‹ Le collége de mon filsChapitre 23 sur 34 · CONSEIL IL · texte numérisé non relu

CONSEIL IL

Si les jésuites ont occasion de faire usage cfes mots union ei oubli, on leur conseille de pre'fe'rer le système-des révolutionnaires, qui est l'union $ans oubli, au sj^stèoie des royalistes ,, qui est Vou-bli sans union.

Mes révérends Pères, dans je ne sais quel Mémoire ou qiieA3Iémonal, on attribue à Bnonaparte un mot où J6 ne reconnais point la sagacité de son eispriD.i Ora kii fait dire que les sentimens politiques sont invariablement arrêtés; que ce qui est blanc restera blanc, et que le noir restera noir. Son jugement làdessus, si tant est que ce mol vienne de lui, prouverait une chose : c'est qu'il aurait beaucoup mieux connu les cœurs révolutionnaires que l'esprit royaliste. En effet, le blanc n'est point déterminé chez les royalistes comme le noir chez les révolutionnaires. Ces derniers n'ont pas une seule contradiction, pas une seule variante ni un seul pas rétrograde à se reprocher : ils sont et demeureront tels que

la restauration les a trouvés; ennemis de la légitimité religieuse et monarchique, ennemis de la dynastie qu'ils avaient proscrite, ennemis des royalistes qui lui restent fidèles.

A la vérité, ils ont paru accepter, dans le commencement , l'article du traité de paix renfermé dans les d«ux mots union et oubli; mais c'était par bénéfice d'inventaire, c'est àdire à condition que tout le monde se ferait révolutionnaire pour opérer VunioUj et que tous leurs crimes politiques seraient regardés comme non avenus pour opérer Voubli.' C'était si bien là ce qu'ils entendaient , qu'on est encore à chercher une parole on une action de leur part, dont on puisse déduire l'apparence d'un regret ou la pensée d'une concession en faveur de la royauté; au contraire, ils ont toujours dit aux autres : Vous viendrez à nous sous peine d'anarchie, de haine et de guerre éternelles; les choses demeureront dans l'état où nous les avons mises; le lit de la révolution restera comme nous l'avons fait. S'ils n'ont pas adopté hautement la fameuse devise : Sint ut sunt, aut non sint, c'est qu'ils l'attribuent à un général des jé^ suites. Mais il est aisé de voir qu'ils la trouvent fort bonne dans la pratique.

A chaque pas que la monarchie a voulu faire vers la répara lio» , ils l'ont arrêtée par (les cris de fureur j ils lui ont dispute le terrain pied à pied, et contesté le droit d'effacer aucune trace de mal. Quels jugemens et quels reproches n'a -t- elle pas eu à subir de leur party avant d'obtenir la main-levée des confiscations révolutionnaires ! Avec quelle cruauté n'ont-ils pas retourné le poignard dans le sein des émigrés, en leur délivrant, comme une espèce d'aumône, cette indemnité si regrettée, qui n'a pas seulement osé prendre son vrai nom de restitution l Avec quelle attention ne veillent-ils pas à ce que le sacerdoce ne puisse se relever de l'état de misère et d'avilissement où ils l'ont réduit; à ce que la religion ne sorte point de sa vallée de larmes et de son lit de douleur j enfin , à ce que rien de boii ne reprenne racine dans l'esprit et dans le cœur des peuples!

Non, la révolution n'entend rien perdre ni rien céder; elle entend, au contraire, que tout lui revienne et s'unisse à elle, Parle-t-on d'un professeur dont le diplôme n'est pas visé par /e Constitutionnel^ on le repousse, on le signale comme un ennemi, et il n'obtient son exequatur qu'à main armée. Un député ar-

j5 rive-t-il à la' Chambre sans de bons certificats de civjsme délivres par les radicaux de son déparlemcni, on querelle son élection. Elle est viciée par la fraude, dit le Courrier français; elle est antirnalionale , ajoutent les autres journaux de Tanarehie. Un soug-préfet'se trouve-t-il clioisi hors' de ki classe;dès auditeurs de Biionaparte,- ou des familles tihé^s parla révolution , une rumeur dé' plaintes et de reproches' s'élève de tous côtés con.tre cette espèce d'usarpaiioTii Une modiquef-pension est-elle accordée à l,a veuve d'uii soldat vendéen V'On est obligé de 's'eni caolier^'^ciur ne point:eniendre ilirelque c^est^ un vol fait'aux brawfts' i^îfenseurs de: là ^ati^îeij- car) 'la pairie est toujours là: pour chercher dl3i»'tttfe 'à la royauté. Enfin, il n'est pas un acte de justice oa de réparation , paSAine idée r'éljgieus« ou monarchique, pas un g)erme de bie^û que l-ennemi laisse passer.iimpmnément. ïj'iintérêi des siens est le seul légitime; -il n'y a de pensions bien placées quel sur-leurs têtes, d'emplois mérités que parieux, d'avantages bien acquis qu.« ceux dont ils jouissent , de li-tres irréprochables que les- titres originaires de la révolulion; j!> tt)l'\\'v)i"\ i\o\Aivvji\t)- :

Au demeurant, il faut que ce système soit

refonde sur de bons calculs , car il réussit audelà de toulc croyance. Sans avoir jamais éprouvé aucune défection dans son propre cam\p, le parti révolutionnaire a lellement recruté dans celui des royalistes, qu'il arrive peu à peu à cette union dont j'ai parlé plus haut, et qui<;onsiste à faire passer de la bojane causie dans la mauvaise , les forces que la raonarchi« avait retrouvées. iChose presque mer~ veilleuse ! un si grajad succès ne lui coûte pas le moindre sacrifice e ta hh^ oubli. C'est en disant des injures aux royalistes , qu'il les gangue et les ûitire. Il ne cesse de les avenir qu'il n'oublie rien , et que sa haine contre eux est inexorable. Tantôt ii leur lance un Dictionnuire des girouettes, pour châtier en eux le ridicule de la fidélité; tantôt des biographies on il récapitule tous ses griefs, tous ses dé^ dains, toutes ses causes de haine et de mépris. Chaque jour il retrouve à leur charge quelques vieux souvenirs dcsobligeans, quelque anecdote injurieuse qui dormait dans la ])rescription. En un mot, il les ravale par les comparaisons les plus mortifiantes; il les abreuve de dérision et d'outrages; il les traite de génération éteinte, de caste dégénérée. Tout cela n'y fait rien : plus il les humilie,

t5 plus il les trouve disposés à rechercher son alliance , et à former le honteux pacte d'union où il les'atiend dédaigneusement. Après toul> il serait bien bon de faire pour eux d'^autres frais de rapprochement, puisque ceux-là suffiseni j puisqu'ils ne l'empêchent pas du moins de voir les plus notables déserteurs de la monarchie quitter les preraiers rangs |du parti royaliste, pour aller se mettre à la t[ueuë du parti révolutionnaire.

J'en viens de dire assez, m«s révérends Pères, pour montrer les avantages du système ^' union si^jiis oubli. Voyons maintenant ce-ux qui p,€U-vent être attachés au système (ïoubli sans union.

D'abord, je n'y découvre rien qui paraisse favorable aux royalistes, sous le rapport de l'ambition et de i'honneur. Ils ne doivent pas ignorer que tous les bons post-es du parti tévoluiionnaire sont occupés , et qu'il n'est pas assez dupe pour les céder. Il les gardera donc, non seulement à vie, mais de génération en génération, parce qu'il forme le premier noyau de ^la race pure des libéraux , et que la révolution lui a créé une sorte de droit d'aînesse . dont il ne doit pas le sacrifice aux derniers venus «i aux traînards. D'ailleurs ^ les grands

i.$ caraclères , les: grandes vocations ne se font jViïiai^ attendre; et quand vous voyez des noms qui, dès l'origine, ont pris date certaine dans un parti, vous pouvez être sûrs qu'ils y resteront sur la liste des patriciens , et qu'ils sauront soutenir

Le droit qu'un esprit va&te et ferme en ses desseins, A sur l'esprit grossier des vulgaires humains.

Ainsi, tout est décidé là-dessus pour les pauvres transfuges de Ja cause royale qui s'avisent si. tard de passer dans le camp ennemi; Tous les beaux grades y sont distribués^ tout ce qu'il y a de bon est pris ou retenu. Les retardataires ne. peuvent être mis qu'à la queue, et il faut convenir que c'est assez leur place. .

Peut-être direz-vous, mes révérends Pères, que ce mauvais petit poste ne mérite pas d'être acheté par l'oubli de tous les affronts, et encore moins par celui de tous les crimes passés qui devraient le rendre si odieux ; j'en demeure d'accord j et moi-même j'ai long-temps cherché à m'expliquer un pareil phénomène de niaiserie. Mais, à la fin, voici ce que j'ai trouvé d'avantageux dans ce triste marché.

Sans doute on y perd sa considération, sa

'7 pudeur, ses droits acquis, l'honneur d'appartenir à la classe des gens de bien ; à la vérité encore , quand on songe que ce qu'il peut arriver de mieux dans la nouvelle posiiion qu'on cherche, c'est de n'y mériter aucune faveur ni aucune distinction, cela forme un assez mauvais échange et un sacrifice en pure perte. Mais on sort d'un parti qui ne sait ni se maintenir en état d'union^ ni défendre son terrain, ni faire valoir sa supériorité , pour entrer dans une famille étroitement unie, qui entend merveilleusement ses affaires , qui possède l'art de diviser pour dominer, et chez laquelle enfin la science de l'intérêt est poussée au dernier degré de perfection. On passe de ce côté-là, par paresse d'esprit et de cœur, pour y trouver un peu de repos , pour faire cesser la persécution révolutionnaire dont on est fatigué, pour se rassurer du moins , par c;nie espèce d'enrôlement, contre les hostilités d'une faction qui ne laisse respirer ses ennemis que quand elle les lient bien serrés dans ses pièges , bien compromis aux yeux de Dieu et des hommes, bien enfoncés dans la complicité.

Oui , mes révérends Pères , telle est la principale cause de ces criantes désertions qui étonnent le monde et révoltent la raison. C'est

poiit'^ë pUtSf'entblîdrc parlèt^ de Heii cjtie les rrtyalfsles cOHi^énlieHt si facilemetil à ibul oublier; c'est pour obtenir qu'on leur passe quelques légères inconséquences , quelques petits rMiculespëUt-êiro, qu'ils passfetii les seiiflrtiens lei= plus horribles, lés crimes îes pluis étionijes i en un mot, (i'ést pour qtte la i'évoliUion les laisse tranquilles sur leurs prirlcipèà religieux et ihonarchi('|ues, <Jli'ils se rendeiit vôlonlaireuient solidaires j^our elle, et dés horVéu^S passées el des horreurs à venir. Un bon syslètft'è (ïiihion entre eui les dispenserait d'oublier aussi lâchement 'ce que tout au ^luS ils sont obligés de pardonner; mais c'est un^ de ces clioses que tout le moade né sait pas comprendre, el auxquelles les niais seront toujours pris.

A présent , mes révérends Pères, voici de quelle manière j'entends qùeV'exktnpleé' union sans oubli j donné pnr la faction tévoiuiionnaire, pourrait être bon à suivre et à recommander aux royalistes. Certainement , je ne les engage j^as à recruter parmi les libéraux, comme les libéraux recrutent parmi eux : en supposant que ces acquisitions fassent possibles, elles seraient de trop itiauvaiîiè qualité. Mais une tâcht; plus digne d'eux , Cl qui serait

'9 sr.ffisante, serait d'arrêter le cours des défeC' lions qu'ils éprouvent , et de ramener ceux de leuis (icserteiirs qui ne sont pas engagés sans retour dans l.es voies révolutionnaires.

Quant à l'oubli ) je pense qu'ils n'ont rien de paieux à faire qi^e d'imiter là-dessus la coaduite de leurs ennemis >:• ceux-ci ont la mémoire excessivement vivace à l'égard des autres j il faut leur rendre la pareille, et ils finiront sûrement par se dégoûter de cet échange de souvenirs. Quand ilsserpnt ennuyés de n'y point trouver leur compte , et qu'ils demanderont à rompre le marché , on verra ce qu'il y aura moyen de faire pour eux.

CONSEIL m.

Oa demande aux je'suites nue preuve de leur charité' chrétienne en faveur du parti révolutionnaire, qui aura bientôt grand besoin du secours de leurs doctrines religieuses.

Des dieux que nous servons connais la différence; Les tiens t'ont commandé le meurtre, la vengeance; £t le mien, qnand Ion bras cherche à m'assassiner. M'ordonne de te plaindre et de te pardonner.

C'est là une irès-belle réponse à faire à vos ennemis , mes révérends Pères. Elle est si conforme à l'esprit qui vous anime, que je n'ai point la prétention de vous la dicter. Je suis sûr que vos prières ont devancé là -dessus, depuis long- temps, les conseils que je puis vous donner. Mais il est des points difficiles à observer du fond de vos solitudes , et sur lesquels vous me saurez gré peut-être de stimuler voire charité envers ceux qui vous persécutent.

Fort heureusement , on connaît peu de méthodes à l'usage des révolutions. Ce sont toujours les mêmes ressorts qui servent , les

mêmes élémens remis en^fermeniation ; loujours l'unique ressource d'offrir, à ceux qui ne possèdent point, la perspective de faire fortune à bon marché. D'où il résulte que le problême à résoudre est de remplir les mains qui sont vides et de vider celles qui sont pleines, ainsi qu'il est dit dans le verset de l'Ecriture: Esurientes imples^it bonis, et dwites dimisit inanes , passage qu'on serait tenté de prendre pour une description générale des révolutions.

Or, à coup sûr, les/tnains révolutionnaires sont aujourd'hui ce qu'il y aurait de meilleur à faire vider. Celles du clergé, d'abord, sont très-peu garnies ; il est devenu , en quelque façon , le Bias de notre siècle ; et s'il arrive malheur, il ne sera point embarrassé non plus pour emporter avec lui tout ce qu'il possède. Quant à l'ancienne noblesse, il est vrai qu'on oublierait volontiers à son préjudice , l'axiome de non bis in idem; mais son pauvre milliard n'est pas encore dans ses poches j tandis que les biens dont il est la monnaie, sont au soleil entre les mains des libéraux. Ces derniers donc forment présentement l.i classe dans laquelle il y aurait le plus à prendre. De manière que c'est pour eux qu'il fnui

désoritifiis prier le Ciel de ne point envoyer les nouvelles révolutions qu'ils lui demandent dans leur aveuglement.

Et qu'ils n'aillent pas se flatter que le fléau passerait à côté d'eux , pour chercher plus loin les victimes qu'ils lui marquent d'avance du sceau de leur haine et de leur colère. On a vu des révolutionnaires plus grands seigneurs qu'eux, des révolulionnaires ayant châteaux et palais , qui se croyaient fort en sûreté aussi dans les retrancheraens de l'anarchie. Saturne a bien su les y trouver pour les dévorer, parce qu'ils avaient ce qui fait toujours la matière des proscriptions et des mauvaises querelles? un riche butin , des dépouilles opimes à offrir à ceux qui ne cherchaient rien de plus, La multitude qu'on appelle aux révolutions n'y va guère que pour la curée. Elle est comme ce médecin de la comédie qu'on a mandé auprès d'un homme qui se trouve n'avoir point besoin de lui quand il arrive, w Arrangez-vous « comme vous voudrez, dit-il, mais puisque « vous m'aveï fait venir, il me faut absolu- <' ment un malade. »

Les gens de peine de l'anarchie n'entendent pas non plus qu'on les dérange pour rien, Lhonnour des principes libéraux Ti'esi point

(lu loiii ce.gui les <)t:pi».po. Ils veulent d^j ii^lériei , de refîbciil j cm un mot , il leur faut ^l^^olumeni des içnalades; des malades comme vous voudrez, mais des malades payans. Qu'on soi;, de lu classe révolutionnaire ou des autres, peu impolie, pourviA qu'on soit de la classe ,(,îics riches t O,^, il ^st ce<,tain que les libéraux sont ceux qui remplissent le mieux cette ,derr nière condiljon depuis i^ne ^rcnlaine d'années. 4)insi ,, dans loule entreprise où il s'agira de déplacer la possession et l'argepi , les risques serpai né,cessairenient plus grands pour eux que pour les autres. Vous, par exemple, mes révérends Pères, je suis sûr, quoi qu'on eu dise, qu'eutr<î vous et tout le clergé séculie» du royaume, vous n'auriez pas à versera la masse, dans une révolution, autaiii que deux ou trois fournisseurs de vivres et foutirage^ qu'on pourrait nommer ici en toutes lettres.

Je sais bien qu'il n'entre pas da^js l<es vues du parti révolutionnaire que les choses eii viennent là tout à fait. Mais il se tronipciforî s'il iawgine qu'on ira lui en demander la permission. Je ne veux pour preuve du contraire , que ce qui est arrivé dans son essai d'anarchie du 17 avril. Certainement, il n'avait commandé qu'une illumination pure et sim-

pic pour commencer. C'était une espèce d'impromptu dans lequel il se trouvait pris de court j et comme il n'avait rien préparé pour aller plus loin, son intention était bien réellement d'ajourner le surplus. Tous les initiés en conviennent; et quand ils ne l'avoueraient pas, on sent assez qu'il n'avait point eu le temps de régler la marche de ses insurgés pour une expédition complète. Ils le contrarièrent donc par leur précipitation et leur impatience. Dans le fait, pour des gens qui n'avaient reçu de mot d'ordre et de permission que pour illuminer, ils firent un chemin énorme. Le hasard ayant voulu que je me trouvasse engouffré au milieu d'eux , je puis vous en donner des nouvelles.

Déjà ils avaient atteint un degré de chaleur et d'exaltation qui rappelait les saturnales du 6 octobre 1789. A la vérité, ils ne massacraient point encore les agens de la force publique, comme on avait massacré précédemment les gardes du corps de Louis XVI au pied des escaliers de Versailles; mais cela ne tenait qu'à un effort presque surnaturel de modération et de patience de la part d'une 'troupe qui avait reçu l'ordre, apparemment, de laisser passer cet orage sans rien examiner.

Ce qui est certain, c'est que du côlé de la masse anarchique , qui paraissait chercher les aventures, rien ne manquait à la provocation j et que si l'on n'en vint pas aux grandes affaires , il n'y eut nullement de sa faute. On peut dire la même chose de ce qui n'arriva point aux honnêtes gens qui se trouvèrent engagés dans ce mouvement sinistre. Leur seule prudence ou leur timidité les préserva des querelles révolutionnaires qu'on leur cherchait de tous côtés. Il semblait que les jours de la lanterne fussent revenus pour eux. On les examinait d'aussi près que les anciens suspects désignés sous le nom à' aristocrates, et dont les tribunaux des rues s'emparaient au premier signal. On interrogeait, pour ainsi dire, les robes et les habits, les chapeaux et les schals, comme pour deviner les opinions politiques de ceux qui les portaient; et pour peu que les apparences fussent jugées contraires à l'esprit d'insurrection , des pluies de feu s'y attachaient avec tous les accompagnemens d'une licence de saturnales. Enfin, remarquez ce que la multitude avait ajouté d'elle-même aux instructions des chefs qui l'avaient mise en mouvement : déjà , dans ses discours , elle distribuait le royaume à plu-

bicius nouvelles dynasties siir desquelles heureusemcnl elle ne s'accordait point encore. Seulement, il éinit aisé devoir qu'elle n'avait point reçu de leçons en faveur de la légiiiaiité- Vous voyez donc bien , mes révérends Pères , que les chefs du parli anarchique se trouvent emportés, bon gré mal gré, beaucoup au de-là des liunies qu'il peut leur convenir de marquer; au moins puis-je vous assurer que, dans leur coup d'essai du 17 avril , ils se virent dépassés des trois quarts du chemin , par la masse des séditieux subalternes. En vain les rédacteurs en chef des quatre journaux révolutionnaires de la capitale se fussent présentés ce jour-là, montés sur leur char de la raison, pour faire entendre quelques paroles d'ordre à leurs insurgés, il n'aurait nullement dépendu d'eux de modérer l'impétuosité du torrent. On aurait eu beau crier à la multitude - Mais prenez donc garde, c'est le Constitutionnel (\{\\ passe , c'est le Journal des Débats y c'est le Journal du Commerce et le Courrier français , leurs chevaux eussent probablement partagé avec ceux des gendarmes , l'odeur de la poudre des mousquets ainsi que les pluies de feu et de pétards. D'où je conclus que nos grands artisans de révolutions sont bien maî-

très de déchaîner leurs dogues, mais point de les retenir; d'allumer des incendies, mais point de les éteindre.

C'est donc à eux que vous rendrez particulièrement service , mes révérends Pères , en travaillant à rétablir parmi nous les salutaires doctrines snr lesquelles repose l'ordre social. Nous en profilerons sans doute par contrecoup; mais bien moins que ceux qui sont devenus les heureux de ce monde. Car, comme on dit, on ne peut demander qu'aux riches; et il se trouve que les révolutions n'ont presque plus rien à prendre que chez leurs amis. Vraimerit, ceux-ci sont bien aveugles et bien ingrats de vous repousser si rudement et si fièrement. Il faut qu'ils n'aient pas le sens commun pour ne point voir que les bienfaits de la religion sont maintenant la seule chose qui leur manque. A présent que , du côté des biens temporels, ils sont pourvus mille fois au delà des pauvres amis de l'ordre ,> qu'ontils de mieux à faire que de mettre leurs provisions sous la garde de Dieu et de la paix publique? Devraient-ils attendre, pour faire ces réflexions, qu'elles leur vinssent de la part de ceux qui n'ont presque plus rien à faire protéger dans ce bas monde par les idées religieuses?

?.8 Ah ! qu'à leur place j'aimerais les jésuiies el tous les autres organes de la morale chrélienne! que je trouverais d'avantages cl de plaisir à les voir entreprendre de me sauver des révolutions! On paie très-cher des chani- Ijres d'assurance qui ne mettent que les propriétés à l'abri du feu du ciel et des tempêtes de la mer : la chambre d'assurance des jésuites n'est pas seulement préférable parce qu'elle ne coûte rien, mais surtout parce qu'elle répond à la fois des personnes et des propriétés contre des fléaux bien autrement dangereux que les naufrages et les incendies ordinaires. Non, réellement , je ne dormirais bien qu'à côté d'elle, avec des poches et des mains aussi pleines que celles des libéraux. Elle seule me rassurerait au milieu de tant d'esprits exaltés par l'anarchie, et livrés, faute de frein religieux, à la tentation d'imiter les grands maîtres qui ont fait fortune en déplaçant tout simplement la propriété.

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