‹ Le collége de mon filsChapitre 8 sur 34 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Ce qui procure aux je'suites l'honneur d'essuyer le premier feu des batteries révolutionnaires.

Quoique le nom de Jésus, avec tous ses dérives, soit fait pour blesser rudement les oreilles de la secte anti-religieuse, il n'est pas certain que celui de Pères de la Foi\ç.wx soit beaucoup plus agréable. Nous renonçons donc à chercher une étymologie qui leur convienne pour les jésuites ; là-dessus on ne sortirait pas aussi facilement d'embarras que cette dame de l'ancienne cour de Versailles à laquelle un indiscret confesseur demandait son nom : a Mon père , lui répondit-elle , mon nom n'est point un péché. » Assurément on serait très-mal reçu à vouloir dire la même chose de celui des jésuites ; il porte, en quelque façon, la peine de son péché originel ; et ceux qui le haïssent n'aiment guère mieux le nom dont il dérive. Du reste, sans nous arrêter à ce premier grief.

i3 examinons pourquoi les tempêtes souffleiU si fort contre la Socie'té de Je'sus.

En considérant qu'elle ne coule à la France que le feu et l'eau, et qu'elle ne demande de plus que l'ombre de quelques toits hospitaliers, et un peu d'air libre, la chose paraît d'abord assez difficile à expliquer. Mais lorsqu'on vient à l'examiner de plus près, en voici le côté vraiment effrayant :

Cette petite société marche sous l'étendard de la religion catholique, apostolique et romaine. Elle passe pour être inflexible sur les principes du vieux temps, et elle possède éminemment la science de l'ordre social. Pour ceux qui ne veulent voir que du provisoire dans le rétablissement de fautel et du trône ; pour ceux qui veulent que la révolution demeure consommée;; en; matière d'irréligion et d'immoralité, la renaissance des jésuites est le signe le plus funeste qu'on puisse voir apparaître. Leurs ennemis comprennent fort bien que ce petit épisode est lié à un ensemble qui forme, sur beaucoup de points, la contre-partie de l'œuvre révolutionnaire.

Ces jésuites, en effet, ne vont pas seuls. Avec eux reviennent naturellement les vraies

doctrines relif^ieuses et monarchiques , et tous les autres épouvantails de l'ordre public ; avec eux Téducation chrétienne, les règles de l'ancienne sagesse, la discipline des écoles et le redressement de la jeunesse ; avec eux la reconnaissance de l'Eglise romaine et le culte catholiq«e ; avec eux, la saine morale, les bons livres, la science des devoirs, la soumission à l'autorité publique; en un mot, tout ce qui peut exciter les justes alarmes d'une génération corrompue qui veut garder sa corruption.

Ainsi , l'école révolutionnaire raisxjnne fort bien sur l'affaire des jésuites. Ce serait nous qui raisonnerions fort mal , on nous laissant persuader qu'elle peut être isolée <?t détachée d«s affaires générales du royaume; Ce n'est pa* que telle querelle soit, par elle-mêrfte , ime véritable cause d'inquictu* des; mais elle est l'indice d'un danger qui menace l'Etat par un autre côté ; et si nous sommes bien inspirés, elle sera pour no^^$ comme ces fanaux du bord de la nwr, qui avertissent les voyag^ui's d^ prendre garde à eux. Pour peu qu'on veuille y réfléchir, on arrivera facilement à une vérité incontestable : c'est que la persécution des jésuitres

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renferme d'autres persécutions, et que la guerre allumée contre eux ne fait que couvrir des desseins beaucoup plus étendus.

Assurément, aux yeux de la morale, c'est déjà trop que de proscrire une classe ou une société d'hommes innocens, si peu considé-^ rable qu'elle soit. Mais quand il est évident que cette proscription n'est que la première goutte du sang demandé par le génie des révolutions ; quand on songe que le sacrifice des jésuites appelle le sacrifice général du sacerdoce, la chute du trône, et peut-être la fin de la dynastie qui règne sur nous, convenez que la politique est forcée d'y regarder d'aussi près que la morale, et que les avocats qui portent la parole pour les jésuites ont beaucoup plus de cliens qu'on ne l'imagine. Il ne s'agit donc plus que d'établir ces assertions sur des faits incontestables et des raisonnemens sans réplique.

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