CHAPITRE IX
L'État étant seul producteur, ses erreurs dans la répartition des produits seraient irréparables.
De l'entretien du capital collectif. — Les divers sentiments qui aujourd'hui suscitent l'épargne. — Des trois sources de l'épargne, le collectivisme en supprime deux, d'où l'on peut conclure que l'épargne sous ce régime serait singulièrement réduite. — L'épargne individuelle, d'après la théorie collectiviste, ne pourrait consister qu'en l'acquisition d'un droit à une pension. — L'État serait donc seul à pourvoir à toute l'épargne de la nation.
Du mode d'épargne nationale indiqué par Schœffle et Karl Marx. — Assimilée à l'impôt, l'épargne collective devra être restreinte dans d'étroites limites.
La plus grande partie de l'épargne d'une nation s'effectue aujourd'hui par la minorité des citoyens. — C'est la majorité, aujourd'hui dépourvue de tout goût d'épargne, qui statuera sur l'épargne collective que devra faire l'État. — Infériorité du collectivisme pour l'accumulation des capitaux.
Le collectivisme ne possède pas de loi de répartition. — Il repousse la règle de l'égalité absolue et n'a plus d'autre alternative que l'arbitraire. — Schœffle est obligé d'abandonner la théorie de Marx sur la valeur comme n'offrant aucune règle de répartition.
Les professions libérales sous le régime du collectivisme.
Le procédé mécanique de répartition. — La liquidation des bons de travail.
Tout le système aboutit au rationnement.
On a pu juger le collectivisme au point de vue de la production. De ce côté l'insuffisance de ce régime est évidente. Trois faits surtout nous ont frappé : la suppression de la libre détermination des besoins, c'est-à-dire l'anéantissement de toute liberté ; le manque de boussole pour diriger la production ; enfin le ralentissement ou même l'arrêt du progrès industriel et agricole, par la substitution de la pédanterie bureaucratique et de
l'arbitraire administratif à cet organisme souple, merveilleusement actif et prompt, qui est aujourd'hui le résultat de l'initiative individuelle, de la concurrence, de la liberté des professions et des capitaux privés.
Offrant de ce côté des lacunes si graves, le collectivisme vat-il se relever et se réhabiliter par sa supériorité pour la distribution et la répartition des produits? C'est cet objet qu'ont surtout en vue les écrivains qui préconisent le système, et c'est par là qu'ils exercent de l'action sur les masses populaires. Eh bien ! l'échec du collectivisme n'est pas moins complet pour la distribution et la répartition des richesses que pour la production.
Le collectivisme se défend, c'est son honneur en même temps que sa faiblesse, d'être le communisme, le partage périodique, l'égalité absolue de tous. Il fait une place à l'inégalité, sans laquelle on peut dire qu'aucune société humaine ne peut subsister. Il admet en principe, par l'organe de Schœffle, un bien-être moyen, des récompenses pour les mérites personnels, des primes communes pour les ateliers ou les groupes qui se distingueraient et même des récompenses pour les mérites individuels ' . Comment concilier cette inégalité, qui s'applique soit aux groupes, soit aux individus, avec le système général d'un seul producteur qui est l'État.
« La communauté serait, en effet, le propriétaire général et le « rénovateur de tous les moyens sociaux de production, le ca- « pitaliste général2. »
En dehors d'elle pas une parcelle de capital ne doit exister. En tant que producteur général et unique, elle devra répartir les produits sur tout le sol. Nous avons déjà esquissé lesdifficultés que rencontrerait cette distribution, faite avec le concours d'une statistique officielle singulièrement étendue et minutieuse. Aujourd'hui l'État peut malaisément nourrir convenablement un corps d'armée ou même une brigade qu'il mobilise ou qu'il fait manœuvrer. Il faudrait un singulier progrès des administrations de l'État, une transformation complète de l'esprit bureaucratique
• Schœffle, La quintes ence du socialisme, page 56. 2 Id. page G2.
pour que cette direction unitaire parvînt, sans erreur, à répartir les produits en proportion juste des nécessités et des besoins. Or, comme il n'y aurait plus qu'un seul producteur, s'il se rencontre quelque erreur de sa part, on ne peut s'adresser à un autre. Les erreurs de l'État collectiviste dans la distribution matérielle des produits seraient donc en quelque sorte irréparables. Ce système entraînerait une grande déperdition de forces, et ces forces perdues dépasseraient de beaucoup l'importance des économies que le collectivisme prétend réaliser sur le nombre des magasins et leur luxe, sur les annonces, les réclames et tous les frais de propagande auxquels aujourd'hui se livrent les industriels privés.
Si nombreuses, toutefois, et si graves que doivent être les défaillances, les erreurs d'une administration d'État ayant la charge de distribuer tous les produits sans exception à 40, 50 ou 100 millions d'individus, ce n'est pas là encore la question principale. Une autre question qui se présente aussi et qui, sans être la principale, a une grande importance, c'est celle de l'entretien du capital collectif et de l'épargne en régime collectiviste.
La société, telle qu'elle est actuellement constituée , accroît d'une manière indéfinie son capital par les épargnes libres et spontanées de ses membres. Ces épargnes s'effectuent sous l'influence de trois sentiments qui tiennent au cœur de l'homme civilisé. Chaque individu ayant quelque ordre et quelque prévoyance cherche à pourvoir aux besoins de sa vieillesse ; beaucoup d'hommes, en outre, par ambition et par affection veulent agrandir leur situation personnelle et celle de leurs familles; enfin, les industriels, soit patrons, soit sociétés anonymes, ont le soin en général d'amortir leur outillage sur leurs bénéfices, de l'augmenter, d'y en substituer un plus perfectionné afin de ne pas se laisser devancer et écraser par la concurrence dans la lutte.
De ces trois sources de formation du capital par l'épargne, le collectivisme supprime de la façon la plus complète la seconde qui est de beaucoup la plus féconde : il ne laisse subsister la
première qu'en l'altérant, et s'il respecte la troisième, il la rend beaucoup moins abondante. La puissance de formation de l'épargne serait donc réduite de la moitié au moins ou des trois quarts.
Schœffle parle bien des garanties que le collectivisme offrirait à l'épargne; nous les étudierons. Mais, comme sous le régime collectiviste, aucun instrument de production ne peut appartenir à des particuliers, comme l'argent et la monnaie sont supprimés, il en résulte que l'épargne individuelle dont parle Schœffle consisterait simplement en un droit qu'acquerrait l'individu à pouvoir obtenir gratuitement dans sa vieillesse des subsistances de l'État : ce serait une sorte de titre de pension que chaque citoyen posséderait, de même qu'aujourd'hui chaque fonctionnaire ; mais cette prétendue épargne individuelle, ainsi entendue et limitée, n'augmenterait pas le capital national effectif. Celui-ci ne pourrait s'accroître, dans le système collectiviste, que par l'action de l'État même.
Il est incontestable que chez les peuples civilisés, dans l'organisation économique actuelle, il s'effectue chaque jour une sorte d'épargne collective, dont les individus et les gouvernements eux-mêmes ont à peine conscience. Les routes, les ports, les bibliothèques, les promenades publiques, les régularisations de cours d'eau , les chemins de fer mêmes, quand les concessions aux compagnies ne sont que temporaires, constituent, indépendamment de tout amortissement des dettes publiques, une épargne collective dont l'importance peut être considérable1.
Peut-on généraliser ce procédé et faire en sorte qu'il supplée dans l'État collectiviste à l'épargne individuelle qui est si énergique et qui, dans un pays comme la France, s'élève bien à 2 milliards et demi ou 3 milliards par an? Les collectivistes ont l'espoir que cette substitution peut être efficace : « Il n'y a « qu'une part du produit national, écrit Schœffle, qui ne serait « pas partagée entre les individus, c'est celle qui serait destinée
• Nous avons attiré l'attention sur ce phénomène dans deux de nos ouvrages, notre Traité de la Science des /inayices et notre Essai sur la Répartition des richesses.
« aux administrations productives et économiques en général, a Une partie de ce capital serait restituée au capital collectif, en « compensation de la quantité employée à la production ; une « autre partie servirait à l'entretien des autres institutions pua bliques (non directement productives). Cette partie du capital t profiterait donc à tous les citoyens, elle constituerait une sorte « d'impôt naturel aussi direct que possible et retenu avant la « répartition des revenus privés. Ce capital réservé remplacerait « les impôts d'aujourd'hui, il serait employé aux charges d'utiu lité publique et formerait la base permanente du capital col- « lectif.
a A un endroit de son livre, Marx manifeste cette idée par pa- « renthèse et à peu près ainsi :
« Le produit commun est un produit social; une partie de ce « produit sert à remplacer le capital employé à la production; « il reste social; une autre partie est consommée par les memci bres de la société, et c'est pourquoi elle doit être répartie « entre eux '. »
D'après ces passages, l'État collectiviste entretiendrait tout au moins le capital national en lui restituant tout ce que par la production il aurait perdu, soit comme quantité, soit comme qualité. On peut dire que l'État collectiviste irait encore plus loin et qu'il prélèverait sur les produits avant toute répartition aux individus une quote partdestinée non seulement à entretenir le capital national en son état actuel, mais à l'accroître. Ce prélèvement qui, comme on nous l'apprend, aurait la forme d'un impôt et qui proviendrait d'un acte de raison collective pourrait-il avoir jamais l'importance de l'épargne actuelle qui prend ses sources dans les forces les plus puissantes de l'âme humaine, l'instinct de conservation individuelle, l'affection de famille et l'ambition? La réponse ne peut pas être douteuse.
Avec beaucoup de raison Schœffle assimile à l'impôt cette épargne collective : c'est dire combien il sera difficile de la maintenir à un taux très considérable. Combien voit-on d'États au-
* Schœffle, la quintessence du socialisme, pages 35 el 3C.
jourd'hui qui amortissent énergiquement leurs dettes, et qu'estce que les sommes même les plus considérables consacrées à cet amortissement, en comparaison des 2 milliards et demi ou 3 milliards qui constituent aujourd'hui l'ensemble de l'épargne d'un grand pays?
La plus grande partie de l'épargne d'une nation s'effectue par la minorité des citoyens. C'est la minorité seulement, en effet, qui possède à un haut degré ces sentiments de prévoyance, de dévouement aux siens, même d'ambition susceptible de sacrifice, et qui jouit d'une force de caractère propre à préserver l'homme contre les entraînements de la vie quotidienne. Si le revenu de la France est de 25 à 30 milliards de francs environ et que l'épargne annuelle du pays atteigne 2 milliards et demi à 3 milliards, soit 10 0/0 en moyenne des revenus individuels, on peut affirmer que les quatre cinquièmes de cette épargne sont prélevés sur le tiers seulement des revenus. Un ensemble de revenus de 8 à 10 milliards de francs, sur les 2o ou les 30 milliards, fournit certainement 2 milliards ou 2 milliards 2 ou 300 millions sur les 2 milliards et demi ou 3 milliards qu'économise la France. Une petite minorité des habitants épargne le quart, le tiers ou la moitié de son revenu, et la grande majorité ou bien n'épargne rien ou seulement le vingtième de son revenu. Or, c'est cette majorité qui aura la plus grande influence sur la direction de l'État collectiviste. Elle ne pourra dépouiller complètement son imprévoyance, d'où nécessairement l'État collectiviste ne pourra réaliser une somme d'épargne qui approche même de fort loin de celles qu'aujourd'hui constitue l'initiative privée. Qu'on ne dise pas que si une grande partie de la nation n'épargne pas dans la société économique actuelle, c'est qu'elle n'en a pas les moyens. Non, c'est qu'elle n'en a pas le goût. Parmi ceux qui épargnent le plus se rencontrent, en effet, des paysans ayant un très modeste avoir, des ouvriers gagnant des salaires modérés, des employés avec de petits traitements, tandis que les catégories d'ouvriers parisiens les plus rétribués, gagnant 7, 8, 10 ou 12 francs par jour, ne font guère d'économies.
Ainsi lp collectivisme qui, au point de vue du nombre et de la
propagation des inventions et des découvertes, offre beaucoup moins de chances de progrès que la concurrence et l'individualisme actuels, se trouve aussi dans des conditions d'infériorité considérables au point de vue de l'accumulation matérielle des capitaux.
Le point où il serait peut-être le plus faible est celui sur lequel ses adeptes fondent le plus d'espérances, la répartition des produits. Cette question peut se diviser en deux : quelle serait d'abord la loi sociale, la formule juridique de la répartition? quel serait ensuite le procédé technique, mécanique? L'embarras est aussi grand d'un côlé que de l'autre.
Occupons-nous d'abord de la loi sociale de répartition. On ne se borne pas à des formules élastiques et vagues comme à chacun selon ses besoins, ou à chaque capacité suivant ses œuvres. Dans notre société positive et exacte le vague de ces formules serait la condamnation d'un système. L'esprit nuageux de Louis Blanc a pu se contenter de maximes aussi creuses; aucun organisme économique ne s'en accommoderait. Il faut trouver une loi de répartition nette, précise, susceptible d'être appliquée sans arbitraire ni erreur.
Il n'y a dans la société collectiviste ni salaires, ni profits : il n'y existe qu'une indemnité sociale due à chaque producteur. Cette indemnité, qui la fixera? Evidemment l'État, substitué à tous les patrons individuels, devenu patron unique et soustrait à toute concurrence. D'après quels principes déterminera-t-il cette indemnité? C'est là le grand point. Il repousse avec raison la règle de l'égalité absolue. Il ne peut, d'autre part, s'abandonner à ses fantaisies ou à celles de ses fonctionnaires.
Aujourd'hui, cette indemnité sociale existe, elle se couvre de noms divers, salaires, traitements, intérêts, profits. Elle est déterminée par l'offre et la demande ou par les résultats des entreprises particulières. Celles-ci ayant cessé d'exister, la loi de l'offre et de la demande étant supprimée, puisqu'il restera bien l'offre de 37 millions de bras, mais qu'il ne se produira plus qu'une seule demande en possession de tous les moyens de production et de tous les moyens de consommation, quelle
pourra être, sous le régime de ce monopole absolu, la loi de répartition?
En dépit de toutes les prétentions des collectivistes, des formules prétendues scientifiques de Marx et des tâtonnements de Schœffle, il n'existe dans leur système aucune loi de répartition sociale. C'est pour eux la tour de Babel; à chaque instant ils se contredisent; les plus sincères finissent par avouer timidement et à la dérobée qu'ils n'ont pas de loi.
Ils commencent par vouloir s'en tenir à la théorie de Marx sur la valeur; mais dès qu'ils en envisagent les conséquences dans l'application, ils sont obligés de la lâcher. Cette théorie de Marx consiste dans cette formule que la valeur est fixée par ce qu'il appelle « le temps de travail socialement organisé. » Qu'est-ce que ce temps de travail socialement organisé? C'est la somme de travail qui est nécessaire en moyenne pour produire un objet avec les instruments et les procédés actuels de production ; c'est ce temps de travail qui détermine, d'après Marx, la valeur des objets.
Écoutons Schœffle commenter Karl Marx son maître; ce sont les disciples qui en amplifiant, en analysant, mettent la doctrine au creuset et en extraient ce qu'elle contient :
« Temps de travail social comme mesure de la valeur. — Cette « idée paraîtra inconcevable à la plupart des lecteurs, beaucoup « même n'en ont jamaisentendu parler. Et cependant, cette idée « est le véritable fondement théorique du socialisme. Dans la « pensée socialiste elle a déjà pris une forte consistance et Karl « Marx, dans ses développements sur le travail comme substance « et mesure de la valeur, la déclare expressément la pierre an- « gulaire de son système '. »
Ce n'est pas à tort que nous cherchons à voir si cette pierre angulaire est solide ; si elle est ébranlée, si elle se découvre comme un conglomérat de matières hétérogènes mal liées, tout l'édifice, c'est-à-dire tout le collectivisme, s'effondrera.
« D'après cette théorie, reprend Schœffle, la substance de lu
' Schœffle, opus cilatum, page 74.
« valeur des produits est dans le travail socialement nécessaire, par « lequel le produit se realise.
« Les produits sont désignés comme travail cristallisé. Mais « ce n'est pas le premier travail venu qui peut déterminer, c'est « seulement le travail socialement nécessaire, c'est-à-dire le tracs vail qui d'après l'état donné de la technique sociale, en rap-
• port avec une unité des besoins publics, doit être employé en « moyenne à la confection du produit dans toute son étendue « sociale. Quand par exemple — c'est ainsi qu'on peut rendre « l'idée de Marx — un pays a besoin de 20,000 hectolitres de « froment et que, pour leur production, il doit employer « 100,000 journées de travail (socialement organisé), chaque « hectolitre vaudrait '1000i000't' = o journées particulières de trace vail socialement constitué. Cette valeur aurait cours quand « même des individus isolés auraient été assez négligents pour « mettre 40 ou 20 journées de travail individuel à la production « d'un hectolitre de froment.
a Qu'on se figure tous les genres constamment fabriqués de « produits estimés d'après la dépense expérimentalement né- « cessaire de travail social, et l'on trouvera par l'addition tout « le temps socialement nécessaire de travail pour la production « sociale de l'ensemble des besoins publics. Nous admettons « que cette somme comporte 300,000,000 de journées socialece ment organisées qui, si la journée est de huit heures, repré- « senteront deux milliards quatre cent millions d'heures sociales
* de travail. La somme totale de toutes les richesses sociales i nécessaires produites sous une direction publique unitaire « (actuellement exécutée sous la direction de capitalistes concur- « rents) aurait également pour valeur totale 2 milliards 400 mil- « lions d'heures de travail, exactement autant d'heures de travail a qu'il en serait réellement fait pendant une année par un mil- « lion de travailleurs.
à L'heure de travail, = TnrrtiT.Tôi du travail collectif annuel « de tous, serait la mesure de valeur générale, et 2,400,000,000 a d'unités nOmimales de valeur pourraient ou devraient être « délivrées aux travailleurs en certificats, bons ou chèques de
« travail, afin que ces mêmes travailleurs puissent racheter aux « magasins publics le produit total du travail collectif valant égaa leraent 2,400,000,000 d'heures de travail.
« La somme totale de travail d'une période serait toujours « égale, au moins en général, à la valeur totale de la masse des « produits de la même période.
« Les administrations économiques créditeraient le travail « fuit, fixeraient la valeur du produit d'après la mesure connue « des frais de production en temps de travail, délivreraient des « chèques sur le travail enregistré et consigneraient contre ces « chèques les produits au taux des frais du travail social.
* Rien ne paraît plus évident que l'harmonie entre cette « théorie de la valeur et les principaux efforts des socialistes « pour que la jouissance soit proportionnelle au travail, pour s que chacun puisse avoir comme revenu privé, comme légi- « time propriété privée, l'équivalent du produit intégral de son « travail, pour baser ainsi la propriété et le revenu sur le tra- « vail individuel, et enfin pour interdire à un tiers de s'appro- « prier (comme cela a lieu aujourd'hui) la plus-value, c'est-à- « dire une part du travail d'autrui1. »
On doit être reconnaissant à Schœffle de s'être donné tant de peine pour justifier la prétendue loi de répartition du collectivisme. Malheureusement l'enfantillage le dispute à la subtilité dans cette analyse : rien n'y résiste à l'attention.
Cette théorie qui paraît simple pourrait, à la rigueur, se comprendre pour comparer le coût de deux objets similaires ou la rémunération relative que doivent recevoir deux ouvriers d'un même métier. Encore, même ainsi restreinte, cette prétendue loi de répartition, dans bien des cas, serait insuffisante. L'exemple choisi par Schœffle dément et condamne sa théorie. Est-ce que la production de cent hectolitres de blé nécessite partout la même somme de travail socialement organisé? Dans les riches plaines du Nord ne faut-il pas moitié moins ou deux fois moins de travail pour produire cent hectolitres que sur les plateaux des
1 Schœffle, La quintessence du socialisme, pages 74 à 76.
Cevennes, des Alpes ou des Pyrénées? Si l'on prend comme mesure de la rémunération la moyenne du temps de « travail socialement organisé » qui est nécessaire à la production de cent hectolitres, on donnera au delà de ses mérites et de ses besoins stricts à l'ouvrier agricole des plaines de la Flandre et au-dessous de ses mérites et de ses besoins stricts à l'ouvrier agricole des plateaux du centre. Ce n'est pas dans l'agriculture seule qu'on rencontrerait ces difficultés, on les trouverait tout aussi bien dans les mines. Il faut beaucoup moins de travail socialement organisé pour produire une tonne de charbon dans telle mine que dans telle autre, et si l'on prend comme mesure de la valeur et de la rémunération la moyenne du travail nécessaire dans l'ensemble des exploitations du pays, on faitde grands avantages aux uns et l'on porte un grand détriment aux autres.
L'erreur primordiale des collectivistes, c'est précisément cette définition bornée que Karl Marx donne de là valeur. La substance de la valeur n'est pas et ne peut pas être le travail socialement nécessaire pour la production. Il entre dans la valeur bien d'autres éléments que ce travail mathématiquement estimé; il y entre les différences de conditions naturelles de la production; il y entre aussi et surtout les variations des besoins humains, variations incessantes, suivant les temps, suivant les lieux.
La formule de Rarl iMarx déjà fausse quand on examine un seul genre de produits, perd absolument toute signification quand on veut appliquer cette prétendue loi à deux objets différents, surtout à mille, à cent mille objets différents, à deux ouvriers de divers corps d'état, ou aux ouvriers divers de mille corps de métier ou parties dissemblables de corps de métier. La variété des professions humaines qui sont indispensables à la civilisation répugne absolument à cette loi simple.
Ce prétendu « temps de travail socialement organisé » ne peut constituer une loi de répartition. Dans le système actuel, c'est le service social rendu par chaque producteur et librement apprécié à chaque instant, dans chaque cas particulier, par l'ensemble ou par une fraction des millions d'individus qui composent
370 LE COLLECTIVISiME.
le public, c'est ce service envers autrui qui détermine la rémunération où souvent il n'est tenu que médiocrement compte du « temps de travail. »
« Le temps, Monsieur, ne fait rien à l'affaire ». En tout cas, si c'est un des éléments du prix et du salaire, ce n'est pas le seul. Les autres éléments c'est la qualité du travail, c'est surtout la valeur d'usage des produits, fréquemment changeante.
Schœffle s'efforce bien d'élargir cette formule étroite de Karl Marx dans laquelle la société étoufferait et mourrait d'asphyxie. II fait des infidélités à la doctrine du maître quand il écrit que, « sous la direction des organisations professionnelles {berufs- « anstaltliche) , la répartition des produits communs (sociaux) de « tous à tous sera effectuée en raison de la valeur d'usage « sociale du travail de chacun '; » ou bien encore quand il dit que sous le collectivisme le profit et le salaire auront disparu et qu'il n'y aura plus qu'une « indemnité sociale, revenu du travail « socialement déterminé et mesuré d'après la quantité cl la valeur a d'utilité sociale du travail2. »
Toute netteté disparaît sous ces contradictions. S'agit-il seulement du temps de travail socialement organisé, c'est une idée étroite, mais qui du moins est circonscrite et offre une certaine netteté. En y joignant la valeur d'usage ou la valeur d'utilité sociale, Schœffle détruit tout ce qu'il vient d'édifier. Il érige en principe l'arbitraire administratif absolu. Ah ! si l'on prenait le temps de travail dans l'acception mathématique du mot, si l'on payait chacun à la journée ou à l'heure, on aurait une loi de répartition singulièrement grossière, insuffisante, anticivilisatrice, mais enfin on en aurait une. Il en résulterait, il est vrai, que l'ingénieur, le mécanicien, le simple manœuvre et le chiffonnier seraient payés de même, ou plutôt que le premier serait moins rétribué que les derniers, parce que plus un travail est intellectuel, moins il supporte une longue durée. Quelque mauvaise que fût cette loi de répartition on saurait du moins ce que les collectivistes nous promettent.
' 8cliœffli>, La tjuinlcsscncc du socialisme, |>«gc 17. a Id., page 35.
Les plus farouches d'entre eux, toutefois, refusent eux-mêmes de prendre ces expressions « temps de travail socialement organisé » dans le sens purement matériel, qui est le seul clair. Alors que devient leur formule? S'ils veulent tenir compte des qualités de travail et de la valeur d'utilité sociale, dans quel arbitraire ne tombent-ils pas? Ils doivent dresser des catégories et des tarifs; c'est alors le classement obligatoire des individus en rangs superposés ; c'est une gradation aux mille échelons, faite d'autorité; c'est une échelle d'inégalité décrétée par la loi et appliquée par les fonctionnaires.
L'ingénieux et ingénu Schœffle se débat dans ces difficultés, tandis que Karl Marx, des hauteurs sereines où il dogmatise, ne daigne même pas les voir.
Le temps de travail socialement organisé étant une mesure défectueuse, il faudrait prendre en considération la valeur spéciale technique du temps et du lieu des travaux et des richesses. Il faudrait faire varier les salaires et les prix alors même que le temps de travail social nécessaire resterait le même. Il faudrait, en un mot, violer dans chaque cas particulier la règle que l'on avait posée en général. Aussi, Schœffle arrive-t-il presque au désespoir; il reconnaît avec une candeur qui détruit toute sa théorie, que la théorie de Marx ne fournit pas de loi de répartition. Voici ce passage d'aveu qui est frappant et que nous avons déjà cité : « Il est très sûr que la théorie « socialiste de la valeur — en tant que, dans la détermination de « la valeur des richesses (Gùterwerth), elle ne prend en consi- « dération que les frais sociaux et néglige totalement la valeur « d'utilité qui varie selon le temps, le lieu et la chose — est' « complètement incapable de résoudre d'une manière économi- « que le problème de la production collective posée par le so- « cialisme.
« Aussi longtemps que le socialisme n'offrira rien de pluspo- « sitif à ce sujet, il n'aura pas d'avenir. Avec son idée d'arriver « à un plus juste partage des produits, — idée dont les désa- « vantages possibles ne peuvent pas encore être pratiquement « saibis — en donnant un procédé de production qui, avec
« beaucoup d'inconvénients, contient aussi assez de garanties
a économiques, le socialisme, disons-nous, ne pourra réussir à
« l'amiable, et s'il veut employer la force, il échouera encore
« longtemps '. »
La question scientifique n'est pas de savoir si le collectivisme
aura pour s'établir recours à la violence ou à la persuasion,
mais bien de rechercher s'il possède une loi de répartition ; or,
il n'en possède pas, Schœffle lui-même l'avoue; et ce n'est pas
là une insuffisance présente susceptible de disparaître, c'est un
vice constitutionnel que rien ne pourra ni extirper ni atténuer.
L'aveu de Schœffle déjà assez net s'accentue encore dans le cours de son opuscule : « La valeur sociale (valeur d'échange), « doit être déterminée non seulement d'après la valeur des frais, « mais en même temps aussi d'après la valeur d'usage variable. « Sans cela le besoin social et la production sociale tombent dans « une désharmonie funeste dont personne ne pourrait conjurer « les désastres. Le socialisme doit d'abord éclaircir ce point « trop dédaigné jusqu'ici par ses théoriciens 2. » Ce n'est pas dédain de leur part, dirons-nous, c'est impuissance. Ils auront beau se mettre le cerveau à la torture, en supprimant la production privée, le commerce privé , la liberté de l'offre et la liberté de la demande, le mécanisme flexible et spontané des prix, les variations des profits et même celles des salaires, les collectivistes se sont condamnés à n'avoir plus de loi de répartition, autre que celle qui pourrait reposer sur la brutale et absolue égalité de tous.
Dans une note et dans un post-scriptum à cette note, Schœffle imitant les femmes dont on dit qu'elles enveloppent dans un post-scriptum le dernier mot de leur pensée, achève de détruire presque inconsciemment l'illusion de ceux qui croient que le prétendu socialisme scientifique moderne est un système ayant des solutions qui offrent quelque netteté. Pour ne pas dénaturer, en les traduisant ou les abrégeant, soit les idées de Karl Marx, soit celles de son commentateur et disciple , nous allons encore
* Schœffle, opu$ citatum, p. 57.
2 Schœffle, La quintessence du socialisme, page 79.
reproduire textuellement, si fastidieux que cela puisse être, la note en question et le post-scriptum. Se référant à cette pensée que les théoriciens socialistes ont trop dédaigné d'éclaircir la notion de valeur, Schœffle ajoute :
« C'est ce qui eut lieu à plusieurs reprises pendant l'année « 1877 dans une polémique du Vorwœrts (le journal socialiste) à « propos de la quintessence du socialisme (le livre de Schœffle). « Ce journal donne à l'idée de Marx sur le temps de travail socia- « lement nécessaire une interprétation en vertu de laquelle dans « l'expression travail socialement nécessaire se trouve compris ce « que j'appelle, moi, valeur d'usage. Je n'ai rien à objecter contre « cette interprétation en soi, puisqu'elle admet au moins en « principe la participation de la variation des besoins dans la « détermination nécessaire de la valeur d'échange, sur quoi « j'insiste. Mais je me permets deux observations.
« Je ne puis reconnaître comme erronée ma manière d'en- « tendre l'idée de Marx du temps de travail socialement néces- « saire, car cet écrivain déclare valeurs d'échange égales les a objets qui contiennent des quantum de travail égaux ou qui « peuvent être produits dans le même temps de travail. De plus « j'ai à faire observer que, si M. Marx approuvait l'interpréta- « tion du Vorwœrts, la mesure de la valeur par le temps de tra- « vail socialement nécessaire deviendrait inutile comme base « pratique de cette fixation, et cela en vertu de l'introduction « forcée {Hineinzwœngung) du second facteur tout à fait auto- « nome de la détermination de la valeur d'échange, notamment « de la valeur d'usage sociale, dans le quantum des frais de « travail social.
« Je n'ai pas à rechercher si M. Marx admettra l'explication « qu'on donne à sa théorie de la valeur, et je m'en tiens à ceci : « que les frais sociaux de travail et le besoin social entrent dans la « détermination de la valeur, en toutes circonstances et cela « d'une manière indépendante et sans qu'il soit possible de les « confondre dans un mélange forcé.
« Post-scriptum. Il est bon de comparer avec ceci la remar- « quable et plus récente explication de M. Schramm sur le sens
« probable de la théorie marxiste de la valeur ( Vorwacrts), 487", « n°128). M. Schramm croit pouvoirdire, d'accord avec tous les « partisans de la dite théorie, que non seulement Marx, mais « aussi le socialisme, ne cherche et ne voit dans la théorie marxiste a de la valeur aucune mesure de répartition.
a S'il en est ainsi la polémique n'a plus aucune raison d'être. »
A la bonne heure ! Ici nous sommes dans la clarté. Mais ce qui n'a plus de raison d'être, ce n'est pas seulement la polémique, c'est le prétendu socialisme scientifique, qui simplement se moque du monde.
Gomment! voilà un système social dont le principal objet, on peut dire presque le seul, est de modifier dans les sociétés civilisées la répartition des produits. Son représentant le plus illustre, son prophète, élabore une formule qui a l'apparence d'être précise. Les disciples arrivent, s'avisent qu'elle est complètement insuffisante, qu'on ne peut l'appliquer ou que, si on l'appliquait, on arriverait à la disette, aux troubles économiques les plus intenses et les plus meurtriers, au défaut permanent d'équilibre, que tout en un mot retournerait dans le chaos. Emus de ces conséquences qu'une demi-clairvoyance découvre à leur esprit, ils tournent et retournent la formule du maître, puis ils avouent qu'elle ne contient pas de mesure de répartition. Mais puisque le collectivisme n'a pas d'autre objet que de répartir les biens ; s'il ne fournit, comme cela est évident, aucune loi de répartition, qu'est-il? Une simple duperie à l'usage des naïfs1, une mystification à l'usage de ceux qui exploitent la crédulité populaire ; il peut se parer de tous les titres qu'il veut, mais à coup sûril en est un qu'il mérite, c'est celui de système antiscientifique. Les socialistes auraient mieux fait de ne pas sortir du domaine du sentiment : en s'aventurant dans celui de la science, ils ont beaucoup peiné pour rien.
Les professions libérales qui sont essentielles aussi bien au progrès qu'à l'éclat et à la parure de la civilisation sont aussi un des embarras des collectivistes. Supprimer, si ce n'estles avocats, du moins les médecins, les savants, les artistes, les littérateurs,
tfr transformer tous ceux-ci en simples fonctionnaires appointés, remplissant une tâche imposée et dans un esprit prescrit, ce serait faire déchoir la civilisation. Les meilleurs d'entre les collectivistes qui veulent que les besoins de l'esprit tiennent encore quelque part dans la société future s'efforcent de conserver à ces professions la liberté qui en fait à la fois le charme, la force et presque la vie.
« Les travaux et les services incentralisables à cause de leur « caractère personnel, ditSchœffle, comme la médecine, les arts, u. pourraient même être laissés à la concurrence libre, et seraient « payés par les clients à l'aide de bons de travail, ou bien l'in- « demnité privée pour ce genre de services pourrait être cornet binée avec le système déjà existant des émoluments publics, a Cette manière d'intéresser les individus à leur profession « spéciale touchant les services personnels où le capital ne joue « aucun rôle important est bien compréhensible '.» Dans un autre passage il revient sur cette idée : « Si l'on objectait que le « peuple a aussi des besoins d'utilité publique, du ressort de « l'État, des Communes, des Écoles, de l'Église, etc., et que, « par conséquent, l'individu isolé ne peut pas recevoir en pro- « duits sociaux tout l'équivalent de son travail, l'objection ne a serait fondée qu'en apparence. Admettons en effet que sur « le produit de 300 millions de journées sociales de travail, un « tiers même, soit 100 millions de journées, doive être pris par « anticipation pour les dépenses publiques, il ne resterait sans « doute à la répartition privée entre les producteurs qui auraient « fait les 300 millions de journées, qu'une valeur de 200 millions « de journées. Mais les choses s'arrangeraient ainsi : pour une « heure de travail on donnerait un chèque ou valeur nominale « de travail de 2/3 d'heure de travail, et le tiers restant serait « employé, pour le bien et la jouissance commune, aux services « publics, et formerait l'ensemble des contributions ou charges * sociales 2. »
Cela nous conduit à examiner le procédé mécanique de répar-
1 Schœffle, opui citatum, page 31.
3 M., page 77.
tition qui est distinct de la loi même de répartition ; la première, on l'a vue, n'existe pas dans le système collectiviste. Quant au premier, il est bien l'instrument le plus difficile du monde à taire fonctionner avec exactitude. L'argent, maudit argent, est sacrifié par les collectivistes aux préjugés des moralistes et du populaire. L'argent et la monnaie ont ces grands mérites qu'ayant une valeur propre, en tant qu'ils ne peuvent être produits qu'avec un grand travail, et n'étant pas indéfiniment extensibles, ils donnent aux transactions, soit à l'intérieur, soit avec le dehors, une base solide. Comment les collectivistes remplaceront-ils cette base de l'argent, c'est-à-dire de la monnaie métallique, dans leurs rapports avec le dehors, ils ne s'en préoccupentpas. Quant au dedans, voici leur procédé. L'argent a pour successeur le chèque représentant la journée type de travail :
« Les produits seraient livrés par la société contre des certifi- « cats que la comptabilité de l'administration du travail social « tirerait sur la comptabilité de l'administration des magasins « comme un avoir sur le travail accompli, ou comme une avance « sur les gains futurs du travail
« Les administrations de production collective et les consom- « mateurs (possesseurs de bons de travail) devraient régler leurs « comptes entre eux, sans le concours de l'argent, d'après le « temps et la valeur de travail, par un système de compensation « entre les administrations économiques et les maisons de liquide dation (Clearinghaùser)
a Dans son autre qualité de mesure de lavaleur, l'argent serait « remplacé dans l'état socialiste par la moyenne des journées de « travail, d'après laquelle la valeur des produits serait estimée « et mise en ligne de compte pour la distribution.
« La journée sociale de travail, comme unité de valeur, serait « un moyen a" estimation juridique etc. * »
Nous avons déjà cité (pages 367 et 368) d'autres passages de Schœffle se rapportant à ce procédé de répartition. Qu'on s'y reporte et l'on verra combien enfantine est cette méthode : « La « répartition des produits se ferait en liquidant des bons de
1 Schœffle, opus citalum, pape 73.
« travail dans les magasins publics de livraison '. » S'il n'y a pas une parfaite concordance entre ces bons de travail et les produits, si la comptabilité commet quelque erreur, si simplement par la détérioration inévitable d'un certain nombre de produits, ou par l'excès de la demande dans une branche particulière, il y a insuffisance des produits relativement aux bons de travail qui se présentent pour-les réclamer, que fera-t-on? Aujourd'hui, c'est le mécanisme simple du prix qui rétablit l'harmonie avant même qu'elle ne soit troublée. Mais du moment que les prix ont disparu ou sont fixés par l'autorité, quelle est l'issue pour que l'équilibre entre les besoins et les produits soit maintenu. Il n'y en a pas.
Tout le système aboutit en définitive à des maxima de prix fixés par l'autorité, mais à des maxima nécessairement variables qui induiront l'autorité en corruption ou en suspicion. L'issue suprême est encore le rationnement, comme Schœffle est presque obligé de le reconnaître (page 78).
Le procédé de répartition ne vaut donc guère mieux, dans le collectivisme, que la loi de répartition qui n'y existe pas; et c'est avec raison que recourant à sa candeur habituelle, Schœffle écrit que c'est là « le point le plus faible et le plus obscur du « programme socialiste; *> si faible et si obscure, en effet, qu'aucun homme obéissant à la raison ne peut donner son adhésion à un pareil système et qu'aucune nation ayant conservé quelque prévoyance ne peut s'abandonner à une expérience environnée d'aussi épaisses obscurités.
' Schœffle, opus citatum, page 88.