2° Abréviations par contraction. Faciles à lire pour ceux qui sont versés dans la paléographie médiévale ou dans la diplomatique. Par exemple :

DNS = Dominas. GLTa = Gloria.

SCS = Sanctus. ECCLFa = Ecclcsia.

3° Abréviations par suspension. Exemples : STEP' — Stephanus ; PR' = princeps ; Imp' = imperator.

4° Abréviations qui consistent à ne graver que la lettre ou la syllabe terminale. Elles sont difficiles à deviner, mais races, fort heureusement. Exemples : P\'S = episcopus ; CIA = Placencia; A = Bononia.

5". Abréviations par signes cojiventionnels, peu nombreuses et par conséquent faciles à retenir. Exemples : "J = cum, cun, com, con ; ix — rum ; 5 = et cœtera (cetera).

Dans les temps modernes, les abréviations se multiplient à l'infini; les souverains tenant à indiquer tous leurs titres sur la légende et la place f\iisant défaut pour la totalité des noms à graver, il fallut se restreindre à une lettre pour marquer au moins chacun des nombreux noms. Exemples : I = Imperator; S. R. I. P. = Sacri Romani Imperii Princeps ; R = Rex; E = Episcopus; S. R. E. = Sancta Romana Ecclcsia ; D = Dux ; C = Comes ; B = Baro, etc. De nos jours, on est à la fois plus sobre et plus précis, aussi la légende ne rend-elle plus que le titre principal, soit au complet, soit à l'état d'abréviation facile à comprendre. Pour l'étude de ces abréviations, consulter le livre de Schlickeysen et Palmann, Erklânmg der Abl:i'tr:(imgen aiif Miïnien der neuen Zeit, des Mittelalters tind der Nen~eit. Berlin, 1896; (dernière édition.)

Indications de la légende. — lui Tan 675 avant jésus- Christ déjà, la légende était d'un courant usage en Chine,

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alors que les différents peuples méditerranéens se contentaient de monnaies anépigraphiques. Lorsqu'elle surgit, la légende, avons-nous vu, était brève, se bornant à l'indication du nom du souverain ou de la ville; plus tard elle contient des noms de divinités, de rois, la valeur nominale, etc. Par la suite, la légende et son contenu se rapportent à et se composent de ce qui suit :

1° Nom de l'autorité (souverain, ville, ctat) (|ui monnaye.

2° Titres et qualités de l'autorité précitée

3° Millésime (date).

4° Xom ou marque du monnaycur (point déférent).

5° Xom ou signe de l'atelier de monnayage, ou du lieu.

6° Signe conventionnel de l'émission (point secret).

7° \'aleur nominale.

8° Indication du titre.

9° Xom ou signe du graveur.

Jamais, cependant, on ne trouve toutes ces indications réunies sur une seule et même pièce. Sous les empereurs romains, les rubriques 7, 8 et 9 manquent. Chez les Mérovingiens nous trouvons les combinaisons suivantes :

Droit. Revers.

Xom du roi ^ Xom de la ville.

Xom du roi ^= Xom du monnaycur.

Xom de la ville = Xom du roi.

Xom de la ville := Xom du monnaycur.

Xom du monnaycur := Xom du roi.

Xom du monnaycur ^i^ Xom de la ville.

Autorité souveraine ayant droit de frappe. — L'autorité souveraine — prince séculier ou ecclésiastique, ville ou confédération, Etat ou union d'états — ayant le droit de battre monnaie marque de son nom la monnaie qu'elle a la faculté d'émettre.

Fig. 91. S. C. comme eftigie.

Fig. 92. S. C. sur le champ du droit.

A Rome, et même sous les empereurs, la faculté Je frapper du bronze était réservée au Sénat, qui exhibait ce droit en marquant ses pièces des lettres S. C, abréviation de « Senatus-Consulto. » Ces initiales se trouvent tantôt sur le droit, tantôt sur le revers, soit comme tvpe monétaire principal (alors elles sont très en évidence sur le milieu du champ et de grande taille), soit comme marque flanquant de droite et de gauche l'effigie de la pièce ; on trouve aussi les lettres S. C. en exergue. Sur des monnaies qui ne contiennent aucune légende, l'effigie, soit le portrait,.

Fig. 95. S. C. sur le champ du revers.

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