Économie nationale et internationale
Au débuts il est vrai, l'économie nationale — protectionniste et mercantiliste — ne fait que reproduire, sur une base plus large et en conservant une grande partie des formes antérieures, la réglemekitation corporative.
Les classes industrielles et commerciales, d'ailleurs, ne représentent encore, même dans les pays les plus avancés, qifune très faible fraction de la population totale. En Angleterre, par exemple, d'après les évaluations de Gregory King pour 1688, ily avait 4,265,000 agriculteurs, contre 240,000 personnes seulement se livrant à l'industrie et 246,000 au commerce. Mais, en 1769, moins d'un siècle plus tard, ces proportions ont déjà subi des modifications radicales : d'après Young, les classes agricoles ne représentent plus que 3,600,000 habitants; la manufacture en occupe 3,000,000 ; les autres professions, 1,900,000*.
C'est à ce moment que la révolution industrielle s'accomplit avec une rapidité foudroyante. Le marché du monde se constitue; le réseau des communications se développe; tous les minéraux sortent de terre; la machinofacture se substitue à la manufacture; l'industrie de fabrique conquiert l'hégémonie sur tous les autres modes de production; une véritable lutte
1. J.-A. HoBsoif. The évolution of modem capitalitm, p, 22. (i\ew-York, Scribner't Sont, 1894).
pour Texistence, un combat sans merci, sur un champ de bataille sans limites, s'engage entre les diverses formes d'entreprise.
Les conséquences sociales de cette transformation se trouvent décrites par K. Marx dans les chapitres célèbres qui terminent le premier volume du Capital :
— Le grand capital d'aujourd'hui, dit-il en substance ^, tire son origine de la destruction des petites propriétés (des petits artisans et des paysans) dans lesquelles le travail et la propriété privée étaient réellement associées et dans lesquelles le travailleur était aussi le véritable propriétaire de ses moyens de production et du produit de son travail. Cette forme, équitable en isoi, de la propriété privée, dans laquelle le travailleur était le libre propriétaire des moyens de travail par lui maniés - le paysan, du champ qu'il labourait ; l'ouvrier, de l'outil dont il se servait ingénieusement — cette forme, disons-nous, heureuse pour son temps, conforme à la justice et s'identifiant avec le travail, avait le grand défaut d'éparpiller les moyens de production, et ce fractionnement avait pour coùséquence de nuire à sa productivité et à ses moyens d'action. La petite propriété devait périr par ce défaut, et ce qui reste d'elle (petits artisans et petits propriétaires paysans) dépérit de jour en jour, forcée qu'elle est de céder à la puissance du grand capital agricole et industriel.