‹ Le collége de mon filsChapitre 26 sur 34 · CONSEIL VI · texte numérisé non relu

CONSEIL VI

Moyens d'adoucir l'humeur belliqueuse des e'crivains révolutionnaires , et d'obtenir de leur libre arbitre beaucoup plus qu'aucune censure ne leur pourrait demander.

Votre nouvelle existence , mes révérends Pères, ne date que de l'année 18145" il est donc possible que vous ignoriez ce qui s'est passé en France, avant cette époque, entre les gens de lettres et l'adminislration. Afin que vous en puissiez tirer quelque profit, je vais vous expliquer ce que je sais de ce régime. Les pièces que j'ai sous les yeux vous en apprendraient bien plus long que je ne vous en dirai j mais il faut être bref, et savoir réduire à quelques pages la matière d'un gros volume.

Toute l'artillerie actuellement employée contre le gouvernement du roi , était employée alors au service du gouvernement impérial. Cependant, Buonaparic ne s'était jamais avisé de faire du droit d'écrire contre lui ,

un riche apanage pour ses ennemis ; on ne voyait point, de son temps, des arsenaux d'anarchie dont on pût dire : Cela vaut quatre cent mille francs de revenu, comme on le dit maintenant de tel journal , dont la renie n'est fondée que sur un brevet de scandale et d'hostilité. Du reste, les gens de lettres qui sont présentement à la tête des commotions révolutionnaires , ne lui donnèrent pas même la peine de les museler j ils s'attachèrent de leurs propres mains le collier de force qu'on leur a vu porter jusqu'à la restauration : c'était une faveur qu'ils se disputaient enire eux ; et l'ambition de ce temps-là consistait à savoir supplanter un maladroit rival qui tenait gauchement l'encensoir.

Un des plus vaillans champions de notre licence actuelle se chargea de fournir à Buonaparle une petite Charte constitutionnelle pour les journaux. Il ne s'agit point ici d'en apprécier le mérite, de l'approuver ni de la condamner : ce qui importe seulement, c'est de constater les doctrines de cette époque et la manière de voir des gens de lettres qui élèvent aujourd'hui leurs prétentions jusqu'au troisième ciel; après quoi le lecteur concluera lui-même ce qu'il lui plaira de conclure. Voici

donc le langage que tenaient dans leurs su|jpllques les journalistes qui, depuis, ont si fort élargi le cercle de leurs droits et alongé Icnr chaîne ;

a II est de la nature des privilèges , disaient- « Ils , de pouvoir toujours être retirés pour « cause de danger ou d'utilité publique. Lors- « qu'une maison menace la sûreté de ceux qui « l'habitent, on n'attend point qu'elle tombe « sur les passans pour ordonner qu'elle soit « démolie ; pourquoi serait-on obligé d'atten- « dre qu'un journal incendiaire eût mis le feu « aux quatre coins de V empire , pour éteindre « les brandons qu'on le verrait lancer de tous « côtés ? Quoi ! lorsqu'il est seulement ques- « lion d'admettre des enfans dans un collège, <( on commence par vouloir être assuré qu'ils « ont subi l'opération préservaiive de la petite- « vérole ; et quand il est évident que des jour- « nalistes sont atteints de la peste , on ne pren- « drait aucune précaution pour les empêcher « de la communiquer à tout un peuple ! Enfin , «ajoutaient les sages conseillers d'alors, la « permission d'étaler sur des feuilles de pa- « j)ier quelques dissertations politiques, dont « le genre humain s'est fort bien passé pen- << dant six mille ans, n'a rien en soi de plus

6ô « sacré qne le privilège accordé à une conipa- « gnie d'actionnaires pour la construction du « pont des Arts. Or, si le pont des Arts de- « venait nuisible et dangereux, certainement « vous auriez le droit de le fermer; les entre- « preneurs le savent si bien , que jamais ils ne « vous donneront occasion d'y envoyer des « censeurs pour l'examiner : rapportez-voiis- « en là-dessus au désir qu'ils ont de conserver « leur droit de péage.

«Eh bien, non^, entrepreneurs de jourw naux, nous saurons tout aussi bien remplir « les conditions de notre existence j nous les «aurons toujours présentes à l'esprit, afin « que notre pont ne soit point fermé, ni son «f droit de péage relire de nos mains. Reposez- « vous sur notre sagesse ; nous comprenons « à merveille que notre privilège ne saurait « s'étendre jusqu'à compromettre la sûreté « publique , ni jusqu'à tourner le bienfait « contre le bienfaiteur. Ainsi, ne vous don- « nez pas même la peine de nous chercher «des censeurs; vous n'en trouveriez jamais « de plus sévères que nous-mêmes , ni de plus « attentifs au maintien de notre privilège. »

Telle élait. dans cet âge d'or de la sagesse, telle était la manière dont les choses furent

Gi long-iemps envisagées par ces mômes journalistes que vous voyez aujourd'hui si lurbulens ei si révolutionnaires. Pour vous mettre en état de juger ce que leur caractère peut encore vous offrir de ressources , il n'est peutêtre pas sans iniérêl de vous présenter une esquisse de leurs mœurs sous les premiers ministères de la restauration.

A celte époque, ils conservaient, comme malgré eux , l'habitude du collier de force qu'ils s'étaient volontairement donné sous le précédent régime. Seulement il leur prit fantaisie de le faire dorer. L'allure timide des nouveaux ministres leur parut propre à faire monter le prix de l'encens et de la liberté de la presse. Ils en profitèrent pour se faire ouvrir une feuille des bénéfices. Tel journal y fut inscrit en gros à raison de 6000 francs de prébende par mois, et les autres, en détail, c'esi-à-dire dans la personne de leurs ouvriers tenant la plume, pour des sommes que le gaspillage administratif empêchait de mesurer. Les appétits s'ouvrirent de plus en plus pendant les sept ou huit premières années. On se fit légèrement frondeur par calcul ; on raccourcit les encensoirs; on en diminua la fumée ; on essaya souvent de mettre le raar«

ché îi la main pour faire aiigmenier les subsides 3 et comme ce jeu produisait toujours des effets uierveilleux , on en vint bieniôt jusqu'aux préienlions les plus exorbitantes. La louange, et même la simple neutralité, devinrent hors de prix.

C'est dans cet éiat que le ministère actuel trouva les choses. Il ne tenait certainement qu'à lui d'éteindre Je feu des brûlots qu'on lança pour le later. Mais au lieu d'augmenter la solde des espèces de janissaires qui avaient si chèrement vendu un peu de repos à §es prédécesseurs, il leur rendit malheureusement, avec leurs anciens marchés, et leur naturel séditieux et leur esprit d'hostilité. En un mot , il les raya de cette feuille des bénéfices où ils avaient trouvé jusqu'alors tant de caïmans salutaires et de si gras pâturages. Parole, engagemens, usage du libre arbitre, tout fut remis de part et d'autre j il n'y eut que l'argent louché pendant huit ans, qui ne fut point rendu. Je l'avouerai toutefois, le nouveau ministère commit là une faute des plus graves, parce que , dans les gouvernemeiis à tribunes , il est presque indispensable de savoir traiter de puissance à puissance avpc la liberté de la presse. Mais cette faute.

néanmoins, n'est pas de la nature des péchés contre le Saint-Esprit qui ne se remettent ni dans ce monde ni dans l'autre ; elle peut se remettre dans celui-ci moyennant finance, en vertu du principe : Sublatd causa.

A présent donc, mes révérends Pères , vous connaissez aussi bien que moi l'origine de notre malaise, de nos agitations, en un mot, de ce que Louis XVIII appelait des inquiétudes vagues mais réelles : il s'agit d'un subside maladroitement relire à une cinquantaine de rentiers révolutionnaires qui croiront la patrie en deuil de leurs pensions, tant qu'ils ne les verront point revenir. Puisque vous possédez tant de trésors , et que c'est vous qui gouvernez sous main , convenez que vous seriez bien inexcusables de nous laisser plus long-temps en proie à la sédition et à l'anarchie , quand vous savez que la paix publique tient à si peu de chose. Songez d'ailleurs que vous seriez les premiers à vous bien trouver du remède que je vous indique. Car, après lont , vous êtes dans cette affaire la partie principalement intéressée. C'est à vous que tous les mécontentemens s'en prennent; c'est à vous qu'on redemande de tous côtés ce qité fou a perdu ; c'est vous qui êtes recon-

nus pour soufller les conseils perfides , les mauvais systèmes d'économie, l'esprit de réforme et d'ingratitude.

Assurément , je ne vous compare point à ces pauvres rédacteurs responsables de journaux , qui entreprennent à forfait toutes les expiations qui peuvent tomber à la charge d'aulrui. Mais pourtant il est bien vrai de dire qn'en matière d'accusation , l'opinion publique ne connaît que vous, comme la justice ne connaît qu'eux. Je remarque même entre vous un autre point de rapprochement qui frappe encore davantage : c'est qu'on sait fort bien vous trouver les uns et les autres ' quand on a des plaintes à former ou des coups à faire recevoirj mais qu'il n'est jamais question ni d'eux ni de vous quand il y a quelque part un bon suffrage à recueillir.

Je vous prie de me pardonner la comparaison , mes révérends Pères ; mais votre position me rappelle une scène que j'ai vue décrite dans je ne sais quel recueil de bouffonneries. 11 s'agit d'un homme dont les bras étaient momentanément engourdis par l'état d'ivresse où il se trouvait. Comme il passait le long d'une maison , il crut recevoir sur la tête un genre d'insulte qui lui parut fort dé-

plaisant. Dans sa colère, il s'arme de grosses pierres avec lesquelles il brise les carreaux de vitre du premier étage. On a beau lui crier que la cause de son humeur vient de plus haut, il continue comme il a commencé, en disant : « Eh bien ! arrangez-vous avec le sert cond étage; il m'est impossible d'atteindre « au-dessus du premier. » Arrangez-vous aussi, mes révérends Pères, avec la religion et la royauté ; mais commencez par recevoir les pierres que la révolution leur lance, jusqu'à ce qu'elle puisse les jeter plus haut. Cependant, croyez-moi, le meilleur parti à prendre serait de profiter des immenses richesses que vous avez en maniement , pour rétablir la haute-paye que les ministres actuels ont eu la maladresse de retrancher aux janissaires de leurs prédécesseurs.

On va chercher bien loin des remèdes contre la licence qui ravage le royaume; bien loin des remèdes contre le ver révolutionnaire qui ronge l'autel «l le trône; bien loin encore des projets de loi destinés, au milieu de l'impunité générale des mauvaises doctrines, à subir seuls une rigoureuse censure. Quelque chose de plus court et de plus simpie que tout le reste amènerait cependant les

66, rësullais qu'on cherche à obtenir ; reprene;?., aux journaux séditieux des abonnemens de six raille écus par trimestre; si ce n'est pas assez , prenez-en de douze mille, et vous serez surpris du merveilleux changement qui s'opérera tout à coup dans la face des choses , ou du moins dans la manière de les envisager. , „ Si vos coflfres ne sont pas aussi pleins qu'on le dit , mes révérends Pères , aimez - vous mieux riîcourir à un moyen plus économique? faites qu'on adopte le système que nos écrivains révolutionnaires ont eux-mêmes fourni à Buonaparte du propre fond de leur sagesse : ce sont eux qui lui ont enseigné les premiers, qu'un brevet de journaliste est de la nature des bienfaits, des concessions bénévoles, des privilèges révocables à volonté. Si réellement, comme tout le monde l'assure, vous êtes les seuls conseillers qu'on écoute aujourd'hui , bornez-vous à faire revivre cette doctrine, qui "est en efifet , de toutes celles que l'on connaît , la moins présomptueuse et la moins téméraire. Avec elle , point de censure ; avec elle, pleine jouissance du libre arbitre, c'est-à-dire pourtant de ce libre arbitre qu'on retire aux incendiaires, quand ils en abusent pour brûler des maisons; qu*on

relire aux nialfail,eur$., quand ils le font lourner contre l'ordre public j qu'on doit retirer aux factieux , quand ils s'en servent pour prêcher l'irréligion et l'anarchie, pour arborer contre l'autorité royale les insignes de la souveraineté du peuple, et pour faire brûler les œuvres de la couronne dans des feux de joie. Car tous les brevets d'impunité qu'on prétend être délivrés par certains gouvernemens pour toutes ces sortes de cas , nous paraîtront toujours , à nous , des actes de suicide , des résolutions inouïes, qu'aucune interprétation possible ne saurait jamais faire admettre ni supposer j et comme c'est aussi ce qui a été mille fois reconnu avec Buonaparte par les gens qui s'en dédisent aujourd'hui avec les Bourbons, il ne s'agit que de changer une date pour être d'accord avec eux.

Que, du reste, on continue de se débattre comme on l'entendra , et sur les doctrines constitutionnelles, et sur les libertés publiques, et sur les cas de conscience de la faction anti-monarchique, nous attachons fort peu d'importance à ce que la dispute soii bien ou mal soutenue de notre côté, La seule chose vraiment essentielle, c'est que l'identité des personnes demeure bien constatée à l'égard

des écrivains qui se font tour à tour frèresportiers dans les communautés religieuses et chefs de parti dans les journaux anarchiques; amis ou ennemis du gouvernement royal, selon le taux des abonnemens qu'il prend avec eux. Tant que la voie des subsides ne sera point fermée en France j tant qu'une nouvelle feuille des bénéfices pourra s'y rouvrir, il est évident qu'il y aura toujours moyen de concilier leurs principes avec le repos public. C'est aux révérends Pères à profiter de cette observation, et à tenir le trésorier de leur épargne en mesure de remplacer au besoin les projets de loi sur la police de la presse.

COINSEIL VII.

Système de repre'sailles proposé aux re've'rends Pères contre les e'crivains séditieux , comme vaoyeu de les rendre plus circonspects.

On ne cesse d'entendre dire, mes révérends Pères, que vous dirigez le gouvernement tout de travers. Que ce reproche soit fondé ou non , au moins ne méritez-vous pas qu'on vous accuse de le diriger dans un esprit de vengeance; car vos ennemis et les siens vous donneraient beau jeu, assurément, s'il vous convenait de vous emparer des armes qu'ils ont laissées derrière eux , à toutes les époques , dans des dépôts où elles seraient faciles à retrouver.

Sans doute vous avez entendu parler de ce lii^re rouge où. les chercheurs de la révolution trouvèrent de quoi faire proscrire une multitude de serviteurs de l'ancien régime. Depuis lors on a presque toujours revu de ces livres rouges i on en a revu sous le règne de Buona-

parle; on en a revu sous le minlsière de M. de Richelieu j on en a revu sous celui de M. Decazes ; et , par parenthèse , ils étaient fort gros.

Nous ne demandons point qu'on les fasse servir à tner les révolutionnaires, comme le premier servit à tuer les royalistes , mais seulement à les faire taire. C'est un genre de vengeance qu'ils ont rendu parfaitement légitime, et qui aurait l'avantage de procurer un peu de repos aux gens de bien. Ce repos ne leur estil pas assez dû, mes révérends Pères, quand on songe au métier de dupes qu'ils font depuis si long-temps? Quoi! ils ont tant de moyens de représailles contre leurs ennemis; ils auraient tant de pierres à prendre dans les livres rouges, pour se mettre en état de riposter aux coups qu'ils reçoivent , et personne ne pense à les placer dans leurs mains ! 11 semble qu'on prenne plaisir à les voir éternellement rester les épaules courbées sous ces grêles d'orages dont ils ont été mille fois percés jusqu'au vif.

De tous côtés on n'entend parler que de petites pailles cherchées dans les yeux des prêtres et des royalistes. Il n'est aucune biographie dont on ne s'avise contre les diverses classes de gens de bien. Mais on a i-on publié une seule

7* qui pût blesser le moins du monde une faction révolutionnaire , ancienne ou nouvelle? a-t-on jamais ouï parler d'une biographie des pillards et des voleurs publics; d'une biographie de la bande noire; d'une biographie des vainqueurs de la Bastille, ni même des septembriseurs ; d'une biographie des traîtres et des parjures; d'une biographie des écrivains impies et séditieux ? A-t-on seulement songé à faire une nouvelle édition du Dictionnaire des athées de M. Delalande? Non, mes révérends Pères; ces diverse!^ catégories et autres analogues ne sont venues à la pensée de personne. Mais en revanche, on n'a rien oublié pour livrer au fouet des furies tout ce qu'on a pu atteindre de caractères honorables, de sentimens religieux et monarchiques. C'est que véritablement il n'y â rien d'arrêté nulle part que dans les idées de la faction active qui mine les fondemens de l'ordre social, et que l'habitude de dominer sans contestation a fini par lui élever le ton fort' au-dessus de toutes les autre voix.

Continuer de rester sous ses coups, la poitrine découverte, sans lui en renvoyer aucun, c'est, à mon avis, un genre d'indifférence encore plus dangereux qu'il n'est stupide. Remarquez bien , en effet , que la patience s'in-

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terprèie généralement en l'honneur de ceux qu'elle épargne, et que, du silence qu'on garde avec lui, un ennemi ne conclut jamais qu'on le .ipéprise.^ll aime mieux supposer qu'on le trouve fort , et qu'on a peur : ce qui est dangereux pour, lui , si la chose est fausse, dangereux pour les autres, si elle est vraie.

Po;ur moi, je ne vous le cache point, mes révérends Pères, à la place de ceux qui méditent de nouveau la subversion de l'autel et du irone , je ne pourrais me défendre d'un peu d'orgueil et de confiance , en voyant ce qui se passe du côté des honnêtes gens. Voilà de bons adversaires, me dirais-je, dont la malice n'est point à craindre, et qui ne savent tirer parti de rien. Il y a de quoi nous confondre dans tous les livres rouges de l'administration publique : services honteux , pétitions honteuses, honteux principes et honteuses intrigues, antécédens honteux de mille espèces, tout est là, et tout dort d'un oubli profond j tout dort, sans qu'on pense à exhumer contre nous rien qui puisse troubler le calme parfait dont nous jouissons; tout dort, et c'est nous qui troublons le sommeil des autres; c'est nous qui fouillons impunément dans les vies privées de nos antagonistes , pour y chercher

7^ quelqups légères épluchiires ; c'est nous qui sondons le cœur et les reins des hommes reli-. gieuXj.des royalistes sans peur et sans reproche I et nul parmi eux n'entreprend de faire sortir de la poussière tant de mille monumens accusaleurs, tant de certificats, de félonie et de corruption, tant d'arriérés de comptes qui traînçnt partout sur^y^otre passage! Profitons de ce qu'ils n'ont point de mémoire, pour exerci^r 1^ nôtre à Iç.urp dépens.

-j.yous direz peHt-êtj-e, mes révérends Pères, que je vûus donne, là un conseil de vengeance incotjripatible avec l'esprit de modération et le religi'çux silence qui régnent dans vos solit,^des. Souffrez que je travaille à lever ce scrupule mal entendu. La vengeance n'est contraire aux seniimens chrétiens, qu'autant qu'elle découle d'une aniraosité particulière, et qu'elle a pour objet de procurer aux passions humaines quelque genre de satisfaction individuelle. Celle-là, vous avez raison de la réprouver. Mais il ne s'agit ici que d'enchaîner des efforts criminels pour la sûreté publique; il ne s'agit que des révolutionnaires en gros ; et l'on ne parle d'ailleurs que de les museler pour leuc bien autant que pour le nôtre. ^

C'est, cette espèce de vengeance, mes rêvé-

rends Pères, que je ne crains point de vous conseiller. Si c'est le nom qui vous fait peur, il y'ia long- temps que celui de vengeance du Ciel et de vengeance des lois est là pour le justifier et l'ennoblir. Ce que je vous propose , après tout, est-il moins pardonnable que ces autres vengeances qu'on dit être inhérentes à l'esprit de corps, et que l'Usage a dohsacrées comme une sorte de monnaie couràrite ? IN'a-ton pas vu en France pcndaÏÏt plusieurs" siècles, et peut-on répondre qu'on n'y reverra jamais certaines compagnies de magistrats qui, pour une pique frivole, pour Une légère égratignure faite à ramoiir-;prti)pre , ont donné souvent, et donneront peut être encore, par la suite, de ces exemples de représailles qu'on vous demande avec bien plus de raison contre les ennemis de la religion et de l'ordre social ? Rappelons-nous seulement quelques-unes de ces bouderies de nos anciêns^parlcmens, pendant lesquelles la justice était refusée ou ren-' due tout de travers; les devoirs méconnus ou l'emplis au minimuirij comme tout ce qui se fait par esprit de contradiction; les résistances politiques, les entreprises factieuses, la désaffection, les méconteniemenS' soufflés dans tous les coeurs; le repos de l'Etat compromis par

de petites rancunes ; les révoltes enhardies dans le peuple, par l'exemple des juges chargés dé les punir; Daraiens, enfin, sortant de ce foyer d'aigreur et de vengeance pour mettre le comble aux désolations publiques. Et tout Cela, mes révérends Pères , pour de minces intérêts de vanité que la magistrature d'alors Toulait faire triompher, en haine d'un minisliëdu de tel autre rédacteur d'édits et ordonnances.

Si le conseil que je vous donne à l'égard des écrivains séditieux, n'était fondé que sur des motifs aussi peu graves , croyez bien que la pensée ne m'en serait jamais venue, et que, dans tous les cas, je ne l'exposerais point au jugement de votre charité chrétienne. Mais il s'agit des plus hauts intérêts de l'Eglise et de l'Etat; il s'agit, pour tout le monde, de la perle ou de la conservation des deux grands appuis qui nous soutiennent, et pour vous, en particulier, de tout ce qui fait l'objet de vos religieux travaux. Ainsi, rien ne paraît plus légitime qu'un système de représailles dans lequel nous n'avons à faire entrer, contre nos ennemis, que des anecdotes historiques et des antécédens actuellement épars dans tous les répertoires de Tadminisiralion publique.

?6 Je termine ce septième conseil , mes révérends Pères , à peu près dans la forme des Mille et une Nuits, en vous répétant toujours : Puisque vous êtes maîtres, ordonnez j c'est mon delenda Carthago. Faites donc ouvrir les arsenaux où l'on a tant négligé de chercher des armes pour accabler le parti qui ne ces.^e de tourmenter les autres, et comptez qu'il ne tardera pas à perdre son assurance; {,

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