‹ Le Collège d'Annonay, 1800-1880Chapitre 7 sur 27 · CHAPITRE I La Crise · texte numérisé non relu

CHAPITRE I La Crise

Au commencement de Mai 1822, MM. Actorie et Lapierre firent connaître à leurs collaborateurs, la résolution qu'ils avaient prise, après mûr examen, d'abandonner l'œuvre entreprise et maintenue avec tant de peine, et qui périclitait, malgré le zèle, les soins et les efforts généreux de tous.

Le coUèg'e ne comptait en 1821-1822 que quarante-cinq internes et une trentaine d'externes. Ste-Barbe et Ste-Claire en avaient, il est vrai, environ deux cents, en y comprenant l'école française établie au compte particulier de M. Tourvieille ; mais ces deux pensions, au lieu de procurer des ressources aux directeurs de l'Institution^ leur étaient plutôt une charge.

Nous avons dit précédemment que non-seulement on donnait gratuitement l'instruction aux élèves de ces deux maisons, mais encore qu'on payait la rétribution universitaire pour le plus grand nombre d'entre eux. \

Qu'allaient devenir, à la fermeture de'lTustitu-

tioD, ces cent quarante ou cent cinquante étudiants ecclésiastiques ? Cette question préoccupait à juste titre le vicaire général, M. Picansel, les directeurs des deux pensions, MM. Duret et Tourvieille, ainsi que tout le personnel de l'Institution. La tîn principale que s'était proposée Mgr d'Aviau en fondant l'établissement, n'était-elle pas l'éducation des aspirants ecclésiastiques ? Devait-on abandonner l'œuvre avant d'avoir épuisé tous les moyens pour la maintenir? Ne fallait-il pas prier encore, avant de prendre une détermination définitive.?

On pria; la divine Providence entendit la prière de ces prêtres dévoués et de leurs collaborateurs , elle ne voulait pas laisser périr une œuvre qui avait formé tant de bons chrétiens et fourni la presque totalité des prêtres de l'Ardèche. Il se produisit alors, comme à point nommé, un fait attendu déjà depuis cinq ans, qui pouvait sauver l'Institution, si des hommes animés de Tesprit de foi, 'intelligents et énergiques, savaient profiter de l'occasion favorable.

Le Concordat de 1817 entre Pie VII et Louis XVIII n'avait pas été complètement exécuté ; ce n'est qu'en 1822 que le diocèse de Viviers avait été rétabli, d'un commun accord entre le gouvernement pontifical et le gouvernement français. Comme la loi accordait un petit séminaire à chaque diocèse, les directeurs de l'Institution d'Annonay crurent qu'ils pourraient obtenir ce titre pour leur maison qui, depuis vingt ans déjà, remplissait le but d'un petit séminaii-e, sans en avoir les avantages.

Les étudiants ecclésiastiques qui composaient la grande majorité des élèves, pourraient alors recevoir des bourses, tout au moins quelques faveurs pécuniaires de l'Etat ou du diocèse, et ne seraient plus à charge à l'Institution. Si, de plus, on obtenait de la municipalité annonéenne de meilleures conditions pour la location des bâtiments et quelques réparations jugées indispensables, il était permis de concevoir de sérieuses espérances pour l'avenir de la maison.

Les pensions des internes, avec la rétribution des externes de la ville et des élèves de l'école française, que M. Tourvieille s'offrait à verser à la caisse du collège, devaient probaljlement suffire à la nourriture et à l'entretien des maîtres. Désintéressés comme ils l'étaient, MIVL Duret et Tourvieille consentaient à tous les sacrifices, afin de continuer l'œuvre de leurs deux collègues et amis.

Ce projet, dû à la féconde initiative de M. Tourvieille, fut étudié en détail, mûri par la prudence consommée de M. Duret, et enfin approuvé par M . Picansel. Il fut alors soumis à l'examen des anciens maîtres et de quelques autres, attachés depuis plusieurs années â rétabHssement. Il exigeait, pour réussir, un personnel déjà éprouvé, qui inspirât confiance aux familles chrétiennes et à l'autorité épiscopale, dispensatrice du titre de Petit Séminaire.

MM. Lapierre, Vallon, Payan, Pollv, FayoUe, Pages, Martinesche et Tracol, crurent le projetréalisable et consentirent à rester les collaborateurs de MM. Duret et Tourvieille.

M. Picansel secondait de son mieux les vues des deux réorganisateurs; toutefois, il leur objectait que, s'ils parvenaient à reconstituer l'œuvre, elle ne reposerait que sur eux ; qu'elle serait par là même essentiellement précaire, exposée à disparaître à la mort ou à la retraite de l'un des deux associés. Il fallait, pour assurer son existence, un corps qui ne mourût pas ; sans cela, impossible de maintenir l'esprit des fondateurs, de perpétuer les traditions d'enseignement, d'éducation, et de former des générations d'instituteurs. Il leur rappelait les corps enseignants du temps passé, Jésuites, Oratoriens, Sulpiciens, et les services éclatants qu'ils avaient rendus à l'Eglise et à la société.

Ces idées si justes répondaient trop bien aux nécessités de la situation, pour n'être pas comprises et goûtées. La pensée de former une association était même venue depuis plusieurs années à l'esprit de trois ou quatre professeurs, mais elle n'avait pas eu de suite. Reprise par le vicaire général, elle germa et se développa rapidement. M. Payan, en particulier, qui avait eu le désir d'entrer chez les Pères de la Foi (nom que portaient à cette époque les Pères Jésuites), l'adopta avec enthousiasme et la tît partager à plusieurs des jeunes professeurs.

Une fois assurés de leurs principaux collaborateurs, MM. Duret et Tourvieille commencèrent. les démarches nécessaires pour la réalisation de leur projet. Il fallait d'abord liquider l'ancienne société. Les comptes furent bientôt faits. La fortune des six associés qui, à différentes époques, avaient versé des fonds pour les réparations ou pour le

le matériel de la maison, se composait de quelques milliers de francs, du petit domaine de Bise et du mobilier du collège. Le plus fort actionnaire était M. Actorie. Il se retira de la société et reçut la part qui lui revenait. MM. Lapierre, Tourvieille, Vallon, Payan et Pollj^, consentirent à abandonner leurs droits à la nouvelle société, dans le cas où le projet aboutirait.

Lié avec les citoyens les plus notables de la ville par des rapports de famille, d'amitié ou de services rendus, M. Duret fit à la municipalité des ouvertures, à l'effet d'obtenir le local des Cordeliers à d'autres conditions que celles du bail précédent. Cela n'alla pas sans de longues et difficiles négociations ; l'administration municipale consentit enfin à examiner les propositions de M. -Duret.

Le conseil comptait dans son sein un certain nombre de membres, élevés pendant la Révolution, et fortement attachés à oe qu'on appelait alors les idées lil)érales. Ils se disaient Voltairiens, libres-penseurs et se croyaient tels : quelques-uns étaient franc-mac?ons ; tous étaient plus ou moins antireligieux. Grâce k l'appui d'un préfet protestant, M. Paulze d'Ivoy, ils avaient obtenu l'établissement d'une école mutuelle, dirigée par un instituteur laïque, bien que la population eût préféré simplement ajouter une classe de plus à l'école des Frères, qui pratiquaient l'enseignement simultané.

Depuis trois ou quatre ans déjà, quelques-uns d'entre eux poursuivaient le collège de leurs attaques publiques ou secrètes, par la presse ou par la calomnie. Ils ne visaient à rien moins qu'a renver-

ser cet établissement, qu'ils regardaient comme un foyer de fanatisme religieux, et sans doute politique. Au moment même où leurs espérances paraissaient à la veille de se réaliser, ceux qu'ils considéraient, bien à tort d'ailleurs, comme leurs adversaires, venaient solliciter leur concours et leur appui.

Les avantages procurés par le collège à la région et à la ville elle-même, étaient évidents ; tous avaient intérêt à le conserver : facilité pour un grand nombre de citoyens de donner à leurs enfants une éducation libérale, accroissement du nombre des consommateurs, mouvement de voyageurs provoqué et entretenu par le collège, étaient autant de raisons capables de frapper les esprits les moins clairvoyants.

Foulant aux pieds ces considérations bien propres cependant à toucher des esprits soucieux du bien public ; n'écoutant que la voix de leur passion antireligieuse et de leur haine politique, certains conseillers s'opposèrent de toutes leurs forces aux propositions présentées par MM. Duret et Tourvieille.

« Les débats durèrent deux séances, nous apprend un rapport adressé â Mgr de Mende ; elles furent aussi orageuses que celles de la Chambre ; enfin, le 25 Juillet, on en vint aux voix; le côté droit de l'assemblée l'emporta de deux voix sur la faction protestante et antireligieuse ».

Le conseil accordait, par son vote, la jouissance des locaux des Cordeliers à des conditions que nous ferons connaître plus tard.

Le personnel et le local assurés, il fallait obtenir de l'autorité épiscopale le titre de petit séminaire pour Ste-Barbe et Tautorisation de se former en société, car cette dernière idée avait pris corps et on voulait la réaliser.

On était à peu près assuré d'obtenir cette autorisation. La vie de travail, de prière, de dévouement et de retraite, que menaient, depuis près de vingt ans, les futurs associés ; l'union vraiment fraternelle qui avait toujours régné entre eux ; la fidélité avec laquelle ils av^aient pratiqué la règle que leur avait donnée M. Picansel en 1802, plaidaient en faveur de leur demande. Elle était d'adleurs hautement appuvée par la chaleureuse recommandation de leur supérieur immédiat, M. Picansel, vicaire général, qui les avait vus à l'œuvre pendant vingt ans et qui était à même, par conséquent, de les juger. Avoir Tassentiment du vicaire général, était avoir cause gagnée, car Mgr de la Brunière, comme ses prédécesseurs sur le siège de Mende, avait en lui la plus entière confiance et lui laissait pleine liberté pour l'administration du Haut- Vivarais.

Le 15 Septembre 1822, à la tîn des exercices de la Retraite ecclésiastique, qui eut lieu au collège, sous la présidence de M. Picansel, les maîtres du collège adressèrent à Mgr de la Brunière, une supplique pour obtenir l'autorisation de se former en société.

Sa Grandeur leur fit adresser quelques jours plus tard l'autorisation que voici :

« Mgr de la Brunière, évèque de Mende, admi-

nistrateur de Viviers, accueille le projet de Congrégation, tel qu'il est exposé dans la demande, et promet aux membres qui le lui ont présenté, toute sa protection, «pour qu'ils puissent le faire réussir. En conséquence »: .

« 1° Il les investit de la direction de son Petit Séminaire dans le département de l'Ardèche et des succursales dépendant de cet établissement ».'

« 2" Il les autorise k choisir dans son diocèse les sujets qu'ils jugeront propres k l'enseignement ou à la prédication, lesquels (s'ils ne sont pas prêtres) feront leurs études de théologie et autres dans la Congrégation, sans être obligés d'aller au Séminaire : bien entendu, que ceux qui sortiront de leur plein gré, ou qui seront priés de se retirer, seront soumis pour les études qu'ils auront faites ou pour celles qu'ils devront faire, k la volonté de l'Ordinaire ; bien entendu encore, qu'aucun postulant ne sera admis au noviciat, sans la permission expresse de l'Evéque ».

« Cette permission pourra être sollicitée ou par les sujets eux-mêmes, ou par le Supérieur de la Congrégation, lequel correspondra directement avec l'Evéque, pour tout ce qui aura rapport au spirituel et aux legs faits à ladite Congrégation » . « Signé: Aude, Vicaire Général ».

L'association se constitua définitivement le 21 Novembre 1822. Cejour-lk, les dix membres qui la composaient, émirent, entre les mains de M. Picansel, la promesse qui les liait temporairement à leur œuvre et les uns aux autres. C'étaient : MM. Lapierre, Duret, Vallon, Payan, J.B. Pollj,

Tourvieille, Tracol, Martinesche, FayoUe et Pages. Nous n'avons pas à dire pourquoi et comment deux d'entre eux, MM. Martinesche et Vallon, quittèrent la société après quelques années seulement, ni k retracer les diverses transformations qu'elle a subies et les vicissitudes qu'elle a traversées ; nous n'avons à nous occuper ici que de l'Institution d'Annona3% et ce n'est qu'incidemment que nous avons dû parler de la société, qui fut formée dans le seul but d'assurer l'existence de ce collège.

La demande pour le titre de Petit Séminaire devait rencontrer plus de difficultés. Les institutions de Bourg-St-Andéol, d'Aubenas et de Maison- Seule disputèrent à Annonaj le privilège du titre de Petit Séminaire. Chaque supérieur faisait valoir les droits qu'il croj^ait avoir à l'obtenir, pour la maison qu'il dirigeait, et les avantages qu'elle pouvait offrir pour l'éducation des aspirants à l'état ecclésiastique. Chacun d'eux faisait agir auprès de Mgr de la Brunière, administrateur provisoire du diocèse de Viviers, les influences dont il pouvait disposer.

L'Institution d'Annonav avait contre elle sa position à l'extrémité du diocèse, peu commode, par conséquent, pour le centre et le midi de l'Ardèche, mais elle avait en sa faveur les services rendus depuis vingt ans, la force de ses études, l'excellence de ses maîtres, l'esprit de piété qu'on j remarquait, enfin la protection de M. Picansel.

Les établissements de Bourg-St-Andéol et d'Aubenas furent bientôt écartés de la compétition, dès

lors circonscrite entre Maison-Seule et Annonay.

Maison-Seule était, depuis trois ans, la propriété d'un ancien élève et professeur d'Annonaj, M. l'abbé Fustier. Il avait d'abord fondé une maison d'éducation à Vernoux ; en 1819, il l'avait transférée dans le château de Maison-Seule, commune de St-Basile. Il avait été dirigé et soutenu, dans ces fondations, par M. l'abbé de Besses. vicaire général, qui patronnait chaudement, auprès de l'administration épiscopale, cette institution, en partie son œuvre.

M. l'abbé de Besses était un esprit droit et juste. L'affection en quelque sorte paternelle qu'il avait pour sa fondation ne l'empêchait pas cependant de reconnaître les mérites d'autrui. Aussi, tout en défendant auprès de M. Duret, la cause de Maison- Seule, il avouait au supérieur de Ste-Barbe que, s'il était question de droits acquis par les services rendus, de facilités d'éducation générale dans une ville, de ressources, à attendre de la charité, Annonay, avec ses vingt-deux ans de services gratuits, avec les trois ou quatre cents prêtres qui en étaient sortis, avec les aumônes abondantes qu'on pouvait espérer des âmes généreuses, devait nécessairement l'emporter sur la nouvelle fondation de Maison-Seule.

M. Duret répondait aux arguments de M; de Besses : « Sans doute, l'Institution de Maison- Seule est plus centrale, et elle offre les avantages de la solitude ; mais elle a contre elle les inconvénients de l'isolement, de la difficulté des communications et de l'absence de ressources pour les choses

utiles et même nécessaires à la vie. D'ailleurs il ne faut pas exagérer les avantages de cette solitude. Est-elle bien nécessaire à des enfants destinés à devenir prêtres et non pas Chartreux ? L'éducation dans une serre très chaude, est-elle une bonne préparation pour la vie au grand air qu'ils doivent mener plus tard, dans le ministère paroissial ? Un climat tempéré qui ménagerait la transition entre l'air du monde qu'ils quittent et celui du Grand Séminaire ou ils veulent entrer, ne convient-il pas mieux au développement normal et régulier de leur vocation ? »

« D'ailleurs l'atmosphère de piété, indispensable à l'éducation cléricale, ne peut-elle pas se rencontrer dans une ville aussi bien qu'au désert ? Le mélange des aspirants au sacerdoce et des enfants destinés à rester dans le monde, doit-il être fatal, comme certains semblent le croire, à ces vocations sacerdotales, alors surtout qu'il n'a lieu que dans les classes et sous les veux du professeur ^ L'exemple du passé répond pour l'avenir ; l'expérience est faite et concluante. Si l'on n'a que des raisons pareilles k opposera la maison d'Annonay, la cause est entendue et la question résolue en faveur de Ste-Rarbe ».

M. de Besses cependant insistait pour la création de Maison-Seule, plus centrale, plus facilement accessible aux enfants des Boutiêres et du plateau des Cévennes. D'autre part, il comprenait tout ce qu'il y aurait d'injuste et d'odieux, à refuser à Ste-Barbe le titre de Petit Séminaire, et k priver des avantages de cette situation otiîcielle, les mai-

très qui, pendant vingt ans, avaient fait de si grands sacrifices pour favoriser les études des aspirants ecclésiastiques. Il proposa donc à M. Duret un moyen terme : le Petit Séminaire serait divisé en deux sections, établies, l'une à Maison-Seule et l'autre à Ste-Barbe.

Ce projet transactionnel, accepté par MM. Duret et Tourvieille, fut agréé par l'autorité épiscopale ; mais, Mgr de la Brunière y mit une condition. Les Messieurs d'Annonay, formés en société, achèteraient Maison-Seule, et les deux institutions seraient ainsi sous la même direction. C'était là une charge de plus pour la nouvelle société ; on dut l'accepter, si on voulait avoir le Petit Séminaire à Ste-Barbe et obtenir pour cette maison quelques ressources du diocèse.

Le 28 Décembre 1822, Monseigneur publiait l'ordonnance qui érigeait solennellement le Petit Séminaire du diocèse.

« Claude -Jean-Joseph Brulley de la Brunière, par la miséricorde divine et la gi'âce du St-Siège apostolique, évêque de Mende et administrateur du diocèse de Viviers, vu les ordonnances royales des , 5 Septembre 1814 et 17 Février 1816, concernant les Petits Séminaires »;

« Vu la Bulle de N. S. Père le Pape Patemœ caritatis, donnée à Rome à la veille des nones d'Octobre 1822, portant circonscription définitive des diocèses de France » ;

« Vu l'ordonnance royale du 21 Octobre 1822, qui prescrit la pubhcation de la dite Bulle » ;

« Considérant que le siège de Viviers se trouve,

en vertu des dites Bulle et ordonnance, canoniquement et légalement érigé, nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit »:

« Les écoles de Ste-Barlje d'Annonaj et de Maison-Seule, réunies, sont érigées en titre de Petit Séminaire du diocèse de A'iviers ».

< Donné à Mende, sous notr-e seing, le sceau de nos armes et le contre-seing de notre secrétaire, le ^8 Décembre 1822».

CI. J.-J. évéque de Mende, Place du Sceau administrateur de Viviers ».

« Pour Mgr, Rabeyrolle, Ch. hon. Sec. »

L'autorité diocésaine attribua à Ste-Baibe quelques bourses ou demi-bourses et une subvention annuelle de 1200 francs.

Maison-Seule reçut la plupart des bourses et demi-bourses créées par le diocèse et par le Conseil . gênerai du département. Cette maison fut diri-ée jusqu'à sa fermeture, en 1828, par M. l'abbé Fayo le, qui enseignait déjà depuis plus de dix ans au collège d'Annonaj. St Basile, patron de la paroisse ou est situé le château de Maison-Seule donna son nom â la société des prêtres enseignants de 1 Ardeche.

Nous ne nous étendrons pas sur les motifs qui qui déterminèrent, en 1825, Mgr Molin, évéque de Viviers, a transférer le ])etit séminaire à Bourc^bt-Andeol. L'exposé de cette atiaire n'entre pas. dans le cadre de notre sujet.

Nous nous bornerons^a dire que ce transfert,

décidé en 1825, ne fut effectivement opéré qu'en Octobre 1826. Le nouvel évêque de Viviers, Mgr Bonnel, avait dû attendre du ministère, l'ordonnance de son prédécesseur contresignée par l'autorité royale.

Obligé d'exécuter l'ordonnance royale qui approuvait le traité passé entre la ville de Bourg-St- Andéol et son prédécesseur agissant au nom du diocèse, il chercha du moins â atténuer le coup porté à la maison d'Annonay. Ancien vicaire général de Mende, il avait pu apprécier les services rendus par l'Institution et connaissait la valeur des hommes qui la dirigeaient. Il entama donc avec le gouvernement des négociations pour l'établissement, dans son diocèse, d'un second Petit Séminaire. Toutes ses démarches furent inutiles ; il ne put l'obtenir.

L'Institution d'Annonay était donc abandonnée à ses seules ressources . Ses directeurs, MM. Duret et Tourvieille, ne se découragèrent pas. Ils étaient hommes d'intelligence et d'énergie, aussi bien que prêtres zélés et pleins de foi. Même au point de vue humain, la situation, quoique mauvaise, n'était point désespérée. Le nombre des internes tombé à trente-cinq en 1822-23, s'était un peu relevé et atteignait le chiffre de cinquante ; les élèves de l'Externat et de l'école française étaient aussi plus nombreux. La somme des recettes était donc en progression. D'autre part, les maîtres, membres de l'association, ne recevaient plus que deux cents francs de traitement annuel, au lieu de cinq cents; on pouvait faire iwî^&Ê^Hûmie sur la

location de Ste-Claire, en transférant l'école française aux Cordeliers, ou la diminution du nombre d'internes avait laissé un peu de place ; enfin la ville allait faire à son immeuble d'importantes réparations, qui l'adapteraient mieux à sa destination.

Dans ces conditions, l'Institution pouvait encore essayer de vivre. Restait Ste-Barbe, avec son déficit annuel ; pour le combler, on se confia, un peu plus encore que par le passé, à la divine Providence et à son instrument habituel, la charité des bonnes âmes d'Annonaj.

Avant d'étudier, dans son développement, l'Institution aux prises avec ces diflncultés, nous essaierons de faire connaître les hommes qui la dirigèrent, ainsi que leurs collaborateurs. Notre travail serait incomplet, si nous ne retracions pas fidèlement la physionomie de ces hommes dévoués, qui s'identifièrent en quelque sorte avec leur (jeuvre.La plupart ont passé toute leur vie d'hommes au collège d'Annonay et ont consacré des talents souvent fort remarquables â cet humble ministère, qui ne fut pas toujours sans succès, ni sans utilité pour l'Eglise et pour la société.

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