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CHAPITRE VI

M. Louis Colin, P. S, S., fondateur du Collège Canadien

M. Louis Colin, supérieur de la Compagnie de Saint-Sulpice à Montréal, a eu des relations trop étroites et trop bienveillantes avec le Collège Canadien, pour que les élèves des

premiers cours de cette institution, qui l'ont

bien connu, n'aient gardé un souvenir ineffaçable de ses rares qualités naturelles et surnaturelles. Il fut le véritable fondateur du Collège Canadien, comme du reste des voix autorisées se sont plues à le répéter; et parmi les œuvres les plus importantes de sa vie féconde, il n’en est pas qu'il ait cu plus à cœur que celle-là. Les anciens lui sont profondément reconnaissants de tout ce qu'il a fait pour cette maison.

Monsieur Frédéric-Louis Colin est né en France, à Lignières (Cher), le 14 janvier 1833, d'une famille profondément chrétienne. Après ses études classiques, encore incertain de sa

M. l'abbé Louis Coin, P.S.S,.

Supérieur de la Compagnie de Saint-Sulpice à Montréal, fondateur du Collège Canadien

es —

vocation, il vint à Paris et suivit au Lycée

Saint-Louis, un COurS préparatoire à l'École

Normale Supérieure, où il fut reçu, dans la section des sciences, au Concours de 1885.

Mais Dieu avait d’autres vues sur lui, et ce fut au séminaire d'Issy qu'il entra. Pendant le temps qu'il y passa, et plus tard à Saint- Sulpice, sa vie fut celle d’un séminariste exemplaire. Ordonné prêtre le 17 décembre 1859, il chercha encore Sa voie dans plus d'une direction, rentra d’abord dans son diocèse, fut vicaire à Mehun-sur-Yèvre, professeur à Chézal- Benoit, songea à la vie religieuse, et se décida enfin à entrer dans la communauté de Saint- Sulpice, deux ans après son ordination.

Il partit pour le Canada en 1862, et aussitôt arrivé à Montréal, il fut attaché à Notre-Damede-Grâce, puis chargé Successivement de la Côte-des-Neiges et de Saint-Henri: en 1865 il était appelé à Notre-Dame où il commença à exercer une grande influence Par sa parole ardente et convaincue. Orateur d’une puissance peu commune, M. Colin porta dans la chaire

une éloquence : entraînante et profondément chrétienne.

En même temps, par ses conférences philosophiques données à la jeunesse studieuse, il préludait, sans y penser, à l'œuvre future de l'Université Catholique et contractait des liens durables avec les classes les plus cultivées de la société.

En 1870, il était envoyé au grand séminaire

comme professeur d'Écriture sainte et de droit

canonique. En 1871, il devenait vice-directeur, et en 1872, directeur de cette institution, dont l'importance allait tous les jours croissant. Il continua d’y présider jusqu'en 1880, faisant habituellement les cours de prédication et de diaconale, et quelquefois ceux de droit canonique.

Pendant tout le temps qu’il fut au grand séminaire, M. Colin se donnait à tous; et les anciens élèves n'ont pas perdu le souvenir de sa direction sage et énergique, de son affection profonde et des leçons de sainte vie. dont il leur donnait constamment l'exemple.

En 1881, il succédait au vénérable M. Bayle,

comme supérieur de la communauté à Montréal : et il devait être réélu aux quatre termes suivants: il mourut dix-huit mois avant la fin du dernier terme.

M. Colin, par sa position, se trouva mêlé à toutes les questions qui touchaient aux intérêts religieux du pays, et il le fit généralement avec un art et un succès qu'ont admirés les meilleurs juges. Même les diplomates et les hommes d'état, avec lesquels il fut en rapport, lui ont reconnu, à un haut degré, les aptitudes de leur profession unies à un grand esprit sacerdotal et à un désintéressement parfait. L'un d'eux admirait en lui «la prudence, la sagesse, la hauteur de vue, la fermeté unie à la mansuétude, surtout une merveilleuse perspicacité qui lui faisait, d’intuition, pénétrer les problèmes les plus compliqués et les résoudre avec une clarté lumineuse. »

Le vice-recteur de l’Université Laval disait dans un discours public, (que cette institution est principalement l'œuvre de M. Colin; qu’il en fut un des fondateurs, l'ami fidèle, l'insigne

bienfaiteur, l'appui le plus ferme». Et il ajou-

tait: «C'est qu’en, cette chère Université, M. Colin, avec ses vues sûres et profondes sur notre pays, avait aperçu une source féconde de progrès et de développement, pour la conservation de notre foi et de nos traditions.

Nous devons, en grande partie, à son action

douce et ferme, à son prestige et à son action personnelle sur le corps universitaire, la période

d'harmonie et de paix qui a succédé à la phase

des divisions et des luttes d'autrefois».

Avant même que la philosophie eût reçu à Montréal son installation distincte, M. Colin avait posé à Rome ce qu’il appelait «le couronnement de tout l'édifice» par la fondation du Collège Canadien. On sait que ces collèges nationaux que les catholiques ont à Rome, sont destinés à recevoir les étudiants ecclésiastiques qui, en même temps qu'ils vont suivre les cours des universités romaines, se forment aux vertus sacerdotales dans la maison où ils demeurent.

Avant d'établir ce collège, M. Colin s’entoura de toutes les garanties de la prudence; il consulta d’abord l'épiscopat canadien dont

l'avis unanime lui fut favorable: il obtint du 8ouvernement l'autorisation nécessaire pour employer hors du pays, bien que dans son intérêt, une partie quelconque de l'avoir du séminaire, enfin, en 1885, il alla jusqu'à Londres pour obtenir aussi l'appui de la couronne d'Angleterre et, au besoin la protection de l'ambassadeur anglais à Rome, pour un établissement national.

Trois ans après, le collège s'ouvrait.

IH y avait plus de quinze ans qu'une grave affection de cœur, résultant du rhumatisme, le conduisait aux portes de la mort, et plusieurs fois depuis, on lui avait administré les derniers sacrements. Il les avait reçus au

mois d'avril 1902, et s'était encore rétabli,

mais imparfaitement. Au mois de novembre de la même année, il tomba pour ne plus se relever, et le 27, un peu avant minuit, il rendait le dernier soupir, sans agonie.

Cette mort fut un deuil public pour la ville de Mortréal; les journaux français et anglais catholiques et protestants, l'ont annoncée avec des termes de profonds regrets.

Le 2 décembre, jour des funérailles, l’église Notre-Dame était remplie par la foule. Il y avait aussi un grand nombre de députations officielles. Il y avait au chœur, au milieu de beaucoup de prêtres, trois archevêques et neuf évêques du Canada et des États-Unis. On remarquait, dans la nef, au premier rang, le lieutenant-gouverneur de la province de Québec. Le gouverneur-général du Canada s'était fait représenter par son aide-de-camp. Mgr Bégin, archevêque de Québec, voulut bien officier.

Mgr Bruchési, archevêque de Montréal, appri: la triste nouvelle à Naples: il s'empressa d'envoyer un télégramme de condoléances.

Quelques jours après, !l célébrait un service funèbre pour le repos de l’âme du venéré &funt dans la chapelle du Collège Canadien.

La veille de sa mort, M. Colin avait reçu une bénédiction spéciale du Saint-Père, à titre de fondateur de ce collège.

(Pour cette œuvre, écrivait Mgr Bégin, M. Colin a droit à la reconnaissance éternelle de l’épiscopat canadien. Grâce à cet homme de Dieu, nos jeunes lévites peuvent aller puiser

à la source la sainte doctrine de l’Église catholique.»

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