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vou§ suivez. Il en est effrayé et sod âme eo est brisée de douleur. Arrêtez-vous, infortuné; hâtezvous de revenir sur vos pas. En homme de cœur et de foi, foulez aux pieds tout respect humain, et étouffez les cris perfides de 1 amour-propre ».
« P^appelez k votre souvenir tout ce qui vous a été cher sur la terre ; votre bon père, votre pieuse mère, celui qui vous a aimé comme un fils, votre oncle si vénérable^ le saint- évêque de Viviers, Mgr 'Bonnel, dont vous avez eu la confiance. N'oubliez pas l'ancien supérieur de Ste-Barbe, tous vos anciens maîtres, dont plusieurs, j'ose l'espérer, ont reçu- la récompense de leurs éminentes vertus. Toutes ces saintes images que vous devez vénérer se dressent devant vous et vous supplient par ma bouche d'honorer leur mémoire, de brûler l'étendard que vous avez levé, et de vous replacer sous ^ celui du divin Maître, factus ohecUens tisque ad ' mortem, mortem autem crucis ».
« Je ne veux pas, je vous l'ai dit, cher confrère, ni raisonner avec vous, ni discuter. Ce serait temps et peine perdus, de part et d'autre. Veuillez déférer aux vives instances de ma vieille amitié. Je prends sur moi, et devant Dieu et devant les hommes, la responsabilité du conseil que je vous donne ». ^
« Serrons-nous auprès des premiers pasteurs qui nous guident : c'est là notre place d'honnexir et de salut. Aurions-nous perdu jusqu'à l'instinct de notre propre conservation, et les yeux tle notre foi seraient-ils assez fermés, pour ne pas connaître les dangers de tout genre qui nous me-
nacent, dans les attaques iacessantes et si audacieuses dirigées contre notre premier chef et tous les princes de l'Eglise, et contre les dogmes sacrés que nous sommes, par vocation spéciale, appelés à défendre jusqu'à l'effusion de notre sang? »
« Marchons, cher confrère, sur les traces de nos pères ; imitons les saints prêtres qui nous ont précédés. Comme eux : facti sumus spectaculum mundo, et angelis et hominibîis ».
« Ecrivez-moi sans délai que vous entrez pleinement dans mes vues et dites-moi en quoi vous pensez que je puisse vous être utile ».
Il portait l'obéissance jusqu'à suivre aveuglément les désirs de son évêque, ainsi qu'en témoigne la lettre adressée à M. Louis Veuillot, le 21 Février 1851 :
« Monsieur le Rédacteur, ♦ « Je viens de lire dans votre journal la circulaire de Mgr de Viviers qui ne m'a pas été encore envoyée. Vous comprendrez que les simples conseils de mon Evêque doivent être des ordres pour moi. Comme lui, je souhaite de tout mon cœur la cessation de toutes ces discussions entre catholiques, prêtres et simples fidèles : le mal qui en résulte ne saurait être compensé par le bien qu'on peut en espérer ».
« J'ai traversé toutes les révolutions ; je sais ce qu'elles valent et ce que FEglise a souffert. Il lui est permis aujourd'hui en France de respirer ; et il est bien temps que ceux qui se disent ses vrais défenseurs, lui permettent de faire son œuvre eu profitant de la liberté qui lui est accordée » .
« J'ose espérer, Monsieur, de votre dévouement à la Religion, que, laissant de côté toutes ces questions brûlantes, sur lesquelles les hommes de foi et les meilleurs esprits peuvent différer d'opinion, vous mériterez que Mgr de Viviers vous rende son honorable confiance. Dès lors, vous aurez, à l'avenir comme par le passé, pleinement la mienne et celle de quelques confrères qui ont des égards pour mes avis » .
Une autre vertu qui fut bien chère à M. Tourvieille, et qui n'était pas toujours bien goûtée de ses jeunes collaborateurs, c'était la modestie. Il indique dans une lettre, adressée en 1842 à Mgr Donnet, archevêque de Bordeaux, la théorie qu'il pratiquait sur ce point :
« Cette année, 1842-43, nous aurons ici autant d'élèves en philosophie qu'il restait de pensionnaires (35) en 1822, quand j'ai pris la direction de la maison. Au rebours de ce qui se pratique dans presque toutes les maisons d'éducation, dont le sj^stème est celui des parents du divin Maître : manifesta teipsiim, notre maxime est de remplir nos devoirs en faisant le moins de bruit possible. Les succès de nos élèves aux examens de rigueur nous font connaître et tiennent l'étabhssement au complet ».
« Les dernières épreuves du baccalauréat nous donnent cette année, accroissement, tandis qu'elles ont mis presque en péril tant d'autres établissements aux enviions de Ljon, dans Lyon même, et ailleurs, qui ont cru bien faire dans l'opinion pubhque, en faisant de l'éclat » .
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En 1851, M. le Recteur de 1" Académie de Nîmes lui avait demandé les noms de quelques-uns de ses professeurs, dignes par leurs services des palmes académiques. M. Tourvieille lui signala MM. Déglesue, Soulerio, Fr. Pollj et Raynaud, dans une lettre qui exprime les mêmes sentiments :
« 25 Janvier 1851 .
« Monsieur le Recteur,
« Je suis bien reconnaissant de votre Ijienveillante attention pour mes confrères et M. Raynaud ».
« Hommes de retraite par goût et par état, nous avons tâché de faire sans bruit le peu de bien qui était en notre pouvoir. Nous n'avons jamais été solliciteui's auprès d'tme autorité quelconque. Mais comme il n'y a, quelquefois, pas moins d'amour-propre à refuser qu'à solliciter, nous avons eu pour principe de ne rien demander, et aussi de ne pas repousser les distinctions qui nous seraient offertes, quand elles seraient compatibles avec notre genre de vie ; voilà, Monsieur, notre règle de conduite » .
« Puisque vous voulez bien appeler sur mes cliQrs collaborateurs l'attention de M. le M*inistre, j'ai l'honneur de vous transmettre les noms de quatre d'entre eux, encore en activité. M. le Ministre jugera s'ils sont dignes, par leurs antécédents et par leurs services, de figurer au nombre des officiers d'Académie ou de l'Instruction publique ».
Ecrivant à Mgr Donnet quelque temps après, il lui parlait de cette proposition faite par l'initiative de M. le Recteur, et disait combien elle lui avait été
agréable, puis il ajoutait : « Votre Eminence sait que je u'ai pas couru a|>rès les Jistinctious de ce bas monde. A mon insu, le bon M. Tavernier avait sollicité poui' moi la croix de la Légion d'Honneur ; M. le recteur Nicot devait me porter sur sa liste de promotion, lorsqu'est venue la chute du dernier gouvernement. Avant comme après, je n'ai jamais rien demandé pour moi ».
Ses services dans l'enseignement avaient parlé pour lui. En 1819, il avait reçu une médaille d'argent pour son école française de Ste-Claire ; la Restauration l'avait nommé officier d'Académie en 1825, et le gouvernement de Juillet, officier de l'Instruction publique. Cette dernière distin(;tion fut une agréable surprise pour lui, pour ses collaborateurs et pour ses élèves. L'Inspecteur d'Académie, après avoir, comme à l'ordinaire, passé quelques jours dans la maison pour visiter les classes, fut complimenté par les élèves. Il leur répondit fort aimablement, qu'il était satisfait de leur travail, de leurs progrès et du bon esprit qui régnait dans la maison. Son rapport ne déparerait pas ceux de ses prédécesseurs ; il serait élogieux pour eux, pour leurs maîtres et pour leur digne Principal. Il était heureux de dire, qu'au ministère an savait apprécier la valeur, les mérites et les services de M. Tourvieille, et ce lui était une véritable joie d'apporter à cet excellent supérieur, en preuve de son affirmation, le titre d'officier de l'Université.
On devine aisément de quelles salves d'applaudissements (^ette nouvelle fut accueillie.
Les membres de l'enseignement public ne pouvaient, sous le gouvernement de Juillet, être promus dans la Légion d'Honneur, s'ils n'avaient préalablement obtenu les décorations propres à l'Université; officier d'Académie et officier de l'Université ou de l'Instruction publique.
Dès que cette dernière eut été accordée à M. Tourvieille, M. le Recteur le proposa pour la Légion d'Honneur, mais les circonstances politiques retardèrent sa nomination. Il ne devait plus guère l'attendre après 1850, car, les liens qui rattachaient sa maison à l'Université, avaient été rompus par la pi'omulgation de la loi Falloux. Il était chef d'un établissement hbre et n'avait plus de raison pour espérer des récompenses gouvernementales. Au ministère de l'Instruction publique, on passa par dessus ces considérations, on ne vit que les services rendus à la société, et l'empereur Napoléon III le nomma chevaher de la Légion d'Honneur, le 16 Août 1854. M. Tourvieille accomplissait alors sa cinquante-deuxième année d'enseignement ; ses états de service justifiaient, croyons-nous, la réflexion que M. Tracol consignait à ce propos dans son journal. « Certes, plusieurs de ceux qui obtiennent cette distinction n'ont pas rendu autant de services que lui ».
Si les autorités civiles avaient récompensé ses services dans l'enseignement, les autorités ecclésiastiques avaient, elles aussi, depuis longtemps reconnu ses mérites et plusieurs évêques l'avaient nommé membre honoraire du chapitre de leur cathédrale.
Quoiqu'il fît pour se maintenir dans son humble sphère et se soustraire aux regards, M. Tourvieille jouissait, en dehors du collège, d'une influence très étendue. Cette action s'exerça non seulement sur d'anciens élèves qui lui avaient donné toute leur confiance, mais aussi sur d'autres personnages, évêques, fonctionnaires, qui avaient été en relations avec lui, qui avaient apprécié la sûreté de son jugement et sa profonde connaissance des hommes et des affaires. Nous ne pouvons mieux montrer cette influence, qu'en citant quelques-unes de ses réponses k des consultations.
JNous avons parlé plus haut des conseils que lui demanda Mgr Guibert relativement à l'administration des petits séminaires et l'on a pu remarquer la franchise avec laquelle il les donnait. Le même prélat le consulta, en 184o, sur le choix du curé d'Annona.}'. Voici la réponse de M. Tour vieille : « Monseigneur,
« Selon vos vœux, je me suis occupé de la monographie de M. Dégasche. J'ai réuni MM. les vicaires pour prendre leur avis, et la notice partira ce soir. Je l'adresserai à VAmi de la Religion et à r Univers. La lettre de Votre Grandeur, admirable de foi et de sentiments, s'y trouvera mot-à-mot ».
« Vous voulez bien. Monseigneur, me prier d'aider Votre Grandeur dans le choix du successeur de celui que nous pleurons. Je voudrais de tout mon co'ur pouvoir i-épondre k ce témoignage de confiance. Mais, renfermé dans ma solitude et absorbé par mes propres devoirs, je n'entretiens des relations suivies avec aucun prêtre du diocèse.
Tout ce qneje^uis dire, c'est qu'il faudrait à Annouay uq curé qui ne fût pas étranger à ses mœurs de famille. La ville est singulièrement attachée à ses propres enfants, et depuis peut-être un siècle, son pasteur a toujours été pris dans son sein ' ».
« Il faudrait qu'aux vertus sacerdotales, foi vive, prudence, zèle et charité, le curé put réunir des talents assez distingués, de l'éducation et de la fortune, une bonne santé, l'amour du travail et beaucoup d'activité ».
« Dans nos contrées, MM. Béchetoille et de Lavalette ont beaucoup de ces qualités. Quels sont les prêtres du diocèse qui en réunissent un plus grand nombre ? Je l'ignore absolument ».
« Depuis quatre ans, Monseigneur, vous êtes en rapport immédiat avec votre clergé ; vous l'avez vu, entendu et jugé par vous-même ; vous connaissez le fort et le faible de chaque sujet. Avec vos grâces d'état et le zèle plein de sagesse qui anime Votre Grandeur, je ne doute pas que votre choix ne tombe sur un prêti'e qui marchera sur les traces de ses prédécesseurs de sainte mémoire, et digne, autant que faire se pourra, d'occuper le poste le plus important du diocèse ».
En 1835 et 1836, il reçut deux lettres, trop honorables pour les deux correspondants, pour que nous ne les publiions pas.
« Villefranche, 27 janvier 1835».
« Monsieur et respectable Père,
« Je recois a l'instant une lettre qui vous surprendra autant qu'elle m'a surpris moi-même. Je vais vous la transcrire en vous conjurant avec lar-
mes, de me dire votre pensée tout- entière. C'est dans de telles circonstances, qu'on est heureux de trouver de véritables amis. Je n'ai personne ici à qui je puisse m'ouvrir sur un point si délicat. Que n'êtes-vous plus rapproché ? J'aurais volé auprès de vous. Je viens au fait».
«Les voies de Dieu, m'écrit Mgr de Nancy, actuellement â Paris, sont vraiment impénétrables et toujours adoraljles, mon très cher* abl)é. Le gouvernement, me voyant toujours au moment de rentrer*, malgré lui, dans mon diocèse, a été conduit à me faire la proposition d'un coadjuteur ou d'un évêque suffragant ; il veut ainsi calmer les inquiétudes de ma conscience sur la prolongation de cette séparation violente d'avec mon troupeau et cependant ménager quelques amours propres irrités, quelques autorités locales malveillantes pour moi, en prévenant des collisions et des troubles auxquels il affecte d'ajouter foi et dont il exagère le danger. »
« Quoiqu'il en soit de la sincérité de ses paroles, comme le gouvernement me laisse, ainsi que je l'ai exigé, le choix du sujet ; comme il m'a de plus formellement déclaré qu'il me proposait cette mesure conciliatrice, afin de faciliter et de hâter mon retour au milieu de mon troupeau; comme enfin je viens d'acquérir la certitude officielle que votre nom, l'un de ceux que j'ai désignés, serait agréé et que le ministre avec lequel je m'en suis entretenu, trouva très convenables aussi les arrangements pécuniaires que je compte prendre avec mon coadjuteur ou évè(|ue administrateur, il ne s'agit plus
maintenant, mon bon ami, que de savoir si le poste vous convient, comme je n'ai nul doute que vous conveniez au poste que ma confiance et mon amitié vous destinent ».
« Puis, pour aller au devant de quelques objections qui peut-être se présenteraient à vous avec une certaine force, je vous dirai, etc. » .
« Réfléchissez sur tout cela devant le Seigneur, mon très cher abbé ; conférez-en, si vous le voulez et dans le plus grand secret, avec quelque ami intime ; puis, si vous suivez, comme je l'imagine et le désire vivement, cette indication naturelle de la Providence, qui me permet à moi d'ouvrir à votre zèle une si vaste carrière de travaux utiles et qui daigne cependant vous épargner k vous presque tous le^risques et la responsabilité de l'épiscopat, écrivez-moi sur-le-champ quelques mots m'annonçant l'acceptation de la proposition que je vous ai faite pour devenir mon évêque sufFragant ou coadjuteur. Je montrerai cette lettre au ministère, afin qu'il mette aussitôt l'affaire en train et que nous profitions du prochain consistoire ».
Nous n'avons pu, malheureusement, retrouver la réponse que fit M. Tourvieille à M. le curé de Villefranche, mais, cette même année, il allait passer quelques jours auprès du coadjuteur de Nancy, qui l'avait invité à prêcher la retraite pastorale à son clergé et qui voulait, sans nul doute, recevoir de sa bouche les conseils pratiques et profiter de l'expérience de son ancien professeur et ami. Pendant cette première année d'épiscopat, il consulta assez souvent M. Tourvieille, ainsi
qu'en font foi plusieurs lettres de cette époque.
Le 23 Décembre 1836 il lui écrivait :
« Dom Germain, près Toul ».
• « Monsieur et vénérable Père,
« C'est à Dom Germain que votre lettre est venue me chercher. Or, vous apprendrez avec bonheur que ces pauvres gens sont devenus doux et bons. Ils ont profité de l'épouvantable malheur qui les a frappés presque sous vos jeux. Ils m'ont su gré d'être venu pleurer avec eux dans le temps. Vous ne sauriez vous faire une idée de la manière dont ils m'ont reçu ce matin ».
« Amenons maintenant à notre grande affaire. Oui, je vous le confesse bien sincèrement, j'aurais voulu rester en ces lieux. Il y avait gloire humaine à recueillir, à s'attacher à un diocèse malheureux, et on se grandissait tout de bon, en refusant un poste dont on vante au loin tous les avantages. Je l'ai compris, mon cher Père, je vois tout ce que fera dire, contre votre pauvre serviteur et enfant, une élévation si subite, et dont personne ne pourra s'expliquer la cause, et puis quels termes de comparaison à établir entre les deux derniers archevêques de Bordeaux et celui qu'on dit appelé à recueillir leur succession » .
« Toutes ces réflexions, je les ai faites, et de plus tristes encore; aussi je vous dirai, sinon pour votre édification, mais néanmoins pour vous montrer mon âme à nu, que j'ai opposé les résistances qu'il était en mon pouvoir d'opposer ».
« C'est au milieu d'Octobre que l'archevêché de Bordeaux m'a été offert avec insistance par M.
Persil. Je suis^venu à l)out de faire retirer le 27 Octobre l'ordonnance royale qui allait être présentée à la signature du Roi ».
« J'ai fait agir dans le même sens Mgr l'Internonce, Mgr de Janson ; j'avais nais dans toutes mes confidences Mgr l'archevêque de Paris, M. Garnier, et le Père provincial des Jésuites ; je n'ai donc point agi à la légère ».
« Je sais €[u'en changeant de heu, on ne fait qu'échanger ses peines, parce qu'on en trouve partout. On convient, et c'est tout le monde, que Mgr de Janson ne peut pas reparaître à Nancy, que ce n'est plus un coadjuteur, mais un titulaire qu'il y faut et que les convenances s'opposent à ce que je sois jamais le successeur de Mgr de Janson de son vivant. Voilà bien des choses que je ne puis pas mettre dans les journaux ».
« Puisque vous me parlez de la coadjutorerie de
Lyon, je vous dirai ce que je n'ai dit qu'à vous
c'est qu'on voulait la faire retomber sur quelqu'un qui avait trop de raisons pour n'en pas vouloir, et qui ne peut se vanter de ce refus qu'à vous seul au monde ».
« D'après ces mille et une considérations, on a été d'avis que je ne devais point opposer une résistance plus opiniâtre et l'ordonnance royale qui me nomme à Bordeaux, a dû être signée les derniers jours de Novembre ».
« Adieu, mon vénérable Père, et faites prier pour moi. Mes compliments tendres et empressés à tous vos bons Messieurs et pour vous un redoublement de dévouement, si la chose était possible ».
M. TOURVll-LLE, Supérieur
Mgr Donnet consulta M. Tourvieille en 1849, sur une question de tout autre nature. L'Assemblée Constituante de 1848 comptait au nombre de ses membres, comme député de l'Ardèche, ^I. l'abbé Sibour, professeur k la Faculté de théologie d'Aix. L'abbé Sibour renonçait à se présenter aux élections pour la Législative et un comité d'électeurs influents avait otiert la candidature à Mgr Donnet. Ces électeurs estimaient fort utile la présence de quelques prêtres ou évèques dans la prochaine Assemblée.
On devait, en effet, y discuter les graves questions de la liberté d'enseignement, de l'inamovibilité des curés et d'autres questions mixtes de grande importance. Les affaires ecclésiastiques, disaient ces électeurs, ne pouvaient, sans préjudice pour l'Eglise, être traitées uniquement par des laïques généralement incompétents sur ces matières. Si TEpiscopat avait eu voix dans les délibérations des Chambres sous la monarchie de Juillet, il n'aurait pas moins servi l'Etat que la Religion, le trône que l'autel, le riche que le pauvre.
Mgr Donnet leur paraissait posséder à un degré éminent les vertus d'un évoque et les qualités d'un administrateur. Il connaissait les hommes, et il savait en tirer parti. Tout en respectant le pouvoir, il ne lui avait jamais ménagé la vérité ; enfin il se montrait toujours disposé à rendre service. ^ oilâ ce qu'on disait et écrivait à M. Tourvieille, avant même qu'il eût été consulté par Mgr Donnet.
Il lui répondit avec cette noble et simple tVançhise dont il était coutumier :
« 24 Avril 1849.
« Monseigneur,
« Depuis quarante ans, la divine Providence a bien changé nos rôles et je l'en bénis de tout mon cœur. Je commandais à cette époque éloignée et j'obéis aujourd'hui ; Votre Grandeur me rend l'obéissance très facile. Je trouve dans son obligeante lettre pour moi, la décision bien motivée de la question fort grave qu'elle me propose, et sur laquelle j'aurais gardé le silence sans ses ordres ».
« Dans les temps même ordinaires, l'absence prolongée d'un bon Pasteur est toujours nuisible à son troupeau. Vous êtes, Monseigneur, à la tète d'un vaste diocèse et au milieu de l'une des premières villes de France. Il serait toujours difficile de vous faire remplacer pendant trois ans ; je crois, comme vous, que cela serait impossible dans les circonstances présentes ».
« Nous sommes loin d'être sortis de la tempête. Qu'arrivera-t-il dans ce long intervalle de trois ans ? Dieu seul le sait. Si, pendant que vous serez à Paris, les partis en venaient aux mains à Bordeaux, vous seriez inconsolable de ne pas vous être trouvé sur les Heux pour porter des paroles de paix. Mgr Affi^e refusa de se rendre à l'invitation de l'évêque de Londres ; il fit bien. S'il se fût éloigné de son siège, son nom ne serait pas inscrit avec gloire au nombre des martyrs de la Charité ; le clergé aurait été privé d'un salutaire exemple de dévouement, et l'Eglise d'une immortelle illustration ».
« Sans que les frères s'arment â Bordeaux ou en
d'autres lieux de votre diocèse, au milieu de la tourmente révolutionnaire, de fréquentes secousses nécessiteront votre présence, toute l'activnté et la prudence de votre zèle pour prévenir des malheurs ».
« Mgr d'Avignon vient de refuser la candidature qui lui était offerte dans le département de l'Ain ».
« Je trouve, comme vous, Monseigneur, la position du clergé bien belle. Peut-il se mêler aux discussions politiques dans la grande Assemblée, sans risquer de la perdre ^ Je n'oserais l'aiîîrmer ».
« La Législative ne sera pas sans passions ; et sans trop hasarder, on peut prévoir que des questions très hautes y seront agitées. Je ne vois de bien possible a faire dans son sein par les membres du clergé, que dans les comités ».
« Autre est la chaire sacrée où le prêtre parle avec la mission divine et sans être contredit ; autre est la tribune oii il ne peut se présenter qu'avec mission liumaine, et dépouillé en partie du caractère qui fait sa force et lui donne autorité devant ses auditeurs. Là, pour ne pas irriter au lieu de calmer, pour ne pas nuire à la Religion au lieu de la servir; pour plaire, toucher et persuader, quelle éloquence peut suffire ^ Je ne saurais m'en faire une idée sans l'intervention de la toute puissance de Dieu ».
« Je souhaite que tous les membres de la Législative soient remplis de l'esprit de foi, mais je n'ose l'espérer. Avant, pendant et plusieurs siècles après le règne de Charlemagne, le haut clergé était bien placé dans les assemblées délibérantes. C'est lui qui
a civilisé l'Europe, on on convient. Mais alors il était appelé dans ces assemblées par le vceu général. Il n'était pas redouté ; on croyait, au contraire, ne pouvoir se passer de lui et on raisonnait juste ».
« Le besoin de la présence de son action n'est pas moins grand, moins urgent de nos jours ; mais ce besoin est-il compris? Sauf quelques rares exceptions, les hommes même modérés, honnêtes, de toutes les nuances d'opinion, parlent beaucoup de religion ; ils s'adressent au clergé, non pour le porter vers l'Assemblée, mais bien afin qu'il use de son influence pour y faire entrer. Quoiqu'il soit évident que l'élément religieux catholique puisse 'seul reconstruire la société, les candidats par milliers et autres hommes d'affaires, se croient assez prudents, assez sages, assez forts pour faire l'œuvre sans nous ».
« Tel est l'état des esprits et tel sera probablement celui des hommes que les élus du clergé trouveront dans la Législative et sur lesquels ils pourront le mieux compter ».
« Ensuite, pendant trois ans, conserverons-nous la forme républicaine ? N 'essaiera- t-on pas de la monarchie ancienne, nouvelle, ou de l'Empire? Restant en République, cette forme sera-t-elle pure, blanche, verte, rouge, démocratique, socialiste, communiste? Qui peut le dire? Toujours est-il fort probable, que des questions irritantes qui diviseront l'Assemblée, surgiront dans la durée de la Législative. Au milieu de ces terri])ies conflits, que feront les membres du clergé ? Ils ne peuvent dé-
serter leur drapeau, et en lui restant fidèles, ils se déclarent hostiles aux autres. Ils semblent ainsi méconnaître la dignité de leur auguste caractère, pour descendre dans l'arène des partis politiques! Dès lors, ils ne sont plus aux jeux du peuple des hommes de Dieu, ils perdent sa confiance et cessent de pouvoir lui être utiles ».
« Vous avez daigné. Monseigneur, me parler avec abandon. Vous voyez que ma réponse est sans réserve ; et je conclus, comme vous, que votis ferez bien de rester au poste d'honneur ou l'Eglise vous a placé, en continuant â prodiguer, sans diversion, à votre immense troupeau, tout le bien que réclament ses besoins spirituels et temporels et les devoirs d'un saint Evéque ».
« Si telle est. Monseigneur, la détermination prise dans votre sagesse, vous aurez pris celle d'écrire sans délai pour renoncer â votre candidature et remercier les électeurs du clergé et autres disposés à vous donner leurs suffrao^es ».
En 1842, a l'époque ou la lutte menée par les catholiques contre le monopole universitaire, en faveur de la liberté d'enseignement, inscrite dans la Charte, était la plus ardente, M. ïourvieille mdiquait^ à Mgr Donnet, avec sa compétence particulière d'homme d'enseignement, la nécessité pour le clergé de fonder une école normale destinée à la formation des professeurs.
« 9 Mai 1842, — Sous le rapport de l'enseignement, les choses deviennent toujours plus sérieuses. Dieu seul connaît le dénouement de la lutte engagée. Tout réveille les susceptibilités. Le corn-
pliment de Mgr de Paris ne renferme rien d'hostile, rien d'exagéré. Cependant que se passe-t-il? Nous devons, dans tous les cas, nous attendre à ce que ordonnance ou loi future mettra de nouvelles conditions pour constater la capacité des professeurs » .
« Donc, nouveaux embarras et plus grands qu'on ne pense. Est-ce chose facile que d'arriver aux grades de bachelier ès-lettres ou ès-sciences et à la licence? Non, Monseigneur. Jusqu'ici, le clergé n'y a pas pensé et ne s'est pas mis en mesure. Peu , de prêtres, même jeunes, peuvent, avec deux ans de fortes études, et des talents déjà cultivés, se rendre capables. Parmi eux, où est le dévouement pour vaincre la répugnance ? »
« N'y aurait-il pas quelque moyen de préparer l'avenir? 11 me semble. Monseigneur, et je crois avoir eu déjà l'honneur de vous l'écrire, que chaque Evêque, dans son diocèse, devrait avoir une Institution en plein exercice, bien organisée ; les pères de famille auraient là une ressource. Pour y arriver, il faut des maîtres capables. Si je l'osais, je me permettrais de dire : accord au moins entre tous les évêques d'une province ; et que sans retard on ouvre une école normale, dirigée par les prêtres les plus recommandables en vertu et en science ».
« Que l'on choisisse également dans les grands et petits séminaires, ce qu'il y aura de mieux en piété et en talents. Que Ton s'attache surtout aux sujets qui ont un bon jugement et qui paraissent avoir du goût et de l'aptitude pour la carrière de l'enseignement ; en peu d'années, l'épiscopat ne sera plus au dépourvu » .
« Vous voyez, Monseigneur, que je vous ouvre ma pensée sans réserve et en toute liberté ».
« Je sais que, pour réaliser ces idées, il faudra réfléchir, prévoir les désertions, etc., mais enfin ces idées bien mûries amèneraient, ce semble, un bon résultat. Votre G-randeur voudra bien me dire ce qu'elle en pense ».
M. Tourvieille avait déjà mis en pratique, dans la mesure qui lui était possible, l'idée féconde qu'il proposait. MM. François Pollj, Clappe, Soulerin, Bourdillon, étaient allés tour à tour à Paris suivre les cours de la Sorbonne, se perfectionner dans les lettres et passer les examens de licence. D'autres prêtres les imitèrent, surtout après que ^Igr Affre eut fondé en 1845, l'école des Hautes Etudes, dans l'ancien couvent des Carmes . Cette création réalisait le plan que M. Tourvieille exposait dans ses grandes lignes à Mgr Donnet ; elle a produit les magnifiques résultats qu'entrevoyait le supérieur de l'Institution d'Annonay.
Ecrivant en toute franchise à Mgr l'Archevêque de Bordeaux, il n'en usait pas avec moins de liberté à l'égard de Mgr de Charbonnel, évêque de Toronto. A peine avait-il appris son arrivée dans son diocèse, qu'il lui donnait les conseils que lui suggéraient sa vieille expérience et la connaissance qu'il avait du caractère entreprenant de son ancien élève. Qu'on en juge par ces lignes :
« 12 Octobre 1850.
« Monseigneur, « Vous voilà installé dans votre vaste diocèse. De quelque côté que se portent les regards de
votre foi, un bien immense à faire se présente devant vous ».
« Avant d'en venir à nous, sera-t-il permis à un vieil ami, qui n'a jamais cessé de vous aimer, de vous ouvrir son cœur sans réserve ? Votre zèle, Monseigneur, est ardent, très ardent ; votre prudence épiscopale le retiendra dans de justes limites. Vous demanderez à Dieu, avec ferveur, je n'en doute pas, qu'il donne avec abondance à tous vos diocésains, le pain de l'âme et du corps ; sa toute puissance peut seule opérer ce grand miracle ».
« Dans votre sage administration, Votre Grandeur se boi'nera â l'entreprise des œuvres qui ne pourront jamais le compromettre. Qu'un évêque doive compter beaucoup sur la Providence, ce n'est pas une question ; qu'il ne doive jamais la tenter, ce n'en est pas une non plus >.
« Il s'est fait dans l'Algérie de bien tristes affaires, sans parler de tant d'autres qui ont eu et qui ont encore moins de retentissement. Un cœur généreux comme le vôtre. Monseigneur, ne restera pas en arrière ; mais il aura à se faire violence, pour ne pas aller trop loin ».
« Si j'use d'une trop grande liberté, l'excès trouvera son excuse dans le sentiment qui l'inspire ».
Nous avons reproduit quelques-unes des lettres qui montrent le mieux l'influence exercée par M. Tourvieille en dehors du collège. Nous pourrions remplir de longues pages de celles qu'il adressa à des prêtres ou à des laïques, à des fon^iiioiinaires
ou à des soldats, à des industriels ou à des commerçants, à des jeunes gens ou à des pères de famille, pour les conseiller dans leurs difficultés, les encourager dans leurs peines, les relever dans leurs afflictions, les guider dans la bonne voie, et parfois même les y ramener.
Il savait, en effet, courir à la recherche de la brebis égarée ; plus d'un ancien élève lui dut le retour à la pratique de la religion, négligée pendant les années d'une folle jeunesse. Afin de continuer, après le collège, son œuvre d'apostolat, son zèle provoquait en quelque sorte les lettres de ses chers étudiants d'Aix, de Montpellier, de Lyon ou de ; Paris. Il les entretenait avec le plus tendi-e intérêt de leur avenir, de leurs études, de leur vie intellectuelle et morale. C'était vraiment un père qui parlait à ses enfants.
Supérieur du collège, il ne confessait pas les élèves ; mais assez souvent il devenait le directeur de la conscience des jeunes Annonéens après leur entrée dans le monde. C'était lui qu'ils appelaient pour bénir leur mariage, lui qu'ils voulaient avoir pour consolateur sur leur lit de mort. Ce dernier ministère lui était l)ien cher ; il multipliait les visites à ses pénitents malades et leur prodiguait toutes les bontés et tendresses d'une âme vraiment sacerdotale.
Ces pages sur M. Tour vieille paraîtront peutêtre un peu longues à plusieurs, elles nous paraissent encore trop courtes. Il fut, en effet, la figure principale du collège d'Annonay pendant près de quarante ans. C'est lui qui, en 1822, a vivifié de sa
puissante énergie, cette œuvre renaissante ; c'est lui qui lui a donné une physionomie propre ; qui l'a animée de son esprit ; qui lui a imprimé plus profondément ce caractère de simplicité, de gravité, d'austérité même, dans Téducation, que Mgr d'Aviau avait si fort recommandé aux deux fondateurs.
Nous n'avons encore rien dit de M. Tourvieille, instituteur et éducateur ; nous renvoyons au récit des faits principaux de l'histoire du collège, l'exposé de ses idées et de ses œuvres en ce genre ; elles y seront amenées naturellement par le cours des petits événements qui constituent l'histoire du collège.
-De 1822 à 1859, il eut, pour l'aider, de nombreux collaborateurs. Nous les grouperons, autant que possible, par époques et par rang d'importance, dans l'œuvre accomplie.