‹ Le collége de mon filsChapitre 30 sur 34 · IÎ · texte numérisé non relu

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tionnaire; qu'il en déloge le sens commun à son gré, pour y introduire ce que boa lui semble. Je vous défie tous , mes révérends Pères, d'imaginer im genre de folie, un point de crédulité absurde, une sottise quelconque qu'il ne puisse clouer sur le champ dans la lêle de ses lecteurs. De même, on ne connaît pas une idée de bien public , pas un principe religieux ou monarchique qu'il n'en fasse sortir avec la même facilité. C'est à tel point, qu'un fait intéressant pour la religion ou la royauté serait vainement attesté par vingt mille témoins j lui seul contre tous, il le démentirait les yeux fermés. Mais en revanche, s'il s'agissait d'un signe de révokuion ou d'impiété que personne n'aurait aperçu , de la résurrection d'un mort qui sortirait de dessous les rochers de Sainte - Hélène, il l'attesterait avec assurance , s.ans y aller voir- et sa parole en ferait uu article de foi pour tous ses disciples. Au surplus, ce n'est nullement sous le rapport de ce qu'il peut faire dans ce genre , que je vous indique le levier du Constitutionnel comme piécieux pour affermir votre puissance.; c'est ftO-Ms le rapport de ce qu'il peut défaire.

Xedtvijje, toutefois, mes révérends. P/^ies,

une objection que; vous allez m'opposer : vous craignez que louie son école ne soit composée que de sujels incapables de passer du mal au bien , comme il les a fait passer du bien au mal. Je crois que vous êtes dans l'erreur, au moins relativement à un certain nombre de braves gens dont la crédulité se trouve comme gagnée à leur insu. Précisément je suis en fonds depuis quelque temps, pour vous communiquer sur ce que j'avance, des particularités assez curieuses :

Outre les personnes dont j'ai déjà parlé , comme venant continuellement chez moi chercher de vos nouvelles, il en est d'autres, en assez grand nombre, qui s'y présentent, dans toute l'innocence de l'esprit et du cœur, pour me consulter sur les moyens d'obtenir votre protection auprès des ministres et de la Cour. Les uns se plaignent de vous avoir écrit lettres sur lettres, sans qu'aucun mot de réponse leur soit parvenu. Les autres se désolent de ne point entendre parler des pétitions qu'ils vous ont adressées pour les faire aposliller et présenter par vous à d'augustes personnages qu'ils vous désignent. Tous craignent d'avoir péché contre quelque formule d'usage, ou par ignorance de vos titres et

qualités. Ils tirent de leurs poches des duplicata sur lesquels je lis : A Monseigneur le gouverneur- gêné rai des jésuites y à Mont- Rouge. — j4 Monseigneur le général des congrégations , à Mont-Rouge. — A Monseigneur le supérieur en chef des jésuites , à Mont-Rouge; et toujours à Mont-Rouge; c'est la terre promise des pétitionnaires.

Je me souviens, entre autres, d'un ancien soustpréfét des villes anséatiques qui vous redemande dans la vieille France , l'équivalent de sa sous-préfecture; d'un ex-employé des haras qui sollicite auprès de vous une place de greffier de juge de paix; d'un officier des douanes impériales qui vous prie de le remettre en activité dans les douanes royales ; d'un garde-chasse particulier qui désire passer dans les chasses royales de Fontainebleau; d'un marchand de chevaux qui vous demande , pour sa femme, un débit de tabac.

Comme de raison, mes révérends Pères, je commence avec ces braves gens par bien examiner s'ils ont l'esprit sain; et je vous assure qu'on n'y aperçoit rien de dérangé. J'arrive ensuite à leurs sentimens politiques , et je leur en trouve d'excellens. Après quoi je les interroge, les uns après les autres , pour

savoir d'eux qui leur a donné votre adresse? tous me répondent que c'est le Constitutionnel. Qui leur a suggéré l'idée de vous demander des places dans la marine, dans les haras, sur mer et sur terre? tous me répondent que c'est le Constitutionnel. Qui leur a conseillé de jeter les yeux sur vous plutôt que sur les ministres, de chercher des emplois à Mont- Rouge plutôt qu'à Paris? tous me répondent que c'est /e Constitutionnel. Qm, enfin, leur a dit de venir me trouver, en désespoir de • cause , pour avoir des nouvelles de leurs lettres et pétitions? tous me répondent encore que c'est le Constitutionnel. Et cela me revient par ricochet, à ce que je puis voir, parce qu'il lui a plu de me dénoncer à son parti au sujet de mes Trois procès dans un, et de faire ainsi de moi, aux yeux des solliciteurs, une sorte de puissance du second ordre. Si bien que je m'attends à recevoir, au premier jour, ma part de lettres et de placets sous le nom àç. Monseigneur l'avocat ou de Monseigneur le conseiller des jésuites, à Mont-Rouge. Mais j'avertis le Constitutionnel d'une chose; c'est que, si tous les paquets qu'il m'attire ne m'arrivent pas afï'raiichis , c'est à lui que je les renvoie pour ea payer le port.

Cerlaineraenl , je n'articule pas ici , mes révérends Pères , un seul mol dont vous ne deviez avoir la preuve entre les mains. On ne fait point de pareils duplicata d'écritures tout exprès pour venir me les montrer. Revoyez vos carions de lettres à répondre; et dites si j'exagère d'une syllabe les singuliers détails que je vous force de reconnaître. Je consens à recevoir un démenti formel pour la m oidre inexactitude que vous y trouverez à reprendre. Mais c'est de quoi je n'ai pas peur; j'ai lu de mes yeux ce que je raconte, et je l'ai peut-être lu plus attentivement que vous-mêmes, à cause que j'avais les originaux sous les yeux. Si je m'arrête un peu là-dessus , c'est que vous ne devez point être fâchés de savoir à quoi vous en tenir sur le personnel des inconnus qui vous poursuivent de leurs pétitions. Eh bien ! je vous atteste que ces pauvres gens sont de la meilleure foi du monde, et que le Constitutionnel aurait pitié de se moquer d'eux, s'il savait jusqu'à quel point ils y vont de confiance et de simplicité. Je suis sûr qu'il ne faudrait qu'un mot de sa part pour leur guérir l'imagination. Car il est aisé de voir que ce sont des esprits uialades en tout bien tout honneur, et^où le bon sens

ne demande qu'à rentrer aussi facilenienl qu'il en est sorti. Vr

Je connais encore , mes révérends Pères , un autre exemple de fascination que vous pouvez également vérifier^ et qui achèvera de vous convaincre de la puissance vraiment surnaturelle des journaux révolutionnaires. Il n'y a pas long- temps que le hasard me fit rencontrer, dans une maison de la rue des Quatre -Vents, chez un homme d'affaires de mes amis, une dame de Mont -Rouge qui venait le prier de lui aider à vendre sa maison. Je n'ai jamais vu d'imagination plus effarouchée, de tête de femme plus en désarroi. Elle s'était laissée persuader, sans en avoir absolument rien vu, que, sous les croisées de sa chambre à cou» cher, tout près du mur de son jardin , il existait une caserne proprement dite , oh une légion de jeunes jésuites passait tout son temps à s'exercer au maniement des armes et aux manœuvres de l'artillerie légère. Un sourire sceptique m'ayant échappé en face de la dame , je me vis obligé de le soutenir par quelques observations qui auraient dû lui rouvrir la raison. Mais elle n'était nullement d'humeur à plaisanter là-dessus; et provisoirerueni elle désertait sa maison comme uu

séjour désormais inhabilable. Mon ami voulut en vain lui remettre un peu l'esprit. Elle le renvoya sèchement au Constitutionnel , pour lui prouver qu'elle prenait un sage parti. Mais ce qui me fut bien prouvé, à moi , par tous les aveux que la dispute fit jaillir de son dépit, c'est que jamais ses propres yeux n'avaient rien vu de ce qu'elle voyait par les yeux des journaux révolulionn aires jet que ceux-ci étaient parvenus à lui persuader trèssérieusement qu'elle n'aimait plus sa jolie maison de Mont - Rouge , ni les excellens fruits de sou jardin.

Or, voilà beaucoup plus de raisons qu'il n'en faut, sans doute, mes révérends Pères, pour vous décider à faire l'acquisition d'un journal , au moyen duquel je vous promets toutes sortes de succès et de prospérités.

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