‹ Le collége de mon filsChapitre 16 sur 34 · IT · texte numérisé non relu

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« quanle mille moines auxquels il n'a à dis- « tribuer que le jeûne et la prière? »

En mettant M. de Monllosier en action vis-à-vis de ses vieux principes et de ses nouveaux alUes, nous lui avons prêté des réponses qui ne seraient peut-être pas celles qu'il ferait en pareil cas : mais une chose dont nous sommes bien assurés, c'est que la portion du dialogue attribuée par nous au parti révolutionnaire, est exactement conforme aux idées et au plan de conduite de celui-ci.

Remarquez bien, en effet, de quelle manière il accueille et le langage et les écrits religieux dans lesquels le nom des jésuites ne se trouve mêlé ni directement ni indirectement : vous reconnaîtrez.sans peine qu'il voit avec le même dépit et la même haine le petit séminariste de Paris et récolier de Saint-Acheul , les tours de Saint -Sulpice et le clocher de Mont-Rouge, les fidèles qui vont à la messe de leur paroisse et ceux qui suivent les exercices pieux d'une mission ; enfin le souverain pontife et le général de

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la compagnie de Jésus. Tout cela ne pré-> sente à son esprit qu'une seule et mdme pensée qui l'afflige et l'inile sans aucune (iiffe'rence. Avec lui, c'est tout ou rien. Haïr les jésuites, ce n'est à ses yeux que le commencement de la sagesse. Si vous en demeurez là, si vous ne confondez avec eux les «'vèques , les curés , tout le personnel de l'Eglise catholique, en un mot tout le partiprêtre, c'est comme si vous ne faisiez rien ; vous perdez tout le mérite de l'a grâce révolutionnaire. Aucun point d'irréligion ne vous sera compté en détail; il n'y fi qiie l'irréligion en gros qui soit admise dans le parti. Mais du moins ce parti fait voir qu'il sait ce qu'il veut ; ses idées ont du corps et de la Conséquence.

Malheureusement les J>anvres royalistes ne savent pas profiter de l'exemple pour se donner des réglées de conduite aussi fixes et aussi compactes ; on dirait qu'ils ne voient aucun inconvénient à laisser démembrer leurs principes. Quand une pierre se détache de rédifice de la religion ou de la monarchie, à peine s'inquiètenl-ils de savoir sur qui elle est tombée. Pour ceux qui ne se sont pas trouves dessous directement, il semble

que ce ne soit qu'un pclil accident dont les conscquences ne doivent poini't les regarder; ils àlleftdcrit Iranquillement les autres pierres, jus(]iî'à ce qu'enfin !e tour de chacun soit arrive. Les jésuites, par exemple, ne sont à leurs yeot qu'une maison isioléc qu'on veut démolir; et l'on connaît des milliers i^l'hounétes gens qui, dans cette persuasion, seraient capables de laisser faille ; car Tégoïsme n'a point de prochain.

Mais comment ne comprennent-ils pas que, si le parti révolutionnaire ne vryait là qu'une maison à démolir, les tourmens d'esprit qui l'agitent seraient une folie encore plus étrange que celle d'Eroslratc? Qu'on ne s'y trompe pas ; il compte mieux que les royalistes, et il sait pénétrer peu à peu chezi eux par les moindres brèches qu'ils laissent faire au corps des doctrines| religieuses et nionarchiques. Il découvre fort bien que les jésuites sont un des anneaux essentiels de la chaîne de ces doctrines; et en cherchant à le briser, il ne croit point du tout attaquer ïin ifilorêt isolé. Il a raison ; la trouée qo'il veut faire dans les rangs dti sacerdoce le conduirait fort loin.

Il ne nous reste là-dessus qu'une réflexion

à faire : les jésuites sont une portion de force qui, petite ou grande, appartient no'cessairement à la communauté des intérêts religieux et monarchiques, puisqu'elle n'appartient pas à la communauté des intérêts anli-reîigieux et révolutionnaires. Cette considération devrait suffire pour empêcher qu'ils ne fussent délaissés et méconnus par les alliés naturels de la royauté ; car c'est ici comme à la guerre, où l'instinct de sa propre défense apprend à courir dégager les hommes de son drapeau qu'on voit exposés à succomber. Assurément, ceux des royalistes qui ne sentent pas qu'il faut aussi dégager les jésuites des mains de l'ennemi, n'entendent guèr<e les bons systèmes de conservation personnelle. C'est une inconséquence de conduite si misérable , un genre de suicide si peu compréhensible, qu'il paraît beaucoup plus facile d'en gémir que d'en découvrir la cause. Mais toujours demeure-t-il certain , en dernier résultat de compte, que c'est le parti révolutionnaire qui se montre le plus avisé en voulant à la fois exciter notre haine contre les jésuites, et notre intérêt en faveur des régicides couverts du sang de Louis XVI.

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