CONSEIL V
On découvre aux je'suites ce que le caractère connu des e'crivains révolutionnaires peut offrir de ressources contre les effets de leur inalveii lance.
Ces espriu dont on nous faît peur ■' ' Sont les meilleures gens dii mov^fe^
Les écrivains révolutionnaires n'ont pas le caractère aussi vigoureux qu'on se l'imagine communément. Ils sont même disposés quelquefois à reconnaître que la religion a de beaux côtés. C'est ainsi, mes révérends Pères, qu'on les a vus en i8i4» et à la seconde restauration, en i8i5, admettre ouvertement le principe : Hors l'Eglise, point de salut. Maîtres alors de choisir les moyens de sûreté qui leur étaient conseillés par les battemens de leur conscience, ils pouvaient à volonté prendre la plume, les armes ou la fuite. Or, ce ne fut à aucune de ces trois ressources qu'ils songèrent à recourir. Après qu'ils eurent examiné ce qu'il y a généralement de
plus propre à imprimer le respect, à calmer les ressentimcns , à détourner les vengeances et même les soupçons, on les vit affluer dans le pieux quartier du cloître Notre-Dame et dans les divers élablissemens religieux de la capitale j frappant ainsi, de leur propre mouvement, à toutes les portes de la charité chré tienne, et cherchant près des autels un repos que la philosophie révolutionnaire commençtiit à leur refuser.
Ce n'est point, assurément, pour leur en faire un reproche; mais qu'il soit permis de conislaler en faveur du parti-prêtre, les hommages involontaires qui lui sont quelquefois rendus par ses plus mortels ennemis. Ceux-ci, comme vous voyez , savent fort bien le retrouver quand la victoire se retire de leurs mains, quand l'orgueil les quitte momentanément, et qu'ils ont des marques particulières de confiance à donner. C'est auprès de lui qu'ils vont chercher du secours ; c'est sur lui qu'ils comptent le plus pour l'oubli des injures; en un mot, c'est vers l'Eglise que leur conscience les pousse lorsqu'ils ont besoin de paraître honnêtes gens. Alors ils ne menacent point l'autel de le renverser; ils lui demandent sa protection; ils y cherchent un asile; une sorle
(l'insiinci de respeci, c{ui les gouverne malgré eux , leur indique naturellement ce refuge comme le plus propre à désarmer les vengeances de la terre, et à demander grâce pour les malheureux. Alors ils ne font point de Mémoires à consulter, point de pétitions contre l'autorité de l'Eglise romaine. Ils acceptent ses indulgences, et les trouvent parfaitement à leur gré. Peut-être même vont-ils jusqu'à reconnaître intérieurement que c'est une belle invention.
Et remarquez, en passant, combien l'humilité chrétienne réussit quelquefois mieux que l'orgueil philosophique. Celui-ci conseillait sûrement aux grands cœurs dont il s'agit, de ne demander ni grâce ni quartier à la restauration. Il s'opposait de tout son pouvoir à ce qu'ils se rachetassent au prix d'un tel hommage ; à ce qu'ils allassent en quelque sorte fléchir le genou devant une Notre-Dame de la délivrande. Eh bien, au risque de subir momentanément des préjugés vulgaires , ils consentirent à recourir, dans cette adversité, aux distributeurs ordinaires des indulgences et du pardon. Pensez-vous que leur force ordinaire d'esprit les eût mieux servis? Pour moi, je trouve qu'ils firent très-bien d'aecor-
der au parti-prêtre celle marque d'esiime et de confiance. Quand cela ne serviiaii qu'à prouver au besoin qu'ils pensent de lui beaucoup mieux qu'ils n'en parlent, ce serait toujours une chose bonne à retenir.
Du reste, ne donnons pas à ce fait particulier plus d'importance qu'il n'en mérite j contentons-ijous de le faire servir à fixer le point de départ d'où les factieux sont arrivés à ce haut degré de confiance , à cette espèce d'état d'ovation dont le cloître Notre-Dame les a vus si loin.
A cette époque donc ils étaient réduits à la condition de supplians et au droit d'asile des autels. Ils bornaient leurs timides vœux à ce que le souvenir du passé ne leur fût pas trop sévère. Quelle capitulation ne leur eût paru bonne à signer, dans ces jours de résignation et d'anxiété! quelles conditions d'amnislie ne leur eussent convenu ! Et pourtant c'est de là qu'ils sont partis pour venir tourmenter le gouvernement royal de leurs plaintes séditieuses, de leurs leçons révolutionnaires, pour lui disputer ses droits et dicter ses devoirs ! c'est de ce degré d'humilité si peu reconnaissable sur leurs fronts d'aujourd'hui , qu'on les a vus monter ensuite d'impunités en impuni-
tés , jusqu'à ce deinîer degré d'audaco qui leur permet d'affecter la domination , de reprendre l'offensive contre l'autel et le irône , d'exciter de vastes commotions, de remuer enfin toutes les boues de l'anarchie , pour y retrouver leurs anciennes armes et leur vieux drapeau !
Mais que les jésuites n'en soient point émus. Il faut beaucoup moins de pouvoir qu'on ne leur en attribue pour mettre les écrivains révolutionnaires à la raison. Leur caractère est marqué du cachet de toutes les époques j et chaque empreinte nous les présefite sous une physionomie mobile , tour à tour fiers ou modestes, hardis ou timides, humbles ou superbes , selon les phases diverses de l'autorité publique sous lesquelles on les voit passer. Un regard de Jupiter ou de Neptune leur ferait perdre en un jour plus de terrain qu'ils n'en ont gagné dans l'espace de douze ans. Si vous désirez avoir la preuve de ce que j'avance, mes révérends Pères, faites acheter quelques portraits de l'homme vraiment administratif que M. l'abbé de Pradi a si justement surnommé Jupiter-Scapin; détachez-en les sourcils, et ensuite faites-les poser sur le bord des encriers où s'abreuve le génie révolutionnaire :
j'ose vous répondre qu'en présence de celle sévère inaage du pouvoir, libellistes, journalistes et anarchistes retourneront vingt fois leurs phrases séditieuses dans le bec de leur plume, sans succomber à la tentation de troubler l'Etat.
Si forte vlrum cjuc.ni
Çonspexere, silent.