‹ Le collége de mon filsChapitre 21 sur 34 · DÉDICACE · texte numérisé non relu

DÉDICACE

Mes révérends Pères, ce n'esL pas sans raison, à ce qu'il me paraît, que M. l'abh*-' Marcet de Laroche-Arnaud reproche à aucuns de votre ordre de ne lire que des livres de pie'lc. Car, de deux choses l'une : ou vous n'avez pas lu mes Trois procès dans un, ou vous n'é tes guère touche's des bons offices qu'on cherclie à vous rendre. Quoi! on se tue à plaider pour vous; on se brouille avec toute l'ccole de la philosophie révolutionnaire pour vous soutenir contre ses clameurs, et l'oD ne reçoit de félicitations là-dessus que des gens du monde I En vérité , votre indifférence me forcerait presque de vous apph'qucr une boutade qui semble avoir été composée pour mon usage , par un comédien du siècle de Louis XIV :

Ce grand ministre de la paix , Colbert , que la France révère, Dont le nom ne mourra jamais, Eh bien! tenez, c'est mon compère- Fier d'un honneur si peu commun , Est-on surpris si je m'étonne Que, de dix mille emplois qu'il donne , Mon fils n'en puisse obtenir un ^

En effet, mes révérends Pores , ne suis-je pas fondé à vous adresser le même reproche? n'êtes -vous pas pour moi de vrais Colberts? Cependant, au dire de tout le monde, vous avez bien plus d'emplois que lui à donner, bien plus de faveurs à distribuer, bieu pins de trésors à répandre. Comment se fait-il donc qu'une

.seule goulle de vos rosées ne me tombe pas sur la tête? comment ne suis-je pas dejn en carrosse comme les libraires qui vendent des Mémoires a consulter, comme les journalistes qui vendent de la diffamation aux malveillans, de l'esprit de se'dilion aux factieux, et des niaiseries aux imbe'cilles?

Quant à vos ennemis , mes rcvf'rcnds Pères , vous sentez bien qu'ils sont exactement pour moi comme ceux d'entre vous qui ont fait vœu de ne lire que des livres de pieté'. Car ils ont fait un autre vœu dont le résultat ne vaut pas mieux, assure'ment : c'est de ne lire que des ouvrages contre la religion, et des journaux révolutionnaires.

Toutefois , je suis oblige' d'en convenir : un de mes amis, qui pre'tend avoir des donne'cs pre'cises sui' votre mode d'existence, a pris soin de vous justifier auprès de moi sur beaucoup de points. «Ne vous attendez « pas , m'a-t-il dit, à ce que les re'verends Pères vien- « nent vous remercier. Ce sont des usages mondains « qu'ils ne connaissent pas. Ils ne savent que se tenir « enferme's dans leur vie intérieure et leurs occupations '( religieuses. En cela, ils traitent les autres comme ils « entendent qu'où les traite eux-mêmes. Ils sont dans « l'habitude de ne porter nulle part leurs hommages a de reconnaissance^ mais en revanche, ils ne veulent « pas non plus de ceux qui leur sont dûs. Te'moin la « conduite de l'homme apostolique le plus illustre de « notre époque. .Après avoir e'difie la cour et la ville a par la parole qu'il a fait descendre de la tribuue « sainte dans le cœur de tous les fidèles qui l'ont en» « tenduej après avoir obtenu ce que le monde appel- «1 lerait un immense succès, un applaudissement uni- « versel , il s'est enveloppe' dans sa robe pour regagner H niodcslemeut l'atelier de ses travaux j et vous ne le « reverrez plus qu'au temps où les besoins de la vigne « le forceront d'aller de nouveau l'arroser de ses sueurs.

a Si VOUS av^r par hasard coinpld sur les carroses

« roulaiH que les jo'suites enverraient à voirc porte,

!< de'lrompez-vous encore. Vous devriez savoir qu'ils

« vont à pied; et que, n'ayant point d'autre équipage

« à vous offrir, ils ne peuvent que vous conseiller d'en

ft faire autant. Enfin , mon ami , si vous amifz la

« bonne cuisine, ne vous mettez ])oint au service des

n je'suites : on ne connaît rien de moins somptueux et

a de plus se'vère que leur table. Si vous avez besoin de

* protecteurs, cherchez-en d'autres; quand on est

ic réduit comme eux à défendre jour par jour sa pauvre

« cellule et son droit de cite', on aurait bonne grâce,

i( vraiment, à vouloir faire du patronage en faveur

« des autres. Charity begins at home , dit avec raison

« le proverbe auglais (i).

« Vous n'avez donc , ajouta mon ami , vous n'avex <• qn'une seule ressource avec les révérends Pères : a c'est de vous associer de cœur et d'esprit à leur roli- « gieuse devise : Pour la plus grande gloire de Dieu. « Cette monnaie est le priîJ ordinaire de leurs travaux : « il faut savoir vous en payer comme eux. »

Maigre' mon respect pour ce te'moignage , mes révérends Pères, ce serait donner un démenti à trop de monde, et manquer à de trop bonnes gens, que de le mettre eu comparaison avec cinq cents brochures et cinq mille articles de journaux qui assurent, en lettres moulées, que vous êtes maîtres absolus du royaume, et uniques dispensateurs de tous les biens temporels de ce bas monde. Dans cet ouvrage, d'ailleurs , j'ai entrepris de faire beau jeu à vos adversaires. Ainsi , j'accepte la question comme ils l'ont posée , et je passe condamnation sur les points fondamentaux de la querelle dont vous êtes le sujet. Par conséquent, je vous

(t) La charité comuiente par la maison.

reconnais pour le pouvoir invisible qui domine et subjugue tout dans in monarchie; Je tiens pour incontestable qu'il ne resie plus de vivant parmi nous que votre autorité, de règles certaines que votre bon plaisir. En un mol, vous faites en robe longue ce (|ue le peuple souverain et Buonaparle ont fait en robe courte. Voilà (jui est convenu; je ne veux plus avoir de dispute là dessus avec les écrivains rcvolnlionnaires : j'adoplo leur opinion sur votre pouvoir absolu.

En partant de là, je commence par vous faire éprouver les incommodités de la grandeur, en vous demandant une charge de CONSEILLER en vos conseils. Je me sens d'autant plus capable de la bien remplir, (jue , depuis nombre d'années, je note une foule de choses qui ne vont pas comme 'e voudrais , et auxquelles il me paraît urgent de remédier. Car si l'anarchie qui nous envahit de mille côtes , continue de faire des progrès ; si l'on donne à la discorde le temps d'armer les nombreuses recrues que la liberté de la presse lui amène de toutes parts; si le dëmon des révolutions, qui frémit de rage et d'impatience, vient à rompre le peu de barreaux qui le sépare de nous , il est clair que votre mission ne tardera pas à cesser avec bien d'autres fonctions qui tiennent à la vie de la religion et du corps social.

Toutefois , mes re'verends Pères , il en est temps encore. Les cœurs de 1814 sont toujours là; il n'y a de perverti que les ide'es j il n'y a de maladie véritable que dans les esprits. La religion et la royauté sont d(>jà revenues de loin , parce qu'elles ont des racines plus fortes et plus profondes que l'anarchie; et qu'après le désordre des tempêtes, la mer agite'e finit toujours par redevenir la mer calme. Ne desespe'rez de rien ; e'coutez seulement mes CONSEILS; et dussiez-vous n'en suivre que la moitié' , soyez sûrs que les espe'rances des gens de bien ne larderont pas à revivre.

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