‹ Le Colleg̀e du HavreChapitre 9 sur 54 · DE 1791 A · texte numérisé non relu

DE 1791 A

Au Roi jfes siècles,

Immortel, Invisible, Tout-Puissant, seul Dieu,

Honneur, Gloire, action de grâces,

Hommage à Marie,

Attachement à la religion, avantage des lettres.

Prospérité de TKtat,

Unique objet

De la libéralité et de la munificence

Du digne Maire,

Et des honorables officiers municipaux

De la bonne ville du Havre de Grâce :

Sous leurs auspices et en leur présence,

Le Collège national,

Dont ils sont les protecteurs,

Couronne et récompense ses athlètes.

Dans une solennelle distribution de Prix,

Après l'acte public.

Le XXIII aoust. Tan troisième de la Liberté Française, 1791.

A la suite de ce préambule étaient énumérés les matières denseignement, les sujets des compositions des Prix et les noms des lauréats (1). En Rhétorique, il n'y eut celte année-là qu'un prix, le prix d'éloquence (Avantage de bien savoir les langues française et latine) (2). Les matières communes à toutes les classes, de la Seconde à la Sixième inclusivement, étaient le thème latin, la version latine, la mémoire et la diligence. A ce programme général on joignait en Seconde les vers latins et les vers français, en Troisième et en Quatrième les vers latins, et en Cinquième la Géo- . graphie. La classe de Septième était partagée en trois divisions ; on récompensa dans les deux premières le thème latin, la mémoire

(T) Voici la liste des lauréats par ordre de classe et de mérite ; elle est intéressante parce qu'elle renferme des noms connus. En Rhétorique, Urbain Thomas. — En Seconde, Pierre Viez, Victor Breham, Guillaume Mulot. — En Troisième, Alexandre Olivier, Louis Lartois, Edouard Duval. — En Quatrième, Auguste Duboc, Pierre- Abraham Pouchet, Alexandre Fautrel, Louis Gilbert, Joseph Gai. — En Cinquième, Jean-Baptiste Lefèvre, Guillaume-Constantin Brunox, Alexandre Lesueur, Louis Broux, Armand Delahaie. — En Sixième, Jacques Bardel, Slanislas Feuillet, Guillaume Moisi, Michel Rousselin, Amand Drogî. — ' En Septième, 1" ordre, Louis La Roche, Marin Morisse, François Tougard, Benjamin Guérin ; 2* ordre. Benjamin Morisse, Denis Chilard, Auguste Costé, Jean- Baptiste Normand ; 3* ordre, Patrice Avril.

(2) Nous indiquons entre parenthèses les sujets traités dans la composition des Prix.

et la diligence, et le troisième groupe n'eut qu'un prix qui fut accordé à l'écolier le plus méritant.

Deux documents, postérieurs à ce palmarès, viennent en combler heureusement les lacunes. Le premier nous fait connaître que, parmi les matières enseignées et non rétribuées par des prix, il faut compter l'Histoire, la Géographie et les Mathématiques (1). Le second indique les facultés récompensées en Rhétorique à la fin de l'année 1792 ou 1793 (2). C'étaient : dans la langue française, 1" le style sublime (Hymne à la liberté française), 2*" vers français (Ode sur le Commerce), 3*" le style tempéré (Constance dans les maux publics), 4" le style simple (Epitre de Stribonius aux Romains), 5* la fable (Le chêne et la fourmilière), 6' la mémoire (L'Art poétique de Boileau) ; dans la langue latine, 1* Yamplification (Alarme des habitants d'Athènes au moment ou Xerxès est prêt à fondre sur la ville avec une armée formidable), 2* la version (Harangue de Quinctius Capitolinus au sujet des dissensions qui régnent dans la République), 3* vers (Cantate sur les Tempêtes).

En somme, dans toutes les classes, depuis la Seconde jusqu'à la Sixième, le latin, thème et version, formait la base de l'enseignement ; dans les classes supérieures, on semble avoir de préférence emprunté à Tite-Live le texte des versions. La versification latine était cultivée en Rhétorique, Seconde, Troisième et Quatrième, et ordinairement les écoliers avaient à mettre en vers latins une fable de La Fontaine, tandis que la versification française était réservée aux classes de Rhétorique et de Seconde. Les concours pour le prix de Mémoire portaient sur les morceaux appris par les élèves pendant l'année, avec leur professeur ou môme isolément ; c'étaient, par exemple en 1791, suivant les classes, ou le Lutrin de Boileau, ou la Grammaire de Lhomond, ou l'Encyclopédie des jeunes gens, ou encore, pour les plus petits, la Mythologie. Le prix de diligence devait payer l'application au travail ; il était décerné par les élèves eux-mêmes, et généralement « accordé d'une voix unanime ».

Les prix de mathématiques, de dessin et d'écriture étaient laissés au choix du Conseil de la Commune, qui offrait soit des volumes, soit seulement des couronnes civiques.

(1) Archives départementales. — Section L. — District de Nïontivilliers. — Lettre de Jacques Rialle, maire du Havre, & Toccasion de i enquête scolaire de 1791-1792.

(2) Archives municipales.

Dfi t7»i A 1793 23

Là dernière distribution des Prix aux élèves du Collège se fit le 4 Septembre 1793 (1). Malgré le petit nombre de Collégiens, le Conseil général de la Commune, voulant entretenir Témulation parmi eux, fit, suivant Tusage, les frais de la fête : acte public tt dans la salle du spectacle », et achat des ouvrages inscrits dans un catalogue dressé à cet effet par Tabbé Trupel. Le maire présida la cérémonie, accompagné d'une délégation de 18 membres du Conseil général (2).

En même temps que Trupel remplissait les délicates fonctions de Principal du Collège, il était attaché à Téglise Notre-Dame comme prêtre constitutionnel. L'assemblée du Trésor, réunie dans la sacristie le 10 Juillet 1791, Tavait nommé diacre d'office. Il occupa jusqu'à l'époque de son arrestation, qui coïncida d'ailleurs avec la fermeture des églises, ce poste pour lequel il recevait annuellement cent livres.

Depuis l'installation du clergé constitutionnel, les prêtres insermentés éprouvaient de grandes difficultés pour la célébration (le leur messe, malgré la loi du 7 Mai 1791 sur la liberté du culte. La loi cependant n'avait pas interdit aux prêtres insermentés les églises nationales. Il n'appartenait donc pas aux curés constitutionnels de prononcer cette interdiction, « la loy permettant ce qu'elle ne défend pas. »

Le Directoire du district de Monlivilliers délibéra, à la date du 22 Décembre 1791 (3), que les prêtres « sermenlés et non sermentés » pourraient, en conformité des lois, célébrer leur messe dans les églises des paroisses sur lesquelles ils avaient leur résidence habituelle. Il appartenait néanmoins au « sieur curé constitutionnel » de fixer l'heure, à laquelle ils auraient le droit de la dire, et la manière dont elle serait sonnée.

Mais Tabbé Trupel n'était pas homme à laisser échapper la moindre occasion de causer, & sa manière, quelque ennui aux prêtres insermentés. Il entrait si bien dans sa nature de leur faire quelques taquineries ! Bientôt, en effet, « il leur joua un de ses tours ; il dît la première messe le jour de Pasque, laquelle ne se dit ordinairement que par nos messieurs (4), et cela pour attraper,

(fl Archives municipales. — Registre des Délibérations. il) Ibid,

(3) Archives départementales, L. 45.

(4) Les prêtres non assermentés.

disait-il, les aristocrates. Quelle politesse, ou plutôt quelle méchanceté 1 (1) »

Trupel, avec quelques prêtres assermentés, fut membre, en 1791 et 1792, et peut-être en 1793, de la Société des Amis de la Constitution. Cette société était une des ramifications du fameux Club des Jacobins, qui était dirigé par les députés de Topinion la plus avancée, et qui se signala par son exaltation révolutionnaire. Ce club fut le principal instigateur des insurrections et des crimes qui souillèrent le règne de la Convention. Robespierre en fut longtemps le chef. Au Havre, la Société des Amis de la Constitution correspondait régulièrement avec les Jacobins de Paris, dont elle recevait le mot d'ordre.

Cependant, en vertu de la loi du 26 Mars 1793, Trupel fut « désarmé » le 3 Juin suivant, en même temps que son collègue Aubin.

La carrière publique de Trupel, comme professeur d'humanités et comme prédicateur, se terminant à peu près avec Tannée 1793, il convient d'apprécier ce prêtre sous ce double point de vue.

Les prédications de Trupel étaient très goûtées. Doué d'une grande facilité, d'une imagination plus grande encore, il avait une éloquence brillante, agréable et hardie. Cependant, malgré tout le plaisir que ses concitoyens avaient à l'entendre, ils lui reprochaient d'être un peu long dans ses sermons.

Trupel eut l'honneur de prêcher les Stations complètes du Carême à Notre-Dame du Havre, en 1792 et 1793. Entre temps, il prononça des discours de circonstance, des panégyriques, des éloges funèbres et en particulier celui de Mirabeau.

Ce discours très curieux (2), mais presque introuvable (3)^ n'a été analysé par aucun écrivain havrais (4).

(1) Le clergé normand en Angleterre, par M. Alph. Martin, p. 14. — Lettre écrite le 12 avril 1792 par Laurent-Toussaint Bonvoisin à l'abbé Mahieu, ancien curé du Havre, retiré en Angleterre.

(2) FAoge funèbre d'Honoré Biquetti Mirabeau, député d'Aix à VAssembh'c Nationale, prononcé par J. Trupel, prêtre et Principal du Collège du Havre-de- Grâce, en l'Eglise de Notre-Dame, le 8 avril 1791, à onze heures du matin. — Au Havre, de Timprimerie de Faure, 22 pages in 4*. — Ce discours de Trupel accrut sa popularité à tel point que nous lui devons ici une mention spéciale. Le procès-verbal de la cérémonie porle que Trupel « a été entendu avec beaucoup d'Jlntérêt et couvert d'applaudissements ». (Archives municipales. ■— Délibérations, Reg. I).

(3) Nous n'en avons découvert qu'un exemplaire : Bibliothèque de Rouen, 0. 436 (a).

(4) C.H! iîKi, deux ans après la mort de Mirabeau, la découverte des secrets renfermés dans l'ormoirc de fer eût appris qu'il s'était rapproché de la royauté

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