‹ Le collége de mon filsChapitre 22 sur 34 · CONSEIL · texte numérisé non relu

CONSEIL

On combat les raisons que les jésuites peuvent avoir pour se tenir à l'écart , et on prouve que cette existence myste'rieuse ne convient ni à leur caractère ni à leur mission.

Mes révérends Pères, vos ennemis vous reprochent de vivre en France dans une espèce d'état clandestin. A votre place, je ne voudrais point leur laisser ce prétexte d'accusation. Tous les honnêtes gens du royaunoe ont intérêt coraine vous à ce qu'une prévention pareille soit promptement détruite. Car voyez à quoi elle les expose : personne n'ignore que notre tolérance religieuse et politique s'étend jusqu'à l'athéisme et au régicide. Que ne serait-on pas autorisé à penser de nous, si la seule exception quon nous y verrait mettre continuait de tomber sur les jésuites? Quoi !

(lirait-on, cesindulgens philosophes qui supporienl si bien tous les vices et toutes les impiéiés^ n^»Tt4e rieiijeJuirs-^ eaierce^ qwf qo^ire les vertus religieuses et les pieux travaux! quoi ! ils vivent en paix avec les ennemis de l'uutel et du trône j avec les auteurs de la Minert^e et du Constitutionnel ; avec les juges de Louis XVI et du duc d'Enghien- avec les doctrines qui ont tué le duc de Berrij avec Iqs collègues de Roberspierre et de Fouquier- Tinvillej avec les licteurs du Temple et des autres prisons ! et quand il s'agit dé quelques religieux qui viennent leur apporter la morale chrétienne , les ordres du Ciel et la parole de vie , cette tolérance si merveilleuse recule tout à coup 1 Elle qui n'avait d'exceptions pour personne «gt de bornes poiur rien, voilà qu'elle s'jarrêtfi devant le? jésuites! c'est à leur sujet que les alarmes naisseat, c'est par eux que les scrupules commencent !

En faudrait-il davantage, mes révérends Pères, pour nous couvrir de mépris et de ridicule? Combien notre caractère n'aurait-ii pas à souffrir d'uu pareil excès de contradiction et de folie ? qui n'aurait pas le droit de nous prendre pour la nation du monde la plus déj)Ourvue de sens et de justice? Cependant , veuillez faire

une réflexion loiile simple : si vous continuez d'agir avec une timidité de proscrits, certainement il n'y aura nul moyen d'expliquer la chose autrement qu'à noire très-grande honte. On nous soupçonnera d'avoir l'esprit et le cœur pervertis; on nous croira capables d'une persécution atroce; en un mot , on dira que c'est notre méchanceté qui vous fait peur, et que vous nous prenez toujours pour la nation de 1795. Or, vous sentez que tout ce qui pourrait, de voire pan, donner lieu à des pensées aussi fâcheuses, nous ferait un tort iufini. Notre caractère n'en relèverait jamais. On ne manquerait pas de nous opposer la conduite des sauvages de vos anciennes missipns, qui , bien loin d'être disposés à vous persécuter de la sorte, vous gardent un souvenir éternel de reconnaissance et d'afibctiou. Or, nous ne voulons point qu'on nous soupçonne de valoir moins qu'eux. Far eonséquent, nous avons à cœur de démentir, par noire modération , l'épouvantable idée que les journaux révolutionnaires cherchent à donner de nos mœurs et de notre perversité.

Si vous partagez l'injurieuse opinion dont ils flétrissent notre caractère, c'est réellement faute d'y réfléchir. Innocens comme vous

l'êlGS ile toul reproche et de toute faute, quel- ]çj5, insultes pourriez-vous craindre dani; un roy:auine où tant de mille fronts chargés de eûmes pardonnes , rayonnent de calme fèt d'impunité? Comment n'auriez-vous pas le dijoit de. porter la parole en faveur de la celigioii,,iche;*.;un pe.uple .où tout peut, se .dire, d^nSijles journaux comme darts^es. livres ^r:«h faveur dé ri.i}»piété,?:Qui.doinc oserait vous jeter la première pierre, là où personne nê^Siongè à la jeter. ni aux anciens meurtriers, ni. aux voVeurs gorgés de confi.scatiQiis,, ni aux écrivains révolutionnaires, ni aux corrupteurs de la morale publique ? viV-qui avez- vous jamais ov>ï dire qu'il soit.rie,iîi; arrivé de fâcheux à un pprte-piqn,e,,du roaôût , à un sicaire des Carmes ou de l'Abbaye ,;: à yn amnistié des glacières, d'Avigpoi^ s à un .(commissaire ordonnateur du 2 septembre ?. ,

Je sais bien qu'on Cbercheài vous intimider ciX afTpctant de dire qu'on sç irappellfi deux ou trois jésuites qui enseignaient une Wiorale relâchée dans le seizième siècle. Mtiis' ce sont des gens qui se moquent du monde. Non, mes révérendsPères , non, il n'est pasvraiqu'on se souvienne en France des petits péchés éteints par une prescription de trois cents ans. On ne

s'y souvienl pas même des plus énormes crimes de notre temps. Si notre nation avait une aussi bonne mémoire qu'on le prétend , elle aurait bien assez de quoi l'exercer, vraiment, sans l'envoyer se perdre dans les obscurités du temps passé. Mais je vous assure que cette mémoire ne;s'exerce sur rien^ et que si l'oti nous parle dé quelques anciens jésuites, 'C'est évidemment pour faire prendre unb 'fausse route à nos souvenirs. Nous avons trop de nouveaux comptes ouverts pour nous occuper ainsi des vieux.

Rendez -nous donc plus de justice ; et re levez-nous d'un soupçon que nous méritons si peu. C'est nous connaître bien mal que do nous croire l'âme vindicative. Et quand nous l'aurions, en quoi cela pourrait-il vous regarder? Mais, je vous le répète, il n'en est point ainsi. Nous n'en voulons pas le moins du monde aux gens que nous savons être les plus criminels j ils jouissent d'une paix profonde. Comment donc serions-nous capables de haïr ceux que nous savons être les plus innocens ? Nous trouvons de la tolérance pour tous les genres de désordres moraux et politiques , pour les factieux , pour les incrédules , poui leB-débitans de poisons et de livres impies ;

n'eat-cc pas la moindre chose que nous en trouvions aussi un peu en faveur du zèle apostolique et des sentimens de piété des jésuites? Encore une fois, vous nous faites injure en paraissant vous méfier de notre respect pour vos vertus religieuses et pour vos droits civils. Vous êtes trompés là-dessus par la clameur des journaux révolutionnaires. Mais laissez-les direj ils nous font plus de tort qu'à vous , puisque la part qui vous revient de tout cela vaut mieux nécessairement que le rôle de persécuteurs qu'on nous attribue. Ce serait donc nous rendre service que de nous aider, par des marques de confiance, à effacer une impression qui nous est évidemment si nuisible.

De votre côté, mes révérends Pères, il ne vous est point avantageux de demeurer cachés sous l'enveloppe mystérieuse qui vous dérobe à tous les regards. Vous êtes très-bons à montrer à vos amis et à vos ennemis. Aussi long- temps que vous resterez dans cet état mixte qui n'est ni la guerre ni la paix , ni la mort ni la vie , la génération actuelle, qui vous repousse avec son bâton d'aveugle , n'aura point occasion d'admirer ce caractère natif du jésuite, qui se joue si noblement des dan-

gers, de la perséciuion et fin mariyie. A Dieu ne plaise que la France ail jamais des> palmes de délie espèce à vous offrir! Mais à Dieu ne plaise aussi qu'il y ail jamais des jésuites capables de les éviler! Ils auraient perdu ee que l'on connaît de plus beau dans leur vocation': le courage héroïque! des soldats de la foi ^ l'abnégation complèle de soi-même et l'esprit de la sainte devisé : Pour la plus grande gloire de Dieu. Quand on a toujours bravé, comme vous, les périls sur mer et sur lierre; quand oh a fourni sept ou huit mille martyrs auX diverses régions du globe, on dmt savoir braver la haine et l'impiété de quelques écrivains révoUilionnaires. Que Vous ne répondiez point il leurs furibondes menaces, rien de pins naturel ; votre illustre fondateur vous l'a défendu. Que vous oyez pu trembler devant la face d'un sôiid'an qui livrait le dernier rejeton dIesCondé à la hache de ses licteurs, le dnc de Rivière à- ses sa^telliles , et Ici souverain pontife à ses gendarmes, cela se conçoit encore d'autant mieux , que 1^ sacrifice de vos jours eût alors été en pure perte poaF l'objet die votre raissifon. Mais les temps sont changés dans le royaHme de saint Louis. Les héritiers de sbu' nonnoi glorieux ont fburni trop de

martyrs à l'impiété de noire siècle pour n'ctrc pas touchés de pitié à la vue de ceux qui font profession de souffrir pour la cause de Dieu et des rois.

Si vous n'étiez en France, mes révérends Pères , que pour y jouir d'un droit individuel , et pour faire constater qu'il n'appartient à personne de vous en priver, cela ne nous apprendrait rienj tout le monde le sait j et la preuve que vos ennemis ne l'ignorent pas non plus , c'est qu'ils ne procèdent contre vous que par des soulèvemens séditieux et par des coups de révolution. Mais vous avez des devoirs à remplir, des secours religieux à nous donner, une mission sainte à nous faire reconnaître. Dans un pays de franchises où les les professions les plus nuisibles et les plus révolulionnaires s'exercent impunément, rien ne saurait vous empêcher d'exercer la vôtre au profit des mœurs , au profil du bien public , au profil de la religion et de la monarchie. Un artisan de discordes, un journaliste factieux, un entrepreneur de débauche et de corruption, tout cela marche tête haute et passe sans difficulté. Est-ce donc irop prétendre que d'en conclure , comme je le fais, mes révérends Pères, que l'esprit de paix et de charité, que l'amour de l'ordre,

que les leçons de sagesse et la parole de Dieu ont également le droit de passer? --^^^-u^sc Oui , je vous l'assure, quoique bien déréglés dans nos principes, bien pervertis dans nos pensées , bien agiles par l'esprit de Jansénius et de Calvin, nous conservons encore assez de pudeur pour n'oser partager hautement les passions et les fureurs de cette vingtaine d'écrivains révolutionnaires qui font spéculation de vous persécuter. Paraissez donc sans inquiétude, sous votre vrai nom , et dans les chaires évangéliques, et dans les confessionnaux, et dans DOS écoles d'enseignement, et partout où nous avons si grand besoin du secours des idées religieuses , de votre science à la fois chrétienne et monarchique, pour nous aider à combattre cette longue maladie de trenie-cinq ans qui menace toujours de nous emporter.

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