‹ Le Collége des médecins de Rouen, ou documents pour servir à l'histoire des institutions médicales en NormandieChapitre 7 sur 61 · ET · texte numérisé non relu

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réparation eut lieu en présence de l’intendant de la ville et de deux membres du Collége, Porrée et Noël, dans les termes suivants :

Monsieur ,

Je suis fäché d'avoir refusé votre ordonnance ; croyez que je l'ai refusée seulement parce que je croyais que je ne la pourrais pas faire devant que les portes de la ville fussent fermées, et je serais bien marry d'avoir dit qu’elle füt mauvaise. Dorénavant, Je vous promets d'exécuter vos ordonnances avec toute l'exactitude qu'un apothicaïre doit faire celle d'un médecin.

Non content de la servilité de ces expressions, Houppeville compléta l’humiliation de Duchemin, en exigeant le renouvellement de cette déclaration en pleine place publique. Ce qui fut exécuté.

Dans une réunion officielle de médecins, chirurgiens et apothicaires, en 1630, il fut reproché aux fondés de pouvoirs des deux derniers ordres, que, de leur autorité privée, et contre les règlements établis, quelques-uns d’entr'eux se permettaient d’administrer des remèdes ou deles délivrer sans ordonnance de médecin. Les inculpés s’engagérent à faire cesser désormais cet abus, et promirent d’abandonner à toute la sévérité de la loi (l'amende était de 500 liv.) ceux d’entr’eux

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qui s’en rendraient coupables, attendu , suivant leur expression pittoresque, que personne n'a le droit d'engager sa faulx dans une moisson qui ne lui appartient pas.

Nous avons vu précédemment avec quelle opiniâtreté les chirurgiens contestaient au Collége le droit de présence lors de leurs réceptions. Vaincus plusieurs fois, ils trouvèrent enfin un auxiliaire dans la personne de lintendant de la province, qui, par un acte d’autorité, fit défense aux médecins d'exiger aucune rétribution , et de plus , fit appel à tous les chirurgiens de la ville reçus suivant ce mode, pour les contraindre à réclamer la restitution d’un impôt arbitraire et induement perçu. Le Collége prétendit et soutint qu'agissant en vertu d’un ordre du roi, il devait nécessairement percevoir des honoraires. La puissance de l’intendant vint échouer devant l’opiniätreté et les priviléges du Collége, qui n’en continua pas moins à jouir d’un droit acquis, non sans trouble ni empêchement, jusqu’à sa dispersion. Il y a plus, c’est que, dans cette question qui touchait plus encore à ses prérogatives qu’à ses intérêts, il resta sourd à toutes les observations qui lui furent adressées par plusieurs médecins de la province. Les Colléges des médecins de Lyon et d'Orléans lui adresserent directement des remontrances, en l’engageant à ne

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pas persister dans cette voie vénale, mercenaire et honteuse. Ils ne réussirent qu'à obtenir, en faveur des chirurgiens , une suspension de poursuites, jusqu'à ce que l’Université de Paris euùt jugé définitivement la question. Bien que ce jugement n'ait pas été enregistré, tout semble prouver qu’il fut favorable aux prétentions des médecins , puisque la perception du droit de présence ne cessa d’avoir lieu.

S'il était possible de douter de l'indépendance du Collége, le fait suivant la démontrerait de la manière la plus éclatante. Un édit du Conseil du roi avait accordé à David de Caux, docteur en médecine de Montpellier, l'autorisation d’exercer à Dieppe. Examiné par Brayer, Perrault, Renaudot et Peylon, son certificat d’aptitude, signé par les plus célébres médecins de l’époque, lui avait donné le droit de prendre rang dans le corps médical. Muni de lédit du haut Conseil, qui l’affranchissait des actes probatoires , il vint demander l'agrégation au Collége des médecins de Rouen. Sans tenir compte de l’édit qui avait été signifié à son doyen, le Collége déclara, à l'unanimité, que jamais il ne prêterait la main à une atteinte semblable aux droits des médecins. ll fit plus, il signala cet abus au procureur général du Parlement, et dépêcha à Paris, Picot, l’un de ses membres, pour obtenir le rapport du

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décret relatif à Decaux. Les démarches de son ambassadeur étant restées sans succes, le Collége, non-seulement intenta un procès à la Faculté de Paris, mais demanda la révocation du magistrat par l’influence duquel la mesure avait été prise. Le résultat du procès paraissant douteux, eu égard à la qualité des personnes incriminées , Picot , l’énergique défenseur du corps médical , le digne représentant du Collége, demanda une audience au roi. Le roi remit à Letellier le soin de prendre connaissance de l'affaire ; mais ce dernier, frappé de paralysie, le renvoya jusqu’à sa convalescence, pour obtenir un mémoire de M. de Montausier. Il parait que la vénalité est une maladie de tous les temps, car M. de Montausier ne voulut se mêler de Paffaire qu’à la condition qu’on lui compterait, avant de se mettre au travail, 520 liv., dont Noël et Lebaron, agrégés au Collége, firent tous deux les frais. Malgré la persévérance du Collége, l'affaire devait trainer en longueur , nonobstant une deuxième visite faite au roi. Le 24 février 1673, une lettre de M. Lectainthaut annonça au Collége le départ du roi et le renvoi du mémoire à M. de Châteauneuf. Il fut décidé que, pour la troisième fois, Picot se rendrait près du roi. Mais le nerf des négociations manquait à chaque instant. De l’argent, écrivait Picot, beaucoup d'argent, et l’envoi

suivait de près la demande. Une si bonne cause, confiée à d’aussi zélés défenseurs, devait obtenir sa récompense. Lhonoré, envoyé à Paris pour remplacer Picot tombé malade, annonça au Collége que la cause était gagnée près du haut Conseil , que la sentence avait été confirmée par le roi , et que l’affaire était renvoyée au Jugement du Parlement de Normandie. Sur ja nouvelle d’un succès si inespéré , le Collége, en corps , se rendit près du premier président pour lui recommander cette affaire , et réclamer de sa bienveillance la remise des frais, eu égard aux dépenses considérables faites déjà par le Collége. Enfin, en juillet 1674, intervint un arrèt du Parlement qui donnait satisfaction complète aux justes plaintes du Collége. Le procès avait duré deux ans, et avait coûté plus de 2,000 liv., uniquement pour le redressement d’un abus qui intéressait la dignité de la profession.

L'indépendance du Collége était telle, que l’acquisition d’une charge faite par l’un des membres dans quelque cour souveraine, non seulement lui faisait perdre le droit d’appartenir au Collége, mais même celui d’en porter le titre, parce qu’à son avis, la qualité de médecin, et surtout de médecin expérimenté, était incompatible avec des charges acquises à prix d’argent; il reconnaissait, toutefois, que ce n’était pas dé-

roger, puisque les rois veulent bien honorer leurs médecins du titre de Conseillers d'état.

Sa susceptibilité était non moins grande à l'endroit des convenances. Un jour, le Collége se rend en robe pour féliciter le premier président sur son heureuxretour. Par une cause restée ignorée , M. le premier président fait répondre par M. de Rouville, doyen des présidents du Parlement. Sur l'observation faite de ce manque au égards envers le Collége, M. le premier président Lecouteulx mande Daurignac, Rouelle et Michel, et leur répond lui-méme en s'excusant.

Les actions intentées par les membres contre le Collége lui-même, à raison de passe-droits ou de dénis de justice, le trouvaient, comme nous avons eu précédemment l’occasion de le dire, juste et bienveillant; mais, toutes les fois qu'il s'agissait d’une atteinte portée à sa considération, à l'honneur de ses membres ou à la dignité de l’ordre, on le trouvait sans pitié. Lepigny luimême, son doyen, qu’il avait en grande vénération , fut suspendu de ses fonctions pendant un an , pour avoir prêté la main à une tentative des chirurgiens contreles priviléges du Collége. Porrée fut stigmatisé sous le voile de anonyme, à l’occasion d’un libelle sans nom d’auteur, attentatoire à l’honneur de Houppeville. La délibération du Collége, à ce sujet, déclarait le calomniateur

digne du fouet, et aurait prononcé l'exclusion irrévocable du membre incriminé , s’il avait pu acquérir la certitude de sa coopération à ce libelle. En 1695, à l’occasion d'un concert frauduleux entre deux membres du Collége et un candidat à l'agrégation, le Collége déclara qu'ils neseraient plus appelés aux assemblées collégiales, et seraient temporairement exclus jusqu’à ce quil plût de les rappeler, s’il y avait lieu.

Ses efforts tendaient donc constamment à relever la dignité de l’art, et à maintenir dans leur pureté, les traditions d'honneur, d'indépendance et de moralité qu'exige la médecine.

C’est en 1701 que, pour la premiere fois , on voit le Collége consulté par le Parlement sur une question d'hygiène publique , celle des cidres. On demandait au Collége un mémoire dans lequel on désirait connaître son opinion sur les qualités du cidre nouveau, doux et fermenté, sur ses propriétés nutritives, sur ses effets utiles ou fâcheux dans la province de Normandie , en raison de la généralité de son usage. Contrairement à ses habitudes , la réponse du Collége est claire, précise , et telle qu’elle dut satisfaire l'autorité. Au point de vue médical, elle est remarquable, et constate un fait important pour la navigation, bien que peu connu, c’est qu’à cette époque on embarquait du cidre pour la boisson des équi-

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pages pendant les voyages de long cours, préférablement à tout autre liquide, attendu, dit le mémoire , qu’il se défend plus long-temps que le vin lui-même contre laltération acide.

Nous avons dit qu'à plusieurs reprises, le Parlement, qui portait un vif intérêt au Collége placé dans ses attributions de surveillance, avait tenté un rapprochement amiable entre lui et la corporation des chirurgiens , et que ces rapprochements momentanés n'avaient Jamais eu lieu de bonne foi.

Les querelles entre les médecins et les chirurgiens s'étaient tellement envenimées, que le Collége leur intentait un proces pour se voir donner l'heure des examens et la venir recevoir de lui ; puis un autre, pour leur défendre d'interrompre le médecin du Roi pendant l’examen, avant qu'il eût fini de parler.

Je crois, en outre, devoir donner ici la substance de quelques articles d’une transaction intervenue en 1709, comme un modèle curieux des prétentions des médecins. Il y est dit, entr’autres choses bouffonnes, qu'il n’y aura, dans l’appartement choisi pour les cours de chirurgie, qu'un seul fauteuil destiné au médecin du Roi; que l’aspirant à la maîtrise ira, avec un conducteur chirurgien , saluer le médecin du Roi à son domicile, pour lui demander le jour et lheure de sa con-

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