‹ Le collectivisme et l'evolution industrielleChapitre 26 sur 47 · Message du 25 mars 1897, pp. 34 et s · texte numérisé non relu

Message du 25 mars 1897, pp. 34 et s

2. A. G. WoLVB. The nationalisation of the railway sys» tem, pp. 6 et 7. (London, The twentieth century press. 1894).

« Actuellement) disait-il, les concurrents les plus sérieux dp TAngleterre, c'est TAllemagne et la Belgique. Les chemins de i^er^de l'État, en Allemagne, ont réduit leurs tarifs à la moitié de ce qu'on paie en~ Angleterre et ont développé, ^par là même, le commerce des charbons, à l'intérieur et à l'extérieur** »

Avantage d'autant pljas considérable que l'unification du réseau, entre les mains de l'État, permet d'en faire bénéficier toutes les régions industrielles du pays.

Ce sont principalement des considérations de celte nature qui ont déterminé le gouvernement suisse à réaliser^ d'un seul bloc, le rachat presque intégral des chemins de fer situés sur son territoire*.

Ce sont elles, également, qu'invoquait l'èxministre des chemins de fer belges, M. Vandénpeereboom , lorsque — ^ discutant le projet de reprise du Grand-Central — il défendait en ces termes le principe de l'exploitation par l'État : « Sans doute, si l'on cherchait la réalisation des solutions les plus faciles au point de vue gouvej^nemental, on vendrait les chemins de fer. Ils ont coûté 1.400 millions; ils valent 2 milliards. Et, si l'on réalisait cette opération — la dette belge étant presque toute entière remboursée — on n'aurait plus à se préoccuper à l'avenir des budgets et (un aurait suppriiBLé toutes les difficultés qu'entraîne l'organisation d'une vaste administration. 'Mais il

i. Bévue universelle des Mines, jaavier 1900, pp. 96 et i 2. Message du 25 mars 1897, pp. 42 a 73.

y a un point de vue plus élevé : il y a Fintérét de l'industrie et du commerce» On peut le dire sans hésitation, cette immense prospérité que vous voyez, qui est sans précédent dans notre histoire à nous et, peut-être, dans l'histoire d'aucun autre peuple, est due à ce puissant instrument de travail qui est entre les mains de

râtat. '

« Mes prédécesseurs et mbi, depuis trente an3, nous avons marché, n'ayant en vue que le développement de l'industrie» Aujourd'hui, on semble regretter de n'avoir pas été entre les mains d'industriels qui auraient retiré du service un bénéfice de plusieurs millions... Le jour où tous les chemins de fer seront entre les mains de l'État, la ^Chambre dqvra délibérer sur le point de savoir s'il faut que l'Etat exploite lui-même ou cède l'exploitation à des compagnies; mais je répète que, le jour où on aura pris cette dernière décision, l'heure^ de la décadence industrielle et commerciale aura sonnée »

A peine est-il besoin de signaler que ces arguments, qui firent grande impression sur la Chambre, s'appliquent, mutatis mutàndiSy à toutes les autres branches de l'industrie des transports. Ce qui est vrai des chemins de fer ne l'est pas moins des tramways, et, tandis qu'en France ou aux États-Unis le régime des compagnies et des trusts donne des résultats déplorables, en Angleterre on peut dire que les

1. Annales parlementaires, 1896-1897, p. 1663. (Séanc« dtt 16 Juin 1897).

expériences de municipalisation des tramways ont définitivement abouti.

Il nous suffira, pour l'établir, de citer ce passage du Municipal Year Book de 1899 : a Aucune branche d'entreprise municipale n'a fait d'aussi rapides progrès, durant cette dernière année, que celle de l'exploitation des tramways. Presque sans exception toutes les grandes villes ont municipalisé les tramways ou sont à la veille de le faire. L'expiration des contrats de bail avec les compagnies coïncide avec l'inauguration de nouvelles méthodes de traction, et, avant peu d'années, les facilités de transport rapide dans les grands centres seront complètement révolutionnés. Aussi, beaucoup de corporations municipales, impatientes de placer les tramways sous leur, contrôle le plus tôt possible^ n'attendent pas l'expiration des concessions et effectuent le rachat des lignes concédées. Il est reconnu maintenant que le service des tramways ne peut donner le maximum d'avantages aux populations que lorsqu'ils sont exploités, aussi bien qu'appropriés, par la commune. »

Ceux qui auraient encore des doutes à cet égard feront bien de comparer les branlantes pataches à 30 centimes, qui déshonorent le pavé de Paris, avec les élégantes voitures, aux armes de la ville, qui, pour 5 centimes, (a half penny) transportent le voyageur aux quatre coins d'Edimbourg ou de Glasgow. Ils auront ainsi l'occasion de se convaincre que la régie des tramways l'emporte sur le mono*

pôle des omnibus, non seulement au point dé vue d&e tarifs, mais encore — et ceci nous amène à parler d'une autre série d'avantages de la socialisation — au point de vue delà qua^ lité des services rendus.

S ^« ^^ qualité des produits

Les économistes les plus hostiles aux monopoles d'Etat sont obligés de reconnaître que ces derniers ont l'avantage de fournir aux consommateurs des produits généralement plus purs que ceux de l'industrie privée. « Avec des droits très élevés, dit Leroy-Beaulieu, le monopole gouvernemental est le seul procédé pour avoir des produits convenables, hygiéniques, non sophistiqués. Ce fait est hors de doute. Dans les discussions du parlement allemand, en 1877-1878, sur l'impôt du tabac, le vice-président de ce grand corps, M. ^e Stauffenberg, disait : Nous autres fumeurs, nous savons bien que nous fumons, mais nous sommes loin de savoir ce que nous fumons :

l'emploi des succédanés de tabac se pratique déjà maintenant sur une si grande échelle que l'on pourrait consacrer une leçon de botanique tout entière, à décrire les végétaux qui se coudoient dans nos tabacs et nos cigares, depuis la feuille de betterave jusqu'à la feuille de cerisier ; que sera-ce lorsque le tabac sera grevé d'une surtaxe de 55 à 75 fr. ? — Les 4roits en France sont bien plus élevés que ceux

dont parlait cet orateur du ^Reichstag^ et les produits sont purs ; c'est là un très grand argument on faveur du monopole ^ »

Le même argument pourrait valoir en fa-* veur du monopole de l'alcool, si, comme on le croyait jadis, la pureté des alcools de bouche constituait un facteur important dans la lutte contre l'alcoolisme.

On sait, en effet, que depuis l'introduction du monopole en Suisse, la rectification des alcools — si défectueuse sous le régime de l'alambic familial * — s'opère dans des conditions tellement parfaites que,jpour faire accepter le schnaps fédéral par les consommateurs, 3 ui le trouvaient trop lade, la Confédération a û ladditionner de 1 1/2 pour 1.000 de fùsel (impureté de l'éau-de-vie de pommes de terre), quantité qui est considérée, d'ailleurs, comme inoffensive*.

Mais, hâtons-nous de le dire, étant donné que l'alcool, même parfaitement rectifié, n'en est pas xçoins un poison, c'est pour d'autres motifs, et principalement pour facilit^^ les mesures destinées à restreindre sa consommation, que nous sommes partisan du monopole de la fabri^ cation et de la vente.

En revanche, lorsqu'il s'agit de denrées ali-» mentaires comme le pain, le beurre, le lait, las épiceries, tous les produits en un mot sur la

1. LEROT-69i.i7LiEi7. Traité de la science des finances > I, p. 701. (Paris, Guillaumin, 1892).

2. Berbtbr. Le monopole de l'alcool, p. 216. (Liège, . 1898).

vente desquels l'autorité exerce un contrôle aussi onéreux que trop souvent inefficace, il est certain que l'argument tiré dû la qualité meilleure des produits plaide puissamment en faveur de la socialisation, par l'État ou par la commune*

Actuellement, les épiciers ont une réputation de falsificateurs, que d'honorables exceptions ne parviennent pas à faire oublier. Les laitières, malgré la surveillance de la police, ne veulent

J»as renoncer à là fâcheuse habitude de baptiser eur lait. Quant aux fabricants de beurre, petits et grands, ils ont des relations i^ fréquentes avec les fabricants de margarine, que ces der^ niers publient dans leurs prospectus des modèles de paniers élégants, voire même de préten«« dus objets de cuisine, qui permettent d'intro« duire de la margarine dans les laiteries, sans éveiller l'attention du public ou des agents de l'autorité S

Enfin, si l'on veut se rendre compte des inconvénients de la petite industrie boulangère, au poijat de vue de la qualité des produits, rien

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