FLEURY
1% Mars 1740.
Le Collége délibère sur les entreprises du sieur
Lecat, M° chirurgien, qui annonce dans ses af-
fiches qu’il fera des lecons d'anatomie. Comme
ST
il n'appartient qu’au Collége de présider aux cours d'anatomie et d'opérations de chirurgie, et d'y faire les lecons publiques, il a été résolu que M. le médecin du Roi ferait signifier , à la requête du Collége, une opposition audit sieur Lecat, pour empêcher que ce chirurgien ne puisse tirer avantage de sa témérité, et afin de donner lieu au Collége de porter ses plaintes en Justice conire ledit sieur Lecat, si nonobstant l'opposition qui lui sera signifiée par le sieur Limar, huissier, il continue dans la suite à
employer le terme de lecons dans ses affiches ( FLEURY. )
7 Avriz 1746.
Le Collége des médecins de la ville de Rouen, pour répondre aux demandes de monseigneur le chancelier, a l'honneur de représenter très humblement ce qui suit :
Monseigneur le chancelier demande pourquoi la transaction qui a été passée en l’année 1709, entre le Collége des médecins et la Communauté des chirurgiens, n’a pas été homologuée au Parlement, quoique cela eùüt été convenu entre les parties.
Le Collége a l'honneur de répondre qu’il n’a point fait homologuer cette transaction au Par-
lement parce que les clauses ayant été exécutées, les parties ne crurent pas cette formalité nécessaire , vu l'union et la bonne intelligence qui subsistaient alors entr’elles, et qu'il est porté sur la transaction, st besoin est. Mais le sieur Degouey, un de MM. les chirurgiens , après avoir acheté la charge de M. Mareschal, en ce temps-là premier chirurgien du Roi, ne voulut pas exécuter la transaction en cette qualité, ce qui renversa l’ordre: qui s'était rétabli entre le Collége des médecins et la Communauté des chirurgiens.
Le sieur Degouey porta les choses jusqu'à refuser au Collége les droits de réceptions et ses prérogatives. Il empêcha même, au préjudice des règlements, M.le médecin du Roi de présider aux actes des récipiendaires.
Le Collége se vit alors forcé d’intenter proces au sieur Degouey, qui évoqua l'affaire au Parlement de Paris, en vertu du droit de committimus accordé à M. le premier chirurgien du Roi, et à ses lieutenants. Ce procès, qui a beaucoup coûté aux médecins, est resté indécis, parce que le sieur Degouey ayant été convaincu de concussion par ses propres confrères, et jugé par arrêt du Parlement, fut obligé de prendre la fuite et de sortir hors du royaume. Depuis ce temps, c’est-à-dire depuis la création des lieutenants de M. le premier chirurgien du Roi, le Collége a
Loujours souffert jusqu’à présent de la part des chirurgiens.
2° On demande si le Collége des médecins a été autorisé par lettres-patentes, s’il a des Statuts ou règlements particuliers, et de combien il est composé de médecins.
Pour réponse à cet article : le Collége est tres ancien , il obtint du Roi, pour ses bons services, des Statuts qui furent enregistrés au Parlement de Rouen, le 23 août 1605.
Ces premiers Statuts, qui ne contenaient alors que 9 articles, ont été augmentés jusqu’au nombre de 34, et autorisés, par arrêt du Conseil , le 6 février 1640 , confirmés ensuite par lettres-patentes données à Saint-Germain-en-Laye, au mois de mars 1640, enregistrées au Parlement de Rouen, le 9 août 1651 , et confirmées par lettrespatentes du Roi Louis XIV, données à Saint-Germain-en-Laye, au mois de juin 1670.
Quant au nombre des médecins, le Collége s'est trouvé composé de plus de 20 dans le siècle passé. Présentement , le nombre n’est que de 8. La cause de cette diminution provient du désordre qui règne dans la médecine, par les entreprises et les mauvais procédés des chirurgiens, ce qui éloigne les médecins de Rouen, et fait que le nombre n'est pas aussi grand qu'il a été et qu'il serait encore si les reglements étaient bien observés.
3° On demande s1 les lettres-patentes qui ont établi à Rouen les démonstrations d’anatomie et de chirurgie dont le sieur Lecat est chargé, ne suffisent pas pour l'objet qui sert de prétexte à la demande ou à l'inquiétude des médecins, et s’il n’y a pas un grand nombre d’élèves qui assistent aux démonstrations du sieur Lecat.
Le Collége répond qu’il n’est pas possible qu’un seul homme puisse remplir exactement la place de professeur et de démonstrateur d’anatomie et de chirurgie, à cause de la multiplicité de ses occupations , quand une fois sa réputation est faite.
En effet, les démonstrations d'anatomie et de chirurgie du sieur Lecat n’ont point été et ne sont pas régulières ni suffisantes pour instruire les élèves. Elles sont plus curieuses qu’utiles au public, on s'en rapporterait volontiers sur cela à l'aveu propre de ses confrères , s'ils veulent être sincères, de même que sur le nombre des élèves qui assistent aux démonstrations du sieur Lecat.
Le Collége a encore l'honneur de faire observer que les lettres-patentes qu'il a plu au Roi d’accorder au sieur Lecat, ont été surprises par l’exposé que ce chirurgien à fait au Roi, qu'il n’y avait personne à Rouen pour faire les cours d’anatomie et d'opérations de chirurgie; mais encore il a surpris lenregistrement de ces lettres-
patentes au Parlement, à l’insu du Collége, parce qu'elles ne lui ont jamais été signifiées ni communiquées ; pourquoi les médecins n'ont pu s'y opposer , ni faire en conséquence leurs très humbles remontrances.
Avant les abus qui se sont glissés en médecine : les cours d'anatomie et d'opérations de chirurgie se faisaient à Rouen avec ordre , et suivant les règlements. Le public y trouvait sa sureté et son instruction, parce que des cours d'anatomie et d'opérations, faits sous les yeux d’un Collége entier, auxquels président tour à tour les médecins, sont réguliers et propres à former de jeunes élèves qui ont besoin d’être conduits par principes à la connaissance de leur art.
L'objet du Collége a toujours été le bien public; c’est pour cette raison que, l’année dernière, il prit la résolution de renouveler les cours d’anatomie et d'opérations de chirurgie, interrompus depuis plus de 20 ans par le refus du paiement de la somme de 5o liv., que la Communauté des chirurgiens lui avait déjà payée pour cela, conformément à l’édit de création des charges de Conseiller-médecin du Roi, en 1692.
Dans ce temps-là, Louis XIV créa ces charges pour maintenir le bon ordre dans la médecine et la supériorité des Colléges sur les chirurgiens ;
la preuve est qu'il autorisa, par cet édit, le médecin du Roi à faire tous les ans un cours public d'anatomie et un cours d’opérations de chirursie, où il présidait, pour lesquels la Communauté des chirurgiens était obligée de lui payer une somme de 50 liv.
Le Collége était donc bien fondé à demander le paiement de cette somme, mais comme le bien public souffrait de ce relus depuis plus de 20 ans , le Collége se détermina l’an passé à faire gralis ces cours publics jusqu’à ce qu’il plaise au Roi er ordonner autrement. Pour lever toutes difficultés à ce sujet , le Collége engagea M. le médecin du Roi à communiquer son dessein au sieur de Moyencourt, lieutenant de M. le premier chirurgien du roi, pour en faire part à sa Communauté. Visite fut faite en conséquence au sieur de Moyencourt par M. le médecin du roi; le Collége s’était persuadé qu'une démarche qui n'avait pour but que le bien public et l'instruction des élèves en chirurgie aurait un bon succes. Mais la Communauté des chirurgiens fit faire une réponse tout-à-fait contraire à l'attente des médecins, qu'ils ont pris la liberté d'envoyer à monseigneur le chancelier. |
4° On demande s’il est vrai que les chirurgiens entreprennent d’exercer la médecine, et s’il ny a plus de subordination entr’eux et les médecins.
le Collége répond qu’il n’est que trop vrai que les chirurgiens entreprennent d'exercer la médecine, et qu'il n’y a plus de subordination entr'eux et les médecins, au grand préjudice de la société et du bien public.
La réponse des chirurgiens aux offres du Gollége de faire gratis, pour l'instruction de leurs élèves , les cours d'anatomie et d'opérations de chirurgie, est une preuve certaine du manque de subordination et du peu de respect qu’ils ont pour les médecins. Il n’y a pas long-temps qu’un chirurgien de cette ville s’avança jusqu’à dire, en présence du médecin qu’on avait appelé pour voir une personne malade, qu'il ne viendrait pas chez elle si on n’exécutait pas son ordonnance. Elle fut exécutée en effet, mais la malade en mourut.
Les chirurgiens, qui sont au nombre de plus de 30, non compris tous ceux qui ne sont pas jurés , ont pris un tel ascendant dans la médecine et sur les esprits, qu'ils la discréditent le plus qu’ils peuvent; ils osent même quelque fois menacer les malades de les abandonner, si un médecin y met le pied, suivant leur expression.
Quand les maladies sont opiniâtres ou incurables, on va chercher alors les médecins qui ont le chagrin de voir périr nombre de personnes pour s'être confiées avec trop de facilité à des chirurgiens.
Il s'ensuit que la désolation est portée au sein des familles, que les règlements sont très mal observés , et que le comble est mis au discrédit de la médecine. ( Freury. )
18 Mar 1746.
Examen du catalogue de tous les médicaments composés que les apothicaires ont tout préparés dans leurs officines , avec le prix courant arrêté pour récompenser le travail des officines. Ce Codex des médicaments a été unanimement approuvé par le Collége comme chose utile et nécessaire. ( FLEURY. )
Aujourd’hui le Collége a délibéré « que ceux d’entre ses collégues qui ne paieront pas leur quote-part des rentes et charges du Collége, ne participeront pas aux émoluments et bénéfices qui lui écherront, tant sur les réceptions des chirurgiens etsages-femmes , apotlucaires et autres, que des honoraires revenant de l'agrégation des médccins dudit Collége.
Le Collése nomme , pour commissaires à l’examen des lettres de MM. Bardet et Nihell, docteurs en médecine , ainsi que des requêtes par eux présentées avec toutes les pièces y jointes, MM. De
La Roche et Deslongchamps, pour faire leur rapport dans la quinzaine. Il a été en même temps délibéré qu’il sera préalablement fait droit sur la requête de M. Bardet, et par préférence à celle de M. Nihell.
M° De Ta Roche est élu médecin du Roi.
{ Freury.)
Rapport sur les ouvrages de M. Louis Bardet, médecin de Montpellier, et Jean Nihell, de l'Université de Caen. Toutes les pièces sont en règle. En conséquence , on propose à Bardet cette question : Dans la variole, peut-on donner des bains tièdes ?
A Nihell, cette autre : Dans les accès d’hysterie, la saignée doit-elle étre préférée aux altérants ?
Les deux récipiendaires ont déposé leurs honoraires pour l'agrégation ( DE La Rocxe. )
Bardet devra soutenir sa thèse aux Jours fixés, dans la salle des Carmes. ( DE La Rocue.)
22 Mars 1747.
Ce jour et le suivant la thèse et la question proposée sont traitées par Bardet.( Dr La Rocnr.)
23 Juin 1747.
Nihell, à son tour , devra subir ses épreuves d'agrégation les 27et 28 juillet. ( Dr La Rocue. )