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La participation aux bénéficêê, p. 85. (Parii, Rout

' On parle constamment des maux de toute nature qui résultent de l'absentéisme en pays agricole; mais cet absentéisme ne e^évit pas aeulement en agriculture : il devient également la règle en industrie, à partir du moment où le règne de la société anonyme commence à ae généraliser*

Un grand capitaliste, par exemple, qui fait des placements dans toute une série d'entre"» jprises -^ pour compenser sea risques, en vertu de la loi des grands nombres --<- se désintéresse à peu près aussi complètement de ces entreprises que des fermes qu'il a<;hète dans un même but de placement. Et, à mesure que le capitalisme se aéveloppe^ l'absentéisme de l'actionnaire devient plus complet, les liens entre le propriétaire et la propriété plus imperson* nels et plus lâches.

<c Les anciens -^ constatait récemment le Moniteur des intérêts matériels — se rappelle* ront encore le temps oit les actions de charbon* nages, même belges, n'étaient possédées que par les Liégeois ou les Hennuyers, La première fois que les Flamands en achetèrent^ ce fut un étonnement général. Depuis, tout le monde pousse à la roue et les placements en charbonnages, à l'intérieur et à Textérieur, sont de la monnaie courante. Même chose en valeurs exo-» tiques. Il n'v a guère plus de quinze ans que l'intérieur du ^ pays adopta, sans succès d'ailleurs, ces rentes et ces titres de l'Amérique du i Sud, qu'auparavant Anvers seule connaissait et pratiquait; Mais, par contre, Anvers s*est mise

à traiter des actions d'industrie qui jusque-là lai étaient assez indifférentes. Au lieu de deux marchésrAnvers et Bruxelles, à allures distinctes et parfois opposées, il n'y a plus qu'un seul marché de capitaux belges. »

De sorte qu'entre les capitalistes et les ouvriers qui travaillent pour eux, sous les ordres d'un directeur, d'un manager^ salarié lui-même, toute collaboration, toute coopération à une œuvre commune finit par disparaître.

La scission de la propriété et du travail se fait aussi complète en industrie qu'en agri-: culture. L'actionnaire, en tant qu'actionnaire, n'est plus qu'un placeur d'argeut, plus ou moins habile, plus ou moins heureux. L'exploitation de l'homme par l'homme se dégage de tous les voiles qui la couvraient quand Iç détenteur des capitaux était, en môme temps, chef de l'entreprise; et, comme le dragon légendaire, couché sur l'or du Rhin, dans sa caverne profonde, le capitalisme passif vit accroupi sur ses richesses, dans les cités lointaines, immobile et formidable, dédaigneux des révoltes et insoucieux des misères d'un prolétariat inconnu :

Ich lieg und besitze.

Las s' mich schlafen!

S 4. Plus-value et i^flt

En somme, et selon le point de vue auquel on se place, les profits nous apparaissent sous deux aspects bien différents.

D'une part — déduction faîte du salaire de direction, d'invention, d'organisation des entreprises — ils représentent la masse de plus-value que la classe capitaliste, en vertu de son droit de propriété, extorque aux travailleurs manuels et intellectuels qui se trouvent sous sa dépendance. .

D'autre part, si Ton envisage leur répartition entre les individus, les profits constituent le principal moteur, pour ne pas dire le seul moteur, de la production capitalistique.

C'est la perspective de les obtenir qui provoque l'accumulation des capitaux, qui pousse les chefs d'industrie sur les champs de bataille de la concurrence, qui engendre, dans la fièvre des spéculations hasardeuses, et trop souvent malhonnêtes — inter stercus et urinam nascitur homo — la multiforme et grandiose floraison des entreprises que ces dernières années ont vu croître sur toute la surface de notre globe. Mais, tandis que les capitalistes actifs, les hommes d^initiative, les lanceurs et les brasseurs d'affaires, les conquistadores modernes, avec une énergie qui, dans la plupart des cas^ n'a d'égale que leur absence de scrupules, créent incessamment des enti^prises nouvelles et mettent en coupe réglée des pays nouveaux, le capitalisme passif, ce poids mort de la production moderne, se développe parallèlement. Et, grâce au mécanisme des sociétés par actions, qui différencie nettement la rémunération du travail, sous toutes ses formes, des bénéfices réalisés passivement par les actionnaires, il

apparaît de toute évidence que les profits de ces derniers ne correspondent à aucun travail actuel et ne sont pas autre chose que le produit de Tagiotage, la résultante de la propriété individuelle des capitaux.

' Mais, dira-t-on sans doute, il faudrait encore établir — pour justifier de» conclusions socialistes — que cette propriété même n'est pas légitime. Si les profits ne représentent aucun travail actuel, ils sont la récompense d*un travail passé. S'il y a des capitalistes passifs, des propriétaires qui ne travaillent pas, c'est, en règle générale, parce qu'ils ont travaillé, parce qu'ils omt acquis le droit de ne rien faire en gagnant leur fortune, à force de labeur et d'intelligence, en faisant preuve de facultés exceptionnelles d'invention^ d'initiative et d'organisation.

Il y aurait bien des choses à reprendre dans cette argumentation. [1 ne serait que trop facile de montrer que, la plupart du temps, les sourires des grosses fortunes sont loin d'avoir cette pureté cristalline. L'histoire de la propriété, tant foncière que capitaliste, nous apprend à connaître quantité d'autres causes d'enrichissement: dilapidation du domaine de l'ijitat; expropriation, brutale ou frauduleuse, des communaux et des propriétés paysannes; achat à vil prix des biens noirs; concessions de mines, de chemins de fer, etc., obtenues pour, une croûte de pain, et, le plus souvent, rachetées dans la suite, bien au-dessus de leur valeur ; usure, spéculations véreuses, coups de bourse.

accaparements, coalitions illicites; accroissement automatique et spontané de la rente foncière, par suite du développement de la population et de l'industrie; appropriation, par les capitalistes, de la plus-value produite par les travailleurs ; exploitation éhontée du génie des inventeurs, obligés de vendre leur cerveau pour ne pas mourir de faim. On pourrait, indéfiniment, allonger cette liste.

Néanmoins, supposons qu'il en soit autrement. Admettons, pour un instant» contre l'évidence même, que tous les capitalistes soient fils de leurs œuvres, que toutes ces œuvres aient été légitimes, que tous les détenteurs des moyens de production aient acquis leur fortune par la seule puissance de leur travail per^ sonnel : ce ne serait pas encore un motif suffisant pour que la société leur confère une assignation perpétuelle et transmissible sur les produits du travail des autres; ce ne serait pas une raison pour que leurs enfants, et les enfants de leurs enfants soient, de génération en génération.

Héritiers, sans labeur, des champs fumés de morts!

En admettant que la propriété viagère soit légitimée par le travail, la propriété héréditaire ne Test évidemment pas* «^

On prétend, il est vrai, que le droit d'héritage est socialement indispensable, parce qu'il sti* mule au travail ceux qui révent d'enrichir leurs descendants ou leurs héritiers.

L'argument peut valoir, dans ^ne certeÎJM

mesure^ lorsqu'il s'agit de l'hérédité en ligne directe, ou même de l'hérédité testamentaire, que les ^socialistes, en général, proposent de limiter et non de supprimer ^ ; mais soutiendrat-on qu'il en soit de même lorsqu'il s'agit de l'hérédité collatérale, dernière et désormais injustifiable survivance du .temps où la « plus grande famille » était encore une réalité ? Et d'autre part^ n'est-il pas infiniment probable que l'injustice fondamentale, qui permet à quelqifesuns de faire travailler les autres au lieu de travailler eux-mêmes, porte à la productivité du travail social une atteinte beaucoup plus grave que des liitiitations, ^nème excessives, de l'hérédité testamentaire ou ab intestat ?

Aussi avons-nous la conviction profonde que la puissance productive des sociétés modernes serait considérablement accrue, si la socialisation des principales industries supprimait, ou réduisait dans une large mesure, les revenus sans travail qui dérivent de la propriété capitaliste.

(1) Y. par exemple, Colins. La science sociale^ t. V, pp. 320 et 8. — ScHAEFFLB. La Quintessence du socialisme^ trad. Malon,pp. 94 et 95 : « La négation du droit d'héritage individuel et familial n'est ni une conséquence nécessaire, ni un intérêt essentiel du socialisme. Le socialisme pourrait dire avec raison aux exaltés qui veulent « abolir n le droit d'héritage : que Dieu me garde de mes amis!... Ce droit d'héritage serait d'ailleurs limité en lui-même; car l'excédent des moyens de consommation qu'on pourrait léguer serait forcément restreint, parce que la richesse actuelle des particuliers en moyens de consommation disparattrait avec leurs sources de rentes,. »

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