CHAPITRE PREMIER
LA MONNAIE EN GENERAL. SA NATURE
La monnaie, instrument d'échange. — Tout objet d'échange servant d'échelle pour fixer la valeur des choses échangées peut être appelé une monnaie. Prise dans sa plus grande acception, la monnaie a été définie par les économistes « un instrument d'échange qui, en même temps qu'il sert de mesure pour la valeur des objets échangés, est par lui-même un équivalent. » La monnaie représentée par ce que nous appelons « des espèces sonnantes, )) soit, au figuré, l'argent, constitue l'instrument d'échange par excellence ; elle implique des attributs (valeur, dimensions, titre, etc.) qui lui confèrent un caractère propre, une signification particulière. Aux temps de naissante civilisation, les tribus, les peuples se servaient de toute marchandise susceptible de satisfaire leurs besoins comme instrument d'échange. Avec les progrès de la civilisation apparaissent des types marchands moins ordinaires, d'une valeur intrinsèque supérieure, et qui correspondent à un genre de vie, à des besoins plus raffinés. Chez les tribus vivant de la chasse, ces premiers objets d'échange étaient représentés par des peaux, des dépouilles
d'animaux sauvages; certaines monnaies anciennes portaient un nom qui se rapportait à cette lointaine origine ; ainsi, en Russie, la pièce h Kiing signifiant « martre », et la monnaie des Lapons ïa Raba synon^niie de « fourrure ». Chez les peuples nomades ou agricoles, le bétail constituait le type monétaire marchand le plus usuel ; ainsi chez les Perses, les Grecs de l'époque homérique, les Romains au moment de la fondation de Rome, chez les peuplades de la Germanie, de la Suède, de l'Islande, de la Tartarie, etc. Les mots: pecunia, pecitJiitui , pCiiiJatns , qui signifient monnaie, pécule, avoir, dérivent de pccus — hti-àA; de même pour le mot sccallas qui dérive de i^/;é?/ = bétail = fortune = argent. Le mot Islandais /g signifie tout à la fois: pièce de monnaie, fortune et bétail ; d'anciennes pièces portaient l'image d'un animal, et cette image symbolisait, sans nul doute, ce caractère d'objet d'échange que le bétail avait jadis. Les matières les plus diverses, denrées, objets naturels ou façonnés, produits du sol, etc., avaient acquis pour l'usage local ou pour la consommation une valeur marchande analogue , et figuraient dans les transactions comme objet d'échange. Ainsi les kauris (coquillage) en Asie et en Afrique; le sucre, le corail, les javelots ou les flèches, les graines, celle du cacao, par exemple, au Mexique, des morceaux de cuir, comme en Russie, les colliers, la verroterie. Le sel a servi de monnaie en Abyssinie, la morue à Terre-Neuve. La forme caractéristique de certaines monnaies perses, soit en noyau de datte, est un vestige de l'époque où ce fruit était employé à titre d'argent. Une monnaie de la l'rise, la lucde (vêtement) tire son nom d'un morceau d'étofte qui jadis tenait lieu de papier-monnaie ou de gros sous. Là où l'extraction d'un minerai s'opérait aisément, et où le métal était abondant, la monnaie-métal ap-
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paraît de bonne heure. Grâce à ses qualités constitutives (solidité, malléabilité, divisibilité, etc.), et aux avantages qu'il présente au point de vue des transactions, avantages qui le font de plus en plus apprécier (facilité de transport et de conservation sous un volume restreint, etc.), le métal se substitue progressivement aux objets d'échange primitifs. La monnaie-métal existait déjà en Orient vers l'an 2000 avant Jésus-Christ; concurremment on l'employait en Asie (et en Egypte) comme mesure de poids ; l'estimation d'un objet s'opérait volumétriquement, c'est-à-dire par une quantité donnée de métal, ou par un certain nombre de blocs métalliques pondérables.
La monnaie proprement dite. — La monnaie proprement dite est donc un instrument d'échange constitué par une pièce de métal frappée par les pouvoirs publics, et marquée d'un signe représentant une image conventionnelle. En opposition au mot pecunia (monnaie), impliquant le sens d'objet d'échange dans son acception générale, les Latins ont donné le nom de moneta (pièce de monnaie) aux espèces métaUiques, soit à la monnaie proprement dite et telle que la définit l'Académie par ces mots : « Toute pièce de métal servant au commerce, frappée par une autorité souveraine, et marquée au coin d'un prince ou d'un Etat souverain. « Le mot moneta dérive de monere (avertir). En effet, le type ou la marque dont une monnaie est empreinte « avertit » qu'il s'agit d'une pièce légale ; elle affirme l'exactitude du poids, assure l'intégrité de la valeur de l'objet, garantit, en un mot, la pièce vis-à-vis du public.
Le premier monnayage remonte à l'an 700 environ avant Jésus-Christ, c'est-à-dire aux peuples et aux souverains de race helléno-pélasgique établis dans les pays que
baigne la mer Egée, en Lydie, dans l'ile d'Egine (le roi Phédon d'Argos); à peu près à la même époque (675 avant J.-C), la Chine se créait une forme particulière de monnaies, alors déjà munies d'inscriptions ou de figures, et les répandait dans les pays circonvoisins. Sous l'influence du génie grec les pièces de l'antiquité atteignirent de bonne heure un degré de bienfacture artistique qui fait notre admiration et qui de longtemps ne sera pas surpassé. L'art monétaire rayonna sur les contrées qui subissaient l'hégémonie et l'ascendant de la Grèce, et où naquirent des types, des emblèmes numismatiques en corrélation avec l'histoire, avec la religion, avec les dynasties appartenant en propre à chacune d'elles. Les Romains vulgarisèrent l'emploi et la fabrication de la monnaie au cours de leurs incessantes et progressives conquêtes. Après une longue période d'affaissement (moyen âge), pendant laquelle l'art monétaire végète sans produire quoi que ce soit qui puisse approcher des pièces léguées par l'antiquité, le monnayage se relève sous l'influence de la Renaissance italienne ; il atteint dans les temps modernes un développement qui, au double point de vue de l'art et de l'adaptation du numéraire aux exigences de la vie, lui fera atteindre de nos jours un degré, inconnu jusqu'alors, de bienfacture, de précision du titre, d'heureuses dimensions quant au volume.
Matière première. — L'ckctron {i/.sy-poi) est un alliage composé, en chiffres ronds, de 73 parties d'or et de 27 parties d'argent, alliage d'une couleur pâle, qu'on monnayait couramment en Asie Mineure (rois de Lydie, 700 avant J.-C), plus tard à Carthage, dans les pays celtes, et dans de nombreuses villes grecques. Il tallut l'abandonner à cause des facilités de fraude qu'implique son emploi.
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L'or. L'or se trouve répandu dans toutes les parties du globe ; on l'extrait sous des formes variées qui toutes, suivant les conditions du milieu, servaient dès la plus haute antiquité comme instrument d'échange. Le monnayage de l'or remonte à l'époque des rois de Lydie, à Crésus notamment (568-554 avant J.-C). Depuis, la pièce d'or constitue la monnaie par excellence. Par rapport à l'ensemble du numéraire, et par rapport aux espèces monnayées, l'or joue le rôle « d'étalon », c'est-à-dire de prototype de poids, de mesure, de titre, que des lois ont réglé et autorisé. Le premier et plus ancien étalon monétaire de France était la « livre de Charlemagne » ; on conservait ce modèle dans le palais du roi. Louis VII en confia la garde au prévôt des marchands. De tout temps le monnayage de l'or constitua une prérogative exclusive de la Couronne ou de l'Etat. Les pièces d'or de l'antiquité sont presque toutes sans alliage ; eUes sont faites d'un or très jaune, une couleur qu'on retrouve dans certaines pièces du moyen âge et des temps modernes ; le titre en est moindre que celui de pièces similaires d'une couleur autre. L'or affecte une teinte jaune foncé dans les pièces de l'Amérique du Sud. Présentement, la plupart des pays d'Europe emploient un or plutôt rougeàtre.
L'argent existe dans la nature sous un grand nombre de formes. Il est inaltérable à l'air et dans l'eau; ce qui lui avait valu, de la part des anciens, l'épithète de « noble ». Phédon, roi d'Argos, fit le premier monnayer l'argent. Les Grecs adoptèrent et gardèrent l'étalon d'argent qui, dès lors et jusqu'à une période avancée du moyen-âge, fit loi en tous pays. Aujourd'hui l'argent sert pour la monnaie divisionnaire.
Le platine, le plus pesant et le moins dilatable des métaux, a été exploité principalement en Sibérie ; il ne se
prête pas à Talliage. Il n'a servi au monnayage qu'en Russie, et de 1825 à 1846 seulement.
Le fer. Le fer est universellement répandu dans la nature ; il a figuré dans l'antiquité comme moven d'échange. En tant que métal-monnaie on le voit apparaître au cinquième siècle avant Jésus-Christ à Sparte, à Byzance, puis au quatrième siècle avant Jésus-Christ, à Argos, à Tégée.
Le cuivre, dont le nom vient du grec Kypris, l'île de Chypre, d'où l'on tirait le cuivre autrefois, est connu dès les temps les plus reculés. L'art de travailler le cuivre aurait été trouvé du temps d'Osiris dans la Thébaïde (tradition égyptienne). Les Phéniciens en trafiquaient abondamment. On le monnaie vers 460 avant Jésus-Christ. Les grosses « barres monétaires » qui sont parvenues jusqu'à nous, l'aes rude, l'aes siguatuin, et qui remontent aux Italiotes, sont probablement d'origine plus ancienne encore. Avant d'adopter l'étalon d'or, et antérieurement à l'étalon d'argent, les Romains, jusque sous le consulat de C. Fabius, avaient l'étalon de cuivre. Les monnaies de cuivre jaune (laiton) et de cuivre rouge, ces dernières, à poids égal, d'une valeur double des autres, sont très nombreuses. En Egypte, sous les Ptolémées, on se servait, en guise de monnaie, de gros morceaux de cuivre dont l'alliage variait. De nos jours le cuivre est exclusivement réservé pour la monnaie d'appoint.
L'élain était plutôt un article d'importation et de commerce (Phéniciens), et ne figure que rarement à titre de métal monétaire, du moins en ce qui concerne l'Europe. Denys de Svracuse frappa des pièces d'étain. On retrouve ce métal à l'état de monnaie chez les Malais, les Chinois, les Sénéffambiens.
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Le plomb. Ce qui vient d'être dit s'applique également au plomb. Abstraction taite des pièces fausses, des pièces « d'essai », ou de plombs dits « historiés », on mentionne des monnaies de plomb datant du second siècle (rois de Numidie).
Le laiton. Seuls les Chinois s'en sont servis comme de métal monétaire.
Le billoii. Le billon est un alliage de cuivre, d'étain, de plomb et d'argent qui, au cours du troisième siècle, prit la place de l'argent, dont le titre était allé en s'altérant de plus en plus, si bien que sous Dioclétien la monnaie d'argent ne représentait guère plus qu'une feuille dé cuivre à très mince couverture d'argent. En différents pays, le billon sert de monnaie d'appoint.
Le potin. On distingue un potin jaune, mélange de cuivre jaune et d'un peu de cuivre rouge, un métal factice et cassant, et le potin gris fobriqué avec les lavures que donne la fabrication du laiton en y mêlant du plomb ou de l'étain. On le monnayait chez les Gaulois (dernier siècle avant J.-C.) et ci Alexandrie d'Egypte sous les empereurs romains jusqu'à 296 environ après Jésus-Christ.
Le nickel a été employé au troisième siècle avant Jésus- Christ déjà, dans les contrées septentrionales de l'Inde. Il devient de plus en plus l'élément constitutif de la monnaie d'appoint moderne.
L'aluminiinn n'a été utilisé que pour des médailles frappées au cours de ces dernières années.
Le verre a été coulé ou fondu dans le but de remplacer le numéraire. Il s'agit alors de monnaies obsidionales ou de nécessité, autant dire d'« assignats » en verre, tels ceux que fabriquèrent les Byzantins en Egypte au cours du sep-
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tième siècle après Jésus-Christ, et leurs successeurs les Arabes (Obeid- Allah, 723 après J.-C).
Le papier-monnaie. Le papier-monnaie fait, comme son nom l'indique, office de monnaie; c'est une monnaie fictive, qui n'a pas une valeur intrinsèque et qui ne représente pas, comme le fait le métal, une valeur équivalente qu'on puisse réaliser. On l'a employé jadis à titre d'expédient et dans des circonstances critiques. D'aucuns disent qu'il était usité en Chine dès le treizième siècle. Le quinzième siècle vit, en Europe, une telle pénurie de numéraire que dans certaines contrées (villes assiégées, par exemple), on fut obligé d'émettre (outre les monnaies obsidionales dont il sera question plus loin) des morceaux de papier ou de carton. L'Angleterre en 1696, la France en 1701 et pendant les années suivantes, le Danemark en 171 3, et, depuis, presque tous les Etats émirent du papier-monnaie ou des « bons », qu'il ne faut pas confondre avec les billets de banque ou banlnotes modernes. La refonte des monnaies en 1701 avait provoqué en France (notamment parce que la frappe nouvelle s'éternisait) une disette intense de numéraire, d'où les « billets de monnaie » avec cours forcé dès 1707. A partir de 171 5 apparaissent les « billets d'Etat. » En 17 16, Law ouvre sa banque qui, jusqu'en 1720, aura lancé du papier pour une bagatelle de 2 696 400 400 livres. De 1789 à 1796, émissions successives d'« assignats », qui en l'j^S déjà atteignent une valeur en circulation de 19 milliards ; pour un « louis d'or » - monnaie, il fallait alors payer 8600 francs-papier. Les grands industriels du midi de la France émettent de 1790 à 1793 des « billets de confiance. » A partir de 1800, enfin, surgissent les « billets de la Banque de France. » Comme papier-monnaie, on peut faire figurer également les certificats d'envoi qui accompagnaient les
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lingots exportes du Brésil. Ce qui couccrnc la valeur du papier moderne, la couverture en banque, le cours du papier, etc., ne peut être abordé dans ce travail.
Ajoutons qu'à une époque très reculée, les premières monnaies, chez les Romains, auraient été en terre cuite et même en bois peint. Il s'agissait sans nul doute d'une espèce d'assignats analogues à ceux en verre. Enfin, les peuplades du Nord se servaient à la place des peaux d'animaux entières, et forcément très encombrantes pour certaines transactions, de morceaux de cuir ou de fiches en cuir. Ces objets étaient poinçonnés ou fenestrés, ou bien — ainsi en Russie jusqu'à l'époque de l'invasion mongole — marqués d'un coin officiel et légal. Leur emploi était général. Le roi normand Guillaume \" fit frapper des pièces semblables en Sicile. En temps de famine ou de siège, les villes, pour suppléer aux espèces sonnantes qu'elles ne pouvaient pas recevoir du dehors, les assiégeants eux-mêmes parfois, furent obligés de frapper des monnaies temporaires que les autorités s'engageaient à rembourser plus tard. Ces monnaies, nommées « obsidionales » ou de nécessité, étaient, en cas de pénurie complète de métaux, fabriquées avec du papier ou précisément aussi avec du cuir qu'on munissait d'une estampille officielle.
Valeur des métaux. — Par le fait même de la circulation d'un numéraire constitué par des espèces métalliques différentes, il résulte des fluctuations de valeur pour chacun des métaux, soit un « cours » qui varie suivant les circonstances et le milieu. Comme pour d'autres choses, il tant distinguer pour les métaux entre la valeur usuelle, qui varie selon le prix qu'on attache au métal pour satisfaire les besoins, et la valeur vénale, qui est le rapport de quantité qui
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existe entre les différents métaux au point de vue de l'échange. Le prix de l'or par rapport au prix de l'argent augmente en raison directe de la progression de la civilisation. Tandis que l'or n'avait chez les peuples africains qu'une fois et demie, aux Indes du temps de Méas que deux fois et demie, chez les Scandinaves au moven âge que huit fois la valeur de l'argent, chez les Grecs, à l'époque de Démosthène, l'or valait quatorze fois, en 422 à Rome dix-huit fois plus que l'argent. Aujourd'hui l'or est en voie de devenir la monnaie universelle ; son influence n'a fait que s'accroitre.
Titre des monnaies. — Tout au début du monnayage le métal qui servait à la fabrication des pièces était pur, sans adjonction d'alliage. Avec le temps, et presque dans tous les Etats, le titre des monnaies baissa ; ainsi, le denier d'argent romain, par un alliage toujours plus abondant avec du cuivre, s'altère de plus en plus et se transforme en une pièce de billon, notamment à de certaines époques nécessiteuses, comme sous l'empereur Gallien; telles aussi les monnaies d'or du Bas-Empire adultérées toujours davantage par un surcroît de cuivre dans l'alliage. Au moyen âge, une diversité extrême et une confusion complète régnaient dans le monna3'age et, par conséquent, dans le titre, parce que la plupart des seigneurs suzerains ou princes-évêques, s'attribuant le droit de battre monnaie, agissaient selon leur bon plaisir. Ce désordre subsista, malgré les efforts de saint Louis (1265) et de François L' pour s'opposer à ces abus, jusqu'à Louis XIV, qui y mit un terme par l'ordonnance de 1652, et qui établit l'unitormité du système monétaire par ses prescriptions ayant trait au titre, soit à la quantité de métal qui doit exister dans
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une monnaie. De nos jours, on trappe au titre le plus tîn possible et on n'ajoute de l'alliage que pour donner aux pièces l'état de dureté, de consistance voulu. Le « titre » est le degré de tin de l'or et de l'argent ; il a été fixé en France, d'abord par la loi du 19 brumaire an \l, puis par les décisions de l'Union monétaire latine, qui se trouvent nibriquées dans la tabelle suivante :
Monnaies
Titre
Poids
Diamètre
Or
Titre de tin
réel
Limite d'erreur
Poids réel
Limite d'erreur
ïr. C.
Millicrai's
Millièmes
Grammes
Millièmes
Millimètres
1 Argent
Provenance des métatlX. — Dans l'antiquité, les mines d'Asie Mineure et le sable du Pactole fournissaient largement l'électron nécessaire au monnayage. Oibia et le royaume du Bosphore tiraient leur or de l'Oural, tandis que la Thrace livrait aux officines de la Grèce septentrionale le minerai dont le gouvernement avait besoin. Les anciens Athéniens tiraient l'argent du Laurium, les Romains s'approvisionnaient d'or dans les massifs de la Tauride, où par la suite ils établirent l'atelier du monnayage impérial d'Aquilée. Après les conquêtes de Trajan, aux mines de cuivre que les Romains possédaient déjà vinrent s'en
ajouter de nouvelles, celles de Mysie. En outre,, on importait de l'or de presque toutes les parties du monde alors connu. Le moyen âge ne sut pas extraire le minerai ou profiter des anciennes mines ; on se tirait d'affaire en fondant les pièces des temps passés. Dès l'époque de la découverte de l'Amérique, ce fut un immense courant qui déversa sur toute l'Europe des quantités prodigieuses du précieux métal. D'après O. Haupt (Arbitrages et Parités, 1894), la production moyenne durant la période qui s'étend de 1493 à 1520 fut, en chiffres ronds, de 19,9 millions de francs par an. Depuis, cette production a atteint annuellement (de 1856- 1860) 709,8 millions. La tahelle suivante donne un aperçu de la production en or de l'année 1892. L'Australie a fourni pour 177 millions de francs.
L'Amérique a fourni » 172 » »
La Russie a fourni » 125 » »
La Chine a fourni » 37 » »
D'autres pays ont fourni pour 202 » -a
Pour le laps de temps de 1493 à 1892, la production totale de l'or a été de 42 445 000 000 francs. La production annuelle de l'argent a été, de 1889 à 1892, de 4 320 000 kg.
Au point de vue de la numismatique, il faut tenir compte, à côté de ces grands bassins producteurs, de petites sources locales dont le rendement a alimenté le travail du monnayage. Ainsi Bâle monnayait l'or que la ville tirait du Rhin ; la Suisse a utilisé l'or du Valais ; Luccrnc se servait pour sa frappe de l'argent qu'elle enlevait au lit de l'Emme et de la Luthern (i 586-1656). En outre, la refonte de métaux communs produisait une plus-value par le fait de la présence, dans ces masses, de métaux nobles qu'on gagnait ainsi. En Suisse, par exemple, lors du retrait et de la tonte des pièces démonétisées (1851), on gagna un quintal d'or d'une valeur de i 700 000 francs.