‹ Le collége de mon filsChapitre 12 sur 34 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Pourquoi le temps, qui devrait justifier les jésuites, ne fait-il qu'irriter l'esprit de persécution contre eux , et augmenter le nombre de leurs ennemis.

Une chose, selon nous, aurait fait grand tort aux Jésuites, et grand honneur à leurs ennemis; c'eût été de voir cesser, ou seulement diminuer après eux, les maux qu'on attribuaità leurinfluence. Puisqu'ils semaient partout des germes de discorde et de zizanie, un accroissement d'harmonie et de tranquillité dans l'ordre social aurait fortifié cette opinion. Puisqu'ils soufflaient les tempêles, le calme qui serait survenu, aurait donné du poids à ce reproche. Yous dites qu'ils remplissaient le monde d'intrigues et d'agitations politiques? Eh bien ! en voyant l'esprit d'intrigue se retirer ou s'affaiblir, et la paix publique succéder aux inspirations de la discorde, tous les yeux se seraient ouverts et toutes les voix se seraient élevées pour vous donner raison'. Vous dites que leurs

4!) conseils ne tendaient qu'à la subversion des Etats et à la perte des princes? Dans ce cas, les rois et les gouverneniens auraient commencé à respirer plus à leur aise; et les peuples auraient été forcés de convenir que votre jugement là -dessus ne les avait pas trompés.

Mais telle n'a point été la marche des choses ; tels n'ont point été les résultats des calculs et l'accomplissement des prophéties. Les jésuites ont disparu ; et leur absence n'a pas du tout diminué la somme des inconvéniens attribués à leur présence. Ces agens de trouble et de discorde se sont éloignés ; et ni la tranquillité publique ni la concorde ne sont venues les remplacer. Ces terribles ennemis des rois ont été sacrifiés à vos filiales sollicitudes ; et les rois n'ont rien gagné à cette précaution. Ces hommes de morale suspecte, dont les doctrines étaient si relâchées, disait on, et si nuisibles au triomphe des vrais principes religieux; ceshommes ont été livrés au bras séculier de la philosophie; et cette triste exécution n'est devenue profitable ni à la religion, ni à la morale, ni à la sagesse des peuples. Il semblerait, au contraire, que tout ce qui se rattache à la

[icrsccution des jésuites ait voulu tourner on cicceplions, en conlie-sens , en laisoas inverses de tous les avaMlages qu'on s'en promettait.

Ce qui pourrait être arrivé de mieux dans cette fâcheuse opération, serait que Terreur n'eût pas été volontaire, et que nous en fussions seulement demeures victimes, à la manière de ces pauvres malades auxquels on administre quelquefois par méprise des poisons au lieu de médecines. Mais dans cette supposition même, qui est assurément la plus modérée, il en faudrait toujours venir à un aveu peu favorable aux opérations de la philosophie expérimentale : c'est qu'on a commis une grave erreur; c'est que, dans l'affaire des jésiiites, l'événement a répondu tout de travers à ceux qui lui demandaient plus de religion et de morale, plus d'esprit de paix et de modération, moins de passions ambitieuses et turbulentes, moins de tempêtes et d'orages politiques, enfin plus de protection contre l'intrigue et la discorde, plus de sûreté pour les jours des princes.

Si l'on voulait consentir à être juste , il y aurait là, sans doute, de quoi effacer bien des impressions fâcheuses à l'égard des je-

suites. Mais ce n'est point ainsi que l'on entend compter avec eux. Aucun des malheurs qui ont pesé sur notre pays, en leur absence ; aucun calcul reconnu faux: aucun des démentis donnés par les évcnemens de la révolution ne leur est passé en déduction des calomnies dont ils ont été chargés. Non seulement le nombre de leurs accusateurs ne diminue point, mais la gravité des accusations ne fait qu'aller en augmentant. Ceci mérite qu'on développe la cause d'une conduile si pleine de contre-sens, si opposée à la droite raison.

Pourquoi, en effet, voyons-nous aujourd'hui les jésuites avec plus d'irritation et d'emportement, avec de plus mauvais yeux que ceux dont on les vit, dans le dernier siècle, au milieu de l'effervescence philosophique, au milieu des haines, des jalousies et des passions contemporaines? Gomment se fait-il qu'on renchérisse si violemment sur les iniques jugemens, sur les odieuses imputations, sur les fureurs d'une époque qui leur fut déjà si sévère ? Quoi ! tous les mensonges d'alors ne vous suffisent pas! toutes les diffamations et les scandales d'alors ne vous satisfont point le cœur ! toutes les per-

fidiesd« la malveillance, toutes les rigueurs, tout l'esprit de parti d'alors vous paraissent trop doux! Il vous faut de nouvelles fables et de nouveaux recueils d'impostures! il vous faut de no'.ivelles pièces d'accusation, et pour des tortures nouvelles, des instrumens nouveaux ! Vous prétendez surcharger un tableau sur lequel toutes les noires couleurs du siècle dernier avaient été amassées! vous croyez voir les choses , de loin , avec de meilleurs yeux encore que ceux qui se trouvaient là bien ouverts, présens à la scène du sacrifice des jésuites, élincelans du feu de la persécution et de l'inimitié, cherchant à qui mieux mieux des verges et du vinaigre pour cette odieuse flagellation ! Mais la passion vous aveugle et vous trompe ; vous ne découvrez rien de nouveau que ce qui sort de vos propres désirs, de votre propre malignité, de votre besoin d'armes pour marcher contre l'Eglise.

Les riches produits de vos recherches ne prouvent qu'une seule chose : c'est que, de nos jours, l'entreprise formée contre la religion est plus active et plus générale, remue plus de passions et d'intérêts impies qu'elle n'en remuait à l'époque même de la

chute des jésuites. Voilà pourquoi on ressasse maintenant cette Iriste partie do nos annales^ comme pour en appeler à minimâ. On cherche à y faire entrer, après coup, ce qui a pu échapper aux artisans de mensonge et aux noires fabriques de l'iniquité contemporaine, ;Nous le répétons : cette manière de surpasser le siècle dernier en calomnies et en malveillance contre les jésuites , est comme une sorte de thermomètre sur lequel on peut mesurer les degrés d'irréligion des deux époques.

L'histoire et les mémoires du règne de Louis XV nous ont appris les douleurs et les regrets presque universels (jue les jésuites laissèrent après eux au milieu des honnêtes gens de la nation. C'est comme s'ils faisaient remarquer que la corruption des idées n'avait point encore atteint profondément le cœur des croyances et des doctrines religieuses. C'est l'indice du moins d'un ordre de choses dans lequel les ravages de l'impiété ne faisaient que commencer. Si, d'après cela , on veut évaluer les progrès qu'ils ont pu faire depuis cette époque, la génération actuelle est là pour servir de term'e de comparaison. A coup-sûr, jamais aucun siècle

n'a vu rien de plus prononcé que le mouvement révolutionnaire qui la précipite contre les jésuites; et malheureusement, il en faut conclure ce que nous venons d'avancer:

que le thermomètre de l'irréligion n'est jamais monté plus haut de nos jours.

Si donc on vous demande le sacrifice des jésuites avec promesse de ne point entamer le sacerdoce par ailleurs, gardez -vous de donner dans ce piège. Déjà ils ont été livrés une fois à leurs ennemis, et cette première concession conduisit un peu plus tard au corps entier du clergé, à ses dépouilles, à sa dispersion totale. Après quoi vous n'entendîtes plus parler ni des anciennes victimes du Parlement de Paris ni des griefs de cette époque. Et remarquez, en passant, une singularité qui n'est pas indifférente à retenir.

Les jésuites, depuis un siècle, n'ont joui en France que d'un seul intervalle de repos, et ce fut aux jours les plus brûlans de la canicule révolutionnaire. Tout le monde parut s'entendre alors pour oublier qu'ils avaient fondé une domination universelle, mis tout «n péril autour des rois et des peuples, et préparé d'horribles catastrophes à toutes

les civilisations qui avaient ru !e malheur (ie les voir approcher d'elles; ces folles accusations n'excitaient déjà plus que de la pitié. En un mot, on ne se rappelle pas qu'ils aient, à cette époque, fourni un seul argument ni contre l'ancien régime qu'on voulait démolir, ni contre ie clergé qu'on voulait appauvrir, ni contre la royauté qu'on voulait abolir.

C'estqu'apparemmentla révolution triomphante n'avait plus besoin de vains prétextes pour composer ses manifestes, et que les ressources de Ihypbcrisie ne lui étaient nullement nécessaires. Elle disait nettement et sans détour : «Je n/appelle Révolution; qui m'aime me suive. » Sa sœur puînée. Dieu merci, n'en est point encore là tout à fait: enveloppée dans ses déguisemens , elle se croit obligée de cacher son nom ; et en attendant qu'elle puisse le porter, elle s'appelle provisoirement la Paix, la Concorde, XAmie de la Charte et de la royauté constitutionnelle : car pour la royauté légitime, c'est un mot qu'on ne lui fera jamais prononcer. Toujours est-il que ladite sœur puînée déclare que les jésuites ne lui sont odieux qu'à cause du vif intérêt qu'elle prend au maintien de la tran-

quillitc publique, à la sûreté des Etats et à la conservation des princes.

Or, dépouillez maintenant £e langage de son hypocrisie, et d'honnêtes gens à courte vue , d'honnêtes gens candides comme il y en a tant, n'en seront nullement effrayés. Us iront même jusqu'à l'adopter et à s'en rendre les échos. Ils parleront la langue révolutionnaire sans conséquence, sans y entendre malice, comme l'on dit, et à la manière de cet oiseau étranger qui apprend à débiter tout ce qu'on veut dans les pays oii on le déporte. Alors vous comprendrez pourquoi la situation des jésuites ne peut aller que de mal en pire. Ils seront dans le domaine de la religion et de la royauté; mais à cause du faux signalement que des mains ennemies auront tracé pour les perdre, ils ne seront point reconnus. Us subiront ce passage de l'Ecriture : In propria venu et sui eum non reccperunt. Ainsi leurs frères en religion et en politique deviendront , sans le savoir, les ennemis qui leur nuiront le plus. A force de répéter niaisement les dictées du parti révolutionnaire et les lieux communs qu'ils auront ramassés de toutes parts sans examen , ils en viendront à se tourner contre

les plus utiles défenseurs de leur propre cause ; à peu près comme ces troupes que l'obscurité de la nuit empêche de se reconnaître pour amies, et qui se chargent entre elles à qui mieux mieux, sans songer seulement à s'expliquer.

Et croyez bien qu'ici ce ne sont pas des idées prophétiques que nous jetons au vent. Déjà ce que nous disons se trouve accompli, et le vertige s'est communiqué à tant d'esprits, que les meilleurs principes, les meilleurs scntimens que vous avez connus en morale et en politique , ne vous répondent plus de rien quand il s'agit des jésuites. On dirait qu'une sorte de fascination empêche tous les yeux de s'ouvrir sur ce dernier piège de la révolution. C'est une maladie mentale qui attaque tout, mais qui cependant commence par se jeter sur les vues faibles. Toutefois, il est juste d'observer, à la décharge de ceux qui en sont atteints, qui est difficile de ne pas succomber de guerre lasse, aux efforts d'un ennemi qui ne lâche prise ni après tous ces mille articles de journaux saturés de redites et d'ennui, ni après cent éditions des mêmes mensonges toujours repoussés par le bon sens et tou-

jours effrontément reproduits. Oui, tious le répétons, il ne doit pas être aisé, pour les esprits superficiels, de sortir sans blessures, des mains d'un parti qui a toujours porté sur sa bannière :

Non missura ente m nisi plena cmoris hinido.

Mais aussi quelle bonne espèce d'auditoire il a rencontrée? et quel fonds de candeur ne faut-il pas avoir, pour se laisser persuader que ce qui était faux il y a soixante-dix ans, est aujourd'hui incontestable ; que ce qui était douteux est devenu certain ; et qu'à force de réimprimer des calomnies, on les rend dignes de prendre ])lace parmi les faits historiques de noire époque, pour être transmises avec eux à la postérité! Ah! pauvre la Chaire! il n'y a plus rien à dire contre tes billets; la postérité n'en recevra pas de meilleurs. Mais n'importe ; elle les recevra toujours; et même on peut prévoir d'avance que ceux qui lui seront adressés par la suite, surpasseront ce que, de nos jours, on aura connu de plus fort. Voici ce qui autorise cette conjecture.

Jusqu'à présent aucun crime de régicide

n'avait jamais été constaté à la charge des jésuites. Le seul Jean Châtel, brûlé du zèle fanatique de son époque , avait compromis leur école par les noires et atroces idées avec lesquelles il en était sorti. Maintenant on n'hésite plus à leur attribuer tous les attentats de ce nom ; et ii est probable que nos compilateurs de scandales révolutionnaires, à force de se répéter à eux-mêmes le rêve qui les travaille, finiront bientôt, comme les autres menteurs, par s'en faire une espèce de réalité. C'est ainsi que dès aujourd'hui, en dépit de l'histoire contemporaine, en dépit d'une procédure authentique qui les accuse d'imposture, en présence de nos vieillards qui se trouvent encore là pour les démentir, Damiens, le tout moderne Damiens est représenté, et hautement proclamé par eux comme le pouvoir exécutif des jésuites. D'où l'on peut conclure que quand le régicide Louvel aura reposé quelques années de plus dans la tombe , son crime sera sûrement repoussé vers Mont- Rouge pour en décharger la Minerve.

Quoique nous n'ayons pas entrepris cet écrit sans avoir interrogé tous les historiens, tous les Mémoires, en un mot toutes les piè-

ces du procès des je'suites, il nous paraît superflu d'en faire usage pour éclaircir la folle question de leurs doctrines régicides. Ils ont subi toutes les épreuves dont la malveillance humaine peut s'aviser pour perdre des ennemis. Ils en sont sortis avec une seule prévention raisonnable; savoir : que Jean Châtel avait rencontré, au seizième siècle, dans leur collège de Clermont, deux têtes ardentes qui paraissaient avoir échauffé la sienne pour le fanatisme. On publierait vainement làdessus des volumes de dissertation; ils n'en diraient pas plus, et ils ne diraient certainement pas mieux qu'une brochure pleine de raison et de bonnes pensées, qu'un homme d'esprit a publiée l'année dernière (i).

a A-t-on jamais prétendu, dit-il, que dans « les maisons d'éducation , où passent succes- « sivement tant dindividus, les instituteurs

(i) Elle est de M- le vicomte de Saint-Chamans, membre de la Chambre des de'pute's. Il l'a intitulée : du Croque- Mitaine de M. le comte de Montlosier, de M. de Pradt , et de bien d'autres ; c'est le seul mot vulgaire que l'on y trouve ; et l'on peut dire qu'il est noblement racheté'.

Il reste quelques exemplaires de cette brochure chez Dentu , imprimenr-hbraire , rue du Colombier, n" 31 .

6i « puissent répondre de tout ce que leurs « élèves feront par la suite? Si l'on raison- « nait ainsi, il faudrait poursuivre tous ceux « qui faisaient partie de nos collèges d'au- « trefois, comme enseignant le brigandage, « l'impiété, l'assassinat; car certainement il « n'v a pas une maison d'éducation de ce «< temps d'où ne soit sorti quelqu'un des « monstres qui ont rivalisé, à la fin du der- « nier siècle, à qui l'emporterait dans cette «< carrière de crimes. >»

Si l'on n'avait à parler qu'à des esprits froids et bien disposés, assurément il ne faudrait pas beaucoup de raisons comme cellelà pour justifier les jésuites. Nous n'avons pas la prétention d'y ajouter une grande force ; mais nos lecteurs seront bien aises de s'arrêter sur les réflexions qu'elle nous inspire.

Il est certain que ce n'est pas dans la classe ordinaire des malfaiteurs que se rencontrent les assassins des princes. On ne les attaque pas pour les voler. Ainsi, les criminels capables d'atlenter à leurs jours, sont d'une espèce particulière qui sort d'une école quelconque, dont elle a remporté des idées et une certaine capacité de jugement. Jean Châ-

tel avait de l'étude ; Ravaillac était maître d'école; Jacques Clément était un jacobin de l'espèce de ceux que nous avons connus ; Damiens faisait le bel esprit, et dictait des leçons de gouvernement pour Louis XV, du fond de sa prison ; Louvel, enfin, lisait la Minerve, et ne la lisait pas machinalement, puisqu'il sut mieux en pénétrer l'esprit que la police de M. Dccazes,

Ces réflexions conduisent à faire présumer que dans tous les pays qui auront encore le malheur de produire des monstres pour la destruction des princes, on se convaincra de plus en plus que le régicide ne saurait être la conception dun homme qui n'aura pas étudié un peu de philosophie révolutionnaire, comme autrefois on étudiait de la controverse métaphysique, ou des remontrances de Parlement.

Puisqu'il est donc à peu près inévitable que les scélérats destinés à commeltre le plus grand des crimes politiques, commencent par être des écoliers, il est clair que tous les maîtres de l'enseignement public sont exposés à former de dangereux disciples. Cependant, il faut convenir que les probabilités heureuses sont du côté des écoles

où les saines doctrines religieuses et monarchiques seront constamment professées. Si donc vous êtes sûrs que dans les collc'ges dirigés par les jésuites , on apprend avant tout la soumission, l'obéissance passive et la fidélité, ne craignez pas de les préférer à ceux dont les élèves sont souvent décimés pour cause d'insubordination et de révolte. Si, chez les jésuites, la religion forme la base principale de l'instruction; si les mœurs de la jeunesse y sont surveillées de manière à ce qu'elles ne puissent recevoir aucune atteinte, préférez encore la discipline des jésuites à celle de ces maisons oii la corruption se transmet par l'enseignement mutuel; oii des philosophes de quatorze ans se disputent les journaux révolutionnaires, et décident entre eux des casî' où Tinsurrection des écoliers contre les maîtres devient le plus saint (les devoirs (i^. En un mol, in-

(i) Nous ne parlons point aux orateurs du Forum ni aux rhéteurs révolutionnaires. Ils font leur mietier en poursuivant, dans les jéstiiles, la religion et la royauté ^ en faisant subir au nainistère actuel les conséquences de toutes les inconséquences que les autres ministères lui ont laissées à déballre. Nous nous adressons aux pères de famille bon-

formez vous de ce qui se passe quelquefois à Lyon, à Versailles, au collège de Louis-le- Grand, à Châlons et à Saint-Acheul; après

nêtes gens , qui ont besoin de chercher des auxiliaires pour l'éducation de leurs enfans. Ils veulent certainement les faire élever d'une manièie conforme au gouvernement domesfique, sauver leurs mœurs de la contagion, leurs facultés physiques des dangers précoces qui peuvent les menacer, et enfin leur esprit, de l'émancipation qui caractérisée la jeunesse du siècle.

Cela posé, montrons-leur deux espèces de maisons d'éducation, e. ensuite laissons-les maîtres de choisir.

Dans l'une, leurs enfans auront pour maîtres des gens du monde qu'on rencontre souvent partout où il y a de la dissipation. Ils uont souvent dîner en ville sur la foi de leurs quatorze ans ; on leur permettra même la comédie, et beaucoup d'autres distractions ad libitum. Quand ils ne seront pas contens , ils le diront , et si après cela ils ne sont pas contens encore, ils feront des complots, de l'anarchie, de petites révolutions, à la suite desquelles ils seront chassés si le champ de bataille ne leur est pas demeuré. Là aussi y les huit à dix principaux élèves seront choyés et ménagés , dîneront à la grande table , et se rendront presijue maîtres du logis, parce qu'on les destine, comme des espèces de gladiateurs, à faire briller l'établissement dans les concours, et à faire ainsi prospérer l'entreprise. S'ils veulent faire leur première communion j ils la feront; s'ils ne le veulent pas, ils le diront.

Dans l'autre maison , se trouve une petite congrégation composée de sujets d'élite, et on tient à honneur d'en

(luoi décidez vous-mêmes de quel côté se laissent apercevoir les signes de sinislie augure pour l'avenir.

faire partie. Elle est chargée de surveiller les mœurs des autres , et seulement les mœurs. Elle a uu caractère public pour l'exercice de cette fonction.. Son principal soin est de rompi-e les alliances suspectes. Au moindre signe qui pourrait de'iioter un danger prochain pour les moeurs, au moindre discours qui paraîtrait rcve'ler un mauvais indice de velle'ite' , les sujets douteux ser.iient enleve's sur le champ, sépares sans retour de leurs camarades, et rendus à leurs familles. Car il s'agit d'un tribunal oi!i les procès de tendance sont juge's plus se'vèrement qu'ajlleurs.

Là on voit les maîtres se mêler aux jeux, aux conversations et aux petites querelles des e'Ièves , et ils profitent de tout ce qui survient pour leur enseigner la droiture, les bieuseances, la politesse. Là aussi on remarque des sujets qui se distinguent par leur capacité ; mais on ne s'en fait point un moyen de vanité mondaine ; on ne s'en occupe que comme des autres. Si dans la foule on aperçoit quelques petits malheureux que leurs facultés mal ouvertes forcent dé traîner à l'arrière-garde , on leur donne des soins particuliers ; on réchauffe leur courage , et on les met en état de regagner les rangs dont l'inaptitude ou le découragement les avait séparés. Là enfin tout est réglé de manière à ce que les de'soidres qui tiennent à l'esprit d'indépendance et d'insubordination, soient la chose du monde la plus impossible. Terminons en disant que dans une maison de l'espèce dont nous parlons , ce qui ne se fait pas vaut encore mieux que ce qui s'y fait.

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