‹ Le collége de mon filsChapitre 13 sur 34 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Résume historique contre !fes jésuites, lire de cent volumes (raccusalion;î et de libelles.

Depuis quelque lemps, deux nouvelles charges sont venues grossir l'acle cracGusalion (les jésuites. j- c .t..: ; i [ ; /

Un écrivain révoluliontifairé ai ddCôuVert, sur le frontispice d'une maison suspecte, les quatre initiales A. M. D. G.; comme de raison, Son zèle s'est allumé, et son esprit n'a pas eu de repos qu'il ne lût venu à bout de déchiffrer cette espèce d'hiéroglyphe. Le fruit de son labeur a été de lui apprendre x^ié ce tefHble signe équivalait à une conspiration flagrante , et signifiait : jid majorcm Dei glnriam. Jugez de l'horreur! Oser mettre une telle enseigne sur le frontispice d'une maison ! A la bonne heure s'il s'agissait de quelques mots doux, comme cq.u\ àe fraternité OU la tiïort , dont il reste encore des échantillons pour servir de modèles plus tard ; mais afficher une devise qui signifie

pour la plus grande gloire de Dieu, c'est véritablement un scandale qui crie vengeance, un trait d'audace qui ne se comprend pas!

Jamais il n'a clé donné à quatre lettres de l'alphabet de causer autant de rumeur. Âd majorem Dei gloriam! «O mes chers disciples ! s'est écrié notre chercheur d'hiéroglyphes, rendez grâces aux dieux et à moi; j'ai découvert quelque chose de pire que la conjuration de Catilina, que la fameuse conspiration des poudres ; enfin, j'ai découvert une Société perfide qui travaille dans l'ombre pour la plus grande gloire de Dieu, en attendant qu'elle ose" y travailler ouvertement ; car, soyez-en bien assurés, elle en viendra là ; oui, elle en viendra là. Eh bien! m'en croirez -vous maintenant, et avais-je tort de vous dire depuis si long-temps que tout était perdu? »

Le voilà donc connu ce secret plein d'horreur !

Est survenu ensuite M. l'évêque d'Hermopolis, qui a mis le comble au scandale en confirmant, du haut de la tribune, les bruils terribles qui couraient sur la plus grande gloire de Dieu. Il a osé convenir du fait, et

reconnaître qu'il y a leellenicnl en France sept maisons où Ton n'a pas craint d'afficher ] audacieuse devise. Un passage de son discours a paru surtout bien fort et bien téméraire : c'est cehii oii il a déclaré que ni lui ni les autres ministres du Roi n'étaient sérieusement inquiets de savoir qu'il y avait, dans le royaume très chrétien , une petite Société de savans religieux qui s'occupaient de la gloire de Dieu.

«Eh quoi! monseigneur, se sont écriés de nouveau tous les scrupuleux de la révolution, vous connaissiez les quatre initiales (jue nous avons signalées à la justice, et MM.jes ministres n'en sont pas plus émus que cela! De quoi serez-vous donc inquiets, si vous ne l'êtes pas d'une découverte aussi alarmante ? Quoi ! vous souffrez (ju'on trame ainsi la plus grande gloire de Dieu, et que la religion entreprenne de déborder la révolution! Ah! monseigneur, vous mériteriez, vous et vos collègues, que les anciens parlemens vous eussent d'avance décrétés de corps et de biens comme les jésuites; qu'ils eussent défendu aux rois de France d'avoir jamais des ministres, comme ils leur ont défendu d'avoir des jésuites; qu'ils eussent sup-

prime lOvS cvéqnes et les curés, comme ils ont supprimé les jésuites ; qu'ils eussent chasse comme des Tarquins Oui, monseigneur, apprenez que nous aurions autant de plaisir à soutenir toutes ces de'cisions, que nous en avons à maintenir l'expulsion des jésuites : car c'étaient de très-habiles gens que ces gens tenant nos Cours de parlement; et quoique nous les ayons fait traiter avec un peu de rigueur par nos gens tenant les tribunaux révolutionnaires, croyez bien que nous nous plaisons à leur rendre maintenant justice. Ils savaient mieux que vous . en 1763, ce qui pourrait convenir à la France en i82'7. Ils devinaient que nous n'aurions plus besoin ni d'éducalion religieuse, ni de bonnes mœurs, ni de bonnes études. Enfin, 2fnonscigneur, sachez qu'en matière d'attentats contre l'autel et le trône, nous avons le plus grand respect pour la chose jugée. Nous n'en exceptons que les mauvais livres qu'ils ont tait brûler au pied du grand escalier, et que depuis nous avons eu soin de retirer du feu. Si donc nous avons un jour détruit et condamné en bloc tout le régime des parleniens, nous voulons du moins leur donner «ne marque de considération et de recon-

7" naissance, en maintenant la destruction fies jésuites. »

Après avoir joint loyalement ces deux nouvelles charges aux pièces du procès, parlons à prc'sent des anciennes.

Celle qu'on soutient avec le plus de force et qu'on cherche à rendre la plus spécieuse, c'est le fait de la suppression des jésuites ; c'est la chose jugée.

Ne paraît il pas d'abord un peu singulier qu'après avoir porte la hache et le feu contre l'ancien régime, pour le renverser de fond en comble , on vienne reculer timidement devant un seul décret, et que ce décret se trouve être précisément un acte de fanatisme et de proscription , un coup d'Etat, une chose jugée d'assaut et sans aucune forn'jc de procès? Mais une contradiction vraiment incroyable, c'est que, de nos jours, on feigne de n'oser toucher au fait révolutionnaire qui regarde les jésuites , quand on s'est vu forcé de remanier tous les actes de la révolution pour les refaire ou les défaire; quand l'état présent de la France ne se compose que de recompositions, d'œuvres corrigées, de faits remplacés par d'autres faits, de droits méconnus et reconnus ensuite; quand

tout l'édifice social, i ordre moTiarchique, la légitimité de la dynastie régnante, la noblesse héréditaire, en un mot tout notre élablissement civil et religieux ne sont plus fondés que là-dessus. En vérité, l'on est presque honteux d'insister sur des choses aussi claires, et de demander à un vieux Parlement détruit, proscrit lui-même, la permission de revoir ses proscrits.

L'argument ie plus remanié après celui-là, et qui sert le plus à effrayer la stupide niaiserie du vulgaire, se fonde sur ce que le général des jésuites est un étranger, et déplus un despote qui a presque droit de vie et de mort sur tous les membres de la Société.

Commençons par observer que comme la destination des jésuites est de vivre en corporations séparées, et qu'ils ne peuvent avoir qu'un général, il faut pourtant bien qu'il demeure quelque part, et qu'il soit étranger aux quarante régions qu'il nhabite pas.ïl réside à Rome, et c est assez naturellement la place d'un chef d'ordre religieux : le pape y demeure aussi, et l'on ne sache pas que la chrétienté lui ait jamais intenté de procès làdessus.

Quant au despotisme du général, nous ne

7^ pensons pas qu'il y ni! en France ni un soldat ilans les armées de terre et de mer; ni un employé' subalterne dans les administrations, ni un apprenti dans les arts et motiers , qui ne crût faire un excellent marché en changeant sa condition d'obéissance contre celle d'un jésuite. Oui, cette obéissance est requise, il est vrai, et elle doit être aveugle jusqu'au soupçon du mal, c'est-à-dire jusqu'au moment où elle peut faire naître les scrupules de la conscience.

Ainsi, des jésuites auxquels leur général aurait commandé d'aller saisir un prince du sang royal de France dans un pays neutre, derrière les autels de l'hospitalité, pour venir l'ensevelir dans un fossé deViucennes, auraient infailliblement usé du droit de lui désobéir. Des jésuites qu'il aurait chargés de condamner à mort les généraux Pichegru et Moreau, le duc de Rivière et le prince de Polignac, n'auraient pas hésité à lui désobéir. Des jésuites qu'il voudrait employer à mettre des scellés pour le compte d'un comité de salut public ou d'un tribunal révolutionnaire» verraient là un cas formel de désobéissance, et ils n'en feraient rien. Des jésuites auxquels leur général commanderait

t?es articles contre la- religion, pour les journaux révolutionnaires, lui désobéiraient encore, et feraient très bien. Des Jésuites, enfin, qui recevraient l'ordre de profiter de la liberté de la presse pour saper les fondemens de l'autel et du trône, pour pervertir la jeunesse et amasser sur la France de nouvelles tempêtes politiques, demanderaient la destitution de leur général, et ils l'obtiendraient sur le champ ; ce qui. prouve que leur institut est plus prévoyant et mieux réglé que tous nos pauvres systèmes de libertés publiques.

Mais, nous en convenons, il est d'autres cas où ils obéiraient aveuglément, et, pour nous servir des expressions de leur loi, comme un cadavre inanimé et silencieux, comme un bâton dans la main du vieillard. Telle serait celte soumission, par exemple, "il s'agissait de porter à des pestiférés les secours de la religion et de l'humanité ; d'aller réconcilier des peuplades ennemies sur les bords de rOrénoquè ; d'assister les veuves, d'instruire les pauvres, et de réchauffer les orphelins dans le sein de la charité ; de conquérir des barbares à la civilisation et à la foi; de combattre les livres impies qui ravagent les

mœurs, de retirer la jeunesse des inains criiniiielles qui la corrompent, pour le malheur de notre siècle et des générations futures.

En ce qui touche la richesse, la magnificence et les hrillans al tributs de souveraineté reprochés au générai des jésuites, contentons-nous de reproduire ici la description de ce gr'and appareil de puissance et de majesté, publiée il y a quatre-vingts ans par un historien voyageur :

«Seul, isolé, pies(]ue toujours occupé à « écrire, le général des jésuites n''a pas seu- « lemcnt du feu dans sa chambre pendant ft 1 hiver ; à peine un brasier échauffe son « antichambre dans les plus grands froids. « Quelques chaises antiques, quelques li- « vres pieux, quelques estampes, quelqiies M tableaux, ce sont tous ses meubles. Un ca- « binet pour travailler, une chapelle pour « dire la messe, ce sont tous ses apparte- « mens. Quand il va à l'audience du pape « ou rendre quelques visites aux cardinaux, K un seigneur romain veut bien lui prêter « un carrosse. Il a la première place mar- « quée au réfectoire; c'est la seule distinc- « tion qu'il obtienne. Il n'a ni fonds, ni re- « venus, ni mense particulière, ni pension

7 s «annuelle; aussi na-t-il ni domcslitjues à « payer, ni une maison à entretenir, ni au- « cune sorte de dépense à faire. Deux frères « pour le servir, quatre secrétaires pour ré- « pondre aux lettres, un assistant de chaque (' nation pour l'aider de ses conseils, un « admoniteur qui est témoin de sa conduite « et qui veille sur ses démarches, c'est tout <f son cortège. »

Ne dissimulons pas toutefois que les jésuites ont encore bien d'autres affaires avec l'ennemi. Celui-ci leur demande une morale moins relâchée, des confesseurs moins indulgens , des casuisles plus sévères. Il ne trouve ni leur théologie assez forte, ni leur discipline assez ferme, ni leurs doctrines assez rigides. En un mot, il craint que le salut des âmes ne soit pas suffisamment assuré sous leur direction, et que le bien de la religion n'ait à souffrir du peu de vigueur de leur gouvernement spirituel.

Si les reproches dont il s'agit ne se trouvaient reproduits dans plus de cent cin* quante volumes petits et gros, publiés depuis un an contre les jésuites, on aurait sans doute un peu de peine à croire que nous parlons ici sérieusement; mais le fait est

7'i constaté par un si gr;in(! nombre de recueils d'absurdités, que nos adveisaires se trouvent désormais forcés d'en subir le ridicule.

Oui, ce sont les ennemis de toute religion qui alficbcnl ces délicatesses; ce sont les orthodoxes de la révolution qui redressent ]a foi catholique ; ce sont les prêtres de lincrédulité qui se scandalisent de l'imperfection des croyances, qui viennent régler les doctrines de l'Eglise, qui s inquiètent du relâchement de la morale chrétienne, et qui ont peur qti'on ne s'égare sous la direction spirituelK' des jésuites : enfin , ce sont les protecteurs déclarés de tontes les républiques, et par conséquent les ennemis, au moins secrets, de t(njs les trônes, qui affectent de repousser les jésuites par sollicitude pour la sûreté des rois! Iriquiétudes raffinées de l'hypocrisie, Molière ne vous avait pas devinées !

Tels sont la force de préoccupation et le degré d'animosité des écrivains révolutionnaires, qu'en remuant tout le répertoire des vieux théologaux de la Société de Jésus, pour tâcher de les prendre dans quelque / parole malsonnante, ils ne savent pas y découvrir ce qu'il peut leur fournir de plus

analogue à leurs propres ide'es. Que dis-je ! ils s'y méprennent au point de publier des volumes de polémique tout exprès pour réfuter le peu de sentences que les écrivains jésuites semblent envoyer à leur secours. Comment, par exemple, repoussent-iis avec tant de colère un passage tel que celui-ci, de la théologie du Père Gobât?

« L'expérience nous a appris, dit le doc- « teur, que ia rigueur observée dans les six « ou huit premiers siècles de l'Kglise, ne M convient pas aux mœurs des siècles sui- « vans. Or, il faut aller comme le temps ; à « nouveaux maux, nouveaux remèdes.»

Mais soyez donc un peu conséquens, messieurs de la résolution. Vous nous répétez continuellement la même chose dans vos sommes de politique et de morale. Vous dites que le genre humain est en marche, et dans une progression ascendante ; que les siècles ne reculent point; qu'il faut subir le progrès des lumières et du temps. Ainsi, vous êtes plus près que vous ne croyez de vous accorder avec le Père Gobât. Et puis d'ailleurs , si vou^ êtes si attachés aux rigueurs de la primitive Eglise, qui vous empêche d'en prendre tout à votre aise? Pre-

liez, messieurs, prenez les anciennes rigueurs; il n'y â rien de Irop ; c'est que le Père Gobât ne vous connaissait pas.

Cependant, on est bien embarrassé avec vous ; et voici pourquoi cet arrangement ne vous conviendra pas non pbis : quand il se rencontre quelque part tin cure qui parle de vous appliquer les rigueurs observe'es dans les six ou buit premiers siècles de l'Eglise, vous jetez les bauls cris. Vous voulez qu'on vous prenne comme on vous trouve, sans aucun acte de religion, sans aucun signe de piété, sans foi, sans aulre cbose enfin que le bapléme. Votre orgueil philosophique demande le bruit des cloches, les chants funèbres, et toute la partie mondaine du dernier adieu. Eh bien, voilà un jésuite qui se rapproche de vos idées ; il incline vers l'indulgence ; il trouve le premier régime de la religion un peu trop fort pour vous , et il cherche des remèdes plus analogues à vos tempéramens. Malgré cela , vous le repoussez rudement, lui et ses remèdes! Ces relâchemens de principes effarouchent vos consciences! Allons, allons, vous n'entendez rien à vos affaires, ou bien vous ne voulez ni des jésuites qui adoucissent les ri-

gueurs de la religion, ni des curés qui les maintiennent. S'il n'en était pas ainsi, vob* prendriez au mot (juelques anciens Pères de la Société sur certains points de leurs doctrines, sur certaines indulgences quils vous accordent. Car, en vérité, il faut être aussi riches que vous 1 êtes en vertus chrétiennes, pour repousser, comme vous le faites, avec une sainte horreur, les deux décisions suivantes :

« Il ne faut pas être plus rigide que de " raison, dit le Père de Bruyn, ni vouloir « charger les àmcs d'un Joug plus propre à « les conduire à leur perte et à les réduire « à la folie, qu à procurer leur salut. «

« Nous ne saurions damner, dit le doc- « teur Sa^ une infinité de chrétiens, d'ail- « leurs gens de bien, qui n'ont presque pas « la moindre notion juste de la Trinité et de « 1 Incarnation, ou même qui ont des senti- « mens pervers à ce sujet, comme on le « connaît en les interrogeant. «

Prenez -y bien garde, messieurs; vous avez aussi des sentimens pervers à ce sujet , comme on le connaît sans avoir besoin de vous interroger. Yous voyez que le modéré théologien ne voulait pas vous damner pour

cela. Il est donc fâcheux que votre délicatesse se refuse au bienfait de sa décision, et (|ue vous ayez publié un petit livre pour le repousser fièrement. Mais voilà ce que c'est, chez vous, que la puissance des scrupules et le for de la conscience : vous aimez mieux être damnés que d'accepter aucune indulgence de la main des jésuites.

On n'imaginerait Jamais que nous parlons ici sérieusement, si la preuve do ce que nous disons ne se trouvait également fournie par l'ouvrage le plus complet qui ait paru contre les jésuites , depuis la renaissance de leur Société. Oui, fauteur de V Antidote de Mont- Rouge regarde aussi comme un scandale à peine croyable qu'un des anciens Pères de la C(jmpagnie ait pu avancer qu il est quelquefois permis de défendre sa bourse contre les voleurs. « Feront ils entrer dans la « bibliothèque de leurs élèves, dit-il, le pe- « lit catéchisme du Père Romey, écrit eu « français bien intelligible, où l'on enseigne « qu'on peut, sans scrupule, expédier pour <c i autre monde tout individu qui veut nous « (înlever notre bourse, si l'on n'a pas d'au- « tre moyen de la sauvei? »

Et pourquoi donc ne la sauverait-on pas à

Si

ce prix? Est-ce que notre Code pe'nal est moins sévère là -dessus que le petit catéchisme du Père Romey? Est ce qu'il n'autorise pas formellement, dans plusieurs cas, ce que le Père Romey paraît ici n'autoriser que dans un seul? Faut-il donc absolument être jésuite pour refuser son argent aux voleurs? et parce que des jésuites auront décidé qu'il est permis de garder sa bourse, deviendra-t-il de mode de la laisser couper tout exprès pour démentir leurs doctrines? Il est vrai que V Antidote de Mont -Rouge abonde si fort en plaisanteries, en jeux d'esprit, et en petites malices de pure invention, qu'on peut bien mettre le passage cidessus au nombre des choses non sérieuses de cet ouvrage. De même, nous ne pensons pas que l'auteur, doué, comme il l'est, d'un beau talent et d'un goût pur, veuille faire autre chose que des plaisanteHes sans conséquence , lorsqu'il promet à la jeunesse française de la sauver des abîmes de ï enfer sans la faire sortir de l'Université ; lorsqu'il dit que Moïse et les apôtres n étaient que des petits garçons en comparaison de saint Ignace et des jésuites; lorsqu'il prétend que le sujet du Légataire universel a été suggéré à Re-

gnard par des tours de la Compagnie de Jésus ; et puis encore, lorsqu'il a rédige son chapitre récréatif des restrictions mentales, dont les neuf dixièmes appartiennent aux jeux de son imagination. Il a bien senti apparemment que le bon sens de ses lecteurs corrigerait ce qui aurait besoin de l'être, par une réflexion toute simple : c'est qu'il n'est donné à personne, en 1827, de découvrir quelque chose de grave contre les jésuites, qui ait échappé aux investigations des Parlemens et de l'abbé Chauvelin, ni à la malveillance des Voltaire, des d'Alembert, des Diderot. Quant au sujet du Légataire universel, il faudrait n'être pas malheureux assurément, pour s'en venir déterrer, au bout de cent vingt ans, une anecdote qui serait restée enfouie pour les nombreux éditeurs, pour tous les critiques et commentateurs du poète Rcgnard.

Il paraîtrait néanmoins, d'après l'Antidote de Mont-Rouge , que les recherches faites après coup valent mieux que les recherches contemporaines. Car voilà maintenant l'ancienne Compagnie de Jésus chargée du crime de Damiens, de ce même crime dont Voltaire a dit : « Je soulèverais contre moi la

postérité si j'en accusais les jésuites. Mais de quoi l'aveuglement de l'esprit de parti ne nous rend pas capables ! Fénélon avait payé son tribut d'éloges et d'admiration à la célèbre Société. Cet illustre témoignage est consigné dans les ouvrages du cardinal de Bausset. El voilà que la page si intéressante pour les jésuites se trouve absente de l'édition que l'auteur de l'Antidote avait sous les yeux en composant son écrit. Elle est partout ailleurs; tout le monde sait la trouver ; et le hasard veut qu'elle manque précisément dans l'édition d'un adversaire ! Vraiment, si l'on était un peu superstitieux, ceci donnerait à réfléchir sur la mauvaise étoile des jésuites.

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