CHAPITRE II
SUITE DE L'EXAMEN DES DOCTRINES DE LASSALLE SUR LA fiENÊSE DU CAPITAL.
Les circonstances extérieures désignées par Lassalle sous le nom de « conjoncture» exercent une action utile sur l'économie des peuples et contribuent au progrès. — Prétention de Lassalle que le capital et le profit ne sont pas des phénomènes ayant toujours existé. — L'idée de profit d'après Lassalle a suppose une société faisant passer tous ses produits par le moule de l'argent. »
Réfutation. — Robinson, seul dans son île, faisait des profits et des pertes. — Fausseté de la prétention du socialisme que l'intervention de l'argent ou de la monnaie transforme les conditions économiques et change le caractère des transactions.
— Les lois économiques sont aussi vraies pour l'homme isolé que pour une société de 80 millions d'habitants.
On n'a pas trouvé et l'on ne trouvera jamais d'autre mesure du progrès industriel que le profit. — Le profit est le régulateur et le contrôleur de tout le travail social.
Proposition de Lassalle que les catégories économiques ne sont pas des catégories logiques, mais des catégories historiques. — La division du travail -serait, d'après Lassalle, la seule loi économique sociale naturelle. — Une poignée d'individus confisquerait à son profit cette loi sociale naturelle. — Prétention analogue de Karl Marx que les capitalistes ont confisqué la science à leur profit. — Réfutation de cette théorie : si elle était vraie, la généralité des associations coopératives devrait merveilleusement réussir; il devrait en être de même de tous les moyens et les petits patrons; enfin les grands industriels ne devraient jamais ou presque jamais échouer.
Affirmation de Lassalle que tout développement historique a beaucoup plus procédé de la société que des individus. — Réfutation : l'histoire est semée de noms propres.
La notion que le capital est du travail accumulé se trouve, d'après Lassalle, extérieurement juste; mais ce que l'on accumule, c'est le travail d'autrui : Eigenthum, Frembdthum, propriété, altruité. — Le profit serait du travail non payé.
— Une qualité purement négative telle que l'épargne ou la non consommation ne pourrait être génératrice du capital. — Réfutation : conserver, c'est créer. — L'abstinence équivaut parfois à la production.
L'épargne n'est pas un élément purement négatif. — Différence entre la thésaurisation et la capitalisation. — L'épargne imprime à l'industrie et au travail d'une nation une direction nouvelle; elle les tourne vers la production d'instruments de travail et réduit la production des objets de luxe ou périssables.
Lassalle Tait naître de l'esclavage la division du travail et, par voie de conséquence, le capital. — Doctrinalement et historiquement la théorie de Lassalle est très contestable. — Tout progrès qui est devenu social, c'est-à-dire général, profite à la société; tout progrès qui est resté individuel profite exclusivement à l'individu.
Observations vraies de Lassalle sur les difficultés de la capitalisation au moyenâge. — Elles ne prouvent rien en faveur de sa thèse générale.
A la situation de Robinson Crusoë qui produisait tout pour son propre compte, on a vu Lassalle opposer la société économique actuelle où presque tout le monde produit des valeurs ayant pour objet l'échange. De cette constatation vraie et qui mérite en effet d'être attentivement observée, le célèbre agitateur tire la conclusion que « la conjoncture », c'est-à-dire les circonstances extérieures ou les liens sociaux, domine absolument ce monde. Singulièrement exagérée et par conséquent fausse est cette proposition. Les exemples cités par Lassalle sont des cas exceptionnels de la formation de la richesse individuelle ; ils sont exceptionnels en deux sens : d'abord il est extrêmement rare que des fortunes individuelles aient pour cause unique un événement tout à fait étranger au travail et à l'intelligence de celui qui en a bénéficié; si dans un très grand nombre de fortunes individuelles il entre, en effet, une certaine part de circonstances extérieures, cette part est généralement secondaire et accessoire. Ensuite les circonstances défavorables ont, elles aussi un rôle; on les voit déjouer les calculs, l'économie, le travail, et compromettre ou amoindrir des fortunes intelligemment ou laborieusement formées.
Quoiqu'on puisse à un certain point de vue considérer comme perturbatrices ces influences extérieures réputées incontrôlables qui tantôt apportent aux uns une fortune imméritée, tantôt l'enlèvent aux autres, on peut presque dire qu'elles ont, en définitive, une action utile dans l'économie des peuples et qu'elles contribuent au progrès. Ce n'est pas là un paradoxe. D'abord ces
circonstances extérieures, si soudaines et imprévues qu'on veuille les supposer, ne sont jamais ou presque jamais complètement incontrôlables. Presque toujours l'œil vigilant et l'esprit aiguisé peuvent les pressentir, au moins d'une manière confuse. Au lieu d'être une cause de découragement, ces événements qui ne sont jamais qu'à demi-voilés offrent un attrait nouveau aux natures entreprenantes. Par l'appât de gains considérables, ils suscitent leurs énergies et leurs efforts. Ils sont la cause de plusieurs des grandes œuvres qui ont le mieux servi l'humanité. Si tous les résultats des entreprises pouvaient exactement se prévoir, l'homme resterait plus engourdi et plus inactif qu'il ne l'est aujourd'hui. N'ayant en vue qu'une récompense moyenne il ne ferait aussi que des efforts moyens, c'est la riante, quoique indécise, perspective de grands succès qui provoque les généreuses ardeurs et soutient les longues persévérances. La conjoncture, pour parler le langage de Lassalle, exerce sur les esprits une action fascinatrice qui contribue beaucoup au progrès.
Revenons à la théorie du socialiste allemand sur le capital et le profit.
Le capital et le profit, dit-il, ne sont pas des phénomènes ayant existé de tout temps. A l'affirmation il prétend joindre la preuve : au Pérou, sous les Incas, on travaillait, on produisait prodigieusement et l'on ne faisait pas de profits. Ni la proposition n'est fondée, ni l'exemple exact. Au Pérou, on pouvait faire des profits et des pertes tout aussi bien que chez le moindre épicier de notre société européenne. Supposez que les Incas ou leurs sujets eussent découvert un procédé plus efficace pour exploiter les mines, ils se trouvaient immédiatement en profit, puisqu'ils obtenaient un résultat qui dépassait de beaucoup les frais habituels et antérieurs de production ou puisque, pour prendre d'autres mots, ils arrivaient au même produit avec une moindre somme d'efforts et de travail. Quand on établirait la communauté complète des biens, on ne supprimerait ni le profit ni la perte. Perte et profit auraient un caractère collectif au lieu d'en avoir un individuel.
<i Le gain ou le profit, dit Lassalle, pour pouvoir apparaître,
« suppose les institutions sociales présentes, il suppose aussi « leur définition, par conséquent l'explication de la valeur « d'échange, du capital, de la circulation, de la concurrence, de « Ventreprise privée, du travail salarié, et d'une société faisant « passer tous ses produits par le moule de l'argent. L'idée du « gain, pour être comprise, doit être déduite de tout cela. »
L'élégant Lassalle est ici aussi pédant que frivole. Non, l'idée de gain et l'idée de profit ne supposent rien de semblable. Dans son île Hobinson, quoiqu'il y fût seul, pouvait faire des gains et des profits. Si après avoir ensemencé une année un champ qui lui donnait 10 pour 1, il trouvait le moyen l'année suivante, par des soins plus habiles et sans surcroît d'efforts physiques, de tirer de sa semence 15 pourl, il faisait un gain et un profit, quoiqu'il ne produisit pas de valeur d'échange. Le gain et le profit résultaient de ce que, par quelque combinaison ingénieuse que l'observation ou l'expérience lui avaient suggérée, il était arrivé à un plus grand résultat avec une même somme d'efforts, ou bien à un même résultat avec un moindre effort. De même quand Robinson fit sa première barque et que, s'y étant mal pris, il ne put la pousser jusqu'à la mer, il fit une perle, quoique tout seul encore. La perte consistait en ce qu'il s'était donné beaucoup de mal pour n'arriver à aucun résultat. Il était exactement dans la situation d'un industriel qui aurait produit des objets que personne ne voudrait acheter. Au contraire, quand revenant sur son erreur, Robinson se reprit à faire une barque par des procédés mieux combinés et qu'il pût la mettre à flot, il fit un gain et un profit, puisqu'il fut amplement récompensé de ses peines. Il se trouvait relativement au Robinson de la veille exactement dans la situation où est un industriel qui réussit à l'égard d'un industriel qui échoue.
Pour qu'il y ait gain ou profit, c'est-à-dire un avantage qui récompense amplement de l'effort ou des peines, il n'est nullement nécessaire de supposer « une société faisant passer tous ses produits par le moule de l'argent. » C'est une prétention fausse des socialistes que l'intervention de l'argent ou de la monnaie transforme radicalement les conditions économiques
et change le caractère des transactions. La monnaie élargit, régularise les phénomènes de la production et de l'échange, mais n'en altère pas le caractère. Aussi vraies pour l'homme isolé que pour une société de 80 millions d'habitants sont les lois économiques. Il n'est pas une de celles-ci que Robinson dans son île n'ait par exemple intérêt à observer. La division du travail s'imposait à lui comme au plus nombreux des peuples. Sans doute, cette division pour le solitaire ne consistait pas à s'adonner uniquement à la production d'un objet puisqu'il était obligé de faire lui-même tous ceux dont il avait besoin; mais il lui fallait néanmoins une certaine division du travail et une répartition judicieuse des tâches pour ne pas tout commencer à la fois, pour conduire promptement à une fin un ouvrage déterminé '. Considérant « le profit » comme un phénomène économique nouveau, en quelque sorte accidentel, Lassalle est bien près de voir une superstition dans l'importance qu'on attache à ce résultat des entreprises industrielles. « Le dogme du profit, dit- il « à Schulze-Delitsch, remplit votre âme d'une ardeur toute « religieuse8. » Ce ne sont pas les économistes seulement, c'est le monde entier qui plie le genou devant le profit. C'est que pour toute la variété des efforts humains dans l'ordre industriel, commercial ou agricole, on n'a pas trouvé encore et l'on ne trouvera jamais d'autre mesure du succès que le profit. C'est le profit seul qui détermine si les œuvres de production ont été bien ou mal conçues et bien ou mal conduites; c'est lui qui est l'arbitre suprême; c'est le profit qui témoigne que l'on a bien produit et que l'on n'a pas trop produit. La « surproduction », que Lassalle prétend à tort être la destinée constante de notre production moderne, n'est prévenue ou arrêtée que par l'absence de profit. Le profit est le régulateur, le contrôleur de tout le travail social. Les corps qui croient pouvoir se passer du profit, comme l'État
1 Les règles économiques s' appliquant pour la plupart aussi bien à l'individu isolé qu'à une société, il ressort de cette observation que ceux, qui, comme Mac Leod, font de l'économie politique la science de l'échange, sont dans l'erreur.
- Lassalle, op. cii , \ a^c 31.
pour beaucoup de ses travaux publics, et certaines institutions de philanthropie ou de bienfaisance n'arrivent en général qu'à un gaspillage de forces. Ce n'est pas que nous condamnions toutes les œuvres humaines, inspirées d'un sentiment de charité ou de religion, qui excluent toute pensée de profit. Mais dans l'ordre des faits économiques normaux réguliers et généraux le profit tient avec raison une place prépondérante.
C'est une erreur de tous les économistes bourgeois, prétend Lassalle , que de considérer le capital ainsi que les autres catégories économiques comme des catégories logiques, éternelles. Avec cette ardeur anti-doctrinale qui caractérise tous les adversaires de la science, l'agitateur allemand écrit : « Les catégories « économiques ne sont pas des catégories logiques, mais des ca- « tégories historiques. La productivité du capital n'est pas une « loi de la nature, mais un effet de conditions historiques défice nies qui, dans d'autres conditions historiques, peut et doit a disparaître. » A l'appui de cette étrange proposition , Lassalle donne un assez malencontreux exemple : « Dans l'état primitif « du travail individuel, isolé, dont nous sommes partis, l'instru « ment de travail — l'arc de l'indien — n'était productif que « dans la main du travailleur lui-même; par conséquent, ce ri était « que le travail qui était productif. » Ce raisonnement est singulier. Si l'Indien propriétaire de l'arc prêtait par aventure son instrument à un autre membre de la tribu qui avait égaré le sien, ne pouvait-il stipuler comme compensation une partie du produit de la chasse de l'emprunteur? Comment Lassalle est-il sûr que jamais de pareilles transactions ne sont intervenues et n'interviennent dans des sociétés barbares? De même pour le pêcheur qui, étant de loisir, prêterait son filet à un autre pêcheur ayant déchiré le sien. De nos jours un homme ayant un bon fusil et qui le prêterait pour la journée à un autre en ayant un moins bon ne pourrait-il mettre pour prix une redevance sur le gibier tué ? De semblables conventions ne sont-elles pas naturelles et le bon sens ne dit-il pas qu'elles ont dû se présenter dans tous les états de la civilisation? J'ai prouvé ailleurs * que l'intérêt du
• Voir mon ouvrage Essai sur la Répartition des richesses, pages 22'J a 2b1.
prêt n'est qu'une forme perfectionnée de l'association. Bien loin d'être démonstratif pour sa thèse, l'exemple de Lassalle l'est pour la thèse opposée, qui est la nôtre. Le capital est productif, en quelque main qu'il soit placé, pourvu que cette main sache s'en servir. Le capital ajoutant à la productivité du travail naturel et primitif de l'homme , peu importe, au point de vue des résultats pour la production , que celui qui l'emploie en soit le créateur ou le propriétaire ou bien un emprunteur?
Cette assertion que le capital n'est pas une catégorie économique éternelle, Lassalle, suivant sa frivole dialectique, l'émet sans chercher à la justifier. A quelle époque le capital est-il né, puisqu'il n'est pas contemporain de tous les âges de la société, depuis celui de la barbarie presque bestiale? Ici intervient une théorie ingénieuse : le capital n'a pu naître qu'avec la division du travail, et la division du travail elle-même n'a pu naître qu'avec l'esclavage. Voilà la genèse. La division du travail est la grande loi économique, la seule loi économique, d'après Lassalle. Ce n'est pas une découverte de cet écrivain, puisque le livre même de celui qui a coordonné, sinon fondé, notre science, l'ouvrage d'Adam Smith débute par une description des merveilles que la division du travail accomplit.
Écoutons Lassalle qui, s'il met la main sur une vérité, la développe avec une verve saisissante pour verser presque immédiatement dans une flagrante erreur : « La division du travail, « dit-il, est la source de toutes les richesses '. La loi que la pro- « duclion ne devient toujours plus abondante et plus à bon « marché que par la division du travail — celte loi qui repose « sur la nature du travail est la seule loi économique qui pour- « rait être désignée comme une loi naturelle. Cependant ce n'est « pas une loi naturelle, car elle n'appartient pas au domaine de « la nature, mais à celui de l'esprit; mais elle est revêtue de la « même nécessité que l'électricité, la gravitation, l'élasticité de « la vapeur, etc. C'est une loi sociale naturelle! Et parmi toutes
1 II faudrait dire une des principales sources de la richesse, car sans capital, c'est-à-dire sans instruments, la division du travail perdrait la plus grande partie de sa productivité.
« les nations, une poignée d'individus est venue et a confisqué « à son profit individuel cette loi sociale naturelle qui n'existe que « par la nature intellectuelle de tous, en ne laissant aux nations « stupéfaites et indigentes, garrotées par des liens invisibles, « de leur produit de travail toujours croissant et s'accumulant « toujours plus, que la même part que, dans des circonstances < favorables, l'Indien gagnait déjà avant toute civilisation, c'est- « à-dire l'équivalent strict des besoins matériels de la vie. C'est « comme si quelques individus avaient déclaré que la gravita- « tion, l'élasticité de la vapeur, la chaleur du soleil sont leur a propriété ! Ils nourrissent le peuple comme ils chauffent et « graissent leurs machines à vapeur, pour les entretenir dans un « état propre au travail ; la nourriture du peuple n'est considérée « que comme frais de production nécessaires J. »
Cette brillante rhétorique se concentre dans cette pensée que les capitalistes ont confisqué à leur profit individuel exclusif celte loi sociale naturelle si puissante, la division du travail. Karl Marx soutient une idée du même genre en disant que les propriétaires de capitaux se sont emparés de la science et l'exploitent à leur seul avantage. Le monde serait victime d'une contradiction monstrueuse et funeste : la grande production de la société moderne est une production commune, coopérative, et la distribution des produits fabriqués n'est pas commune, mais bien individuelle. La division du travail enfante un surplus de produit au delà de ce qu'enfante le travail isolé, et ce surplus de produit, cette plus-value qui devrait revenir à tous, c'est le capitaliste seul qui est en possession de se l'approprier.
Cette spécieuse conception est facile à détruire. S'il en était comme le dit Lassalle, toutes les sociétés coopératives d'ouvriers, ou du moins la généralité d'entre elles, devraient réussir et prospérer puisqu'il leur écherrait cette plus-value naturelle qui provient de la division du travail et que le patron est réputé confisquer pour lui seul sans aucun effort. Or, l'expérience prouve que, au contraire, la plupart des sociétés coopératives,
' Lassalle, Capital et travail, page 249.
alors même qu'on leur a fait des prêts gratuits ou à bas intérêt, tournent mal ou végètent. Une autre objection tout aussi catégorique, c'est qu'il existe encore, dans la plupart des pays ci vilisés et pour un grand nombre d'industries, une quantité de patrons moyens et de travailleurs autonomes possesseurs de leurs instruments et employant quelques ouvriers, et qu'on ne voit pas que ces patrons soient beaucoup plus heureux que les ouvriers habiles et laborieux qui louent leurs bras ou leur capacité de travail. Enfin, ce qui achève de ruiner la thèse de Lassalle, c'est qu'il se rencontre un nombre notable de grands industriels et de sociétés bien constituées qui ne font pas de bénéfices, qui même font des pertes et liquident. C'est la preuve péremptoire que cette prétendue plus-value naturelle et nécessaire qui tiendrait à la division du travail et dont on prétend que les patrons ont le bénéfice exclusif ou n'existe pas, ou est peu de chose, ou profite à d'autres qu'aux fabricants. Si la doctrine de Lassalle était vraie, l'universalité des industriels devrait, par la force même des choses, faire d'énormes bénéfices ; il ne devrait y avoir que de très rares exceptions pour des hommes d'une incapacité ou d'une négligence tout à fait extraordinaires. Or l'expérience démontre, au contraire, que même dans l'industrie la mieux douée de capitaux, les grands succès sont très rares. Il en résulte que l'assertion de l'agitateur allemand n'a aucun fondement réel.
N'abandonnons pas encore la thèse principale de Lassalle. Le capital, afiirme-t-il, n'est pas le fruit de l'épargne, et il accumule les prétendues preuves de fait et de raisonnement pour établir que la conception des économistes est fausse. En fait, ditil, le travail journalier du plus grand nombre ne fournit que le pain quotidien, ce qui crée une impossibilité absolue de mettre quelque chose en réserve pour les besoins futurs. Il est difficile d'être à la fois plus catégorique et plus superficiel. Avec leurs 4 millions de déposants en France1 les caisses d'épargne donnent
' En 1882, le nombre des livrets était de 4*324,027; il avait augmenté de 2,151,000 depuis 1875; le solde dû aux déposants montait à 1,745,757,000, francs, soit 403 francs par livret, contre 060 millions ou 272 francs par livret au 31 dé-
à Lassallc le plus flagrant démenti. Si cliétive que l'on veuille supposer la rémunération de l'ouvrier, il est certain qu'il se rencontre un grand nombre de travailleurs manuels, même parmi les catégories les moins rémunérées, qui, à force de privations, parfois héroïques, mettent à la caisse d'épargne et se créent un pécule. Les fils de ces premiers épargnants, s'ils continuent la tradition de leurs pères, augmentent l'avoir qu'ils ont reçu. L'épargne existe donc et peut exister dans toutes les couches de la population, même chez les ouvriers. L'argument de fait, qui n'était qu'un argument de fantaisie, tombe ainsi devant des faits nombreux et incontestables.
Tout développement historique, poursuit Lassalle, a toujours beaucoup plus procédé de la communauté que des individus. Qu'il y ait dans toute œuvre humaine une coopération de l'individu et du milieu social, nul esprit éclairé ne songera à le nier. Mais la part de l'individu est loin d'être aussi petite qu'on la voudrait faire1. Au berceau du genre humain peut être la part de l'action sociale prédominait dans le progrès, quoique l'antiquité ait incarné dans des noms propres, Prométhée, Triptoîèmc, les diverses inventions des arts techniques. Dans le monde moderne il n'est guère de découverte qu'on ne puisse rapporter à un nom. L'histoire est semée de noms propres : depuis Gutenberg et Christophe Colomb jusqu'à Papin, Watt, Ackwright, Jacquart, Bessemer et Lesseps, tout se qui se fait de grand trouve un nom d'homme pour s'y incorporer.
A bien d'autres points de vue l'étude que fait Lassalle de la genèse du capital est curieuse. La notion que le capital est du travail accumulé est, d'après lui, au moins extérieurement juste : seulement ce que l'on accumule, c'est le travail d'autrui, d'où ce choc de mots qu'il jette dans la discussion économique : Eigentlium, Frcmbdlhum, propriété, altruité. On ne posséderait que la chose d'autrui. Le profit, d'après l'agitateur allemand, c'est du
C:n.b!e 1875. L'augn;enl;ilion habituelle des dépôts cil de 250 millions par an. {Eu'Aetin de statistique de niai 1883, p. C43.)
« Nous renvoyons le licteur à l'opinion toute opposée de Proudhon, reproduite plus haut, page 11U, in note.
travail non payé; il y aurait une différence notable entre le quantum de travail ou le temps de travail et les salaires du travail : entre ces termes que le vulgaire prend pour correspondants l'écart serait considérable.
Lassalle s'indigne de ce qu'on puisse prétendre que l'épargne, la non consommation d'une chose, un élément négatif, soit la source du capital. Que l'épargne existe, cependant, qu'elle monte dans un pays comme la France à 1 milliard et demi ou 2 milliards par an, c'est ce que l'on ne peut guère nier. Quel est son rôle? Lassalle juge absurde que, abstraction faite de l'histoire, on présente comme agent de la formation économique du capital, une qualité purement négative, telle que l'épargne ou la non consommation.
Le raisonnement et l'expérience prouvent que l'argumentation de Lassalle est puérile. Un philosophe a pu dire que conserver c'est créer. Dans l'ordre économique, cette définition devient en certains cas d'une vérité saisissante. Elle l'est quand il s'agit de denrées que l'industrie ne cesse de produire, de sorte que la conservation de celles qui ont déjà été produites, se joignant à celles que l'industrie produit sans cesse, accroît réellement le nombre de celles qui sont à la disposition de l'humanité. J'ai une tonne de charbon ; je puis m'en servir pour chauffer à la fois toutes les pièces de ma demeure. Je préfère diminuer le chauffage, ne chauffer qu'une ou deux pièces; je mets de côté la moitié de cette tonne pour servir à la consommation industrielle, voilà bien l'épargne qui est la source du capital. Mon abstinence a strictement équivalu à la production, sans aucun frais, d'une demi-tonne de charbon.
J'ai des denrées d'approvisionnement; je puis les consommer et les gâcher dans des repas extravagants; je préfère me régler et me restreindre. J'en mets de côté une grande partie pour me nourrir pendant un travail de longue haleine. C'est encore là de l'épargne productive de capital. Ce sont des cas très simples, et cependant c'est la source habituelle du capital ; les choses au fond se passent toujours ainsi mais sous une forme plus compliquée.
Jetez les yeux sur le capital, s'écrie triomphalement Lassalle: vous voyez « les machines à vapeur et les améliorations du sol, « et les maisons ou simplement les matières de tout genre ac- « quises par le travail, les barres de fer, les blocs d'airain et de « cuivre, les briques et les tuiles, les masses de pierres, etc., etc. « Ceux-là, une fois acquis, se laissent-ils consommer et par con- « séquent non épargner. » N'est-il pas absurde de supposer que le capital, qui est en général un ensemble d'objets non consommables, provienne de la non consommation ? La conception de Lassalle est singulièrement superficielle ; elle s'arrête à l'extérieur des phénomènes et n'a pas plus de profondeur que l'observation d'un enfant. L'intervention de la monnaie comme équivalent des produits permet très aisément à l'épargne, élément en apparence négatif, de donner naissance à toutes ces choses durables : barres de fer, tuiles, briques, maisons, etc. J'ai cette tonne de charbon que j'ai épargnée sur mon chauffage domestique, je la vends et avec le produit de cette vente je commande des barres de fer, des briques, des métiers, des instruments de travail. Je vends aussi mon approvisionnement de denrées que j'aurais pu consommer en grands repas où l'on gâche tout et dont avec de l'ordre et de l'abstinence j'ai épargné la moitié, et avec cette moitié qui me reste et que je vends je me procure, c'est-à-dire que je fais faire, que je fais produire, des planches, des tuiles, des briques, pour agrandir ou consolider ma maison ou mon atelier, en définitive pour créer du capital. Je suis un petit propriétaire vigneron et mes deux ou trois hectares de terre me produisent une centaine d'hectolitres de vin, d'une valeur de 3,000 francs. Je pourrais boire avec ma famille, mes amis, des convives, la plus grande partie de ces cent hectolitres de vin et vendre le reste pour acheter de la viande, du café, des vêtements et vivre largement, de telle sorte que, au bout de l'année, des cent hectolitres produits ou de leur valeur, il ne me serait rien resté. Je préfère me contenir, ne consommer avec ma famille, mes amis, mes hôtes, qu'une dizaine d'hectolitres et vendre les 90 autres : avec le prix de cette vente, déduction faite de mes frais d'exploitation, je me procure une certaine somme
dont j'emploie la plus faible partie seulement à mon entretien ou à mes plaisirs; je mets de côté 1,000 ou 1,500 francs que je consacre à acheter des foudres, ou des engrais, ou à faire défoncer une autre partie de mon champ qui était encore inculte, ou bien à agrandir ma cour, et voilà immédiatement ce capital dont parle Lassalle, maisons, améliorations durables de la terre, machines, qui sort de mon abstinence, et qui a cette abstinence pour unique cause première. Ce n'est pas là un cas particulier, tous les enfantements de capitaux pourraient se ramener à des exemples semblables.
C'est, d'ailleurs, une erreur que de considérer l'épargne comme étant un élément purement négatif. Elle l'est sous la forme primitive de la thésaurisation ; elle ne l'est plus sous celle de la capitalisation. J'ai expliqué dans un de mes cours du Collège de France quel changement s'est opéré quand à l'épargne thésaurisée s'est substituée l'épargne capitalisée. Il y a comme un ferment qui était en puissance seulement dans l'épargne d'autrefois et qui est devenu singulièrement actif dans l'épargne d'aujourd'hui. L'épargne moderne est agissante et toujours en mouvement : autrefois elle dormait et s'entassait dans des cachettes.
Chaque année, chaque semestre, chaque mois, on apporte le fruit de ses épargnes sur le marché , et on le transforme en instruments de travail, en œuvres durables qui sont, il est vrai, en général dans la main et sous le contrôle d'autrui, mais pour lesquels on a des titres représentatifs et l'on touche un intérêt ou un dividende.
L'épargne imprime à l'industrie et au travail d'une nation une direction nouvelle : au lieu de porter ce travail et cette industrie vers la production de denrées immédiatement consommables ; elle les dirige vers la production d'instruments de travail ou de capitaux. Deux hommes ont l'un et l'autre 100,000 francs de rentes ; le premier emploie tout son revenu à donner des repas coûteux, à payer des vins exquis, des mets recherchés, à entretenir de nombreux domestiques, à couvrir sa femme et ses enfants de vêtements luxueux, qu'on change et qu'on gâche à
chaque instant, à se procurer de beaux équipages et les renouveler sans cesse, à rétribuer des maîtresses qui ont les mêmes goûts frivoles que lui-même; le second est un homme d'ordre : sur ces 100,000 francs de revenu il en consacre 50,000 à vivre d'une manière convenable et large, et les 50,000 autres il les épargne : c'est-à-dire qu'il construit sur sa terre une bergerie pour que ses troupeaux soient mieux logés, mieux portants et donnent plus de produits , qu'il fait faire un barrage dans un cours d'eau afin de mieux arroser des prairies, qu'il défonce le sol de garrigues et qu'il y plante des vignes; ou bien encore qu'il ajoute à sa fabrique un bâtiment et y place un plus grand nombre de métiers, qu'il remplace une vieille machine à vapeur par une nouvelle plus perfectionnée et consommant moins de charbon; ou enfin, qu'il achète simplement pour 50,000 francs d'obligations ou d'actions d'une Compagnie de chemins de fer qui se crée ou d'une entreprise maritime ou d'une société immobilière. Voilà comment l'épargne de cet homme, son abstinence, élément en apparence négatif, aura été la cause première de toutes ces choses durables : des bâtiments de ferme, des barrages, des irrigations, des usines, des métiers, des machines à vapeur, des rails de chemins de fer, des paquebots, des maisons:
Le rôle de l'épargne dans les sociétés modernes c'est de détourner le travail de la production exagérée d'objets de luxe qui sont pour la plupart essentiellement périssables et ne viennent aucunement au secours du travail ultérieur, et de diriger, au contraire, l'industrie vers la production d'objets utiles, durables, qui facilitent la production ultérieure. Peut-on nier que le sort d'une nation sera tout différent suivant que dans son sein prédomineront les hommes faisant de leurs revenus le premier emploi que nous avons décrit ou ceux qui en font le second emploi? Dans le premier cas la nation restera pauvre en capital, elle demeurera stationnaire; dans le second cas, au contraire, le capital s'y accroîtra chaque jour dans des proportions considérables.
Si aiguisée que fût son intelligence, Lassalle, aveuglé parle
parti pris et la passion, a négligé ce phénomème. Il ne s'est point aperçu que le trait caractéristique de notre temps, c'est que la capitalisation, ou la transformation de l'épargne en capital, est devenue beaucoup plus facile et plus rapide qu'autrefois, mais qu'il n'y a là qu'une différence de degré, non de nature.
L'accumulation ou l'épargne n'étant pour rien suivant Lassalle dans la formation des capitaux, il a fallu qu'il trouvât à celle-ci une autre cause. Nous l'avons déjà indiquée ; c'est la division du travail. Or, d'après l'agitateur allemand, la division du travail n'a pu naître qu'avec l'esclavage : « La production par la « division du travail, qui seule donne un excédent sur les be- « soins du jour, pour devenir possible, suppose toujours une « mise préalable d'accumulation de capitaux, et en même temps a toujours une division de travail antérieure, qui seule peut « fournir ce surplus sur le besoin du jour impossible à atteindre « dans le travail individuel.
« C'est pourquoi les peuples qui partent d'une complète liberté « individuelle, comme les tribus des chasseurs indiens, ne peu- « vent jamais arriver à une accumulation de capital, et par « conséquent à un degré de culture quelconque... Ainsi le traa vail individuel ne peut pas faire d'épargne1. »
Il y a une contradiction dans ce passage : puisque la division du travail suppose toujours une division antérieure, il faudrait en tirer la conclusion que la société est née de toutes pièces pratiquant la division du travail; or, cela n'est guère possible; il est vraisemblable qu'elle a évolué du travail individuel ou isolé au travail divisé et combiné; par conséquent il a fallu que dès l'abord le travail individuel permit l'épargne.
Lassalle ne veut voir d'autre source à la division et à la combinaison du travail que l'esclavage; aussi conclut-il hardiment : « C'est donc un bien que l'esclavage se soit trouvé au berceau « des nations civilisés2. » Ce thème, il le développe avec son habituelle ingéniosité d'esprit. Un seigneur a, par exemple,
• Lassalle, opus ci'.atum, p. 131.
2 W.,page 135.
100 esclaves, il en emploie 30 à la production de ses moyens de consommation personnelle de tous genres; il en affecte 60 à l'agriculture, et les derniers 10 il les fait travailler à la fabrication des instruments destinés aux 90 autres. Cette répartition des tâches produit beaucoup plus au maître que s'il faisait travailler ses 100 esclaves à tous les travaux à la fois ou successiment. Telle serait la genèse de la division du travail et du capital. Plus tard le maître d'esclaves perfectionne encore la division, en créant de nouvelles équipes de travailleurs parmi les 100 qu'il possède; à chaque progrès qu'il fait ainsi, il bénéficie d'un accroissement de produits qu'il peut consommer.
« Vous voyez donc, Monsieur Schulze, conclut Lassalle, que « ce que le maître a fait ne s'appelle pas épargner, mais changer « continuellement la direction de la production, en introduisant « toujours une nouvelle division de travail, en employant tou- « jours plus de forces actives, ôtées à la production directe des « moyens de luxe et d'existence, à leur production indirecte, « c'est-à-dire à la production d'instruments, de machines, en un « mot, au capital fixe de tout genre, et plus il le faisait, ce qui a vous parait être épargne, plus les moyens de jouissance af- <i Huaient vers lui '. »
Ce propriétaire d'esclaves était, selon Lassalle, un homme singulièrement intelligent et inventif. Soit doctrinalement, soit historiquement, cette théorie est contestable. Des peuples qui n'ont jamais eu l'esclavage ou s'en sont très tôt émancipés, les Germains, par exemple, n'ont pas laissé que d'arriver à la division du travail et à la création de capitaux. Bien après la suppression de l'esclavage ou même du servage, la division du travail n'a cessé de croître en Europe. Aux colonies où l'esclavage s'est le plus longtemps maintenu, on l'a considéré toujours comme le plus grand obstacle à la division du travail et à l'emploi des machines2. La thèse de Lassalle peut donc paraître frivole.
C'est un parti pris de l'école socialiste de ne vouloir admettre
• Lassalle, op. citât., papes 131-135.
2 Voir la démonstration que nous en avons donnée dans notre ouvrage sur La Colonisation chez les peuples modernes, liv. II, chat', il et m.
d'autre cause de richesse et de profits individuels que les combinaisons du travail associé et de refuser à l'épargne toute force, à l'esprit d'entreprise toute importance. Il nous sera facile de démontrer, contre Lassalle, Karl Marx et Proudhon que, sous le régime de l'industrie libre, le surplus de produit qui vient du degré habituel de division du travail et de l'association des tâches ne profite pas au patron, et que le bénéfice en échoit, sous la forme de baisse de prix, à la société tout entière. Tout progrès qui est devenu social, c'est-à-dire général, profite à la société ; tout progrès qui est resté individuel profite à l'individu.
Poursuivant sa démonstration historique, Lassalle rencontre quelques vérités qu'il met en relief mais qui ne prouvent rien en faveur de sa thèse. La productivité autonome du capital, ditil, sa reproduction incessante n'étaient pas possibles dans les anciennes sociétés quand la production domestique prédominait et quand chaque travailleur ou chaque petit groupe de travailleurs créait à son propre usage des valeurs d'utilité. Il en fut de même ou à peu près au moyen âge. Comment pouvait-on alors capitaliser? Un propriétaire pouvait-il améliorer son champ, faire produire du froment au lieu de seigle? Non, car son champ était grevé d'une dîme en seigle. Un marchand qui épargnait, pouvait-il améliorer sa production industrielle, l'étendre? Non, car outre que les débouchés étaient bornés par l'absence de voies de communication, la loi réglait minutieusement la manière de produire de chaque a maître » et déterminait d'une façon infranchissable le nombre de ses ouvriers et de ses apprentis. Le placement de fonds dans la production d'autrui était aussi rendu impossible par la rareté des occasions et l'hostilité des mœurs; de là le mal qu'eût à se répandre l'idée du prêt à intérêt.
Ces observations sont dans le détail judicieuses et exactes. Elles ne prouvent pas, cependant, comme Lassalle le pense, que le capital soit une catégorie économique nouvelle et accidentelle. Elles montrent seulement que dans l'antiquité et au moyen âge la capitalisation était moins aisée qu'aujourd'hui, parce qu'elle était entravée par les lois, les règlements, les mœurs ou
les préjugés. Elle n'avait pas devant elle un champ libre et illimité. Il se peut qu'un jour, au grand détriment de la civilisation, si les doctrines des socialistes purs ou des socialistes de la chaire viennent à prévaloir, la capitalisation redevienne en fait aussi difficile qu'autrefois. Il suffit que l'on veuille rétablir par les corporations ou par les lois « le solide engrenage économique du moyen âge. » Pour être active, la capitalisation a besoin de la pleine liberté des professions et des industries. Cette liberté supprimée ou réglementée, la capitalisation, sans complètement disparaître, se restreint, et cède la place à cette forme toute primitive, tout égoïste, presque stérile de l'épargne, la thésaurisation.
Ce que Lassalle surtout n'a pas montré, c'est que le capital ne fut pas le fruit de l'épargne. Il l'est. Quant à toutes les combinaisons heureuses du travail divisé et associé, si elles profitent momentanément à l'individu qui en a eu l'idée et qui l'a exécutée, peu à peu, très rapidement même dans notre monde moderne, une fois qu'elles sont devenues usuelles, elles dépriment les prix par la concurrence des industriels d'une même profession ; tout le monde en tire ainsi bénéfice; les exemples en sont frappants et nombreux. C'est encore là une loi de justice et d'harmonie ; ce qui est l'effet d'une combinaison sociale, la société est bientôt seule à en bénéficier; ce qui est l'effet direct du capital profite à l'individu qui l'a créé.