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COMMENT ON DEVIENT COLLECTIONNEUR

ous les modes qui caractérisent et différencient le moi hamain (pardon, ô mes lecteurs!) ont leurs similaires y comme dit M. Baudrillart, dans les autres espèces du règne animal.

Ainsi, de même qu'il y a des animaux :

Voraces, — le requin ; Plagiaires, — le singe ; Hystériques, — le roussin ; Penseurs, — la truite ; Mathématiciens, — la grue ;

De même il y a des animaux collectionneurs :

La fourmi amasse des grains; Le mulot, des noisettes;

l8 PUSAmS ET PASTELS.

Le chien, des puces;

La pie, des couverts d'argent.

Mais la fourmi, le mulot, le chien et la pie sont des brutes dépourvues de tout libre arbitre, et qui sont forcées d'obéir à leur instinct, comme un coucou, une fois monté, est forcé de marquer l'heure.

Autre est la condition de l'homme.

Dieu l'a fait libre. Il pense, il délibère, il veut, et il ne saurait exécuter aucune action, non pas même la plus insignifiante, sans y être poussé par un motif déterminant. Seulement, pour un observateur superficiel, ce motif n'est pas toujours facile à découvrir.

Quand vous voyez un de vos semblables grignoter des crevettes ou cracher dans un puits^ la pensée ne peut vous venir de lui demander la raison d'une action si simple. Ce sont là, .en effet, des manifestations propres aux estomacs sensuels et aux cerveaux mélancoliques. Mais si vous le surpreniez dans la perpétration d'un de ces actes qui ne s'expliquent par aucune nécessité physique ou morale — comme serait de racler de la

LE COLIECTIONNEUR. Ip

guitare devant un valet de carreau — vous vous mettriez bien certainement l'esprit à la torture pour deviner la cause de ce qui vous semblerait une aberration mentale. £h bien ! ce passe-temps musical auquel se livrait un Espagnol de ma connaissance, dont je raconterai peut-être un jour la lamentable histoire, n'est pas plus extraordinaire à mon avis que le fait d'un homme bien constitué, sain de corps et d'esprit, sevré à l'époque voulue et vacciné en temps utile, qui se livre de gaieté de cœur, sans y être condamné, à cette singulière passion, la coUigomanie.

Un mauvais plaisant demandait un jour par quelle série de métamorphoses un être humain pouvait se transformer en un épicier; il serait bien plus rationnel de rechercher par suite de quelles catastrophes physiques et morales un homme, une créature du bon Dieu , au bout de tout, peut se transformer en un collectionneur.

Ce problème m'a préoccupé longtemps, et, à la suite d'une enquête aussi pénible que consciencieuse, j'ai découvert quelques-unes des causes qui peuvent produire une aussi curieuse incarnation.

aO FUSAINS ET PASTEIS.

Mon enquête a porté sur dix collectionoenr*.

J'ai constaté qu'ils avaient contracté cette infirmité :

Quatre — par désespoir d'amonr;

Deux — par exaspération politique ;

Un — par chagrin d'être devenu chauve ;

Un — à la suite d'une brouille avec son curé;

Un -^ pour avoir eu le nez gelé en Kabylie;

Un — pour avoir manqué le train de Bruxelles.

On voit par ces exemples que la cause première, la raison déterminante de la colligomanie est toujours une déception ou un malheur.

Je m'en doutais.

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