LA S0GIALI9\TI0M DBS MOYENS DE PRODUCTION
ET d'Échange
« La rich»sfe, sociale dans
sa 8oarc<3, doit être so-
^ ciale dans son emploi. »
(PnERRE LaFITTS)
Le vice fondamental du régime capitaliste, non pas seulement au point de vue de la répartition, mais, par une réaction toute naturelle, au point de vue même de la productivité du travail social, c'est la confiscation, par les classes possédantes, de la plus-value produite par les classes salariées.
Certes, ce serait une conception fausse — et que l'on attribue faussement aux socialistes ^ —
1. Y. notamment ce que dit Marx au sujet du travail de direction, daïis le chapitre XXIII du 3* volume, t. 1, de son Capital, Lorsqu'un capitaliste dirige lui-même son entreprise, « il produit de la plus-value, non pas parce qu'il travaille comme capitaliste, mais parce qu'il travaille, abstraction faite de sa propriété de capitaliste. Cette partie de la plus-value n'est donc pas en réalité de la plus-value, mais son contraire . l'équivalent du travail accompli » (Das Kapital, llli, pp. 368,369). — Et, plus loin, p. 373: « Ure a déjà fait la remarque que ce ne sont pas les capitalistes industriels, mais bien les managers industriels qui sont râiB« d« notre système d'industrie ».
de considérer comme productif le seul travail manuel, et par conséquent de ne voir qu'un prélèvement illicite, dans toutes les formes de revenu qui ne constituent pas un salaire, au sens étroit du mot.
Il est bien évident/ au contraire, que tous ceux qui fournissent un travail' utite, tous ceux .qui participent réellement i Tœuvre sociale, depuis les ingénieurs et les directeurs d'industrie jusqu'aux savants et aux artistes, qui apportent un complément nécessaire à la. production întégralSe, doivent, en bonne justice, recevoir un salaire et prendre leur part des produits qu'ils concourent à créer.
On peut justifier ainsi, dans la société actuelle, les revenus' sans travail qui donnent des loisirs au poète, au philosophe, à Tinventeur*. Mais, alors même q^ue vous ajoutez ces revenus, légitimés par un travail gratuit, à la somme des revenus du travail payé; que vous considérez comme un juste salaire tous les traitements, toutes les participations, toutes les. rémunérations, sous une forme q^uelconq^ue^ aiQcoxdées à tous l'es producteurs, directs ou indirects, matériels- ou immatériels^ il n'en reste pas moins un excédent, un surproduit, une plus-value,, qfie s^e partagent les divers groupes de eapitalistes, industriels^ commerçants, propriétaires fonciers, non pas en vertu d'un travail^ quel qu!il aoit, mais uniquement — quia nominor ko -^
1. Y. à M sujeu àtokû ht Revue dèê Deux Monde» da l*»' mai 1900; Tétudë de A. FovTuà^, sur le Ttayail tnental et le collectivisme matérialiste.
en Vêrlu d« leur droit de propriété sur ted moyons de production et d'échange.
Tel est le fait essentiel qui se trouve à la base de toutes les réclamations socialistes* Il appa« ralt plus ou moins clairement à quiconque se donne la peine de réfléchir, et les analyses sarantes que Marx, utilisant les travaux de ses devanciers, a coordonnées et synthétisées dans son œuvre mattrèsse, n'ont fait en somme que donner la formule scientifique de l'exploitation du prolétariat par les détenteurs du capital privé.
Cette exploitation est incontestable, puisqu'il y a des gens qui, ne vivant pas de leur propre travail, doivent nécessairement vivre aux dépens du travail d'autrui: Mais cela ne veut pas dire, et les socialistes n'ont jamais prétendu que, dans chaque entreprise, la plus-value créée par le travail profite directement, automatiquement en quelque sorte, au capitaliste individueL
Pour voir les choses sous leur vrai jour, il faut les considérer dans leur ensemble. C'est d'ailleurs h ce point de vue que se place K. Marx lorsqu'il montre comment la plus^ value, créée pendant le procès de la production, se métamorphose en profit, pour se réaliser au cours du procès de la circulation, sous forme de profit moyen *•
1. Da» Kapital, III i. Der Geaammtprocess der Âapitalistisehen Proauktion, g I, 119. (Hambourg, Otto M^lsAnei*, 1894). Nout atontf résottté cetie pârtU, floo eseore tradoiie, d« ToL m, àmuB It» Annalôê de l'Irutitut des sciences sociales, avril 1897, no 2, 3« année. (Braxelles, au siège de rinstitttt, 11, rue Ravenstein.)
Sauf certains cas exceptionnels, dit-il en substance, les capitalistes ne réalisent pas, lors de la vente des marchandises^ la plus-value créée dans leur sphère de production. Cette plus-value se confond, fait masse avec la plusvalue produite par Tensemble du travail social, et, transformée en profil moyen, tend à se répartir, sur pied d'égalité, entre toutes les fractions de même importance du capital engagé.
Les capitalistes, pris en bloc, doivent être considérés, dès lors, en ce qui concerne le profit, comme les actionnaires d^une vaste société anonyme, qui se partagent les bénéfices réalisés par celle-ci, au prorata du nombre de leurs actions.
Et plus Phégémonie de la production capitaliste s'affirme, plus les propriétés se mobilisent et se transforment en valeurs de négociation facile, plus aussi les profits tendent à s'égaliser dans toutes les branches — sauf à tenir compte^ naturellement, de la diversité des risques, de rinfluence des monopoles et des fluctuations temporaires du marché. En efiFet, dès l'instant où, d'une manière durable, les profits dépassent la moyenne, dans une des sphères de la production ou de l'échange, les capitaux y affluent, et — conformément aux lois de l'ofire et de la demande — leur concurrence abaisse les profits ; par contre, si ces derniers restent, d'une manière durable, inférieurs à la moyenne^ les capitaux se détournent, refluent vers d'autres branches et, par conséquent, les profits se relèvent.
n Ta sans dire que, malgré cette tendance au nivellement, contrariée d'ailleurs par bien des obstacles, les profite réalisés par chaque entrepreneur pris individuellement restent ^çssentiellement variables ; ils peuvent atteindre des chiffi'es fantastiques ou bien être réduits ii néant, voire même tomber au-dessous de zéro.
Mais, quelle que soit l'importance de ces accidents, heureux ou malheureux, pour ceux qui ed sont les bénéficiaires ou les victimes, il n'en reste pas moins vrai que, prise dans son en> semble, la classe capitaliste, par cela seul qu'elle est propriétaire des moyens de production et d'échange, accapare et se partage, ^ous forme de profit, la plus<value créée par les travailleurs manuels ou intellectuels.
On s'efforce, à la vérité, de légitimer cet accaparement — qui enlève k la grande masse des travailleurs tout intérêt direct à accroître la productivité du travail social — en soutenant que les profits de la classe capitaliste constituent le nerf de la production, la rémunération, Juste et nécessaire, des capitaux qu'elle engage et de la fonction qu'elle remplit, en se chargeant delà direction des entreprises.
Nous avons donc à résumer, dans ses grandes lignes, l'argumentation de ceux qui parlent ainsi.
GfiAPiTRE 1
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' (RlCBABD Wasmi).
DaoB une entrepriee 4}U6l€Ott4jii«^ le |>rafit d'un industriel, iord^u'il «st à la fais capitaliste et propriétaire du fonds qu'il occupe, égale le prix de vente des produits, moins les frais de production.
En supposant, par exemple, que dans une filature de coton, pour fabriquer 10.000 livres de filés, quî^se vendent, en n® 40 (juin 1900), 10.750 fr., l'entrepreneur dépense 1.300 fr.
pour la rémunération de son personnel, 6.750 fr. pour l'achat de sa matière première «(coton), 250 Ir. pour ses matières auxiliaires {(cliarbon, gaz d'éclairage, etc.), 650 fr. pour l'araortissement de ses immeuble», de son matériel et autres dépenses^ soit en tout â.d50 fr. qui représentent des frais de production, le profit qu'il réalise est égal à 10.750 — 8.950, soit 1.800 fr.
Pour justifier" ceprofit, on a successiv-ement insisté plus particulièrement sur l'un ou l'autre des trois éléments qui le composent :
1® La rémunération du travail de l'entrepreneur;
5* L'inlérét du capital engagé (y compris la renié foncière, si Tentrepreneur est en même temps propriétaire de l'immeuble) ;
3<* La prime d'assurance contre les risques.
Ou, en d'autres termes, que nous trouvons chez certains économistes, soucieux de transformer les capitalistes en salariés, dans l'espoir d'éviter que, par l'appropriation collective, les salariés se transforment en capitalistes : le salaire assurance, le salaire de privation (the rémunération of the abstinence, comme dit Senior) et le salaire de direction (Unternehmer'lohn; images ofsuperintendence).
S 1. Le salalre-assuranoe
On prétend, tout d'abord, que les profits extra, réalisés par certains capitalistes, constituent une indemnité pour les risques qu'ils assument. « L'expérience prouve, dit Leroy»
Beaulieu, que sur dix entrepreneurs d'industrie ou de commerce, il en est deux ou trois qui tombent en faillite ou en déconfiture, cinq ou six qui trouvent seulement le moyen de vivre en ayant une modeste rémunération de leur peine et en conservant seulement leu' «voir ou en ne Taccroissant que très légèrement, et^ tout au plus, un ou deux qui font une fortune de quelque importance* »
S'il en est donequi gagnent beaucoup, et qui