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CHAPITRE IV

Les Exercices Militaires et les Fêtes

Au commencement de la Révolution, Tardeur patriotique avait enflammé tous les cœurs. Les hommes, en état et en âge de porter les armes, s'étaient fait un honneur de s'enrôler dans les milices locales. La garde bourgeoise du Havre s'était donnée, en 1789, un brillant uniforme, dont l'éclat devait frapper vivement l'imagination des enfants. « Habit d'écarlate, passepoil bleu, parement et collet de velours bleu de Roi, boutons d'or aux armes de la Ville, veste et culotte blanche, et cocarde nationale au chapeau (1). » De tous côtés, on répétait que l'homme devait être élevé pour la Patrie. Le Conseil général du Havre exprimait la môme pensée, lorsqu'il inscrivait dans une de ses délibérations que « l'école du maniement des armes est essentielle pour former de vrais et parfaits républicains, d Plus tard, le 6 Fructidor an H, il revenait sur le même sujet : « Dans un état libre, tout citoyen doit être soldat, savoir défendre ses droits, résister à l'oppression et s'opposer à toutes les tyrannies. » Il était donc bien naturel que l'enthousiasme des pères fût partagé par les fils. On ne voulait

(1) Bibliotb^e de Rouen. — Mss. Le Masson Le GoUt, ft* parUe, p. 419.

plus d*humanistes, on voulait des soldats. Ce changement dans les mœurs n'était pas fait pour déplaire à maint enfant, pour qui le métier de la guerre avait plus d'attrait que la vie d'écolier. Plusieurs instituteurs désireux de développer les belliqueuses dispositions de leurs élèves, essayèrent de les organiser en bataillon. On décida bientôt qu'il valait mieux réunir ces divers groupes scolaires et ranger désormais tous les jeunes havrais par âge et non par école. Cette confusion eut l'inconvénient d'effacer toute distinction entre les collégiens et les autres écoliers.

Le premier mattre, qui dressa militairement ses élèves, fut l'abbé Choinet. Il rédigea à leur intention, le 16 Juillet 1790, un règlement qu'il fit précéder d'un Avertissement. Une rapide analyse suffira pour nous donner une idée de ce document, long de six grandes pages (1).

Les vœux de ses élèves avaient depuis longtemps « frappé son oreille ». Quoique applaudissant tacitement à leur patriotisme, l'abbé Choinet avait feint d'être sourd à leur demande. Il croyait, un peu naïvement à notre avis, qu'en différant son consentement, la joie et la reconnaissance de ses écoliers se manifesteraient ensuite par une conduite absolument irréprochable. Une fois sa parole donnée, il leur persuada d'élire eux-mêmes leurs officiers, et de procéder à cette élection par la voie du scrutin. « C'est par cette voie que la Ville du Havre s'est formée une Municipalité sage et vertueuse, et la garde nationale des officiers dignes de cet honneur. » L'élection des chefs se fit « dans un ordre et avec une police admirables. » Depuis quelque temps, ces enfants cherchaient un amusement utile et agréable, leurs souhaits étaient enfin comblés.

On retrouvait, dans cette petite troupe, tous les officiers et tous les gradés d'un véritable régiment. Le commandement était aux mains d*un colonel et de deux capitaines, aidés de deux sergents et de quatre caporaux. Au corps des officiers s'ajoutaient un porte-drapeau, un tambour-major, deux tambours et même deux sapeurs. Le tambour-major n'était pas nommé au scrutin ; on choisissait le plus grand et le mieux fait de la troupe. La Société fut divisée, d'après la couleur de l'uniforme, en deux compagnies : la rouge et la bleue.

Les cotisations de tous les membres servaient à alimenter une

(1) Arcbives piiuUcipalefi,

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masse, où étaient puisées les sommes nécessaires pour couvrir les frais généraux de la Société : le drapeau, les deux caisses, la canne du tambour-major, les panaches, les haches, les tabliers des sapeurs, les épaulettes, les hausse-cols, les galons des sergents et des caporaux.

Les membres étaient obligés de se pourvoir, à leurs frais, de vêlements et d'armes. Les pauvres, qui n'avaient pas le moyen d'acheter des fusils ou des sabres véritables étaient autorisés à les avoir en fer blanc. Ceux également qui ne voulaient pas porter de baudriers en buffle ou en basane les façonnaient en large ruban de fil blanc.

Une obéissance absolue était due aux officiers, et de graves punitions retenaient, dans les bornes d'une juste subordination, les fusiliers tentés de s'en écarter.

Pour se faire aimer et obéir de leurs inférieurs, les chefs devaient ni se prévaloir de leur autorité, ni commander avec orgueil, ni se permettre rien de déplacé envers aucun fusilier, sous peine d'être dégradés par arrêt du Conseil de guerre établi dans la Compagnie.

Il était expressément défendu d'avoir le sabre nu à la main ; le délinquant était « noté et regardé comme rebelle aux lois ;>, qui régissaient la Société. On le plaçait alors à la queue de la Compagnie, et, en cas de récidive, il était congédié.

Les sergents devaient, avant la mise en marche de la Compagnie, visiter les gibernes, puis inspecter les armes, et, au besoin, les poches des fusiliers.

Si, dans une cérémonie, une Compagnie étrangère venait à soulever la question de préséance, on s'obligeait à marcher toujours en arrière, « ne cherchant la gloire que dans la subordination et non dans la prééminence et l'honneur du pas. »

Le colonel et les deux capitaines de cette Compagnie s'appelaient Laroche, Poupel et Léguillon ; ces trois officiers avaient de dix à douze ans.

Le colonel Laroche, au nom des écoliers de l'abbé Choinet, écrivit à la Municipalité, le 12 Août 1790, qu'avec l'agrément de leur maître ils avaient constitué entre eux une Société, dont le but était de « les former de bonne heure aux travaux militaires, » afin de pouvoir plus tard « faire trembler et repousser tout ennemi de la paix et de la concorde. » Ils demandaient à continuer leurs exercices ; cette autorisation leur fut gracieusement accordée.

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Le désir de faire partie d'une Ck>inpagnie militaire gagna vite tous les enfants de la Ville, et leurs maîtres durent d'autant plus céder à Tentralnement général, que le Corps municipal luî-méme ne ménageait pas aux jeunes fantassins ses plus affectueux encouragements.

Mais bientôt s'opéra une réforme qui centralisa les bonnes volontés et maintint Télan patriotique chez tous sans exception : enfants, jeunes gens, hommes faits et vieillards.

Depuis longtemps, les Gardes nationales étaient des milices dépendant uniquement des autorités locales. Une loi, la loi du 14 Octobre 1791, fixa sur des bases identiques le recrutement el l'organisation de toutes ces troupes : même règlement, même discipline, même uniforme. Comme il n'y a qu'une nation, il n'y aura de même qu'une garde nationale. On lui imposa l'uniforme des Gardes françaises : habit bleu à revers blancs, culotte blanche et chapeau à la française.

Les articles XXX et XXXII de la seconde section de cette loi autorisaient les Communes à associer les vieillards et les enfants au service de la Garde nationale (1). On admirera chez les uns la prudence et la sagesse , et on se fera un plaisir de préparer l'activité des autres à la défense de la Patrie.

Pour entrer dans les vues du Gouvernement, les administrateurs, composant le Directoire du district de Montivilliers, dans un placard portant la date du 21 Mai 1792, invitèrent les vieillards, au-dessus de soixante ans, et les jeunes gens au-dessous de dix-huit ans, à s'inscrire promptement au greffe de leur Municipalité comme membres des Compagnies des Vétérans et des Jeunes gens (2).

Plusieurs mois se passèrent dans une vaine attente ; personne ne venait s'inscrire. D'ailleurs, pour s'inscrire, il fallait

(I) Loi relative à rorganisation de la Garde Nationale. — Section seconde. — Art. XXX. — L'Assemblée Nationale, voulant rendre honneur à. la vieillesse des Dons citoyens, permet que, dans chaque canton, il se forme une compagnie de Vétérans, de gens ftgés de plus de soixante ans, organisés comme les autres et vêtus du même uniforme ; et ils seront distingués par un chapeau à la Henri IV, et une écharpe blanche : leur arme sera un esponton,

Art. XXXII. — L'Assemblée Nationale permet également qu'il s'établisse dans chaque canton, sous la même forme d'organisation, une compagnie composée de jeunes citoyens au-dessous de T&ge de dix-huit ans. Cette compagnie, commandée par des officiers de la même classe, sera soumise & l'inspection de trois vétérans nommés à cet effet par leurs compagnies, ou, t défaut de vétérans, d'inspecteurs désignés par les Municipalités. • (2) Archives municipales.

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