‹ Le collectivisme et l'evolution industrielleChapitre 23 sur 47 · Traité d'économie politique, II, p · texte numérisé non relu

Traité d'économie politique, II, p

semblent même gagner trop, il ne faut pas ou* blier que nombre d'autres sont en perte. C'est ainsi, par exemple, que, sur 2.554 sociétés allemandes, dont Van der Borght a relevé les bilans pour 1891-1892' :

471 soldaient en déficit.

888 ne donnaient pas de dividendes.

641 donnaient de à 5 pour cent.

21 — au - dessus de 40 pour cent.

Telles, par exemple, la Société charbonnière d'Arenberg (Essen) 80 0/0, la Société sucrière de Gottingue 83 1/2 0/0, la Société des transports marilimes, fluviaux, etc., de Dresde 100 0/0, la Société de la Haute-Silésie, pour la fabrication de la lignôse, 120 0/01

En somme donc, ce que l'on invoque pour justifier les énormes profits de certains capitalistes, c'est qu'ils ont pour contre-partie la faillite ou la banqueroute de leurs concurrents malbeureux. Mais c'est précisément ce qui con- 'damne à nos yetix un régime d'insolidarité sociale qui assure aux uns des bénéfice'% exorbitants et qui livre à tous les hasards de la concurrence,' de l'agiotage, de la spéculation, non seulement les chefs d'entreprise plus ou moins

1. Va» dbii Boroht. DU deatschen AkttengeseU»eha/Un tm Jahre iSgi-ga. {Jahrbàcker fur Nationalotkonomi* uni StalUtik. lena, iSqS, S. SjS). — Voir ci-aprèa, p. 275.

:rfespoqi8ftMes de levirs ft^M, mmê ëùoêife ims

Qtte, (bots T'eut «tctuei des dvMes, ims pv^^rfils flioivant&écesMif èmeal contenir unef^rittie d'assurance contre les risqués, nous tte wm.geaas nullement à y contredire. SenienHeAit^fieus soutenons, M il est ihcile ée iwanitiwr (ftte, ^ns une organisatîivii sociale dn tr^vwLy eetfcte ^itime d'assurance perdrait toute lÉiison d'être.

Dès à présent, en effet, si telle ou telle entreprise déternûnée icoiiit inconte stabh&fnent le risque de se trouver en pert^, il eal bien rare qu'une ind^ïstrie l>oat lentière ne fastte pas de bénéfice, «clt, à «loins d'un v-éritable cata- Àibffsm^ ItfMliEistriîdL, ^fn peut affin3»er <]ue tes ceaipitalietes, cetaame cfesde, no sont jâtnMs en f>erte.

P^daat l'exercice socki 1894^1892, les 2w^4 Sociétés s«Hr lesqu^les Van der Sxyrg^t ft içm se procurer des r6li:seigi»e]neat8 pDécis et coaiplets^ ont «»- malgro les pertois é|>Fe^irvé6s par un assee ;gramd 9V0mbra d'^^^i^tre elles -^ t^àliiBé un béné^ce «r^yea d(e &M 0/0 de leciT eâf^l nommai et destiné 6. 1 Qs/Q de dividende.

> On obtient des résultats ^malôgHes ^tat fos sociétés oommerciales dont les pertes ou tes bé«iéfi<;es soAt fmblîés, cbaq«i<e mniuée, par S^An- Muaire affieielîie 6el^ique^

1. En 1898, les sociétés commerciales par actions, réiglie» par la M <diif t^ «mA 187S, «tviem tin «ttj^iA^ «^l^al de fr. 2.045.722.000. Les bénéfices nets, réalisés par 948 tr«kit»« >dl«]i, M «ont éte^^éis 4 ^. 1^7.041>iOSS; lèè pel-tes iittbies par lt| sociétés à fk*. S.$94,4)00. Soh ^iie «* «Xteëdent des èèfcéfioM mr !«• pert«s 4e «fir. 0S.€47^O6,

Noae Mwnt ft, par oonsiquent, en droit ^e eofielur^ que, hpn an loal an, leg propriétaires des moyens^ëe ppodqction et d'échangese parlageBluiipe maase de profit^^ de plus-values tFansform^eS) dont la grandeur est variable, inai0 ^ui, pour l^enc^emble dea entreprisea, Ae tombe jamaie à aéro.

§ 9. I^e sf^Ifdre 4e privi^tlon

GoimD^ «e^Qnâ ^I^i^nt» ine«^p^r4 d^u» le firofitt i^o^ii trauYQ»9 rintéfèt du «ftpîlail e«r

Pàe riftstani o^ik m ca^pit»! a^partie^t li dea particuliers, il e»l tout mliiifel qyQ cQft dwfiierfi exigent» pour s^eA dea^aiair^ poujir lo nsietlre à U^apesition d^ tjrftvaiUeurss. ^ne< réiiiun4?«r tion : celui qui ^mei V«^ppropri^ti<^ privée dite sMyeiia de pne^duclion doit ^i» teoeirtj^t i^

Mm QQ va plu» Imn^ e( Von «outie&t que eeHe rémunération ecmaitilufi le aeul moyen vrai* ment eScaeei d'aasu^rer l-aeoompUaai@Qftettt de celte foactiQit e««eAti:eUe : l'acctUBiulatio»,. gràce. à l'épargne.^ des eapitaii^ néceaaftiree à. la pro* dttetion»

e ▲ cpté ditt «ali^rfb de travail^ qui eat daoA le droit, «*x^ écrivait un disciple de Sebubie «Dédire 9*^ 0/0 di^ capital nominal^ généralement surévalué. -«- SiM^ les iflcoBvénients grftTefi de la ««révalnation du capital (ovçreapitaHjsatiùnï, &&» I» ]^)upar< êes taciétée tukor ttymea, y. Kershaw. Joint stûck enterprièe anà our nuMnw» facturing industries. (The Fortnif^htfy Eeview, B»fty 190e^

litsch, Faucher — il y a un autre agent qui est également dans son droit : c'est le capitaUlntérêt : cet intérêt n'est ni plus ni moins que le^ salaire pour l'abstinence exercée. Quiconque accumule un capital, s'impose des privations; il ne dépense pas les moyens qu'il a acouis, mais il les accumule en instruments perfectionnés, en provisions, etc. Il arrive par là à la possession de capitaux qui sont utiles à la communauté; en cédant sa provision, le fruit de sa modération, il mérite une récompense ^ qu'il reçoit par le paiement de la rente, car ses privations valent autant et souvent davantage que le travail lui-même. C'est pourquoi il n'est pas possible que le salaire du travail soit haussé aux dépens du salaire des privations S »

Lassalle, dans son pamphlet célèbre contre Schulze-Delitsch, a eu beau jeu de se moquer de ces pauvres capitalistes, ascètes, pénitents indiens, stylites, qui, un pied sur une colonne, le visage blême, les bras et le corps penchés en avant, tendent leur assiette au peuple pour recueillir le salaire de leurs privations I

Et, même en Angleterre où, depuis Senior, la « rémunération for the abstinence » avait fait fortune, des économistes ^omme Sidgwick reconnaissent aujourd'hui que la critique socialiste a fait justice de cette prétendue justification des revenus sans travail. « En réalité, dit

1. Cit. par hkssàJLLMf Capital et travail, trad. Malon, p. 143. Y. également Fouilléb, Le travail mental et le eoU lectivisme matérialiste (Revue des Deux^Mondes, l*' mai 1900, p. 129).

Sidgwick, la part du travailleur dan.«L les' moyens de consommation est inférieure^ pour deux motifs Bien distincts, à ce qu'elle serait si la productivité de son travail pouvait être la même s^ans recourir à des instruments :

d'abord parce qu'il doit consacrer une partie de Bon temps à fabriquer ces instruments; ensuite parce qu'il doit consacrer une autre partie de temps à produire des moyens de consommation, qui constituent la part d'intérèi que le propriétaire du capital dissipe, au lieu d'épargner ^ »

Or, le pren^ier de ces prélèvements, seul, existerait en régime socialiste : la collectivité devrait exercer l'abstinence, consacrer une part de son produit à l'entretien et au renouvellement du capital social ;*mais elle n'aurait pas à payer en outre pour récompenser l'exercice de cette abstinence, pour stimuler les capitalistes à épargner, au lieu de consommer.

C'est, d'ailleurs, ce qui se passe dès à présent dans les sociétés coopératives et dans les services publics, pour la partie du capital qui n'est pas formée par l'emprunt. La société, l'État ou la commune prélèvent, sur les bénéfices de l'exploitation ou sur les cotisations et les impôts payés par leurs membres, ce qui est nécessaire au développement de l'outillage et à la marche de l'entreprise. Bref, l'épargne devient collective, au lieu d'être individuelle. C'est une fonction sociale, exercée par tous dans l'inté-

1. The Economie lessons of soeialism. (The Economie Journal, 1895, p. 343).

tét de tous, au lieu d'être livréfe, comme aujourd'hui^ aux suggestions de l'intérêt privée à la li* bre ^ fantaisie dea( capitalistes, incessamment ballottés entre le désir d'augmenter leurs rete* nos et le désir d'accroître leurs dépenses.

Car^ ne Tôublions pas, c'est avec une énorme déperdition de forces et de richesses quela clas^ se possédante exerce la fonction Capitalisatrice qui lui est dévolue dans l'état actuel des^choses^ En regard de ce qu'elle accumule productîvement^ pour intensifier l'exploitation du travail^ il faut mettre ce qu'elle dépense improductive^ ment^ et presque toujours bêtement, vaniteusement, im moralement, pour afficher un luxe d'ostentation pure, pour payei* les milliers de travailleurs que ce luxe requiert et que Fourier a justement appelés des agent» de ctéation néga* tii^Cj pour entretenir^ enfin ,'^ ces légions de parasites/ inférieurs *— valets, jockeys, merlans, croupiers, cabotins et prostituées *— qui grouillent comme des vers sur le fumier capitaliste.

Sans compter les armées permanentes, indispensables pour défendre les salariés de Tabs-* tinence contre ceux que la nécessité condamne aies salarier!

§ Z. Le salaire de direction

C'est, avâttt tout, sur ce dernier élément que l*on insiste aujourd'hui pour justifier les pro* fits des chefs d'entreprise.

Il y a dans les profits, et surtout dans les

grands profits d'un capitaliste, flt'écrie Leroy- Beaulieu, bien autre chose que l'intérêt de ses capitaux» la garantie de ses risques et même le simple salaire de direction, le traitemenV que l'on paie à un directeur ou à un fonctionnaire. La éource, la vraie source des grands profits industriels, c'est la supériorité des combinai* sons, l'habileté, la compétence, U génialité plus ou moins grande des capitaines d'indus* trie. « Peju importe que ce soit l'entrepreneur lui*même qui ait combiné, ou qui ait su, simplement par la dextérité de son intelligence, par sa rapidité de conception, ou qu'il ait osé, par une hardiesse naturelle, appliquer les heureuses combinaisons d'autrui. Dans les fonctions essentielles de l'entrepreneur rentre le choix, non seulement des matériaux, des installations, des machines et des ouvriers, mais de tous ses employés et collaborateurs. Il est un metteur en œuvre aussi bien de facultés hU'^ maines que de matières brutes. Il n'a pas besoin d'être personnellement ingénieur, inventeur; ce qu'il faut, c'est que, soit par lui-même, soit par les hommes qu'il^recrute, il sache donner, à chaque instant, à la production Torganisation la plus efficace; il cpnvient qu'il- ait le don de l'adaptation fructueuse * » .

On ne saurait plus clairement dire que les profils extra de l'entrepreneur dérivent, avant tout, de son habileté supérieure dans l'art d'exploiter le travail d'autrui.

1. LxROT - Bbauliibu. Traitée d'Économie politique, IL p, 196. ^

Peu importe que le génie des inventeurs mûrisse sur la paille, que le prolétariat des diplômés crie famine, que les ouvriers manuels vendent la force de leurs bras pour des salaires réduits au minimum : les gros profits n'en sont pas moins la récompense légitime de l'adaptateur ingénieux, qui profite de son monopole capitaliste pour les embaucher, les enrôler, les pressurer.

D'aucuns trouveront que 'la thèse est peutêtre excessive. Mais ce qui frappe surtout dans cette argumentation, c'est le peu d'importance qu'elle attache à ce fait essentiel : l'envahissement de toutes les grandes industries par l'anonymat, le remplacement des capitalistes actifs par des directeurs salariés.

Certes, nous comprenons que, laissant aux blasphémateurs socialistes le soin de mettre en lumière les mauvais côtés du capitalisme, on vante l'habileté, l'activité fiévreuse, les facultés d'organisation, l'acharnement au travail qu'il faut à un fondateur d'entreprise pour triompher de ses concurrents. Mais que signifie ce panégyrique, lorsqu'il s*agit de capitalistes passif, d'obligataires ou d'actionnaires de sociétés anonymes, qui délèguent leurs pouvoirs à un administrateur gérant ? N'est-il pas évident qu'en pareil cas — et ce qui était jadis l'exception tend à devenir la règle -^ il est tout à fait impossible de légitimer les profits en prétendant qu'ils correspondent à un travail de direction?

C'est ce que montre fort bien Waxweiler^ répondant à la question de savoir ce que devient

le bénéfice, dans les sociétés anonymes : <c II est^ dit- il f après prélèvement de la réserve, réparti entre les actionnaires, c'est-à-dire qu'il va précisément aux facteurs dé la production qui n'accomplissent aucune des multiples fonctions actives de Tentrepreneur ; tous ceux, en effet, qui assument les diverses responsabilités d'administration générale, de gestion journalière, de direction technique et commerciale, de contrôle financier, ont été rétribués par des traitements fixes. Môme les actionnaires ne sont pas essentiellement les détenteurs de capitaux, puisque la moitié de l'avoir social appartient, dans l'exemple que nous avons choisi, à des créanciers obligataires qui sont rémunérés par un intérêt fixe. Où est alors l'élément commun à l'entrepreneur et à l'actionnaire qui fasse de celui-ci l'héritier du droit au bénéfice ? Il gît, à n'en pas douter, dans le rôle passif de l'entrepreneur que nous avons esquissé en disant qu'il supportait l'aléa de l'opération. Voilà, isolée, la fonction économique qui se trouve rémunérée par le bénéfice : de son vrai nom, elle s'appelle l9i spéculation^. »

Ainsi, sous le régime de l'anonymat, et sauf les participations accordées au personnel directeur, tout élément travail disparaît des profits. L'initiative individuelle fait place à une organisation bureaucratique. Les rois fainéants du capitalisme abandonnent le gouvernement des entreprises à des maires du palais.

Page 1