JUILLET
On touchait presque au solstice d'été, lorsque, tout-à-coup , fit irruption sur la population une espèce de brusque catarrhe qui se répand épidémiquement. Cette affection fort peu grave, se développe sans prodrômes par des sueurs, et une résolution complète des forces. Toutefois, cette transpiration est salutaire, et se juge par diverses espèces d'éruptions furonculeuses, particulièrement, ou des abces.
Cette maladiegénérale, désignéesousle nom vulgaire de grippe , est une affection venant du Nord,
et qui semble avoir pris naissance ex Aussie, au mois de janvier de cette année. Elle a recu diverses dénominations suivant les pays qu'elle a parcourus : elle est désignée en Italie et en Angleterre par le nom d’influenza, de générale par beaucoup d’autres peuples, à Paris, par celui de Coquette du Nord. Elle a constamment revêtu la même forme pendant les épidémies de 1767, 1776 et 17580. Sa cause semble devoir être rapportée aux variations dc la température, d’où l’on comprend, à cette même époque, la grande quantité de catarrhes, de maladies de poitrine, de pneumonies Ot/oso-catarrhales , pour letraitement desquels la saignée rénagée, les vésicatoires et les évacuants ont suffi .
12 Aour 1782.
Une députation de trois membres est nommée pour aller saluer le premier président du Parlement, M. de Pontcarré. M. Lepecq, conformément à l'usage, lui adresse un discours en français.
OcToBrE 1782.
Il règne en ce moment des fièvres intermittentes de divers types qui, depuis 1780, n’ont
! On reconnait l'influence de Lepecq , au soin avec lequel les épidémies sont enregistrées. Son idée dominante se montre partout.
pas cessé d’être nombreuses à Rouen et dans les campagnes, principalement à la fin de l'été. Les plus rebelles ont été des continues remittentes, compliquées de catarrhes.
On a observé aussi des varioles confluentes en assez grand nombre, mais peu graves, et, à la fin d'octobre, des dysenteries accompagnées de suette et de miliaire. Il en a été de même pour les angines scarlatineuses et gangréneuses, traitées en mai et en septembre.
Lepecq se félicite que, pendant sa présidence , tous les charlatans aient été repoussés de la ville.
Daurignac est élu médecin du Roi, et Hardy, syndic ( Lepecq.)
N. B. Comme note additionelle de Lepecq, se trouve l'observation suivante : Je ne puis passer sous silence la fréquence, cette année, des apoplexies, hémiplégies, paralysies, circonstance d'autant plus remarquable que plus de 100 personnes ont succombé de mortsubite, tant en ville que dans les faubourgs. Beaucoup de paralytiques qu'on aidait par des évacuants, se sont trouvés tout-à-coup guéris, et ont recouvré le mouvement musculaire par des sueurs ou des flux de ventre. Il est à remarquer que le vent cette année avait été généralement froid, les pluies abondantes, fréquentes et refroidies par le vent du Nord ( Lepecq.)
26 OcToBrE 1782.
Reçu par le sieur Heudebourg, les 300 liv. du docteur Lucas , héritier de ce dernier.
8 Janvier 1783.
On discourt sur les maladies régnantes, parmi lesquelles on remarque : la fièvre continue, la fièvre inflammatoire, les congestions cérébrales, et quelquefois la fièvre maligne. Après une ou deux saignées , la première indication était d’évacuer les premières voies; il n’en périt pas moins de 18 à 21°.
On a observé encore des pneuinonies bilieuses, avec points de côté, dans lesquelles les vésicatoires n'ont pas paru être d'un grand effet, des toux, des maux de gorge, des catarrhes, des affections érysipélateuses, desrhumatismes. Dau- RIGNAC. )
15 Ocrogre 1783.
Pendant les mois d'avril et de juillet , les maladies régnantes étaut nuiles, on trouva inutile de convoquer le Collége, mais le 15 octobre, on en sentit la nécessité, en raison du nombre des dysenteries et autres flux de ventre qui furent observés, ainsi que de fièvres intermittentes, et après
‘ On v’indique pas pendant quel intervalle de temps.
avoir traité de ces maladies et des remèdes qu’elles exigeaient, on procèda à l'élection de Hardy, comme médecin du Roi, et de Gosseaume, comme syndic (Daurienac.)
Vers le commencement d'octobre à-peu-près, une convocation extraordinaire réunit le Collége pour s’occuper d’un procès à intenter aux chirurgiens. Il est convenu, par précaution, qu'on se rendra aupres de monseigneur de Belbeuf, procureur général pres le Parlement de Normandie, pour lentretenir de cette affaire et la concilier, et enfin , si besoin est, poursuivreles chirurgiens en justice.
La précocité de l'hiver, et sa rigueur presque insupportable, ont été telles, qu’il semblait que le ciel et la terre ne fussent séparés que par une couche de neige; aussi les débordements et la hauteur de la Seine ont-ils été considérables lors de la fonte des neiges.
On ne convoque pas à la séance d’avril, rien n'étant à l’ordre du jour (HarDy.)
28 Aout 1784.
Présentation de la demande d’agrégation de M: Jean-Baptiste Hardy, de Caen’, qui désire
! Celui qui faisait déjà partie du Collége, était Antoine
François.
l’agrégation. L'examen de ses titres est renvoyé à Pinard et Fleury.
16 OcroBre 1784.
Dans cette séance, M° Gosseaume est élu médecin du Roi, et De La Roche, doyen du Collége, syndic.
Les titres de Jean-Baptiste Hardy sont les suivants : Maïtre-ès-ars, trois ans d’études à la Faculté de Caen, un an à la Faculté de Paris, bachelier ès-lettres, licencié et doctorisé' dans lAcadémie de Caen, ayant un certificat de religion, certificat de pratique à Caudebec; il remplit donc toutes les conditions imposées par les Statuts du Collége.
Pas de maladies régnantes, si ce n’est des éruptions varioliques, et encore en petitnombre, et dans la basse classe qui, généralement, a beaucoup d'enfants et des habitations fort étroites [HarDy.)
26 OcTroBre 1785.
La somme à laquelle s'élève la capitation du Collége, est de 10 livres , c’est-à-dire 15 liv. par tête.
Le sujet de thèse fourni au candidat Hardy ( qui avait fait ses visites en robe à chacun des membres du Collége pour le saluer) , est celui-ci.
1 Textuel.
« Dans le début et pendant le cours d'une fièvre putride, accompagnée l'une sueur abondante, estl permis de pratiquer la saignée, de prescrire l'émétique et les purgatifs ?
« Le dépôt de 300 liv. est préalablement effectué entre les mains de Gosseaume qui en rendra compte.
« Pour rendre plus solennelle à l’avenir la cérémonie des réceptions, et la dignité de l’ordre, on décide que les candidats seront revêtus de la robe et du bonnet écarlate. » (GossEAUME. )
T'ableau des médecins alors en exercice dans la ville de Rouen.
1931. Guillaume-Tiphaigne Dr La Roce, doyen.
1742. Aimable-Guide-Bertrand PIvarD.
1742. Noël-Antoine FLeury.
1723. Jean DucHAUFFOUR-DE-BoISDUVAL.
1767. Jean-Antoine ROUELLE.
1767. Louis-Jacques-Francçois Micxez.
1769. Louis LEPECQ DE LA GLOTURE.
1770. Louis-Jacques DAurIGNAC.
1778. Antoine-François Harpy.
1778. Pierre-Antoine-Guillaume GossEAUME.
29 JANvIER 1785.
Rien à l’ordre du Jour (GossEaumE.)
6 Avriz 1785.
Le Collége reçoit : Le Code de Médecine mutrtaire publié par de Horne; 2° Le Zulletin de la Société royale de Médecine de Paris sur le Magnetisme animal, et d’autres travaux de la même Société.
On s'occupe ensuite des rentes de l’Hôtel- Dieu et des héritiers Houppeville; on prévient chacun des membres qu'il ait à payer sa quotepart.
On s'occupe ensuite du candidat Hardy, qui a reçu son sujet de thèse le 26 octobre, et qui, par conséquent, eût dû déjà présenter sa thèse à l'examen du Collège, pursqu'aux termes du règlement, cette thèse doit être préparée en trois mois, à partir du jour où le sujet de thèse est donné.
Le retard signalé étant dû probablement à Pignorance des règlements, on décide qu’une lettre officieuse, émanée du médecin du Roi , sera adressée au candidat, quidevra présenter sa these faite, au plus tard le 1° juillet (Gosseaume. )
15 Juer 1785.
Hardy n'ayant pas répondu à cette invitation, il est décidé que la présentation de sa thèse aura lieu au plus tard, au mois d'octobre, et
34 1 . , ® / qu à cette époque, si elle n’est pas terminée , le
candidat sera contraint de demander et d'accepter un nouveau sujet de thèse. Le médecin du Roi est chargé de lui transmettre la teneur de cette décision.
Ov donne lecture de la demande d’agrégation de Jean-Philippe Lhonoré de Haut-Mesnil, docteur-médecin de Caen, de la Société royale de médecine de Paris, et qui a exercé la médecine à Bernay. De La Roche et Pinard sont chargés de rendre compte à la prochaine séance de l’examen des pièces probatoires.
Présents à la séance : De La Roche , Pinard,. Fleury, Boisduval, Tepecq, Michel et (Gos- SEAUME. ) |
10 OcroBre 1785.
On donne lecture d’une lettre de Jean-Baptiste Hardy, en date du 14 juillet, dans laquelle il déclare être prêt à se rendre aux vœux du Collége, s’il lui plait de changer le sujet de sa thèse. On décide que le premier sujet donné est suffisant. La lettre est déposée aux Archives (à la liasse, pièces diverses.)
On donne lecture d’une autre lettre de M. Lhonoré de Haut-Mesnil, du 5 octobre, par laquelle il s'excuse de son retard en raison de ses affaires.
La Commission fait son rapport sur les titres
de ce candidat; il en résulte qu’il a étudié pendant quatre ans la médecine, qu’il possède des certificats de religion et de moralité, qu'il à exercé à Bernay de 1774 à 1785, c’est-à-dire, près d’onze ans; il remplit donc toutes les conditions voulues.
On lit ensuite une demande d'agrégation de Gaspard-Charles Bunel, docteur-médecin de Montpellier, qui a exercé la médecine à Neufchatelen-Bray. Les titres sont renvoyés à l’examen de De La Roche, Pinard et Gosseaume.
M. de Belbeuf, procureur-général du Parlement de Normandie, adresse au Collége une lettre fort gracieuse, dans laquelle il l'invite à présenter un mémoire qu’il se fera un plaisir desoumettre à ses collègues, dans lequel les médecins demanderont une augmentation d'honoraire, pour les rapports qu'ils font en justice. MM® Gosseaume et De La Roche sont chargés de rédiger ce mémoire.
D: La Roche est élu médecin du Roi, et Pinard, syndic.
Voici en peu de mots ce qui concerne la constitution médicale pendant l’année qui vient de s’écouler : automne assez froid et humide, peütes véroles bénignes et hiver froid, mais pas trop rigoureux , cependant, outre les catarrhes, phthisies, fièvres bilieuses, apoplexies, hydro-
pisies, rhumatismes et douleurs d’articulation , maladies de poitrine, chorée , angine, vomissements, accompagnés de maladies éruptives, dont la durée était de quatorze jours environ, et à la terminaison desquels on observait l’adème des pieds , l’anasarque, l’ascite , facilement curables par les purgatifs.
La température d’été a donné des fièvres bilieuses. En somme, pour les hommes comme pour les bestiaux, cette année devra être comptée pour une des plus meurtrières. Beaucoup de céréales ont été détruites par le chardon sauvage, les fruits ont manqué tout-à-fait dans la contrée, la cherté des fourrages a été extrême, la livre de foin en Normandie n’a pas été au-dessous de 7 sols, les plantes oléagineuses n'ont pas soutfert de moindres dommages. Beaucoup d’arbres et de larves d’insectes, ont péri.
Comme tout ce qui honore un membre, honore le corps auquel il appartient, il est bon d'enregistrer que Louis Lepecq de la Cloture a obtenu des lettres de noblesse.
Noël-Antoine Fleury a succombé à la suite d’une attaque d’apoplexie. Inscrit au tableau de l’ordre le 25 septembre 1742, il a exercé à
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Rouen la médecine pendant quarante-trois ans. Homme de mœurs pures et homme d’esprit, plus remarquable encore par son savoir. Ses obsèques ont eu lieu dans la Basilique de Saint- Ouen, et le Collége en corps, conduit par le médecin du Roi, y a assisté en robe noire et en bonnet écarlate‘.
Pour ajouter à l’histoire médicale, nous dirons que cent-vingt Rapports en Justice ont été faits par suite de l’examen d’un certain nombre de cadavres, quarante trois noyés, deux morts violentes, cinq par la combustion, les autres de mort subite * { GosseaumE.)
29 Avril 1786.
On fait choix de deux questions médico-pratiques pour sujet de thèse d’agrégation de Jean- Philippe Lhonoré et Gaspard-Charles Bunel. Ces deux docteurs étant présents en robe, Lhonoré tre cette question : Doit-on pratiquer la saignée dans la pneumonie bilieuse ?
* C'est la première fois que se trouvent consignés de semblables détails.
? N'est probable que Hardy avait cessé de poursuivre son agrégation , car, outre que son nom ne figure pas au tableau des agrégés, on trouve, à la date du 19 novembre » un reçu de 30 liv. qu’il avait déposées comme honoraire.
Bunel, celle-ci: Zors de la suppression des lochies , laquelle des deux doit-on adopter, de la soignée facile par les sangsues appliquées aux parties sexuelles , ou de la saisnée de la saphène ? (Prsarp, pour De La Rocme, absent. )
14 OcroBre 1786.
Election de Pinard , comme conseiller-médecin du Roi; syndic : Duchauffour De Boisduval.