‹ Le Collège d'Annonay, 1800-1880Chapitre 4 sur 27 · CHAPITRE IV Les faits · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Les faits

A la fin de rannée scolaire 1801-1802, M. Picansel, accompagné de M. ral)l)é Duret, son vicaire, vint faire passer les examens à l'école de Saint- Symphorien ; pour clôturer ces exercices, il prononça le 3 Août le discours suivant :

« Messieurs, c'est toujours avec une nouvelle satisfaction que nous venons être témoins de vos succès ; s'ils nous donnent la preuve du zèle et de l'application constante et infatigable des maîtres qui se dévouent avec tant de courage et de désintéressement à votre instruction, ils ne nous prouvent pas moins avec quelle ardeur vous secondez leurs soins ».

« De nouveaux noms placés sur la liste d'hon- -neur provoquent l'émulation de ceux qui n'y ont pas encore été inscrits, et la constante persévérance de ceux qui j occupaient le premier rang à le rete- , nir, ne fait pas moins l'éloge de leur talent que de leur application. Ceux qui recevront des prix, ceux qui n'auront que des accessits, le plus grand nombre même de ceux qui n'ont pu atteindre à cette honorable distinction, tous ont droit à nos suffrages. La nature ne vous a pas donné à tous, Messieurs, la même facilité ni les mêmes talents, mais vous avez tous du goût pour le travail et un noble empressement de vous avancer dans les sciences. Je dis tous, car le nombre des lâches, des pares-

seiix, de ceux qui ne sont occupés que de la frivolité est si petit, parmi vous, qu'en vérité il ne mérite guère qu'on en fasse une exception ».

« Rassemblés bientôt dans notre ville, votre émulation y recevra encore de nouveaux encouragements. C'est au moment où vous j serez transférés que l'on renvoie la distribution des prix, afin qu'ayant un plus grand nombre de témoins de votre gloire, vous sentiez plus vivement l'obligation qu'il y a pour vous de la soutenir. »

« Ce changement de domicile ne changera rien, nous pouvons l'espérer, des sentiments qui vous animent dans votre conduite. Là, comme ici, vous aimerez l'étude et l'occupation, vous vous distinguerez par votre piété, voire docilité, votre modestie et toutes les vertus qui relèvent le premier âge : vous mériterez d'être proposés pour modèles à la jeunesse de notre ville; aussi, Messieurs, nous trouverez-vous toujours empressés à saisir les oc- Qasions qui se présenteront de vous exprimer à tous en général et à chacun en particidier, le tendre intérêt que vous nous inspirez ».

« Autant vous serez utiles â nos jeunes gens par vos exemples, autant nous gagnerons nous-mêmes en devenant plus à portée de jouir de l'aimable société de votre principal et de son digne collègue. L'aménité de leur caractère, le charme de leur esprit et la gaieté de leur conversation, leur ardeur à poursuivre la tâche pénible qu'ils se sont imposée et qu'ils remplissent à la grande satisfaction dg toutes ces contrées, leur ont concihé à jamais no-

tre respect et notre affection : nos concitoyens leur ont donné les mêmes sentiments. • •-

« Maîtres et disciples vont être tous ardemment désirés : tous vous appellent de leurs vœux dans l'enceinte de notre ville ; son espoir ne sera pas frustré. Chaque jour, on y aura à s'applaudir davantage d'un établissement aussi précieux. Puisse aussi l'espoir de vos maîtres n'être pas frustré, et tous nos concitoyens seconder leur zèle, et concourir, autant qu'il sera en eux, à entretenir dans leurs élèves les levons de religion et de vertu qu'ils préciseront dans leurs doctrines et dans leurs exemples. »

« Quant à moi, Messieurs, ce n'est pas une médiocre consolation de voir se former, sur la fin de ma carrière, dans l'enceinte d'une cité qui m'est chère à tant de titres, une maison d'éducation qui répare avec usure ce que la Révolution lui a enlevé en ce genre, qui donnera à l'Eglise des ministres qui, par leurs connaissances et leur zèle en seront l'ornement, et à la Patrie, des citoj^ens qui l'honoreront par la pureté de leurs mœurs, la sagesse de leurs principes, l'éclat de leurs vertus, et par leurs connaissances, leurs talents et les services les plus utiles » ( 1 ) .

(1) Ce transfert de l'école de St-Symphorien à Annonay avait été annoncé au public par un prospectus, dans les termes suivants :'

« Ce n'est ni un nouveau Pensionnat, ni un nouveau Collège que l'on propose au public ; c'est une maison d'éducation qui existe depuis trois ans, et qui avait été établie à St-Symphorien, départe- «aent de l'Ardèche, sous les auspices de Mgr d'Aviau, alors archevêque de Vienne, et à présent archevêque de Bordeaux. Le presbytère de cette paroisse n'étant pas assez grand pour contenir les pensionnaires, les chefs de cette pension, les mêmes qui avaient été

La distribution des prix de l'année scolaire 1801-180^, fut faite avec celle de l'année suivante, le 22 août 1803, ainsi que l'avait annoncé M. Picansel. Voici le récit qu'il nous en a conservé dans ses mémoires : nous l'insérons tel qu'il nous l'a laissé, bien qu'il j ait une erreur de date que nous expliquons dans une note (1).

« Il j eut, le lendemain de la Nativité de la Vierge, une distribution solennelle des prix au collège. Il y avait plus de cent vingt écoliers, tant pensionnaires qu'externes; jamais on n'en avait vu dans cette ville un aussi grand nombre. Le préfet vint exprès de Privas, accompagné du sous-préfet de Tournorl, pour présider cette cérémonie.

choisis par Mf>r d'Aviau, et qui ont toujours été chargés de sa direction, ont pris des engagements avec la municipalité d'Annonay, en vertu desquels elle leur a cédé, aux conditions convenues, le ci-devant couvent des Cordeliers, qui lui appartient. Cette maison, qui est dans un bon air, est assez vaste pour y établir un pensionnat et y loger tous les maîtres qui seront nécessaires ».

« Le Pensionnat et le Collège de St-Symphorieu y seront transférés pour le plus tard le 10 Brumaire an IV : 1" Novembre 1802. Le lendemain on y ouvrira les exercices du Pensionnat et du Collège. Tout y sera conduit et dirigé par le môme esprit qu'on a suivi jusqu'ici à St-Symphorien ».

(1) L'erreur de date commise par M. Picansel provient de ce qu'il a commencé à écrire ses mémoires d'une façon régulière .à partir de 1805 ou 1806, et que les faits antérieurs à cette époque ont été écrits de souvenir. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait fi.xé cett" distribution à la date où. elle se fit ordinairement jusqu'en 1814. Disons à ce propos que, jusqu'en 1840, l'année scolaire commençait le l^"" Novembre et que, de 1814 à 1840, elle se terminait le 31 Août. De 1840 à 1849, on avança pou à peu de quelques jours, les dates de rentrée et de sortie qui se maintinrent- aux environs du 15 Août et du 15 Octobre. Après 1849, elles ont été fixées pendant longtemps au l^"" A(nU et au P"" Octobre, et depuis une vingtaine «Tannées, il a fallu, comme dans d'autres maisons, devancer un peu la sortie et retarder la rentrée.

Toute la ville y assista, ainsi que les jeunes gens qui savaient jouer de quelque instrument. Le directeur, M. Actorie, le préfet et le maire firent chacun un discours. Le préfet parla en philosophe sur l'instruction et ne satisfit personne ; le maire (Desfrançais de Lolme) prouva la nécessité qu'il y avait de la fonder sur la Religion et fut vivement applaudi, ainsi que M. Actorie ».

« Après les discours, on nomma les élèves qui avaient remporté les prix. M. le préfet leur donnait les prix et une couronne, M. Actorie les conduisait à leur père, à leur mère ou autres parents qui étaient dans l'assemblée ; on leur mettait la couronne sur la tête ; on les embrassait, ce qui attendrissait tout le monde et occasionnait chaque fois de nouveaux applaudissements. Le triomphe de chaque classe était célébré par la musique. Cette cérémonie d'un nouveau genre intéressa tous les spectateurs et fit bien augurer du collège ».

« Il y eut, à cette occasion, un repas de plus de cinquante personnes, qui fut donné par le collège et qui eut lieu dans la cour qu'on avait tentée, et ou furent invitées toutes les autorités constituées et les citoyens les plus notables de la ville » .

Vers la fin d'Octobre 1804, M. Picansel envoya au collège un extrait à parie in quâ du décret de Sa Majesté Impériale du 22 Fructidor an XII (9 Septembre 1804), d'après lequel il était permis de faire exercer le culte dans la chapelle dépendante du collège d'Annonay (1). Déjà le 26 Avril

(1) Voir les pièces justificatives. N° 'i.

de la même année, il avait accordé provisoirement diverses permissions en faveur dudit oratoire, jusqu'à ce qu'elles fussent confirmées par le gouvernement.

M. Picansel déclare dans ce document « qu'il désire favoriser un établissement dont il n'est résulté que les effets les plus salutaires pour la Religion par le grand nombre d'étudiants qui se destinent à l'état ecclésiastique, qu'il approuve l'oratoire de l'école secondaire d'Annonaj, qu'on peut j célébrer les offices de l'Eglise, que le Directeur peut y admettre les fidèles de la ville : il veut qu'on se conforme à la liturgie de Vienne, et que l'on fasse une procession dans l'Octave de la Fête-Dieu, etc. »

Durant le séjour à Paris de N. S. P. le Pape Pie VII pendant cette même année, M. Picansel lui adressa une supplique à l'efïét d'obtenir à perpétuité la continuation ou une nouvelle concession de la grande indulgence de la Portioncule ou de N.-D. des Anges. Il fit valoir pour cela la suppi'ession des trois couvents de l'Ordre de S. François qui existaient dans la ville d'Annonav avant la Révolution, savoir : les Cordeliers, les Récollets et Ste-Claire. Un induit du 22 Décembre 1804 fut expédié de Paris et signé par le cardinal Caprara, accordant ce que l'on demandait.

La distribution des prix de 1805 fut signalée par Tannonce que M. Actorie fit à l'assemblée de la fermeture de la maison. Voici les causes de cette détermination. En 1802, M. Actorie avait accepté, de confiance, avec M. Lapierre, les conditions que

la ville leur avait imposées et que M. Picansel trouvait fort onéreuses. Ces Messieurs n'avaient pas tardé à s'en apercevoir. En prenant possession des locaux, ils avaient fait pour quatre mille francs de réparations urgentes; ils avaient dû acheter tout le mobilier nécessaire, ce qui avait absorbé leurs petites ressources et celles de quelques amis. L'état de délabrement de l'immeuble était tel que, pour l'habiter, il fallait j faire constamment de nouvelles et importantes réparations, toutes aux frais des locataires. D'autre part, le nombre des pensionnaires ne dépassait pas soixante en 1802-1803; les externes, étudiants ecclésiastiques, étaient reçus gratuitement, et encore la pension n'était-elle que de 500 francs jusqu'à treize ans et de 550 audessus, alors qu'elle s'élevait à 800, 700 et 600 francs dans les lycées de T^, 2'"^ et 3™^ classe. Enfin un certain nombre d'élèves ne payaient que 450 et même 400 francs ; et, pour ne citer qu'un exemple pris à une époque assez rapprochée de celle-ci, le docteur Donnet, de Bourg-Argental, ne paya, de 1808 à 1813, que quatre cents francs pour la pension de son fils, le futur cardinal archevêque de Bordeaux.

Dans ces conditions, ces Messieurs ne pouvaient, on le comprend facilement, faire de brillantes affaires. En déficit toujours croissant, ils demandèrent, dans le courant de l'année scolaire 1804- 1805, une diminution sur le prix de la location ; le Conseil municipal ne voulut pas y consentir. Dans l'impossibilité où ils étaient de continuer leur œuvre, ils prirent le seul parti qui leur restait.

celui de se retirer, de vendre leur matériel pour pajer leurs dettes et de sous-louer les bâtiments jusqu'à l'expiration de leur bail. La ville comprit enfin la perte qu'elle allait faire, et afin de l'éviter, elle réduisit la location à deux cents francs pour 1806, et à cinq cents francs pour les années suivantes.

La rentrée de Novembre 1805 fut moins nombreuse, comme on pouvait s'y attendre, car, après l'annonce de la fermeture de la maison, quelques familles avaient pris immédiatement leurs mesures pour placer leurs enfants dans quelque autre Institution. 11 n'y eut que quarante-deux pensionnaires, douze demi-pensionnaires et cinquante-trois externes.

En 1806 se produisit le changement de direction dont nous avons déjà parlé. Dans la lettre où il notifiait l'approbation du nouveau bail, M. Desfrançais de Lolme annonçait qu'il allait, sur l'ordre du préfet, réunir le conseil municipal, afin qu'il prît les mesures pour obtenir Térection de l'école en école secondaire municipale. Les démarches faites dans ce but aboutirent, et, le 4 avril 1806, un décret impérial transformait l'école secondaire particulière d'Annonaj en école secondaire communale (1) ; le 26 août de la même année, M. Lapierre était nommé par le Ministre, directeur de cet établissement (2).

En 1807, l'existence du collège fut encore menacée. Le 3 Juillet, le conseil municipal fut mis

(1) Voir les pièces justificatives. N° 4.

(2) Voir les pièces justificatives. N° 5.

en demeure par le sous-préfet qui assistait à la délibération, de céder aux protestants, pour en faire leur temple, soit l'église de l'Aumône, soit toute l'église du collège. On offrait bien aux protestants une partie de la chapelle du collège, mais le sous-préfet trouvait le local insuffisant, bien que, d'après les mémoires de M. Picansel, il pût suffire amplement pour le nombre des réformés. Divisée en trois parties, cette église servait de chapelle, de salle d'étude et de salle de récréation.

Le collège, déjà trop à l'étroit, était condamné à disparaître faute de locaux; le conseil municipal le comprit et, pour conserver une si utile institution, il céda aux protestants l'église de l'Aumône, où les Pénitents avaient fait pour plusieurs milliers de francs de réparations. En attendant l'édification d'une nouvelle chapelle, la Confrérie des Pénitents vint faire ses exercices religieux au collège, jusqu'en 1810.

L'organisation de l'enseignement secondaire et la création de l'Université par les décrets-lois du 17 Mars et du 17 Septembre 1808, enlevèrent à l'établissement la qualité de collège communal ; il devint, dès lors, une institution particulière de plein exercice, en vertu de la nomination de M. Lapierre comme directeur, faite par le Ministre, le 26 Août 1806.

Le nombre des élèves s'était augmenté en 1809, car à la retraite de huit jours prèchée par le célèbre Père Enfantin, assistèrent cent pensionnaires et plus de cent externes, dont les deux tiers au moins se destinaient à l'état ecclésiastique.

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« Ils ont paru très touchés et ont édifié, écrivait M. Picansel auquel nous empruntons ces détails ; on a senti de plus en plus cette année la nécessité d'augmenter cette maison évidemment trop petite pour le grand nombre de pensionnaires qu'il y a et qui sont tous les uns sur les autres. Le conseil de la commune s'est enfin déterminé à allouer trois mille francs, pour faire les réparations nécessaires â cette maison. Les directeurs ont consenti â en faire l'avance dont ils se paveront sur le loj'er de cinq cents francs qu'ils donnent actuellement ».

La partie de l'église la plus voisine de la place, ainsi que le grand portail, fut conservée pour servir de chapelle; le reste devint la salle de récréation et. on établit un dortoir au-dessus ; l'ancien chœur, qui avait jusqu'alors été la chapelle, devint la salle d'étude ; deux classes furent aménagées dans l'ancienne sacristie et une de chaque côté de la salle de récréation, dans les emplacements qui avaient été occupés par des chapelles latérales. Ces travaux coûtèrent six mille francs dont les directeurs payèrent la moitié ; ils furent exécutés pendant les vacances de 1809 et permirent de recevoir quelques élèves de plus.

Voici les chiffres que nous donne M. Picansel pour 181 1 : « Il V a cette année à la rentrée des classes au collège 305 écoliers, savoir : 118 pensionnaires, dont 12 d'Arles en Provence et 5 d'Orange, 20 demi-pensionnaires et 187 externes qui sont en grande partie réunis, 100 à Ste-Claire, 55 dans la maison de Ste-Barbe, au Château. Le prix de la pension, malgré la hausse du prix

des grains (1), n'a pas augmenté; il est toujours au collège pour les pensionnaires, de 500 francs au-dessous de treize ans et de 550 au-dessus. Il j a quinze maîtres, dont un directeur, un économe et douze professeurs ou régents ».

« En 1812, Monseigneur de Mende fait sa visite pastorale ; le 4 Juin il ordonne deux diacres^ dont l'un, M. Echavel, de la ville, mort curé de Saint- Alban-d'Aj, et il donne la tonsure à dix écoliers du collège ».

Ces élèves n'appartenaient pas tous, comme on pourrait le croire, aux pensions de Ste-Barbe et de Ste-Claire, car M. P'abre des Essarts, pensionnaire au collège, fît cette année-là, (1812) ses premiei's pas dans la cléricature. Il ne quitta le collège que deux ans plus tard, après sa philosophie, pour entrer au Grand Séminaire. L'humaniste tonsuré de 1812 devait, plus tard, en 1850, mourir évêque de Blois.

« Monseigneur préside la procession de la Fête- Dieu. Ce sont les prêtres qui enseignent au collège et les élèves ecclésiastiques qui j étudient, qui ont formé la partie la plus nombreuse du clergé de cette procession . Les fleuristes et les thuriféraires avaient été dressés par M. Tourvieille ; ils ont exécuté avec beaucoup d'adresse et de piété les différentes figures qu'il leur avait apprises . L'attention qu'ils ont apportée à s'y exercer, ne les a pas détournés de leur application à l'étude. Il y a bien paru dans l'examen qu'est venu faire des

(1) Le blé se vendait à cette époque 10 francs et il monta en 1813 jusqu'à 12 francs la quarte.

maîtres et des écoliers M. Félix, inspecteur de l'Académie de Nimes, qui est arrivé ici inopinément, le 9 Juin et qui n'en est reparti que le 13. Il a fait composer et a examiné toutes les classes comme les autres inspecteurs qui l'ont précédé. Il a emporté la meilleure idée du collège et il n'a laissé ignorer à personne le jugement avantageux qu'il a formé et de l'aptitude des maîtres et de l'application et de l'émulation des élèves » .

Aussi, le succès allait-il grandissant, car le bon curé ajoute en Novembre 1812: « Il j a cette année à la rentrée du collège, cent quatrevingt-dix externes qui se destinent presque tous à l'état ecclésiastique et qui sont presque tous du diocèse, et cent quarante-cinq pensionnaires, nom- /

bre trop grand pour l'étendue du logement. Mais les sollicitations ont été si pressantes, si multipliées, qu'il n'a pas été possible de les éluder toutes. Si le local l'eût permis, le nombre des pensionnaires se fut élevé à plus de deux cents, tant il y a encore de parents, dans ce siècle d'incrédulité et de libertinage, qui sont jaloux de faire élever leurs enfants dans les principes religieux et dans la pureté des mœurs ».

On aura remarqué dans les notes de M. Picansel l'expression « élèves ecclésiastiques » et le fait de la tonsure donnée à dix élèves. Un certain nombre d'élèves qui se destinaient à l'état ecclésiastique faisaient, en effet, leur philosophie avant d'aller au grand séminaire. En outre, les élèves âgés étaient nombreux à Ste-Bai'be et à Ste- Claire. En 1812, Ste-Barbe comptait cinquante-

huit élèves ; sur ce nombre, vingt-deux seulement avaient moins de dix-neuf ans, quinze avaient vingt-un ans et dix avaient de vingt-deux à vingtneuf ans. En 1813, la proportion était à peu près la même : c'était tous ces élèves que M. Picansel appelait étudiants ecclésiastiques.

Ces chiffres expliquent aussi cette note de M. Picansel: « Il y a eu cette année plus de quarante élèves du collège qui ont été exemptés du service comme étudiants ecclésiastiques ». Ici une réflexion semble s'imposer. Le terrible mangeur V 1 d'hommes que fut Napoléon P'', jugeait les choses y 1 autrement que les politiciens de nos jours. Il admettait l'équivalence, au moins, des services ecclé- ' siastiques avec le service militaire. A. défaut de religion, son esprit pohtique lui avait appris que la force morale est encore plus nécessaire aux nations que la force des armes, et que le ministère du prêtre n'est pas moins utile aux intérêts généraux et à la vraie grandeur d'un peuple, que l'héroïsme du soldat sacrifiant sa vie pour son pays. Il comprenait que la France manquait de prêtres plus encore que de soldats et, quoiqu'en 1813 il fût obligé de lever par la conscription les jeunes gens de dix-neuf ans, il accordait cependant toutes facilités pour assurer le recrutement du clergé !

A la rentrée de 1812-1813, les élèves pensionnaires et demi-pensionnaires durent prendre un uniforme ; nous ignorons s'ils en avaient un avant cette époque. Un décret rendu par l'empereur à Witepsk (Pologne) le 31 Juillet 1812, fixa la coupe

et la couleur de l'uniforme. C'était l'habit à la française et le pantalon bleu, teints à l'indigo pastel. M. de Fontanes, grand-maître de l'Université, détermina les couleurs du collet et des parements qui devaient distinguer les uns des autres les trois ordres de maisons d'éducation, lycées, collèges communaux et institutions particulières. L'institution d'Annonaj appartenait à cette dernière classe. Les élèves revêtirent donc l'habit et le pantalon bleu avec collet et parement blancs ; les boutons de métal blanc portaient au centre le mot Institution et autour le nom du chef de l'Institution.

En Novembre 1814, M. de Fontanes, toujours grand -maître de l'Université, envoya, par l'intermédiaire de l'Inspecteur d'Académie, les brevets de la décoration du Lys, que les élèves qui avaient remporté les premiers prix à la distribution de 1814 étaient autorisés k porter ; nous ignorons en quoi elle consistait. Constatons, en passant, l'empressement mis par le ministre de Napoléon, devenu ministre de Louis XVIII, à l'adresser aux élèves des institutions privées comme à ceux des lycées devenus collèges royaux.

MM. Actorie et Lapierre achetèrent, à cette époque, une partie du domaine de Bise, près Vissenty, et y plantèrent une longue rangée de tilleuls. Cette acquisition assurait ainsi à l'établissement une grande terrasse ombragée, très favorable à toutes sortes de jeux et d'exercices. On y conduisait les élèves en promenade, surtout

lorsque le temps était moins sûr et le congé plus court.

Les directeurs du collège furent forcés par le nombre des demandes d'admission déjà faites en Juin 1815, de chercher d'autres locaux propres à un agrandissement de la maison. Ils louèrent donc à M. Grimaud, au prix de trois cent cinquante francs, une maison contigiie à la chapelle ; ils la transformèrent en dortoirs et ils la gardèrent en location jusqu'au 31 août 1821.

Pendant les Cent-Jours (Avril-Juillet 1815), deux jeunes professeurs du collège furent inculpés d'avoir, en Avril, porté les armes sous les ordres du duc d'Angoulême contre les troupes de Napoléon revenu de l'île d'Elbe. Ils furent traduits à Privas, où l'abbp Tourvieille les accompagna ; ils ne tardèrent pas à être relâchés, après avoir fourni les preuves les plus irréfragables de la fausseté du fait qu'on leur avait attribué.

Quelques jours plus tard, le dimanche 19 Juillet, on crut voir le drapeau blanc flotter à la pension Ste-Barbe. Les gardes nationaux patriotes voient là le signal d'une conspiration, les têtes se montent et on se transporte en armes sur les heux pour constater le délit et s'emparer des coupables. Que trouve-t-on ?... Une chemise qu'un élève avait étendue pour la faire sécher. Ce fut un éclat de rire général chez les spectateurs qui huèrent les intrépides gardes nationaux (1).

(1) Ce fait, que nous empruntons aux mémoires de M. Picansel. ne nous paraît pas placé à sa date exacte. Louis XVIII était, en

Ces deux événements furenf les seuls qui mêlèrent, s'il est permis de parler ainsi, le collège à la politique pendant ces temps troublés. Dès cette époque, directeurs et professeurs eurent pour principe, quels que fussent leurs sentiments intimes, de ne prendre aucune part aux luttes des partis et de se renfermer strictement dans l'accomplissement de leurs devoirs professionnels. Cette sage ligne de conduite a toujoin^s été suivie par leurs successeurs, à toutes les époques et sous tous les gouvernements qui se sont succédé.

« La distribution des prix qui eut lieu le 31 Août 1815 fut présidée par le maire provisoire, M. Duret, écrit M. Picansel. Le général des Autrichiens et tous les officiers en garnison ici, tous les chevaliers de St-Louis, y ont assisté, ainsi qu'au repas qui l'a suivi, ce qui a donné une plus grande solennité à cette distribution. On j a porté des toasts au roi et à l'empereur d'Autriche. Le collège est toujours également nombreux, parce que les classes y sont toujours très fortes et la surveillance très exacte. Quelles qu'aient été les craintes du temps de Bonaparte, ces temps n'ont laissé sortir ni partir aucun de leurs pensionnaires ».

< La distribution des prix de 1814, nous apprend M. Picansel, fut présidée par M. dindv,

effet, rentré à Paris le 8 Juillet ; or, d'après VHistoire d'Annonay, cette nouvelle était oonnue dès le 14 dans cette ville et le drapeau blanc flottait, paraît-il. sur les édifices publics ce jour-là. Quand même on aurait vu un drapeau blanc à Ste-Barbe le 19, il n'y avait pas de quoi monter la tête aux gardes nationaux, si patriotes, c'està-dir", si bonapartistes fussent-ils ; d'où nous conelunn:; que ce fait, dut se passer pendant les Cent Jours, mais avant le 14 Juillet.

préfet, et par M. de la Roque, sous-préfet. Discours sur la nécessité d'abandonner les idées libérales et de se fixer aux principes religieux. Compliments au directeur et aux professeurs, de ce que au milieu du déchaînement révolutionnaire et des atteintes portées à la Religion, ils s'étaient appliqués à former de bons chrétiens autant que de bons littérateurs, et c'est à cette conduite qu'ils ont constamment tenue, qu'il a attribué avec raison la prospérité du collège ».

En 1819, les directeurs du collège dépensèrent sept mille francs pour l'ornementation de l'église qui, jusque-là, était très pauvrement meublée, comme tout le reste de la maison. Ils remplacèrent l'autel de bois par un de marbre ; ils achetèrent pour cinq cents francs le grand rétable du maîtreautel de Ste-Claire dont ils firent rafraîchir les dorures ; les murs furent peints à la fresque et neuf tableaux adaptés dans les panneaux des lambris . *

Cette année, le nombre total des élèves était de trois cents ; toutefois, M. Picansel remarqua qu'il n'y avait que cent quarante pensionnaires ; l'année suivante, 1820-1821, il n'y en avait pas cent. « Cette diminution, écrit-il, ne peut être attribuée au défaut de vigilance et de soins. Ces messieurs ne se sont pas démentis à cet égard : ils continuent d'être quinze, supérieur, professeurs ou préfet, dont huit sont prêtres et ont presque tous demeurés dans ce collège depuis son établissement à St-Symphorien et les autres sont tous ecclésiastiques ou aspirent à le devenir. Ils professent tous,

comme ils l'ont fait depuis le commencement, les doctrines les plus pures, les principes les plus sains et les plus justes en tous points ».

« Vivant en commun, ils n'ont point, il est vrai, dérègle qui soit de stricte obligation. Cependant, ils se soumettent de plein gré à des observances assez gênantes d'ailleurs, ce qui fait que, non seulement ils sont recommandables par la conduite la plus exacte et par la plus édifiante piété, mais encore distingués par la régularité qui rapproche cette maison des corporations assujetties â la discipline religieuse. On ne peut donc attribuer cette diminution qu'au grand nombre de collèges et de pensionnats qui s'établissent partout. Il y en a dans ce département six de plein exercice, parmi lesquels quatre sont présidés par des prêtres qui ont été formés dans ce collège » .

Quand M. Picansel faisait ainsi l'éloge des maîtres du collège, il parlait en pleine connaissance de cause et avec toute la compétence d'un supérieur qui voit de près les choses. Il j avait vingt ans qu'il vivait avec ces Messieurs dans des rapports habituels d'amitié et de confiance réciproques. « Tous les dimanches après vêpres, écrit M. Tracol, il se rendait au collège avec M. Duret et ses autres vicaires . Les professeurs qui étaient libres et surtout les anciens : MM. Polly, Payan, Tourvieille, se joignaient pour les recevoir â MM. Actorie et Lapierre. La réunion avait lieu chez M. Actorie, dans le salon ou sur la terrasse. Là, tantôt on s'entretenait des nouvelles qui intéressaient la Religion, on se communiquait ses craintes et ses

espérances, on parlait du collège et des œuvres paroissiales, on se consultait et se conseillait mutuellement, tantôt on faisait diversion aux préoccupations sérieuses pour se livrer avec abandon à une douce gaieté. »

« M. Actorie et M. Picansel, dont le caractère aimable se prêtait si heureusement à des plaisanteries pleines d'esprit et de finesse, faisaient en grande partie les frais de ces innocentes récréations qui entretenaient l'union et la cordialité entre les membres des deux clergés, paroissial et enseignant, en même temps qu'elles les délassaient des fatigues et des embarras de leurs positions » .

Ces fréquentes relations, ces visites répétées si longtemps, fournissaient au vicaire général plus d'occasions qu'il n'en fallait pour étudier et connaître à fond hommes et choses, pour juger la valeur des maîtres et l'esprit de la maison. Ses appréciations doivent donc, il nous semble, être prises pour l'expression exacte de la vérité.

Les maisons d'éducation de l'Ardèche auxquelles M. Picansel fait allusion étaient, croyons-nous, avec Annonaj, celle de Tournon devenue, depuis 1819, collège royal, celles d'Aubenas, de Bourg- St-Andéol, de Vernoux et de Maison-Seule fondée, cette année-là même, par M. Fustier, qui abandonnait Vernoux où le remplaçait peu après M. Vivet.

Il y eut certainement à cette diminution du nombre d'élèves d'autres causes encore que celle indiquée par M. Picansel. Remarquons d'abord l'absence de M. Actorie pendant toute l'année

M. ACTORIE. Supérieur

scolaire 1819-1820. Si M. Lapierre pouvait sans inconvénient le remplacer pendant quelque temps, il n'avait peut-être pas les qualités nécessaires à un supérieur au même degré que M. Actorie, et il n'exerçait sûrement pas, sur les élèves et sur leurs familles, la même autorité et la même influence. Observons encore que l'état des locaux, ainsi que nous l'avons dit, était insuffisant, et que les parents pouvaient facilement trouver mieux sous ce rapport, depuis que les institutions ecclésiastiques s'étaient multipliées.

Un dernière raison de cette décadence, raison que M. Picansel n'a pas donnée dans ses mémoires, nous est révélée par des rapports sur le collège adressés à Monseigneur de Mende. Nous y lisons ce qui suit :

« Renfermés dans leur établissement, évitant tout rapport avec les personnes étrangères, ils (les professeurs) n'ont été en relation qu'avec les ecclésiastiques de la ville, et, par la sévère retraite qu'ils ont gardée, ils ont mérité d'être appelés les solitaires d'Annonaj, ce qui est très honorable pour eux ».

« — Ses détracteurs (du collège), même les plus obstinés, n'ont jamais osé dire que cette institution n'eût pas de bonnes études, une exacte surveillance pour tout ce qui a rapport aux mœurs et à la Religion »

« L'immense majorité des prêtres de l'Ardèche a été élevée à Annonaj : presque tous ont reçu l'instruction gratuite ou presque gratuite, et un bon nombre ont été assistés même pour la pension

alimentaire. Sans parler, en effet, des charités privées des professeurs et directeurs, que Dieu seul connaît, cet établissement peut justifier une dépense annuelle de sept à huit mille francs pour les clercs pauvres, et l'on comprend bien que M. Vernet appelle cette maison une mine d'or » .

D'après ce rapport officiel, l'œuvre de Dieu se faisait à l'Institution d'Annonay, elle devait donc être discutée, combattue; aussi lisons-nous dans la suite du rapport cette phrase significative : « Les feuilles hbérales ont bien su distinguer cette maison et les méchants n'ont pas la vue si basse en l'attaquant ».

Le rapport de 1822 est plus explicite encore: « Depuis trois ans, la maison est en butte aux ennemis de tout bien : le parti libéral est venu à Ijout par ses calomnies de jeter la défaveur sur elle ».

Découragés par cette lutte si longue, si acharnée, voyant tomber peu à peu une œuvre qui leur avait coûté tant de peines et tant de travaux, les deux directeurs prirent, vers le mois de mai 1822, la résolution de se retirer.

M. Actorie avait alors cinquante-six ans, il avait ])orté pendant vingt-deux ans unecharge bien lourde, il avait travaillé beaucoup par l'enseignement et par la prédication ; il aspirait à la retraite autant par besoin que par goût ; sa santé longtemps florissante déclinait depuis quelques années assez rapidement et semblait l'obliger à se décharger de bien des détails pour lesquels ses forces n'étaient plus à la hauteur de son zèle. Il voulait se borner à la direction et à l'aumônerie des Sœurs de St-

Joseph de St-Félicien. Il voyait là une retraite, encore active sans doute, et utile à l'Eglise, mais en définitive un repos et un repos bien gagné.

Devant la résolution inébranlable de M. Actorie, M. Lapierre ne pouvait rester à la tète de la maison ; il avait déjà soixante-six ans et il ne se sentait pas l'énergie nécessaire pour lutter contre le courant et pour diriger cette barque que la fureur des flots menaçait d'engloutir. Mais c'est au moment où il semble qu'elles vont périr, que les institutions sorties de l'esprit de Dieu se relèvent contre toute espérance. On voit alors apparaître des hommes que l'histoire appelle providentiels et qui sont les instruments dont Dieu se sert pour accomplir son œuvre.

Nous verrons, dans la seconde partie de cette histoire, quel fut et ce que fut le successeur de M. Actorie. Mais, avant d'en parler, il nous reste à dire quelque chose de l'enseignement et de l'éducation donnés au collège d'Annonaj, de 1802 à 1822.

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