DEUXIEME SÉRIE
Au risque d'être monotone, nous consacrerons maintenant quelques pages aux hommes qui formèrent comme la deuxième série des professeurs du collège. Ils débutèrent aux environs de 1830, et la plupart cessèrent d'enseigner de 1860 à 1870.
M. l'Abbé BOURBILLON
Le plus ancien de cette série de professeurs fut . M. Victor Bourdillon. Il était né au Biol (Isère), en 1804, et avait terminé ses études en 1824. En 1825, il fut nommé professeur de cinquième et montra des aptitudes si rares pour l'enseignement que, l'année suivante, on lui confia la chaire d'Humanités, qu'il conserva jusqu'en 1836. Il partit alors à Paris, en revint licencié, fut nommé professeur de Rhétorique à Privas, où il resta jusqu'en 1847. Il se retira alors chez un de ses amis, l'abbé Boiraj-on, chef d'Institution au Péage de Romans, prit l'année suivante la direction du collège de Bourgoin, puis d'une institution à Grenoble, revint en 1860 à Annonay comme professeur auxiliaire ; enfin, après un séjour de quelques années à Bourgoin, il prit la direction du collège
de Béziers, où il mourut en 1872. Il avait hésité longtemps avant d'entrer dans les saints ordres et il n'avait été ordonné prêtre qu'en 1840, k l'âge de trente-six ans. Littérateur l)rillaDt et profond érudit, il collabora indirectement au dictionnaire latin de Noël, en indiquant à l'auteur de nombreuses erreurs ou inexactitudes, ce qui le signala luimême à l'attention des latinistes. Il fut un helléniste distingué et un polj^glotte remarquable ; dès 1826, il enseigna Titalien. L'espagnol, l'anglais et l'allemand lui devinrent tout-à-fait familiers et il put, à l'occasion, soit k Privas, soit k Bourgoin, enseigner ces quatre langues vivantes aussi bien que les langues mortes. Il étudia aussi toute les branches de l'histoire naturelle et les enseigna dans ces deux derniers collèges avec un succès extraordinaire.
M. Bourdiilon était né professeur; voici quelques souvenirs d'un de ses élèves d'Annonay.
« Il interprétait admirablement les beautés historiques et littéraires de toute sorte d'auteurs, mais surtout d'Homère et de Virgile, ses amis familiers de chaque jour. Il est impossible de dire avec quelle jouissance nous entendions, pendant les heures de classes, trop courtes à notre gré, notre maître développer, avec un beau langage et une chaleur communicative, ses théories et ses appréciations sur les sujets et les matières qu'on étudiait. L'enthousiasme était grand, surtout, quand les récits, tour k tour pathétiques et sublimes du Cjgne de Mantoue, ou les rapsodies du vieil Homère, passaient par sa bouche et semblaient j acquérir un charme nouveau ».
« Ajoutons, pour louer encore notre professeur, qu'il nous enthousiasmait tout autant, par les explications religieuses qu'il nous donnait chaque jour, après la récitation de quelques versets de l'Evangile, et surtout le dimanche au catéchisme ».
« Alors son âme profondément religieuse et vraiment sacerdotale, avant même d'avoir reçu l'onction sainte, nous parlait de Dieu ou de la religion, de nos devoirs de chrétiens et d'hommes, avec tant de zèle, tant de conviction, tant d'àme, qu'il en devenait particulièrement éloquent et persuasif, et plus d'un disait à son voisin, en sortant de classe : « Que c'était heau ! »
Son enseignement, intéressant, plein de vie et de science, contrihuait puissamment k la formation littéraire de ses élèves, auxquels il savait inculquer l'amour des belles formes, des nobles pensées et le goût du travail personnel. Il les y encourageait en leur laissant, pour le choix de leurs travaux, une grande lil)erté, une bonne part d'initiative, car il pensait qu'un élève traite avec beaucoup plus d'ardeur et de succès un sujet qui lui plaît, qu'un devoir qui n'est pas à son goût.
Cette méthode, il faut en convenir, ne peut guère s'appliquer que dans les classes supérieures et par intermittence ; elle a toutefois l'avantage d'ouvrir à certains esprits une voie qu'ils eussent peut-être ignorée avec la méthode ordinaire.
M. Bourdillon découvrit par là, certains talents qui s'ignoraient eux-mêmes, il les fit éclore et ils portèrent des fruits ; sous ce rapport, il fut un véritable initiateur d'intelligences.
Chargé de la correction des compositions que les jeunes académiciens devaient lire à la distribution des prix, il y mêla peu à peu des pièces de théâtre composées par des élèves, sur un fond qu'il leur donnait. A plusieurs reprises, il traduisit des tragédies italiennes et les fit mettre en vers par quelques académiciens ; celle qui eut le plus de succès, fut le Saïd d'Alfieri, jouée à la distribution de 1 835. Les deux versificateurs étaient M. A. de Lagrevol, mort conseiller à la Cour de cassation, et M. Chenavas, de Vienne, mort en 1898, à Beja^out. Ce dernier conserva le goût de la poésie, même dans la vie du missionnaire qu'il mena pendant 42 ans en Svrie ; aussi, quand ses confrères de la Compagnie de Jésus célébrèrent, en 1897, sa cinquantaine de vie religieuse, plusieurs le chantèrent en vers et le vieillard répondit à son tour en lisant des centaines de vers de sa composition.
La bonté de M. Bourdillon, son zèle, sa méthode d'enseignement un peu originale et sa science incontestable lui avaient valu à Annonaj^ une réputation qui ne fit que croître k Privas et à Bourgoin. On admirait avec raison, cet homme qui enseignait à la fois, de la manière la plus brillante, les langues anciennes, les langues modernes et les sciences naturelles. Cet esprit novateur aimait trop le travail personnel chez l'enfant, pour se contenter d'un enseignement théorique des sciences naturelles ; aussi, était-ce en pleine campagne qu'il conduisait ses élèves les jours de promenade, pour leur faire étudier sur place la nature des différents
terrains, la flore du pays et tout le petit monde des insectes.
Au cours de ces promenades, il instruisait autant qu'en classe, par des causeries sérieuses sur toute espèce de sujets et il acquérait ainsi sur ses élèves une autorité extraordinaire : nous ne dirons pas qu'on le craignait, car on laimait tellement, que la seule pensée de lui faire de la peine retenait dans le devoir les plus étourdis.
Cependant, ses écoliers auraient eu souvent l'occasion de causer du désordre, car M. Bourdillon s'oubliait parfois dans sa chambre au moment de la classe et la ponctualité n'était guère son fait ; il prétendait gaîment être né un quart d'heure trop tard et n'avoir jamais pu se rattraper. Ses élèves l'attendaient patiemment et, au besoin, si l'attente se prolongeait, un d>ntre eux allait l'appeler et l'on réparait promptement le temps perdu.
On pouvait regretter, chez M. Bourdillon, la prédominance d'une imagination brillante, l'absence de fixité dans le caractère, le défaut de toute aptitude administrative et l'ignorance des hommes, que la bonté de son cœur lui montrait tous excellents.
Sa nature riche, généreuse, désintéressée, un peu naïve, semblait ignorer la malice humaine ; aussi la bonté et la charité paraissaient chez lui des vertus innées. Nous laisserons sur ce point la parole â un de ses élèves, qui écrivait en 1872 dans ïlndicateur de Boiirgoin: « M. Bourdillon était admirable, quand il prêchait l'amour de Dieu et du prochain, la charité sous toutes ses formes, dans un
langage inimitable, substantiel, vivant : la cliaritê qui fut le mobile de toute sa vie, chanté pour les pauvres d'esprit et d'argent, pour les petits et pour les faibles, pour toutes les soulïrances ; aux uns,, il donnait un bon conseil ; aux autres, tout ce qu'il possédait, faisant abstraction complète de ses besoins personnels ; aussi n'a-t-il rien laissé, comme on dit vulgairement ».
« Rien en fait d'argent, c'est vrai ; il a tout donné, tout dépensé pour les siens, pour ses pauvres, et un peu aussi, il faut bien l'avouer, pour ses bons amis, ses chers livres. Mais il laisse d'autres trésors plus précieux, des exemples merveilleux, qui font le chrétien parfait et le prêtre selon le cœur de Dieu. Il laisse aussi des ouvrages dignes d'être plus connus et des manuscrits pour la plupart inachevés concernant l'histoire, l'éducation, la littérature ou la pédagogie. »
Nous n'ajouterons rien à ces lignes qui font bien connaître le prêtre que fut M. Bourdillon.
Parmi les brochures qu'il publia, une seule mérite une mention, parce qu'elle eut un vrai succès, succès d'actualité à l'époque de sa publication, fin Juin 1848. C'était Le Catéchisme du vrai Républicain.
M. Tourvieille Ten félicita, non toutefois sans réserves. « Votre catéchisme fort simple, fort bien écrit, très clair, vient fort à propos. Il devrait se trouver entre les mains de tous les Français. Bien peu, selon moi, savent en théorie, et encore moins en pratique, ce que c'est qu'une sainte République fondée sur les principes et les conseils évangéliques ».
« Si vous en venez à une deuxième édition, je me permettrai de vous faire quelques amicales observations ». Il les lui adressa quelque temps après ; son esprit lucide et pratique montra k M. Bourdillon, que quelques-unes de ses idées, d'ailleurs nobles et généreuses, étaient des chimères irréalisables, ailleurs que dans une société de saints. Nous en citerons le début : « Ne pensez-vous pas comme moi, que pour donner à ce bas monde une bonne direction, il faut prendre un point d'appui hors de ses limites i Ainsi pour réaliser les trois mots du programme de notre République : Liberté, Egalité, Fraternité, il est nécessaire de garantir k l'individu, au vrai républicain, une récompense pour l'héroïsme de ses sacrifices. Or, le dédommagement k ces sacrifices dépasse le pouvoir de tout gouvernement, même républicain ».
« Et remarquez, je vous prie, que ces trois mots accomplis dans leur vrai sens ne le seront jamais que par les élus. Ils renferment ce qu'il v a de plus parfait dans les préceptes et les conseils évangéliques, ils demandent le dépouillement de soi, un triomphe complet sur la nature. Ainsi, on ne dirait pas trop, en affirmant que le catéchisme mis par l'Eglise entre les mains des simples fidèles, renferme tout au plus l'abrégé des devoirs d'un vrai républicain, au point de vue catholique ». M. Tourvieille après avoir fait un certain nombre d'observations, terminait ainsi :
« Il faut, mon ami, que je vous connaisse comme je vous connnais et que je vous aime en ami sincère, pour m'étre permis ces incomplètes ol)servations ».
« Fasse le ciel que ceux qui ont besoin d'être éclairés (et le nombre en est incalculable), profitent des leçons que vous leur donnez ! Où est le doute que Dieu ne bénît la République, si nous étions des bommes dévoués à Dieu, ne cherchant que sa gloire, pleins de reconnaissance envers ce Verbe incarné, descendu du ciel pour éclairer tout homme qui vient en ce monde, et nous immolant à son exemple, pour le bien présent et futur de nos frères ? »
M. Bourdillon n'avait eu qu'à s'examiner pour tracer le portrait du vrai Républicain, tel qu'il l'entendait et tel que l'entendait aussi M. Tourvieille, car il fut un homme épris de l'amour de Dieu, il ne travailla que pour sa gloire, et il employa pour le bien de ses fi'ères toutes les qualités intellectuelles et les foj'ces que le Seigneur lui avait départies.
M. Ckbbé COUPAT
Henri Coupât, né à Annonaj en 1805, fit au collège de bonnes études qu'il termina en 1826. Il entra dans la carrière de l'enseignement deux ans plus tard, en qualité de professeur de sixième, fit plusieurs années les classes de grammaire, tout en aidant M. Diiret dans la direction de Sainte-Barbe. Il professait la troisième en 1834, quand il partit pour le collège de Privas. Il y enseigna la même classe, puis les Humanités jusqu'en 1857. 11 revint alors à Annonay comme préfet des études, fut nommé, en 1859, supérieur du Petit-Séminaire de Ver-
noux, et, de 1852 k 1866, il exerça, dans son cher collège de Privas, sous le titre de directeur, les fonctions de supérieur, que l'âge et les infirmités rendaient à peu près impossibles au vénérable M. FayoUe, chef légal de l'établissement depuis 35 ans. Il mourut à Feysin, en 1868, après une longue maladie et fut inhumé à côté de son ancien supérieur, M. Actorie.
Professeur instruit, régulier, méthodique, il fut un maître habile k développer les intelligences, bien qu'il n'eut pas ces superbes envolées, ces coups d'aile de M. Bourdillon, qui enthousiasmaient les jeunes humanistes d'Annonav ou les rhétoriciens de Privas. Pour être plus modeste, l'enseignement de M. Coupât n'en était pas moins fructueux.
Son caractère doux et aimable lui attirait l'affection de ses élèves, de ses confrères et de toutes les personnes qui étaient en rapports habituels avec lui ; aussi, quand on parlait de lui, ne manquait-on jamais de dire : le hon Père Coupât. Animé d'une piété vraie, d'une dévotion simple et convaincue, il savait l'inspirer autour de lui par une parole pénétrante et profondément religieuse.
Il prêcha, non sans fruit, des retraites dans plusieurs maisons d'éducation déjeunes filles ; il est regrettable que les circonstances ne lui aient pas permis d'utiliser davantage, dans ce genre de ministère, les talents que le Seigneur lui avait accordés, et notamment cette voix superbe, qui charmait agréablement les dilettanti les plus difficiles, les musiciens les plus délicats.
M. l'Abbé COLL/\NGE
Les fonctions de l'enseignement sont toujours humbles et modestes ; M. Collange fut un humble parmi les humbles, puisqu'il dépensa toute sa vie dans la surveillance et dans l'enseignement des petits enfants.
Il était né à St-Genest-Lachamp (Ardèche), en 1806, et avait commencé ses études assez tard ; il fes terminait en 1830 et débutait dans l'enseignement par la surveillance de la pension de Sainte- Barbe qu'il devait exercer pendant quatre ans. De 1834 à la fin de décembre 1860, époque de sa mort, il professa la classe de Huitième.
Pendant plus de 25 ans, il fît cette classe si difficile et si importante, avec le même intérêt et le même entrain que s'il n'eût fait qu'entrer dans la carrière. 11 était le professeur inamovible, le Lhomond du collège. Les soins tendres, affectueux, paternels qu'il prodiguait à ses élèves ; le zèle et le dévouement qu'il apportait à sa pénible fonction ; les progrès et les succès qu'il obtenait chaque année, lui valaient l'estime et le respect des parents et des enfants.
Il possédait un talent remarquable pour inculquer dans les jeunes intelligences les premiers principes du rudiment ; il employait mille moj^ens ingénieux pour leur rendre l'étude aimable et attrayante, il punissait très rarement, encourageait beaucoup et fut un modèle de professeur de Huitième.
Son cœur fut partagé entre ses confrères, ses
chers élèves et la nombreuse population de petits oiseaux qui faisait le principal ornement de sa chambre. Il était méthodique, régulier, sérieux et grave dans toutes ses paroles et dans toutes ses actions. Grand organisateur des parties de boules après dîner, il voyait avec peine qu'on s'occupât d'autre chose que du jeu pendant la partie, et un jour, dans un accès de mauvaise humeur, il prononça ces paroles devenues légendaires au collège : c Messieurs, quand on joue, on ne s'amuse pas >.
Sa piété grave et profonde se manifestait clairement dans le soin qu'il mettait à former les enfants de chœur, a diriger les cérémonies, â régler l'observation des prescriptions les plus minutieuses des Rubriques qu'il connaissait à la perfection.
La charité était sa vertu de prédilection ; les professeurs qui vécurent le plus intimement avec lui pendant plus de vingt-cinq ans, ne se souvenaient pas de lui avoir jamais entendu prononcer une seule parole contre la charité. Par amour pour cette vertu, il s'imposa même, sinon un grand sacrifice, du moins une lourde servitude, ^^oici le fait. La voiture publique d'Annonaj à Lvon partait, vers 1835, de très grand matin, pour arriver avant midi. M. CoUange prit sur lui, avec lautorisation de M. Tourvieille, la charge de dire, le dimanche, la sainte messe assez tôt, pour que les voyageurs pussent partir après avoir satisfait au précepte de l'Eglise. Il continua ce service jusqu'à sa mort, avec sa régularité et sa fidélité habituelles. Il ne sortit pas du collège pour exercer son zèle dans des œuvres extérieures. 11 mena ainsi,
humblement, sans bruit, une vie qui ne fut pas sans mérite devant Dieu et même devant les hommes.
M. l'Abbé MONOT
Né à Annonay en 1814, Louis Monot fii au collège des études aussi solides que brillantes ; il débuta dans l'enseignement en 1832, en qualité d'adjoint au surveillant de l'Externat. Après un stage de treize ans dans les classes de grammaire et d'Humanités, il professa la Rhétorique à Bourg- St-Andéol, puis à Aube n as, quand Mgr Guibert eut transféré le petit séminaire dans cette ville. 11 consacra viogt-sept ans de son existence à l'œuvre du Petit Séminaire, dont quatorze comme supérieur, et il mourut en 1875 à Privas, où il dirigeait un externat.
Latiniste distingué, il avait conquis, après deux mois seulement d'études à Paris, le diplôme de licencié ès-lettres ; il avait mérité les éloges de la Faculté pour les épreuves écrites et notamment pour sa composition de vers latins.
A peine licencié, M. Monot se mit au travail pour parvenir au doctorat. Il avait choisi l'Unité pour sujet de sa thèse française et voici le plan général qu'il avait fait :
1° En quoi consiste l'Unité et comment elle peut se trouver dans les œuvres les plus complexes : exemples, œuvres de Dieu, œuvres des hommes.
2" L'unité est le premier caractère des chefsd'œuvre dans tous les genres unité de sujet,
unité de ton, unité d'intérêts ; exemples.
3° Les ouvrages qui portent l'empreinte du plus sublime génie sont monstrueux, s'ils manquent crunité, exemples.
4° Comment on arrive k l'unité.
L'objet de la thèse latine était de prouver qu'il ne peut y avoir de vraie philosophie hors du christianisme ; il devait puiser ses preuves dans les faits et dans les raisons générales. Il devait ainsi apprécier, dans ce double travail, toutes les philosophies et toutes les grandes œuvres de l'éloquence et de la poésie.
Il ne recula pas devant ce labeur considérable qu'il devait mener de front avec sa classe. Moins d'un an après Tavoir entrepris, la thèse latine était achevée, la thèse française était plus qu'à moitié faite, quand en octobre 1851, M. Monot apprit que les deux sujets avaient été traités par un professeur de la Faculté de Montpellier ; il ne se sentit pas le courage de renouveler le grand effort qu'il venait de faire ; il aljandonna donc les recherches soutenues et le travail personnel qu'exige le doctorat, pour se consacrer à peu près exclusivement à sa classe dont les circonstances n'avaient pas permis de le décharger.
La poésie latine avait pour lui un attrait particulier ; il traduisit en vers latins les fables de Florian et les plus beaux passages des tragédies de Corneille et de Racine. C'était une fantaisie de littérateur fin et délicat et une agréable distraction aux travaux du maître de la jeunesse.
Toutefois, il employa ses talents à d'autres œuvres plus utiles et plus importantes ; d'abord, â l'en-
seignement, qui était son devoir d'état, et ou il fut un professeur excellent ; ensuite à la prédication. Certes, il ne fut pas un orateur au sens précis du mot ; il ne fallait pas attendre de lui les grands mouvements oratoires qui remuent profondément les auditeurs. Néanmoins, ses discours, bien ordonnés, écrits dans une langue étudiée, châtiée, tout imprégnée des auteurs du xvir siècle, plaisaient autant par la solidité du fond que par la beauté de la forme.
M. Monot était trop pieux pour ne pas chercher dans sa prédication autre chose que des succès ; il voulait, avant tout, le salut de ses auditeurs, et il réussissait, avec des sermons d'une exquise forme littéraire, à persuader et à toucher les âmes auxquelles il s'adressait.
Elèves de collèges ou de pensionnats^ membres de communautés religieuses, subissaient la pénétrante influence de cette parole claire et douce, qui parvenait à convaincre les âmes de la nécessité de servir Dieu et d'avancer dans le chemin de la perfection .
Il procédait, en éducation comme en prédication, surtout par la voie de la douceur, la plus conforme à son caractère. Il était, en effet, d'une bonté et d'une indulgence telles, qu'il craignait toujours de faire de la peine à qui que ce fut, et il poussait la longanimité jusqu'aux dernières Hmites, avant de prendre les mesures de rigueur imposées parfois aux supérieurs d'une maison d'éducation.
M. l'Abbé CLAPPE
Franrois-Xavier Clappe, né à Annonay en 1812, fit au collège d'excellentes études littéraires qui étaient d'un heureux présage pour l'avenir. Après avoir suivi plusieurs années les cours du Grand Séminaire de Alviers, il céda à son attrait pour l'enseisfnement et v débuta en 1834-35 comme professeur de Cinquième; l'année suivante, ^I. Tourvieille lui confia la classe de Quatrième et en 1836, il l'envoya â Paris. M. Clappe y passa huit mois, assistant aux cours de la Sorbonne, pour préparer l'examen de la licence ès-lettres. Malheureusement sa santé ne résista pas à un travail excessif; il dut quitter Paris en Juin, deux mois avant l'époque fixé pour les épreuves de l'examen.
Trois mois plus tard, il était ordonné prêtre et nommé professeur de rhétorique. Pendant dix-huit ans, il occupa cette chaire avec une rare distinction. Dès les premières années, il s'acquit, avec l'estime de ses élèves, une réputation de maître habile, qui ne se démentit jamais. Il possédait, à un haut degré, l'art de stimuler les jeunes gens ; dans sa classe, l'émulation était ardente et soutenue, le travail presque passionné ; aussi les succès allaient croissant, et de nombreux diplômes de bacheliers venaient donner chaque année un nouvel éclat à la valeur de ces professeurs éminents chargés de la préparation immédiate, MM. Clappe, Pollv et Ravnaud.
M. Clappe ne fut pas setdement un excellent professeur, il se montra aussi prêtre zélé. Il eut le
goût des belles cérémonies religieuses ; pendant plus de vingt-cinq ans, et alors même qu'il était préfet des études, il aima à choisir, à former et à diriger les enfants chargés de jeter des fleurs ou de balancer l'encensoir devant le Très Saint Sacrement aux processions solennelles de la Fête-Dieu.
Pendant vingt ans environ, il exerça les fonctions, si délicates et si importantes dans un collège, de directeur de la Congrégation de la Sainte- Vierge. Enfin, pendant une vingtaine d'années aussi, il fut le père spirituel de la plupart des élèves du collège, surtout après la mort du vénérable M. Pajan ; il rejeta les théories trop sévères de l'ancienne théologie gallicane plus ou moins infectée de virus janséniste, et amena peu à peu les élèves à la réception assez fréquente des Sacrements.
Sa direction spirituelle fut bonne et elle guida un certain nombre d'élèves du collège dans la voie du sacerdoce. Un d'entre eux, Monseigneur Roche, évêque de Gap, aimait à rappeler qu'il lui devait la conservation et le développement de sa vocation.
Le pieux prélat ajoutait qu'il lui devait aussi son goût pour l'éloquence sacrée. M. Clappe fut, en effet, un excellent prédicateur. Avec un style d'une grande pureté, d'une vraie éloquence et selon l'occasion d'un profond pathétique, il savait expliquer les vérités de la religion de la manière la plus orthodoxe et la plus saisissante. Il procédait surtout par tableaux ; il mettait dans la peinture des scènes bibliques, des couleurs, des tons parfaits de justesse et de force.
Sa voix grave, même un peu âpre, se prêtait
admirablement â la prédication de certaines vérités de la Religion, notamment des fins dernières. IJn débit naturel, une action bien appropriée aux paroles, communiquaient facilement à l'auditoire les émotions vives que ressentait Torateur; plus d'une fois l'assemblée fut profondément troublée et presque terrifiée aux accents de cette voix qui rappelait les justes châtiments dont Dieu frappe les pécheurs obstinés, ou qui peignait d'une façon si tragique les souffrances des damnés.
De vrais retours à Dieu récompensèrent, plus d'une fois, les efforts et le zèle du prédicateur.
M. Tourvieille, nous l'avons dit, estimait que les professeurs ne devaient pas être dérangés de leurs occupations régulières par un ministère extérieur ; mais quand il eut reconnu les rares dispositions de M. Clappe pour la chaire, il Tautorisa, vers 1845, à donner quelques sermons k la paroisse, pendant Tannée scolaire et l'encoura^^ea à consacrer une partie des vacances â l'ceuvre de la prédication. Dès cette époque et pendant plus de vingt-cinq ans, M. Clappe fut le prédicateur attitré des grandes solennités, dans les différentes églises de la ville et, pour Ten tendre, on accourait des trois paroisses.
Les prédications de M. Clappe avaient fait dans les âmes une impression si profonde ; elles avaient été si bien goûtées et appréciées, qu'après sa mort, M. Laurent de Montgollier demanda, au nom d'un groupe d'anciens élèves, la permission de publier â leurs frais les instructions de leur ancien maitre et directeur. Ils voulaient conserver ce souvenir pré-
cieux à leur cœur, comme un secours plus précieux encore aux besoins de leurs âmes. Cette faveur leur fut refusée pour des motifs que nous ignorons.
En quittant la chaire de Rhétorique, M. Clappe remplit les fonctions de préfet des études, de 1855 k 1857 et de 1859 à 18G2 ; à cette époque finit son ministère dans l'enseignement, au collège.
En même temps qu'il avait pris la direction des études, il avait été nommé aumônier du pensionnat des Religieuses Ursulines. Désormais et jusqu'à sa mort survenue en 1881, cette œuvre fut l'occupation principale de sa vie. Prié par les dignes religieuses de la maison de leur prêter son concours éclairé pour la direction des études, il leur rendit volontiers ce service. Son zèle trouva dans cette aumônerie un vaste champ pour s'exercer. Dieu sembla bénir ses efforts et un certain nombre de vocations religieuses, soigneusement éprouvées par l'aumônier, se développèrent heureusement dans les cloîtres de Ste-Marie.
Les instructions dominicales, tour â tour substantielles ou pathétiques, contribuèrent, nous n'en doutons pas, â maintenir aux élèves de cette maison la piété simple et forte qui les a toujours distinguées et qui est le caractère de l'éducation donnée par les Religieuses Ursulines.
M. nbbé CHAV/\l\ION
L'impression de cet ouvrage était déjà commencée, quand la mort a subitement frappé le doyen des anciens professeurs, M. l'abbé Cbavaaon et
nous a mis dans la triste nécessité de joindre sa biographie à celles de ses contemporains et amis du col lège d ' A n n 0 n a v .
Sa vie et sa physionomie ont été retracées dans la Semaine Religieuse du diocèse de Viviçrs d'une manière si exacte, si juste en tout point, qu'il était impossible de faire portrait plus ressemblant.
rsous n'avions dés lors qu'à insérer dans notre travail cette page due aux souvenirs judicieux et à la plume expérimentée de M. l'abbé Battandier, vicaire général. Il a bien voulu nous y autoriser et nous l'en remercions sincèrement :
« M. l'abbé Chavanon dont nous avons eu le regret d'annoncer, vendredi, la mort, était né à Annonay, en Février 1816, au sein d'une chrétienne famille qui a compté plusieurs autres vocations sacerdotales dans ses ran^s. Dès le berceau, il eut au cœur et garda toujours, très vif, ce culte de la ville natale qui demeure l'un des traits distinctifs des fils de l'antique et industrieuse cité. Enfant de chœur dans cette église de Notre-Dame qu'il devait tant aimer jusqu'à la fin de sa vie, il fut présenté vers 1821), à ^I. Duret, à Ste-Barbe, par M. Dégaches, curé d'Annonay, que sa précoce intelligence avait vivement frappé. Exceptionnellemenf doué, en effet, il eut vite conquis, parmi ses condisciples, une place d'honneur qu'il ne quitta plus ».
« Sa philosophie achevée en 1835-36, il entra dans la société de MM. les prêtres de St-Basile, fit son noviciat, puis fut appelé à enseigner les mathématiques au collège de Privas, de 1837 à 1840. Nous ne pouvons qu'indiquer sommairement ici les
étapes de cette carrière active. Prêtre le 16 Juin 1840; professeur d'Humanités au collège d'Annonaj de 1840 à 184 4, il va, à ce moment, enseigner la Rhétorique au Petit-Séminaire de Vernoux, où il est appelé k exercer, pendant deux ans, les fonctions de supérieur. Esprit spéculatif et optimiste, touchant à peine aux réalités de la vie, il était peu fait pour le gouvernement des hommes, même sur ce théâtre modeste qu'est une maison d'éducation. Certes, dans cette charge de supérieur il eut eu les attentives et délicates tendresses du Père; mais l'autorité qui prévoit, qui veille et qui impose, avec, parfois son infîexihilité et ses nécessaires rigueurs, ne pouvait lui convenir. Il reprit donc, simplement, avec la modestie qui le distingua toujours, sa chaire de Rhétorique jusqu'en 1852, époque ou il fut appelé à Annonay, à titre de préfet d'études et de professeur de Rhétorique. Un moment, maître de novices à Fej^zin, il revint à Annonay où il demeura pendant d'assez longues années, chargé de la partie littéraire de la préparation au haccalauréat, en même temps que du service religieux de l'usine Blachier, jusqu'au jour où sa santé éhranlée le condamna, trop tôt hélas ! à la demi-retraite de Ste-Barhe ».
« Voilà la carrière active, avec la sèche nomenclature de ses dates. Mais que dire maintenant de l'homme, du prêtre et du maître? »
« Nul de ceux qui ont pu connaître M. l'abhé Chavanon pendant la période brillante de sa vie consacrée à l'enseignement, n'a oublié à coup sûr, cette figure douce, expressive et distinguée. Nul
qui n'ait admiré la merveilleuse-variété d'aptitudes que la Providence semblait avoir accumulées dans cette intelligence et cette âme d'élite. Professeur de belles-lettres émerite, malliématicien à l'esprit pénétrant, artiste ayant à un rare degré le sens du beau, orateur disert et choisi, il mettait en œuvre,* comme en se jouant, ces qualités de sa liche nature avec toute l'ingénuité d'une intelligence qui s'i^niore elle-même, et tout â la fois la passion d'une" âme éprise d'idéal ».
« Lequel de ses élèves ne se souvient de ces subites et superbes envolées par lesquelles il s'enlevait tout-à-coup lui-même, et ses jeunes auditeurs avec lui, devant une phrase ou un simple mot de Possuet, une période de Cicéron, un vers d'Homère ou de Virgile ! Qui ne le voit encore, dans son cours de mathématiques, déroulant au tableau ses . longues démonstrations algébriques ou autres, gardant sa lucidité impertubable au milieu des raisonnements les plus abstraits ; ou sous un autre aspect tout de contraste, dirigeant une répétition musicale avec sa belle tête qui se redressait, redétant l'inspiration ou scandant avec une grâce singulière le rjrthme du morceau exécuté ! Qui ne se so\ivient aussi de cette parole veloutée plutôt qu'éclatante, persuasive, parfois un peu surabondante, mais jamais commune ? »
< Car il était maître dans la parole comme aiU leurs. Ce n'éjait point la large et philosophique éloquence de M. Actorie, ou le pénétrant lanc^age de cet ascète inspiré que fut le saint M. Déglesne," m les vives et saisissantes images de ^L Clappe,'
ni la phrase trop étudiée peut-être de ce fin et charmant lettré que fut M. Monot, ni la parole si onctueuse du vénéré M. de Mon(golfier. Et toutefois dans la sienne, il j avait un peu de toutes ces voix qui sonnent encore à nos oreilles d'enfant et viennent nous rappeler le souvenir de ces belles, graves et si sacerdotales figures de nos maîtres d'autrefois ».
« Prêtre ! Il le fut si bien lui-même, avec sa piété qui a gardé jusqu'au bout la fraîche candeur de ses premières années ! Une de ses joies, n'étaitelle pas, dans sa vieillesse avancée, de venir, aux grandes solennités, assister aux offices de sa chère éerUse de Notre-Dame ! Placé dans une stalle, le prêtre à cheveux blancs revivait là, les jours heureux de l'enfant de chœur du temps passé. Prêtre ! il le fut si bien encore par la transparente limpidité d'une àme gardée toujours pure de trop profanes contacts ; par une charité qui ne permit jamais — ce fut là encore un de ses traits distinctifs — à une parole méchante d'effleurer seulement ses lèvres ».
« Lui aussi vient de nous quitter, le dernier survivant de cette pléiade d'hommes de science et de grande vertu, dont nos prêtres qui ont dépassé l'âge mûr ont reçu les leçons et vu les exemples. En évoquant ici leur souvenir, nous nous rappelons une parole d'un éducateur de ce temps, qui ne fut pas des nôtres : « L'esprit de l'enfant, a dit un ancien ministre de l'Instruction publique, est un livre où le maître écrit des paroles dont plusieurs ne s'etfaceront pas ». La réflexion est vraie, admirablement vraie. Puissent nos jeunes maîtres
d'aujourd'hui^ en lui donnant une application vraiment chrétienne, s'en inspirer toujours dans la belle mission ((u'ils remplissent, eux aussi, avec tant d'intelligence et de dévouement, et continuer ainsi les i^lorieuses traditions de leurs aînés ! »
« Nous nous permettrons d'exprimer ce vœu, en saluant ici la mémoire d'un maître qui aima tant la jeunesse et la science, et qui, jusqu'à sa dernière heure, est resté si pleinement un prêtre selon le cœur de Dieu ».
Il nous reste à dire quelques mots sur le concours précieux que nous a prêté M. Chavanon dans l'élaboration de notre travail.
Il avait connu tous les anciens maîtres du collège, sauf M^I. Actorio et Vallon ; il avait vécu avec eux de longues années dans l'intimité de la vie de communauté. Sa mémoire toujours fidèle était un livre facile à feuilleter, car il était heureux de l'ouvrir.
C'était un plaisir pour lui de narrer les épisodes de sa vie de collège, de reproduire les traits saillants de la physionomie de ses confrères ; ce lui était une joie de parler de la maison où s'étaient écoulées soixante années de son existence, de rappeler les travaux et les vertus des prêtres de la paroisse et du collège pour lesquels il professait une si profonde vénération.
Nous avons largement profité des souvenii's qu'il avait consenti à dicter et à laisser reproduire â condition que l'auteur nen fut pas nommé.
Si nous avons du déférer â son désir et ne pas signaler les pages que nous lui avons empruntées.
nous avions du moins le droit et surtout le devoir d'indiquer sa collaboration.
M. l'kbbé Mphonsc PAGES
Né à Malbose en 1808, M. Alphonse Pages fit ses études classiques à Annonay et sa théologie au Grand Séminaire de Viviers. Trop jeune pour être ordonné prèti^e, il professa, de 18-28 k 1830, la classe de Huitième, à Annonay. 11 y revint, après son sacerdoce, en 1832, comme surveillant ; il y professa la classe de Cinquième pendant deux ans et en 1835 il entra dans le ministère paroissial. Il remplit pendant huit ans les fonctions de vicaire dans divers postes ; mais il fallait une règle à sa nature ardente et pritnesautière. Il le comprit et demanda une classe à M. Tourvieille en 1843; il fut nommé professeur de Quatrième et deux ans plus tard, professeur de Troisième. Il resta titulaire de cette chaire jusqu'en 1881, c'est-à-dire pendant trente-six ans. Quand il commença à se reposer, il avait soixante-treize ans et il comptait quarante-trois années d'enseignement ; encore son repos ne fut-il pas complet et il se rendit utile, jusqu'à son dernier jour, dans l'exercice de quelques petites surveillances.
Professeur, il fut méthodique, exigeant, même sévère. Quel est celui de ses élevées, qui n'ayant pas appris ses leçons, n'a pas tremblé, une fois ou l'autre, avant d'entrer en classe? Il était inexorable et il lui arrivait parfois de dépasser la juste mesure dans les reproches et les punitions. Toute-
fois ce défaut, conséquence d'une grande vivacité de caractère, s'atténua avec le temps, grâce aux elibrts qu'il faisait pour le dominer.
Son langage, parfois un peu rude, n'était point fait pour encourager les caractères timides et les mémoires rebelles. Il exerçait beaucoup cette faculté et certains de ses élèves lui ont reproché d'avoir excédé en ce point. Ce que nous pouvons dire par expéi'ience, c'est qu'en sortant de Troisième, les élèves savaient généralement bien les trois grammaires, française, latine et grecque. A cette époque d'ailleurs, la Troisième n'était pas une classe littéraire, mais bien la plus élevée des classes de grammaire. Aussi pensons-nous que, sous ce rapport, M. Pages a rendu à ses élèves des servi- ' ces que tous n'ont peut-être pas suffisamment appréciés.
Il élait, comme son frère, d'une rare ponctualité pour remplir les diverses fonctions qui lui incombaient. Comme lui, il se levait toujours de très grand matin, faisait son oraison et il montait à l'autel h cinq heures et demie au plus tard, c'estk-dire dès que son servant descendait du dortoir. Comme son frère encore, il se servait lui-même, faisait sa chambre où ne pénétrait jamais un domestique. S'il ne porta pas aussi loin que son frère l'esprit de pénitence et de mortihcation, il n'en donnait pas moins de beaux exemples ; a soixante-dix ans passés, il jeûnait rigoureusement tout le carême, bien qu'il eût à faire sa classe matin et soir.
Il n'était pas ennemi d'une franche gaieté ; il
passait volontiers quelques heures agréablement avec ses amis du collège ou de la ville, et pendant les vacances, avec les membres du clergé paroissial. Il aimait ces réunions fraternelles, qui lui procuraient un délassement aux fatigues du professorat et une distraction à la vie monotone de renseignement.
De 1843 à 1892, sa vie s'écoula dans l'accomplissement de ses devoirs professionnels ; il ne fut jamais chargé, si ce n'est accidentellement, de ministères extérieurs. Son œuvre au collège peut donc se résumer en disant qu'elle fut celle d'un homme fidèle à ses devoirs de ])rêtre et de professeur.
M. l'Abbé BRAVAIS
Nous devons rappeler, dans cet historique, une figure bien annonéenne et bien sympathique, celle de M. l'abbé Bravais. De 1835 à sa mort en 1860, il n'interrompit l'enseignement de l'histoire naturelle au collège, que de 1859 à 1863, et, pendant ces quatre ans, il fut remplacé par M. l'abbé PYachon.
Né à Annona}^ en 1806, il sortit du collège en 1822. Ordonné prêtre en 1831, il vécut dans sa famille, se borna à rendre quelques services au clergé de la paroisse jusques vers 1850. Il remplit alors les fonctions d'aumônier des Pénitents du St-Sacrement jusqu'à sa mort. Après la mort de M. l'abbé Mignot, il fut nommé directeur de l'œuvre de la Propagation de la Foi et il devint le cha-
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pelain, le protecteur et le père des petits orphelins qu'élève la conférence de St-^'incent-de-Paul, dont il était un des fondateurs.
Fils et frère de naturalistes, il eut, lui aussi, le goût, la passion d'étudier le grand livre de la nature à toutes ses pages et sous tous ses aspects. Dès la création du musée de l'Hôtel-de-A ille, il en avait été nommé le conservateur, ou plutôt l'organisateur ; c'est à ses soins intelligents qu'on fut redevable de sa belle ordonnance, de son excellente classification et de la plus grande partie de ses collections.
Ses propres recherches, ses relations et celles de sa famille, avaient procuré au Musée des spécimens fort rares et de véritables trésors scientifiques. Sa' destruction, par l'incendie de la Mairie, le 31 Décembre 1870, eût été pour lui un chagrin véritable, car il avait conscience d'avoir doté sa ville natale d'une œuvre utile et son collège d'un véritable instrument de travail.
Professeur externe, il venait assidûment au collège donner les le(;ons fixées par le programme des études ; une pointe d'esprit vif, piquant, un peu malin, assaisonnait son enseignement qu'il avait l'art de rendre fort intéressant. A'olontiers, on couchait dans l'herbier des fleurs cueillies sous sa conduite en promenade, analysées et classées sous son contrôle ; des papillons, des insectes, enrichissaient les collections privées, ou même celles du musée.
Après la leçon orale, on allait au musée, examiner les échantillons, que le professeur n'avait pu
transporter au collège, ou Ijien on se rendait au jardin botanique, où des plaques indicatrices faisaient connaître les noms des plantes, dont on étudiait les caractères spécifiques. Ces quelques lignes disent assez qur le collège avait à son service, un maître non seulement capable, mais digne d'éloges en tout point, dans la personne de M. l'aljbé Bravais. Les évêques de Viviers, de Saint- Flour et de Tulle apprécièrent si bien ses mérites que pour récompenser ses travaux scientifiques et son zèle sacerdotal, ils le nommèrent chanoine honoraire de leur cathédrale.
M. l'Abbé FRAC H ON
Né à Annonay en 1818, Antoine Frachon se sentit, tout jeune encore, appelé au sacerdoce. Ordonné prêtre en 1843, il préféra au ministère paroissial celui de l'enseignement et il consacra vingt ans de sa vie à l'éducation de la jeunesse à Bourg-St-Andéol, à Aubenas, puis à Annonaj, mais alors en qualité de professeur externe.
Aumônier des Religieuses du Sacré-Cœur â Annonaj, de 1863 à 1865, il remplaça ensuite M. Bravais dans l'administration du musée, â l'aumônerie des Pénitents et à la direction de la Propagation de la Foi.
D'un caractère doux et bienveillant, d'une tendre piété, d'un jugement droit, l'abbé Frachon se montra maître habile et sage autant que directeur spirituel prudent et éclairé; aussi tous ceux qui le connurent dans l'enseio'nement, maîtres et élèves.
conservèrent-ils pour lui des souvenirs d'estime et d'affectueux respect que le temps n'a point effacés.
Il s'intéressa à la jeunesse cléricale jusfprk ses derniers jours, il attirait chez lui les aspirants au sacerdoce, il les charmait par son accueil plein de honte, il les encourageait et souvent les aidait de sa hourse, non moins que de ses conseils paternels.
C'est au milieu de la jeunesse qu'il voulut célébrer ses noces d'or sacerdotales ; il choisit la chapelle du collège pour cette fête si touchante, qui fut rehaussée par la présence de son ami Mgr Rol)ert, évêque de Marseille, et embellie par une brillante couronne de parents fidèles à leurs devoirs de chrétiens.
Cette cérémonie fut })oui' les élèves une éloquente prédication et pour les maîtres un témoignage bien doux de la reconnaissance et de l'affection du pieux vieillard.
Il voulut donner k ces derniers une nouvelle preuve de son affection en leur léguant sa chapelle, si aucun de ses neveux promu k la prêtrise dans les'vingt années qui suivraient sa mort ne se présentait pour recueillir ce précieux souvenir.
M. PVachon mourut en 1890, k l'âge de soixantedix-huit ans ; il était chanoine honoraire de Constantine.
Aufres Mal 1res
Dans le nombre des professeurs qui enseignèrent les langues étrangères, trois doivent trouver place dans ce travail, parce qu'ils consacrèrent un certain noml)re d'années à cette o'uvre.
M. Dillon enseigna Tanglais de 1829 à 1834; c'était un jeune Irlandais qui venait d'achever ses études dans un collège français. En 1835, il entra au service de la France, comme attaché de consulat, fut nommé successivement consul de France k Newcastle, aux iles Sandwich, à San-Francisco, et enfin, consul général à Taïti. Il conserva toujours d'excellentes relations avec le collège et y fit une longue visite, loisque en 1845, il allait s'embarquer à Toulon, pour rejoindre sou poste, aux îles Sandwich.
Il eut pour successeur M. Patrice Molony, né en 1813 àKillaloë (Irlande), qui étudiait la philosophie au séminaire des Irlandais à Paris, quand M. Dillon l'invita à le remplacer. Il enseigna l'anglais de 1834 à 1842 ; ordonné prêtre, il exerça penrlant deux ans le saint ministère dans son diocèse d'origine, puis revint à Annonay et entra dans la société de St-Basile. Il professait depuis quatre ans au collège de Fejzin, lorsque Mgr de Charbonnel le décida à le suivre au Canada, avec l'autorisation de M. Tourvieilie. Il y passa sept ans dans les travaux du saint ministère et de l'enseignement. Rentré en France, il remplit difiérentes fonctions dans les maisons d'éducation ou au noviciat, remplaça M. O'Tool en 1878, et mourut deux ans après, en 1880.
Sa nature était vive, impressionnable, inconstante, son abord doux, modeste, prévenant. Sa tendre piété lui avait mérité, dans les premières années de son professorat, le surnora de Louis de Gonzague ; sa foi profonde et énergique, son cœur
généreux et dévoué, dénotaient bien en lui un vrai fils de l'Irlande.
M. O'Tool était aussi un fils de la catholique Irlande. Il ne quitta pas le collège de 1842 à la fin de 1878 et, pendant de longues années, il joignit renseignement de l'allemand à celui de sa langue maternelle. Comme M. Reynaud, il était laïque, habitait au collège et partageait la vie des professeurs. Il paraissait un peu raide et compassé dans sa conversation, ainsi que dans sa tenue toujours correcte et soignée; il n'avait pas, en effet, les manières avenantes de M. Molonv, mais bien plutôt la réserve froide et digne qu'on prête au caractère anglais. Fidèle k ses devoirs de professeur, il n'exerça à peu près aucune influence éducatrice sur les élèves, en dehors de l'exemple qu'il donnait d'une vie sincèrement et profondément chrétienne.
De 1840 à 1851), d'autres prêtres vinrent collaborer k l'œuvre de leurs anciens maîtres et consacrer quelques années de leur existence au collège où ils avaient fait leurs études.
Celui qui, parmi eux j travailla le plus, fut'^I. l'abbé Giraud, né k St-Julien-en-St-Alban en 1817. Il avait commencé ses études assez tard et ne fut ordonné prêtre qu'à l'âge de 37 ans. Il débuta par les fonctions de surveillant qu'il exerça successivement à l'Externat, à Ste-Barbe et au collège pendant sept ans. Il les remplit encore quelques années au collège de Privas, dont il devint économe. Après avoir été chapelain de Prades (186-2-G5), il vint k Ste-Barbe en qualité d'aumônier des Religieuses Ursulines et de celles de la
Providence pendant près de trente ans ; jusqu'à sa mort en 1891, il mena, sous les veux de toute la ville, une vie d'édification et de dévouement aux âmes. Il allait d'un couvent à l'autre porter, avec des exemples d'une solide piété et d'une foi patriarcale, les enseignements de la vie religieuse, des paroles de paix, d'encouragement et de consolation.
Dur et sévère à lui-même, il était extrêmement doux pour les âmes qui lui étaient confiées; ses manières étaient aussi charitables que sa physionomie était austère ; son passage fréquent dans les rues d'Annonav réalisait la prédication muetle dont parlait St François d'Assise.
Saluons les noms de M. Robin et de M. Fombonne qui consacrèrent au collège les prémices de leur zèle, pendant un temps trop court au gré de M. Tourvieille. M. liobin mourra curé de Vienne et fondera dans cette ville l'Institution libre Saint- Maurice. M. Fombonne professera de longues années à l'école St-Thomas-d'Aquin à OuUins (Pvhône), et dévouera sa vie à l'oeuvre de l'éducation'en France et en Algérie.
Comme les deux prêtres dont nous venons de parler, Mgr Proche professa quelques années au collège, où en 1845, il avait terminé brillamment ses études classiques commencées en 1839 à l'âge de onze ans. Il quitta le Grand Séminaire de Viviers après quatre ans d'études ; il venait d'atteindre l'âge canonique et avait été ordonné sousdiacre. Entré professeur dans la maison où il avait remporté de si beaux succès littéraires, il joignit des études personnelles sur l'éloquence de la chaire
M. RAYXAUD
à sa tâche quotidienne qui lui était facile ; car il professa d'abord la Cinquième et ensuite la Quatrième.
Il avait toujours senti un vif attrait pour la prédication ; élève des classes supérieures, il reproduisait fréquemment, mot à mot, grâce à une mémoire très heureuse, les instructions que M. Clappe ou M. Déo'lesne avaient données au collè^^e. Professeur, il analysait les discours des grands orateurs chi'étiens, en composait hii-mème et se préparait sérieusement au ministère de la parole. Diacre en 1850, il fut encouragé par M. Tourvieille k prêcher d'abord au collège, ensuite à la paroisse. Pendant les vacances de 1850, il fut même adjoint à M. Déglesne et à deux autres prêtres qui donnaient les exercices d'une mission à St-Julien-le- Roux. Pendant trois semaines, il se livra avec une généreuse ardeur à la prédication ; malheureusement ses forces n'égalaient pas son courage ; la mission terminée, il dut s'aliter et se reposer pendant deux mois.
Parti d'Annonay en 1853, il conquit rapidement le diplôme de licencié ès-lettres : en 1858, celui de docteur en théologie et il obtint au concours une place de chapelain à Ste-Geneviève. Successivement vicaire, aumônier de lycée et des Frères des Ecoles Chrétiennes, il prit rang parmi les prédicateurs les plus distingués de la capitale. En 1875, il succéda à Mgr Perraud dans la chaire d'histoire ecclésiastique à la Sorbonne, fut on 1879, sacré évcque de Gap et mourut e:i Octobre 1880, à Orléans, où il prêchait la retraite pastorale.
— suspendant les quatre années qu'il professa à Annonay, il montra une intelligence ouverte, un noble et tendre cœur, un caractère sympathique, un zèle éclairé et un véritable esprit sacerdotal, c'est-à-dire, toutes les qualités qui, à Paris, lui méritèrent l'estime et la confiance des jeunes gens du lycée Louis-le-Grand.
Rappelons ici les noms des professeurs qui enseignèrent les beaux-arts. Nous n'avons pu retrouver le nom du maître de dessin attaché à la maison de 18U2 à 1822. Le Père Raynaud, eut en 1867, pour successeur, un de ses anciens élèves M. Tony Monchovet. Peintre et musicien, le Père Monchovet, ainsi qu'on l'appelait familièrement, est encore présent à toutes les mémoires, avec sa tète d'artiste, sa physionomie empreinte d'une bonhomie qui n'allait pas sans malice.
Disons à sa louange qu'il fut un maître excellent et consciencieux. Il encourageait vivement les enfants qu'il reconnaissait véritablement doués pour la musique ou pour le dessin, mais n'hésitait pas à avertir les parents, si les enfants qu'on lui confiait manifestaient peu d'aptitudes pour les beaux-arts. Une telle conduite lui attira, à plusieurs reprises, des désagréments de la part même de ses amis, mais il ne put jamais s'en corriger. « En conscience, disait-il, je dois prévenir les parents qu'ils perdent bêtement leur argent ». Cette franchise avait d'autant plus de mérite que sa fortune était des plus modestes et ses ressources très limitées. Cette délicatesse que certains pouvaient qualifier de scrupule, il l'apportait dans toutes ses relations
qui étaient pleines de charmes. Il avait beaucoup vu, beaucoup entendu, beaucoup retenu et beaucoup réfléchi ; aussi sa conversation était-elle fort intéressante.
C'était, par exemple, un vrai plaisir de l'entendre exercer sa verve gauloise et satirique sur les hommes et les choses de la politique ; il abondait souvent en traits heureux, en réflexions piquantes et originales, en jugements marqués au coin du bon sens et de l'expérience. Quoiqu'il, plaisantât ainsi volontiers sur les politiciens, il n'en était pas moins profondément bon ; une douce indulgence et une patience véritablement chrétienne furent les qualités maîtresses de son caractère et lui gagnèrent les sympathies de tous ceux qui le connaissaient.
Nous ne pouvons guère que nommer les prédécesseurs de M. Monchovet comme professeurs de musique. T^e plus ancien dont nous ayons trouvé le nom, était un alsacien, M. Bouchmann. Voici ce que nous en dit I\I. Tracol en Novembre 1836 :
« M. Bouchmann n'a plus une santé sur laquelle on puisse faire fonds, mais pour reconnaître les services qu'il nous a rendus depuis vingt-cinq ou vingt-six ans, il paraît qu'on lui fera une pension alimentaire. 11 convient essentiellement à un établissement comme le nôtre de faire des bonnes œuvres, et surtout de ne point oublier des hommes qui se sont toujours montrés si empressés à nous obliger dans toutes les occasions, surtout quand leur conduite a été constamment religieuse et exemplaire ».
M. Bouchmann fut, cette année même, logé et nourri au collège comme les professeurs, mais malgré les soins qui lui furent prodigués, il mourut à la fin du mois dé Janvier 1837. Son successeur M. l'abbé Duclos ne resta que pendant l'année scolaire 1836-37 et signala son passage au collège parla création d'une musique instrumentale. M. Doëtzer le remplaça jusqu'en 1853, où vint M. Duplàtre qui eut, comme M. Doëtzer, M. Dongier pour collègue. Le tils Duplâtre fut le prédécesseur immédiat de M. Monchovet.
Pour réaliser le mens sana in corpore sano, qui est le but de l'éducation, il faut parfois faire appel à la science et à l'expérience des médecins, qui deviennent ainsi d'indispensables collaborateurs de l'œuvre de l'enseignement. Nous devons donc payer un juste tribut d'hommages aux praticiens distingués, qui, pendant un siècle, donnèrent successivement ou conjointement, leurs soins intelligents et dévoués, aux maîtres et aux élèves de l'Institution d'Annonay. Nous n'aurons pour cela, qu'à reproduire les notes rédigées par M. Tracol.
Le premier de tous fut M. le docteur Dnret, frère du fondateur de Ste-Barbe : voici ce qu'en dit le journal. « 1841, 20 Novembre : C'est aujourd'hui que nous avons assisté à l'enterrement de M. le docteur Duret, vieillard plus qu'octogénaire, dont la longue et laborieuse carrière s'est terminée par une mort édifiante et sainte. Cet homme de bien qui s'oubliait lui-même pour les autres, qui avait un si excellent cœur, emporte les regrets de la
ville et les nôtres en -particulier. Il a constamment prodigué à nos élèves et a nous des soins vraiment affectueux et paternels. Il nous a donné toutes sortes de preuves de l'intérêt qu'il portait à l'œuvre qui nous réunit ; en un mot, on peut dire qu'il était pour le collège et pour chacun de nous, un véritable ami. M. le Supérieur avait eu soin de le recommander â nos prières, en nous rappelant les droits qu'il y avait acquis ; il l'a consolé et l'a assisté sur son lit de mort, il a été témoin de cette paix et de cette résignation admirai )le avec laquelle il a vu ses derniers moments ».
« M. le docteur Duret est un de ces hommes qui laissent des souvenirs que le temps ne saurait effacer. Lui qui avait travaillé avec tant d'application à conserver la mémoire des hommes recommandables auxquels notre pavs a donné naissance, mérite bien que quel(|u'un s'occupe maintenant de tracer sa biographie. Sans doute, on n'y manquera pas et un article nécrologique inséré dans quelques journaux nous instruira de plusieurs détails qui nous rendront sa mémoire plus chère ; mais combien de bonnes œuvres que sa modestie avait si bien cachées, et que l'on ne pourra découvrir ? »
Moins de deux ans plus tard, le 21 Avril 1843, M. Tracol écrivait : « M. Louis Bravais, médecin de notre maison, atteint depuis plusieurs mois d'une maladie extrêmement douloureuse, a succombé la nuit dernière, sans perdre cette résignation chrétienne et cet abandon tranquille entre les mains de Dieu, qui a si fort édifié tous ceux qui l'ont visité. On peut dire qu/ila fait la mort d'un saint, et que
toute la ville a pris part à ses souffrances et aux regrets qu'il laisse à sa famille ».
« Une femme, trois jeunes enfants et son vieux père, doivent surtout vivement ressentir la grandeur du sacrifice que la Providence leur impose ; Dieu a ses desseins, il faut les adorer. De toutes parts on a fait des prières pour une guérison que l'on ne pouvait humainement espérer. Si le miracle n'a pas été obtenu, on peut assurer que la patience de cet héroïque malade a été un miracle d'un autre genre et qu'il a donné des exemples qui ont couronné une carrière constamment édifiante et régulière. Ni le séjour de la Capitale, ni les autres dangers auxquels il a pu être exposé, n'avaient jamais altéré ses principesreligieux.il s'était conservé toujours le même, sans respect humain, et il n'a donné lieu à personne de se plaindre jamais de lui ».
« 11 avait toujours conservé une tendre affection pour la maison où il avait été élevé et pour ses anciens maîtres, et toutes les fois qu'il' avait pu nous obliger, il s'était montré plein d'empressement et de bon vouloir » .
« C'est un devoir pour nous de prier pour le repos de son âme, de témoigner tout l'intérêt possible à son vieux père et à sa famille, comme aussi de payer à sa mémoire le tribut d'éloges qu'elle mérite ».
Le docteur L. Bravais avait eu pour suppléant et successeur M. le docteur AUéon, auquel le journal du collège consacrait les lignes suivantes :
« 3 Mars 1851. — Nos élèves ont assisté ce
matin aux obsèques de M. le docteur AUéoii, à qui nous devons tous une vive reconnaissance, pour les soins empressés et intelligents qu'il a donnés à la santé des maîtres et des élèves, pendant bien des années. Sa lon2:ue et douloureuse maladie a été pour lui un exercice de patience qu'il a rendu bien méritoire par les sentiments religieux dont il était animé ».
« C'est avec une foi vive qu'il a reçu les secours et les consolations de l'Eglise, et sa mort a été celle d'un bon et fervent chrétien, M. AUéon était un homme de bien, un homme instruit, plein d'activité, de zèle et de dévouement pour le bien de son pays. Il est fort regretté de tous ceux qui l'ont connu, comme on peut en juger par l'atiluence de ceux qui remplissaient l'église ce matin, pour lui rendre les derniers devoirs et demander à Dieu le repos de son âme ».
« M. Garidel, qui était suppléant, va maintenant devenir titulaire pour le service de notre établissement. C'est un homme religieux et qui jouit de l'estime générale ».
Ce jugement ne peut quVHre ratifié par tous ceux qui ont pu apprécier, pendant de longues années le dévouement que M. Garidel apporta à l'exercice de la médecine. Il fut, comme ses prédécesseurs au collège, un homme de bien et un excellent chrétien.
Nous ne voulons pas terminer ce chapitre sur les collaborateurs de M. Tourvieille sans rappeler le souvenir de deux sei'viteurs modèles, qui restèrent fidèlement attachés â la maison. François Jouve
fut cliisinier à Ste-Claire ou au collège pendant plus de quarante ans, et huit ans au noviciat de Fej^zin. Jean Villedieu, dit Petit Jean, remplit d'abord les fonctions d'infirmier, puis celles de commissionnaire pendant plus de trente ans. L'un et l'autre menèrent jusqu'à leur dernier jour, la vie si chrétienne qu'ils avaient pratiquée au collège, sous la direction de ces saints prêtres dont ils aimaient à se rappeler les vertus et la piété, MM. Pajan et Déglesne.