LES EXERCICES MILITAIRES
Compagnies, était de cent cinquante-deux ; ces compagnies furent distribuées en quatre sections et désignées par les lettres A, B, C et D.
A la tête de la Compagnie A (Compagnie Marat) furent placés le capitaine Laroche-Hardy, le lieutenant Augustin Bourgeois cadet, treize ans, et le sous-lieutenant Satis.
A la tête de la Compagnie B (Compagnie Le Pelletier) furent le capitaine Seyler, le lieutenant Maisonnier, et le sous-lieutenant Stanislas Fréret, treize ans.
A la tête de la Compagnie C (Compagnie Beaurepaire), le capitaine Fleury, le lieutenant André Desmeules, onze ans, et le souslieutenant Hénin.
A la tête de la Compagnie D (Compagnie Chaiier), le capitaine Louis Arson, quatorze ans et demi, rue Saint-Honoré, dite Rose, le lieutenant Rivière cadet, et le sous-lieutenant Denis Chilard.
L'instructeur du bataillon entier était le citoyen Denier.
Les Elèves de la Patrie manifestèrent bientôt le désir d'acquérir deux canons de fonte, qui appartenaient à une maison de commerce du Havre, afin, disaient-ils, de « s'exercer à la manœuvre de rartillerie. » Le ministre de la Guerre n'accueillit point leur demande ; il les engagea tout simplement à bien s'habituer au maniement du fusiU << exercice qui ne leur sera pas moins utile que celui du canon (1). »
Un mois plus tard, les canonniers du Bataillon de l'Espérance, qui s'étaient procuré un canon, sollicitèrent du Conseil général de la Ville tt un affût pour monter le canon qui servait à leurs exercices. »
Le 16 Ventôse (6 mars 1794), ces ardents patriotes exprimèrent le vœu de voir flotter sur leur tête l'étendard tricolore « sous lequel, disaient-ils, ils désirent de se voir rassemblés, persuadés qu'à Taspect de cette bannière auguste celles du fanatisme se brisenmt d'elles-mêmes. » Le Conseil loua fort de leurs sentimentâ civiques les Jeunes élèves de la Patrie, et délibéra que la Oomnmne ferait les frais d'un drapeau tricolore pour leur bataillon. La confection de ce drapeau fut remise au citoyen Pavril.
Le 23 Messidor suivant (11 Juillet 1794), une députation de jeunes enfants se présenta à la Municipalité, requérant Tassentinient du Conseil sur la formation d'un bataillon, auquel ils dési-
(I) Archives municipales. ** Série Ha,
84 LE COLLÈGE DU HAVRfi
raient donner le nom de Premier bateAUon de la Montagne. Ils demandèrent rautorisation d'inscrire sur leur drapeau cette légende :
Premier bataillon de la Montagne.
Divine Liberté,
Seconde notrb courage 1
L*agent national ne put que féliciter de leur zèle les jeunes pétitionnaires.
Il y avait là cependant un abus auquel il était temps de remédier. Chaque bataillon voulait, en effet, avoir son organisation militaire, son étendard, sa devise, et figurer en bon rang dans les fêtes civiques. Mais cette variété de bataillons, entièrement indépendants les uns des autres, devait nécessairement amener la division^ et susciter la jalousie parmi les enfants. Pour obvier à cette fâcheuse conséquence, le Oonseil décida, le 6 Fructidor, de concentrer en un seul corps toutes les Compagnies isolées. Désormais, le bataillon des enfants sera un, comme la République, et Ils vivront entre eux « comme des frères qui se chérissent et se distinguent par leur bonne union. » On formera un tableau de tous les enfants, de dix à seize ans, capables d'apprendre le maniement des armes, et tous seront rassemblés en un seul bataillon, le Bataillon de VEspérance.
Les exercices commenceront chaque soir, à six heures, au local de la ci-devant Bourse, sous la direction du citoyen Denier.
Depuis quelque temps déjà, le Bureau d'Instruction publique préparait un projet de règlement pour le bataillon de TEspérance. Présenté le 23 Fructidor au Conseil général, ce règlement ne fut adopté, le 26 Fructidor an II (12 Septembre 1794), qu'après avoir été remanié en quelques endroits.
Ce document (1) nous semble si intéressant que nous n'hésitons pas à le transcrire intégralement.
Discipline et organisation militaire des jeunes élèves de la Patrie connus sous le nom de BATAILLON DE l' ESPERANCE
Article Premier. — Les Compagnies seront composées chacune de soixante jeunes citoyens, savoir : un capitaine, un lieute* nant, deux sous-lieutenants, deux sergents, quatre caporaux et
(1) Archives municipales. — Délibération du 26 Fruclidor an II. — Celte '"-'^ se trouve aussi dans la collection E. Seguin.
LES EXBRCICE5 MILITAIRES 86
cinquante fusiliers. Les offloiers et sous^offlciers seront nommés au scrutin ou à voix haute^ suivant la loi, et en présence d'un ou de deux vétérans et du citoyen Denier, agréé par le Conseil général de la Commune pour leur instituteur en chef, lesquels présideront ainsi à toutes les nominations.
Art. II. — Les commandants de bataillon, en premier et en second, seront nommés de la même manière que les officiers et sôus-offlciers de chaque Compagnie, c'est-à-dire, au scrutin par tout le bataillon.
Art. III. — Lorsque les jeunes élèves s'assembleront, les jours indiqués par l'instructeur, pour aller à l'exercice, ils garderont, pendant tout le temps que dureront les manœuvres, le plus profond silence. Celui qui se permettrait de semer le trouble dans la Compagnie, en poussant ses camarades, en les faisant parler, en sortant des rangs, ou de toute autre manière, et qui, enfin, n'obéira pas strictement aux ordres de ses supérieurs, sera noté et son nom porté aux vétérans et à l'instructeur, réunis en Conseil, pour être par eux censuré et rappelé à ses devoirs. Ils prononceront oontre les coupables, et suivant la gravité de leur faute, la suspension de leur entrée dans la Société populaire, ou la privation momentanée de l'honneur d'être compté au nombre des jeunes élèves de la patrie, ou la censure au Conseil général de la Commune, en séance publique, et enfin, pour ceux qui persisteraient dans leur mauvaise conduite, le désarmement et la remise de leurs armes à la Municipalité.
Art. rv. — 11 y aura un ou deux vétérans les jours d'exercice pour servir d'inspecteurs pendant le temps des manœuvres. Ils auront le droit de reprendre les citoyens qui ne se conduiront pas suivant les règlements. Celui qui se permettrait de sortir du respect qui leur est dû sous tous les rapports, sera, de suite, chassé du bataillon, désarmé et noté à la Municipalité comme mauvais sujet ; il ne pourra rentrer au bataillon que du consentement des vétérans et de l'instructeur réunis en Conseil.
Art. V. — Les officiers, sergents, caporaux, qui se permettront de frapper ou de maltraiter en paroles un ou plusieurs camarades, ou qui riront en les commandant, ou qui chercheront à les faire parler pendant le temps des manœuvres, seront punis, suivant l'exigence des cas, des mômes peine«s portées en l'article III.
Art. VI. — Celui qui se permettra de charger son arme, étant à l'exercice, sera puni d'une des peines portées & l'article III, suivant la nature de la faute et la décision des vétérans et instituteur réunis.
Art. VII. — L^exercice uni, les jeunes élèves retourneront chefis leurs parents où ils déposeront paisiblement leurs armes. Ceux qui seront rencontrés armés, hors des heures de service, seront désarmés pour un temps qui sera désigné par les vétérans et rinstituteur.
Art. VIII. — Celui qui manquera trois fois de suite à Texercice et qui n*apportera pas un certiflcat de ses parents, justificatif des motifs de son absence, ne pourra reparaître au bataillon que du consentement des vétérans et de rinstituteur.
Art. IX. — Lorsque la générale ou la charge battra, fous les jeunes élèves s'assembleront devant le domicile de leur capitaine, et se porteront ensuite sur la place de la Liberté pour s'y former en bataillon et y recevoir les ordres.
Art. X. — Lorsque les tambours auront rejoint le bataillon ou leur compagnie, ils ne se permettront pas de battre différentes marches ; ils garderont le silence jusqu'à ce que l'instituteur ou le commandant, ou quelques autres officiers qui commanderont ce jour-là, aient fait signe de faire un roulement ou aient ordonné de défiler. S'ils ne veulent pas se conformer au règlement, ils seront envoyés aux vétéranis et à l'instructeur réun'S pour être punis conformément à l'article III.
Art. XI. — Ceux qui, dans le bataillon, se feront remarquer par une stricte observation de la discipline et par leur bonne conduite, auront l'avantage de porter les guidons et le drapeau, alternativement et pendant le temps déterminé par les vétérans et rinstructeur.
Art. XII. — Les jeunes élèves tiendront leurs armes dans la plus grande propreté. Les parents sont invités à veiller à ce qu'ils en aient le plus grand soin. Ceux qui montreront de la paresse à cet égard seront regardés dans le bataillon comme des insouciants et ne donneront qu'un très mauvais augure de leur patriotisme. Les officiers, de leur côté, engageront leurs camarades à ne pas apporter d'insouciance dans l'accomplissement de ce devoir.
Art. XIIl. — Les jeunes élèves ne perdront pas de vue que, dans une République, tous les hommes sont égaux et frères. Celui qui, dans le bataillon, donnerait quelque signe de hauteur ou de mépris pour ses camarades, serait renvoyé, pour la première fois, par devant les vétérans et l'instrucleur et, en cas de récidive, par devant le Conseil général de la Commune, en séance publique, pour y être rappelé aux principes d'égalité et de fraternité qui font la base de la République française.
LES EXERCIGGS MILITAIRES 87
Art. XIV. — Les citoyens qui garderont le silence pendant le temps qu'ils seront aux exercices et qui se feront remarquer par une bonne conduite dans le bataillon et leur compagnie, seront, à la fin de chaque trimestre, présentés par les vétérans et Tinstrucleur au Conseil général de la Commune, pour y recevoir en séance publique les éloges qu'ils auront mérités. Ils seront, en outre, appelés de préférence aux fêtes civiques, lorsque tout le bataillon ne sera pas commandé pour marcher.
Art. XV. — Les jeunes élèves, jaloux de conserver la liberté, régalité, la fraternité, et de consolider la République, qui à jamais fera le bonheur des Français, doivent montrer le plus grand zèle pour se mettre en état de repousser ceux qui auraient la témérité de s'armer contre elle.
La joie de posséder un règlement spécialement rédigé pour eux, et, probablement aussi, le désir de l'observer à la lettre, poussèrent les jeunes élèves de la Patrie à en demander l'impression au Conseil, le 16 Primaire an III, (6 Décembre 1794).
Ce môme jour (16 Frimaire), plusieurs jeunes gens furent dénoncés comme ayant « maltraité et frappé » les élèves du bataillon de l'Espérance. Le Bureau de police de Sûreté fut chargé d'instruire la cause et de citer les coupables devant le Conseil général « pour y être semonces en présence du public, et, en cas de récidive, être punis suivant l'exigence du cas. » Ces jeunes gens se présentèrent avec leurs parents. Le maire leur remontra combien leur conduite était répréhensible et en opposition avec les principes d'union et de fraternité qui devaient régner entre républicains. Leur bonne contenance leur attira l'indulgence du Conseil.
Pendant l'hiver 1794-1795, les exercices militaires furent interrompus. On les reprit en Germinal (Avril 1795), sur la demande des Jeunes élèves de la Patrie, et avec le concours de Denier, qui, depuis près de quatre ans, était leur a instituteur volontaire (1). »
Mais l'ardeur guerrière des premiers jours alla s'afïaîblissant. Les jeunes défenseurs de la Patrie, appelés sous les drapeaux, n'étaient pas remplacés par leurs jeunes concitoyens. Sans doute nous retrouvons encore, dans les fêtes, des enfants
fl) Archives municipales. — Série H^.
88 LE GOLLÈae du havre
en bataillon et en armes, mais il ne semble plus Atre question du Bataillon de TEspérance.
A partir de cette époque, on préféra, comme mode d'éducation destiné à façonner Tftme de la jeunesse, les fêtes au maniement dés armes. Dans la pensée de la Révolution, ces fêtes devaient donner vie et efficacité à la morale. La confiance en cette institution fut telle que tous les législateurs en parlèrent avec enthousiasme. Dans un discours sur les Fêtes publiques civiles et militaires, Mirabeau avait développé l'idée, empruntée d'ailleurs à Rousseau, de faire des fêtes une des branches de l'instruction publique. Le grand orateur de la Constituante demandait pour le peuple, et surtout pour les jeunes gens, « des images frappantes, des grands spectacles, des émotions profondes. » Il croyait à la vertu patriotique et morale des fêtes. Il fallait, d'après lui, mettre sous les yeux de la jeunesse « tout ce qui saisit l'homme par les sens, le passionne et l'entratne .» La pensée de Mirabeau, tout originale qu'elle parût, fut recueillie par tous les pédagogues de la Révolution. Parmi ceux qui proclamèrent l'heureuse influence des fêtes sur les enfants, citons Talleyrand, en Septembre 1791, Coodorcet, en Avril 1782, et Robespierre dans son fameux discours du 18 Floréal an II (6 Mai 1794) sur le rapport des idées religieuses et morales avec les principes républicains. Robespierre, en particulier, disait : « Il est une sorte d'instruction qui doit être considérée comme une partie essentielle de l'éducation publique, je veux parler des fêtes nationales. Rassembla les hommes, vous les rendrez meilleurs ; car les hommes rassemblés chercheront à se plaire, et ils ne pourront se plaire que par les choses qui les rendent estimables. Donnez à leurs réunions un grand motif moral et politique, et Tamour de choses hofnnêtes entrara avec le plaisir dans tous les cœurs, car les hommes ne se voient pas sans plaisir. » Citons encore le témoignage de Boissy d'Anglas : « Les fêtes mettent l'enseignement en action, donnent du mouvement et de la vie aux préceptes sacrée de la morale. Elles élèvent et agrandissent la carrière de l'imagination et de l'esprit ; elles développent cet amour ardent des grandes choses, que la natiu*e a placé dans le cœur de tous les hommes. Elles parlent à l'âme le langage qu'elle entend le mieux, celui des sensations et des images (1). » Les fêtes firent donc partie intégrante du système d'enseignement, et, comme tous les citoyens
(1) Essais sur les Fêtes, p. S-13.
LBS Fftns M
y étaient convoqués, Rftbaud-Saint-EtfenRe put dire un jour en toute vérité : « Vieillards, jeunes gens, femmes, ignorants et savants, » tous sont également a élèves ».
L'idée d'utiliser les fêtes, comme moyen de moralisation, était empruntée à l'Eglise. En appelant les ûdèles & ses cérémonies religieuses, l'Eglise n'avait-elle pas toujours eu pour but d'élever leur âme aux grandes pensées et aiix grands devoirs ? Mais la Révolution, voulant faire sans elle et mieux qu'elle, opposa au christianisme, religion trop triste, le paganisme riant et facile au plaisir.
La première fête à mentionner au Havre fut la fête de la Fédération (13 Juin 1790). Elle eut pour théâtre la place de Provence, au Perrey. Le procès-verbal de la cérémonie (1) ne porte pas que les jeunes gens y assistèrent en corps ; mais nous savMS par ailleurs que, ce même jour, un grand banquet civique, offert par souscription, fut servi dans la rue de Paris. Morlent (2) affirme qu'il y eut Inns mille convives. On ne rompit pas avec la vieille tradition, qui voulait que tout banquet se terminât par des chansons ; on chanta donc. Parmi les poètes qui se firent entendre, nous distinguons VBbhé Trupel qui ôomposa un hymne patriotique sur l'air : Vive Henri ! de la bataille dlvry.
Cette chanson n'est pas consignée dans la brochure attribuée à tacorne, avocat et officier municipal (3). Nous croirions assez volontiers qu'elle fut jugée indigne de l'impression. Mlle Le Masson Le Golft Ta transcrite à la suite de ses mémoires. Cette pièce comprend dix couplets d'une poésie assez pauvre ; voici, comme spécimen, les deux moins mauvais :
Louis seize, comme un bon père, Environné de ses enfante.
Creuse avec eux la manière De rendre ses sujets contents.
Grftces & TAssemblée Qu^OGCupe le bien général Tiers-Etat, nobles, clergé, tous d^emblée N'ont qu'un esprit national (bis).
(fl Archives municipales. — Registre des Délibérations.
(2) Archives de la Ville du Havre, tome 2. (Recueil manuscrit de documents.)
(3) Procès-verbal de la Fédération de la Garde nationale du Havre avec le régiment de Béam et les corps militaires attachés à la place. (24 pages in-8% coUection E. Seguin,)
60 Ufi GOLLftûB DU HAVRE
Ciloyens qui portez les armes,
Unis par la fraternité.
Célébrons les ravissants charmes De la naissante liberté.
Dans cette belle fête, Par unanime signal.
Honorons ceux qui sont à noire tète.
Vive l'esprit national I (bU),
Les écoliers prirent rang, pour la première fois, dans une cérémonie officielle à la grande manifestation du 14 Juillet 1791 (deuxième anniversaire de la prise de la Bastille.) La fête fut célébrée sur la place du Palais de Justice. « Une troupe d'enfans en armes et en uniforme était rangée en bataille en avant de la fontaine (i). »
Ce n*était là cependant qu'une sorte d'essai. Voulant rattacher les fêtes nationales k Téducaiion de la jeunesse, et en faire un enseignement en action, plus efficace peut-être que renseignement oral lui-même, la Convention, au mois d'Octobre 1792, mit l'organisation des fêtes dans les attributions du Comité de l'Instruction publique. Dès lors, le moindre événement devint un sujet de réjouissance, et les jeunes gens figurèrent dans tous les cortèges.
Le 30 Vendémiaire an II (21 Octobre 1793), on inaugura au Havre les décades de la nouvelle ère républicaine, et on fêta en même temps la levée de la première réquisition. Dans le défilé, le bataillon de l'Espérance et les enfants des écoles marchaient bannières déployées : sur ces bannières aux couleurs nationales « on avait apposé les images de Bara et de Viala. » La première partie de la cérémonie se passa sur la place de la Liberté. Au milieu des acclamations de la foule, au bruit du canon et aux accents d'une musique guerrière, on livra aux flammes « les restes des emblèmes de la royauté et de la féodalité » que, en conséquence de l'arrêté des représentants du peuple du 17 Septembre précédent, la Municipalité avait rassemblés à cet effet. « Ces restes imposteurs étaient portés par un ftne, pour montrer au peuple le mépris qui doit être éternellement attaché à tout ce qui peut rappeler l'idée honteuse des signes de notre esclavage. » Quand les symboles de l'ancien régime furent consumés, « la mémoire des tyrans a été vouée à l'exécration publique, et aussitôt des oiseaux, prenant leur vol rapide dans les airs, ont porté au ciel le témoignage de la liberté rendue à la terre (2). »
(1) Archives municipales. — Registre des Délibérations. (21 Ihid. — Registre IV des Délibération, fol. 96.
Pour le seconde partie de la fête, on se réunit à Téglise. Des chœurs ayant été formés pour exécuter, avec accompagnement de Torgue et de Torchestre, le Chant du Départ^ chaque groupe chanta son couplet. Nous en détachons la strophe des enfants :
De Bara, de Viala, le sort nous fait envie ;
Ils sont morts, mais ils ont vaincu :
Le Iftcbe accablé d'ans n'a point connu la vie ;
Qui meurt pour le peuple a vécu.
Vous Ôtes vaillants, nous le sommes ;
Guidez-nous contre les tyrans :
Lès républicains sont des hommes,
Les esclaves sont des enfants.
Quelques jours après cette solennité, Tauteur même des paroles du Chant du Départ, Joseph Ghénier, prononça à la Convention un discours dans lequel il proclama que les fêtes étaient le seul moyen de créer l'éducation nationale.
Jusqu'ici, les enfants n'ont paru dans les cortèges civiques que comme figurants ; aucune fête n'a encore été donnée en leur honneur. La première de ce genre fut aussi la plus bizarre. Le récit assez détaillé, que nous devons en faire, sera une peinture assez fidèle des idées et des mœurs de l'époque.
Cette fête fut célébrée « dans la première maison d'éducation du Havre de Marat (1), primidi de Primaire an II ». (Jeudi 2J Novembre 1793.) La conduite du principal personnage n'y fut rien moins que grotesque et ridicule.
Le Collège venait d'être supprimé par un décret de la Convention du 15 Septembre. Cependant la Commune du Havre, très bienveillante pour le Principal, l'abbé Trupel, et ses deux collaborateurs, Lange et Delisle, les maintenait dans leurs fonctions. Malheureusement> le nombre des collégiens ne répondait ni à la générosité de la Municipalité, ni au dévouemeint des professeurs. Par contre, Augustin Le Tellier, comptait dans sa classe beaucoup d'élèves, tant garçons que filles. II avait même dû s'attacher deux aides d'écriture, les frères Jacques et Joseph Auburtin, tous deux originaires de Metz. L'alné ayant été désigné par les suffrages de ses concitoyens pour occuper un des premiers grades dans le Bataillon de Marat, dont on préparait l'armemeinl et l'éiquipe-
(1) Du 29 Brumaire an II (19 Novembre 1793) au 23 Nivôse an III (12 janvier 1795), le Havre de Grâce fui nommé, d*abord Havre de Marat, puis bientôt après Havre-Marat.
92 LE COLLftOB DU HAVRE
ment, les instituteurs eurent la pensée d'organiser, avant le départ de leur collègue, une fête civique pour célébrer le patriotisme de Jacques Auburtin, et exalter en même temps les idées républicaines dans l'esprit des enfants.
Le citoyen Beauflls, négociant et membre du Conseil de la Commune, offrit « ce qui caractérise Thomme libre », c'est-à-dire un arbre de la liberté. Mais, pour produire quelque éclat, la cérémonie réclamait un emplacement assez vaste. La cour du Collège, qui se trouvait à côté, semblait convenir parfaitement, par ses dimen-sions, à l'exécution du patriotique dessein des instituteurs. Ils en avisèrent le Principal de la maison, Tabbé Trupel, qui « ne pouvant qu'applaudir au civisme de ces jeunes plantes, l'espoir de la patrie », voulut participer à cette fête en déployant toute la pompe qu'elle méritait.
Trupel s'est chargé lui-môme de i-aeonter tout au long cette bouffonnerie dans laquelle il tint le premier rôle (1). Voici d'ailleurs par quelle phrase emphatique il débute :
« Liberté I Egalité ! Droits inaliénables et sacrés I Ils n'ont été que trop longtemps méconnus du faible opprimé, à l'avantage du plus fort que son égoïsme rendait oppresseur I »
Le narrateur aborde ensuite la description de la cérémonie proprement dite. Nous tenons à i^produire textuellement plusieurs passages de son récit ; le lecteur pourra mieux juger comment Tenlraînement de la passion peut amener un homme plein d'esprit à dire des inepties et à écrire des naïvetés qui nous font sourire aujourd'hui. Il n'y a pas lieu cependant de trop s'étonner que Trupel soit tombé dans ces bassesses et ces défaillances. Il sentait battre dans sa poitrine un cœur ardent et enthousiaste pour toutes les idées qui séduisent et emportent les foules ; et puis, avouon-île bien simplement, Trupel n'était point de ceux qui courent aii martyre ; il désirait avant tout garder sa chaire de professeur.
« Après les leçons du matin, écrit Trupel, à cette heure où l'astre du jour semble balancé sur les deux parties de notre hémisphère, on a vu les élèves de l'un et l'autre sexe sortir de la classe d'écriture pour se rendre dans la cour de l'ex-Collège, où l'arbre était déjà préparé. »
(î) Nous connaissons deux exemplaires de ce récit ; run se trouve dans îa coflection E. Seguin, et l'autre à la Bibliothèque municipale du Havre (Mélanges havrais, vol. 4, n* 1(». C'est une brochure de 10 pa^jes in4*, toprlmée au Havre chez Payen.
IMB VtTBB 93
Deux militaires, appartenant à un bataillon qui était alors en garnison au Havre, précédaient la troupe intéressante ; ils portaient avec dignité un tableau peint représentant la Liberté, œuvre du citoyen Andrieu.
A la suite des soldats, s*avançaient « les Jeunes gens marchant en mesure ; ils formaient deux divisions, chacune avec son étendard ; et le jeune sexe marchait sur leurs pas, Tœil fixé sur un troisième dans les mains d'une d'entre elles. » Le Principal de la maison attendait cette brillante jeunesse, revêtu de sa robe de régent avec Tattribut qui le caractérisait sous Tancidn régime, la chausse ou épitoge ; il était accompagné des instituteurs, ses auxiliaires dans Tœuvre de renseignement.
Les jeunes républicains entourèrent Tarbre de la Liberté. Alors, au milieu d*un religieux recueillement, le citoyen Delisle, professeur de Mathématiques, prit un flambeau porté par un écolier et mit le feu à un bûcher préparé près de là.
Lorsque la flamme s'éleva dans les airs, Tex-Principal, pour ne plus se considérer que comme un simple instituteur, fit un autodafé de ses insignes, et jeta au feu « tous ses titres d'agrégé à Tex-Université de Caen, » les considérant comme injurieux aux instituteurs qui ne les possédaient point, et comme contraires aux principes d'égalité. Puis il se dépouilla de sa robe de régent, prit la chaussure des sans-culoUes et se coiffa du bonnet rouge ; tous les professeurs suivirent son exemple.
Pendant que la flamme dévorait ces marques antirépublicaines des distinctions d'autrefois, deux des instituteurs. Lange et Joseph Auburtin (1), chantèrent ce couplet sur l'air : Triste raison t
Arbre, des jeunes ans le vrai symbole, Par des enfants en ces lieux transplanté, Pouvais-tu mieux Ôtre que dans Tôcole Où l'on apprend ce qu'est la liberté 1
Ce couplet, composé par Trupel lui-même, fut répété par tous les assistants, puis Tex-Principal fit avancer trois écoliers portant Tun le buste de Mirabeau, un autre une massue, et le troisième un manuscrit. A Taide de la massue, Tex-Principal brisa le buste, en annonçant au peuple assemblé qu'ainsi méritaient d'être traités
(1) Trupel se trompe en disant que cet Auburtin était le frère aîné de Jacques. Lors du recensement fait le 89 mars 1793, Jacques avait 21 ans et Joseph 17. (Archives municipales.)
64 LE COLLt»E DU tiAVRB
tous ceux qui, après avoir soutenu les Droits de rHomme et du Citoyen, viendraient à se laisser corrompre lâchement, alors qu'ils devraient être incorruptibles. En même temps, Trupel déchirait le manuscrit du discours quMl avait prononcé naguère à Notre- Dame en rhonneur de Mirabeau, dans un temps où cet orateur était considéré comme le vrai ami du peuple. « Faut-il, remarque Trupel, faut-il qu'après s'être élevé avec tant de force et d'énergie contre une cour, la cause primordiale de tous nos ma%ix, il ait terni sa mémoire par des écrits signés de sa main et trouvés aux Tuileries, en devenant courtisan 1 (1) »
A la suite de cette leçon donnée à ceux qui trahissent la cause qu'ils ont juré de défendre, tous les instituteurs chantèrent un hymne, en neuf strophes, composé également par l'abbé Trupel, sur l'air : Volons au salut de FEmpire I Nous ne citons que les strophes présentant quelque intérêt, car en général la poésie est faible et les idées semblent un peu obscures. Trupel n'est ici ni poète, ni même versificateur.
GélébronB la première fHe, Au pied de cet arbre, en ces lieux ; Sur les tyrans, c'est la conquête Qu*enviolent tant nos bons eyeux 1
Liberté, liberté I Un des bienfaits de la nature ;
Oui, tes entons, Nous voulons vivre sous tes loix.
A bas despotisme, imposture (bis).
L'homme enfin a repris ses droits.
Hélas 1 depuis combien d'années Le plus fort a fait les malheurs Du faible dont les destinées Eloient d^ouvrir les yeux aux pleurs 1 Liberté, liberté, etc..
Quand le bonheur de l'existence Doit être égal à des égaux, Faut>il qu'une aveugle ignorance Aussi longtemps ait fait nos maux I Liberté, liberté, etc...
(1) Mirabeau, après avoir été le plus dangereux adversaire de la cour, en était devenu l'ami pendant l'année 1790. Ses relations avec le roi ne furent bien connues du public qu'après sa mort arrivée le S avril 1791. Aussi sa populanté ne dura pas, et, en 1794, son corps fut retiré du PanUiéon où il avait été inhumé.
Le narrateur fait remarquer que « deux chœurs s'unissaiettt à chaque stn^he. » Le premier répétait : « Liberté, liberté ! » et les vers suivants ; le second plus nombreux : « A bas/ despotisme... n
Quand le refrain eut été chanté pour la dernière fois, les deux militaires s'avancèrent, et, soutenant leur tableau sur leurs épaules, ils vinrent Tappuyer contre l'arbre de la Liberté.
Les instituteurs, pour donner l'exemple à leurs élèves, renouvelèrent alors « leur serment d'attachement à la République Une et Indivisible, à la loi et aux autorités constituées, à la Convention nationale et à ses décrets pour le bonheur public. »
Après cet acte de civisme républicain, Tabbé Trupel monta sur un tertre, et, tourné vers la statue de la Liberté, il prononça un discours véhément et patriotique. Nous en reproduisons textuellement le début. Le fond et la forme de ce discours caractérisent bien ces temps troublés. Au milieu du déchaînement des passions et de la fougue indomptable des esprits, une éloquence froide et régulière n'eût point été de mise. Il fallait des idées nouvelles et parfois baroques, développées dans un style cadencé, et en périodes ronflantes ; voilà précisément ce qui Qt le succès de Trupel.
« Enfans conflés à nos soins, jeunes sœurs, vous, mes co-associés aux fonctions pénibles de l'éducation, et toi, Peuple qui assistes à cette fête, tous nous avons renouvelé le serment :
» Plutôt mourir que l'esclavage 1 » C'est la devise des Français.
» Consolons-nous : Quels que soient les efforts de nos ennemis, vous l'entendez, ils paraissent, se montrent, succombent, sont terrassés, mordent la poussière, pour n'offrir plus que des êtres à faire disparaître ; car ils pourraient encore nuire, après leur mort, par les restes de leurs dépouilles pestilentielles I — Et avec quelle rapidité, sur toute la surface de la République française, le char de la Révolution roule, écrasant k son passage, sous ses roues d'airain et de fer, les ennemis d'une régénération, en France, depuis longtemps si nécessaire I »
Suivent quelques phrases, où le vague empêche de bien saisir la pensée de l'ex-Principal du Collège ; puis il loue le brave Auburtin de son ardent et généreux patriotisme. « Hommage à tes émules en républicanisme, qui t*ont mis à leur tête pour
M LE COUiSB DU BAVRË
lès conduire sur le ehemin de rhomieur, de la bravoure et du salut de la France I » Désignant alors du regard et du geste la sUiue de la Liberté : « Ce n'est qu'une image sans doute, mais c'est elle qui t'enflamme, et tu es prêt à partir. » Les amis d'Auburtin sont attristés de son départ, néanmoins ils acceptent courageusement ce sacrifice. Rien ne coûte en effet à quiconque aime sa Patrie. Il part, mais il reviendra. Tous espèrent le revoir, l'embrasser, le féliciter d'avoir fait son devoir en républicain. Une fois de retour., s'écrie Trupel, « tu nous apprendras à nous montrer, à combattre et à vaincre. Tu m'apprendras, à moi, quand il le faudra, l'usage d'armes auxquelles mes mains n'ont été, jusqu'ici, guère accoutumées, lorsque je serai rentré dans la classe de simple citoyen. Non, jeunesse ici présente, brebis chéries, je ne pourrai plus être votre conducteur : la loi aura prononcé, je m'y soumets ; elle sera la base de toute ma conduite jusqu'au' moment où je patrai le tribut à la nature. Alors, emportant dans la tombe le souvenir des hommes justes, éclairés, ils diront : Il a tout fait pour sa Patrie, il a tout sacrifié pour sa chère Ithaque... »
L'orateur termine par un salut enthousiaste à tous les amis d'Auburtin ; l'exagération en est la note dominante, et nous découvre une dernière fois l'exaltation grotesque de Trupel.
« Amitié, fraternité, affection intime à tous les émules de ton ardent patriotisme, et qui ont fait cÏÏoix de toi, Auburtin, parce qu'ils te connaissent, pour écraser avec eux tous len suppôts de la tyrannie, du despotisme, de l'imposture, du fanatisme, de l'erreur, de rimbécilUté, de l'ignorance trompée I
» Salut à nos autres défenseurs de la première réquisition en cette Ville 1 »
Le citoyen Auburtin prononça à son tour les paroles suivantes : « Mes amis, Républicain comme vous jusqu'à donner ma vfe, s'il le faut, pour le soutien de la République, la loi me l'ordonne, je ne connais qu'elle. Les habitants du Havre, de la première réquisition, animés de mes sentiments, m'ont choisi un de leurs chefs ; je me montrerai digne d'eux, de vous, du peuple français pour la défense duquel je quitte avec plaisir ces murs, avec mes compagnons, mes égaux, dès qu'on nous en signifiera l'ordre (1). »
(lî Placé dans la 1" division, n* 15, 2' section, Jacques Auburtin partit avec son Baiftillon le 7 Frimoiï'e an H (27 Novêml)re 179)). (Archives munieipaiM.)
LES PtflSS 07
Ces deux harangues furent suivies des acclamations de : Vive la République une et indivisible t Vivent les sans*culoiies 1
Au milieu de ces cris de joie, on entendit le son cadencé d'une cloche qui semblait rappeler le tocsin^ et toute la troupe de s*écrier : Aux armes^ cUoyens I Alors tous, garçons et filles, défi* lèruit autour de Tarbre de la liberté en chantant : Allons, enfants de la pairie, etcv, et rentrèrent en ordre dans la classe des maîtres d*écriture, où bientôt fut servi un banquet civique. L'allégresse et la plus franche galté régnèrent pendant le repas ; on y reprit riiymne des Marseillais et on retourna dans la cour du Collège. Là, au pied de Tarbre de la liberté, on porta « une santé pour la prospérité de nos armes, la conservation des vrais républicains, des membres de la Convention, et Textetence consolidée de la République une et indivisible. » Puis, petits citoyens et petites citoyennes, les uns au nombre de quatre-vingt-quatorze, les autres au nombre de quarante-deux, dansèrent jusqu'au soir. « Ici, fait remarquer naïvement Trupel, on ne manquera pas d'empoisomier nos motifs les plus purs, nos intentions les plus droites. Bien public, tu en es l'objet ; il nous suffit. » Trupel conclut en affirmant qu'il n'a eu qu'une intention, celle de parler le langage de la soumission à toutes les lois. Quant aux cent bouches de la malveillance, elles peuvent déverser sur lui la noire calomnie, il reste encore des gens de bien pour le consoler des méchants.
Trupel, on n'a pas de peine & le croire, ne doit pas être jugé d'après la conduite qu'il tint dans la cérémonie que nous venons de décrire ; il est certain qu'il avait été tout à fait ridicule. Mais gardons-nous bien de porter sur les hommes de la Révolution des jugements trop absolus. Si justifiée que semble une appréciation sévère de certains actes, une critique trop rigoureuse peut mener à Terreur. Trupel a trop sacrifié au temps où il vivait, c'est indéniable ; mais, à notre avis, la postérité doit se montrer pleine d'Indulgence pour la mémoire de ce prêtre révolutionnaire, parce qu'il a paru, en bien des circonstances, agir de bonne foi.
Malgré son caractère étrange, la fêle du 21 Novembre 1793 était pleinement dans le goût du temps. Aussi contribua-t-elle & ac^ndtre la popularité, déjà grande, de l'abbé Trupel.
Dès lors, tout groupe d'enfants ou de jeunes gens chercha Toccasion de célébrer quelque fête. Cet engouement dura plusieurs mois.
Tout d'abord, c'est le Bataillon de l'Espérance qui, le 26 Nivôse an II (16 Janvier 1794) sollicite l'agrément du Conseil pour pré-
68 LE COLLàOB DU HAVRB
parer une fête civique « en Thonneur de Bara, ftgé de onze ans, mort victime de smi patriotisme dans la Vendée. » Le Conseil vante hautement les sentiments républicains des Jeunes élèves de la Patrie, promet d'assister par députation à la cérémonie, et, trois jours après, en approuve le programme. A cette fête, Téloge funèbre de Bara (1) fut pnNioncé par Viez, sergentrmajor de la Compagnie des Canonniers, dite rUnion, lequel avait terminé, depuis quinze mois seulement, ses humanités au Collège ; et après lui Jérôme^Balthasar Levée, ancien professeur au dit Collège, fit un discours civique (2).
Le 13 Prairial (i" Juin 1794), ce sont les élèves de Choinet et Gueroult, qui demandent Tautorisation de célébrer le quintidi suivant une fête à propos de Tinauguration d'un drapeau national dont il ont dessein de décorer leur école. Une contribution volontaire avait fait les frais de rélend%rd ; les garçons seuls y avaient participé. A leur tour, les jeunes républicaines, entraînées par Tesprit d'imitation et principalement par Tamour de la Patrie, qu'elles pnoclamaient aussi vif chez elles que chez les garçons, s'étaient cotisées pour acheter une second étendstrd. Il y avait donc deux drapeaux à installer dans la même classe, et, pour rendre la cérémonie plus brillante, on demandait un piquet du Bataillon de l'Espérance et deux tambours.
L'agent national fil remarquer qu'il était convenable d'inviter à cette fête tous les enfants des écoles primaires.
Le jour venu, Choinet partagea ses élèves en deux divisions, les citoyens et les citoyennes. Chaque division, marchant sur deux rangs, alla chez le porte-drapeau chercher son étendard. Revenues
(1) François4o$eph Bara (et non Barra), nô à Palaisaau, difitrlct de Versailles, le 30 Juillet 1779, mounU près de Oiolet, le 17 Frimaire an II (7 Décembre 1793), Agé de quatorze ans et quatre mois. Le récit le plus authentique de sa mort est le rapport du général Desroarres, adressé le 18 Frimaire an II au ministre de la Guerre : « Trop jeune pour entrer dans les troupes de la République, mais brûlant de la servir, cet enfant m*a accompagné depuis Tannée dernière, monté et équipé en hussard ; toute l'armée a vu avec étonnement un enfanl de treize ans affronter tous les dangers. Une fois, ce faible bras a torrassé et amené deux Vendéens qui avaient osé l'attaquer ; ce généreux enfant, entouré hier par ces brigands de Vendéens, a mieux aimé périr que de se retidre et leur livrer deux chevaux qu'il conduisait. » Le 8 Nivôse suivant, Rob.sspierre exalta à la tribune Théroïsme de Bara en ces termes : « Entouré de brigands qui, d'un côté, lui présentaient la mort, et de l'autre lui demandaient de crier : Vive le roi ! il est mort en criant : Vive la République ! «Mais on ignore, dit M. Aulard, si Robespien*e « puisa ce renseignement dans un nouveau rapport ou dans son imagination. »
(2) Archives municipales. — Délibérations, tome IL
devant Técole, les deux divisions se placèrent de chaque côté de reatrée. Un chœur d'enfants chanta alors la Marseillaise. Pendant la dernière strophe, les jeunes républicains se découvrirent, et oa inclina vers la terre le drapeau de chaque division. A ces mots : Aux Armes^ etc., chacun se couvrit et les drapeaux furent relevés vivement. Les enfants entendirent ensuite un discours civique, après lequel on retira l'ancien drapeau et les deux nouveaux furent arborés aux cris de : « Vive la République 1 Vive la Montagne I » Aussitôt, écoliers et écolières exécutèrent une danse patriotique qu'ils terminèrent par Thymne : Veillons au salut de FEmpire. Le reste de la journée fut consacré & diverses réjouissances.
A la fin de Prairial, ce sont les jeunes citoyens et citoyennes de l'école de Brunet père, faisant hommage à la Société populaire d un drapeau et d'un buste de Bara (1). Pour embellir la cérémonie, les enfants avaient fait de nombreuses invitations auxquelles il fut généralement répondu.
Toutes les autorités constituées et la Société Populaire se trouvèrent rassemblées à dix heures du matin sur la place de la Montagne (place de Provence, sur le Perrey). Les troupes ei la musique militaire accompagnèrent le cortège. A onze heures, on se mit en marche pour se rendre au siège de la Société. Là, dans la salle des séances, une jeune citoyenne prononça un discours et le président du club en improvisa un autre. Le drapeau et le buste de Bara furent alors déposés entre les mains du président. Ensuite, le cortège se dirigea vers l'hôtel Commun, où un second buste de Bara fut offert au Conseil général, qui le reçut aux eris répétés de « Vive la Montagne I Vive la Convention I »
« Les marins, dit Morlent (2), ont pris une part active à cette réjouissance. Les pavillons flottaient sur leurs vaisseaux et les équipages ont uni leurs voix aux citoyens soldats et aux soldats citoyens qui ont fait retentir les airs des cris chéris de la République et qui ont fait rugir la flère Albion (voisine de ces côtes maritimes) d'entendre les accents du patriotisme épuré. »
Trois jours après, c'est une nouvelle demande formulée par les élèves de Le Tellier, qui proposent d'offrir au Conseil général deux drapeaux et un buste de Cbalier.
En présence de ces requêtes multipliées, le Conseil comprit
(ly Archives municipaleô.
(t) Mss. des Archives de la Ville du Havre^ tome II, p. 176.
iOÛ LE COLLÈÛB DU HAVRE
qu'il y avait là un abus à réprimer, mais prudemment. Ne voulant et ne pouvant pas d'ailleurs s'oppoeer en principe à ces manifestations patriotiques, et désireux cependant de mettre un terme à ces fètee isolées, le Conseil pria le Comité dé rinstructian publia que de donner son avis sur le mode d'organisation des fêtes qu'il serait bon d'instituer pour entretenir le civisme et l'émulation de tous les Jeunes élevée de la Patrie et les attacher à la Révolution, sans toutefois rien enlever au temps de leur instruction et sans occasionner aucuns frais aux parents.
La a Société populaire » et le Bureau de l'Instruction publique eurent alors l'idée de faire assister à des spectacles patriotiques, au moins douze fois par an, les élèves des écoles de la Commune, d afin de faire éclore de bonne heure dans leurs jeunes coeurs ces germes de morale, de vertu et d'héroïsme qui caractérisent des républicains. » On comptait à cette époque trois mille enfants inscrits dans les diverses écoles : deux mille quatre cent quatrevingt garçons et filles aux classes primaires, et cinq cent vingt jeunes gens dans les écoles d'écriture, de mathématiques et de dessin. Impossible de grouper un si grand nombre d'enfants dans une salle de thé&tre I Ne valaitril pas mieux les diviser en trois sections, et conduire l'une d'elles au théâtre le quintidi de chaque décade 7 Des cartes d'entrée pourraient être accordées chaque fois, tf à titre de récompense et d'encouragement, » à cent élèves choisis dans les deux séries non admises. Notre proposition, disait la Société populaire, « doit êUre considérée comme la première assise de rédiûce auguste que l'éducation nationale, habilement conduite par des âmes pures et v^poureusemeni libres, va ériger à perpétuité dans toute la République française. » Malheureusement, le directeur du thé&tre, Bourdon, demandait par année 12,000 livres pour ces trente-six représentations. On offrait sans doute de couvrir ces frais par des « sols additionnels » ajoutés aux impositions foncières et mobilières, et on calculait que l'augmentation d'impôts en résultant serait de « trois à quatre deniers pour livre (i). » La municipalité, malgré l'insistance de la Société populaire et du Bureau de l'Instruction publique, recula devant une dépense aussi forte.
Cet insuccès ne déconcerta pas le Comité, qui, & défaut de spectacles, revint aux fêtes civiques et se mit à en organiser une en l'honneur de Bara et de Viala. Les actions héroïques des
(1) Archivea municipales, R. 36,
Les FÊTES 101
défenseurs de la liberté, qui sont morts victimes de leur atlachement à la République, ne sauraient être, disait-on, trop souvMi offertes k Timitation des citoyens ; Thérolsme de Bara et de Viala (1) devait donc èfare sans cesse présent aux yeux des jeunes républicains, pour enflammer leur courage, maintenir dans leur cœur la haine des tyrans et leur rappeler à chaque instant qu'il est beau de mourir pour la Patrie.
Le 10 Thermidor (28 Juillet 1794), les bustes de Bara et Viala, couronnés de chéne^ furent solennellement portés au temple de TEtre suprême par une députation des enfants des écoles, accompagnés du Bataillon de TEspérance et entourés du Conseil général et des autorités constituées. Après la célébration de la fête décadaire, on lut le rapport de David (2), suivi du précis historique de la vie et du généreux dévouement de ces jeunes héros. Puis les deux bustes furent transportés dans la salle du Conseil général et déposés à côté de ceux de Marat et de Lepel* letier (3).
Outre les fêtes spécialement créées en faveur de la jeunesse, il y avait d'autres solennités, tout à fait populaires, auxquelles prenaient part néanmoins, soit les Jeunes élèves de la Patrie, soit les professeurs du Collège. Ainsi, le 20 Nivôse (10 Janvier 1794), jour où les bustes de Marat et Lepelletier avaient été placés dans la salle des séances du Conseil, on avait vendu dans les rues un hymne composé par Trupel en Thonneur de Marat, et Levée avait exalté, dans im discours, la mémoire « de ces deux illustres victimes de la tyrannie. » Il avait « peint leur ardent amour pour la liberté et retracé les principales actions de leur vie. » Ce discours avait été jugé si remarquable qu'on en avait voté rimpression (4).
(1) Agricole Viala, né à .Avignon en 1780, fui tué en 1793 sur les bords de la Durance, en combattant les fédéralistes du Midi. Ces fédéralistes, voulant se dirif^r vers Lyon, devaient passer la Durance, rivière dont* les deux rtves étaient reliées à raide â*un côble le long duquel glissaient les onbarcations. Pour empêcher la traversée, il n'y ayait qu'à couper ce câble ; mais, sous les balles ennemies, l'entreprise était téméraire. Cependant, le jeune Viala n'hésita pas, il saisit une hache et s'élança vers la rivière. H frappa k, coups redoubla, on tira sur lui, il continua de frapper. Enfin atteint mortellement, il tomba en s'écriani : « Ils ne m'ont pas manqué ; cela m*est égal : je meurs pour la liberté. » Son courage et son patriotisme Tavaient élevé au grade de commandant généra] de la petile Garde nationale, connue sous le nom de l'Espérance de ta Pairie. {Moniteur du 23 JuUlet 1794.)
(2) Ce rapport se trouve dans le Moniteur du 23 Juillet 1791.
(3) Archives municipales. — Délibérations, reg. VII, fol. 70.
(4) Ibid. — Délibérations, reg. U.
A la suite de la promulgation d'un décret de la Convention, « qui avait rendu la liberté à leurs frères de couleur, » les républicains avaient exprimé leur vive satisfaction en organisant, le 20 Ventôse (10 Mars 1794), une fête civique appelée fête de la Liberté.
Dans le défilé officiel, figurait une troupe de jeunes citoyens avec une bannière sur laquelle on lisait ces mots : Nous grandissons pour la Pairie ; nous saurons moxsrir pour elle ! On voyait aussi une voiture, qui, traînée par un cheval aveugle et par quatre ânes richement équipés, portait Tefflgie chancelante de la royauté avec tous ses attributs. « Au milieu de la place, » dit le procèsverbal, « était un bûcher destiné à consumer le simulacre impur de la royauté et les hochets du fanatisme. » Les républicains eurent donc « la satisfaction de voir le monstre de la tyrannie précipité dans les flammes, et ses cendres, enlevées par le vent, aller se perdre dans le gouffre de la Manche. »
A la fête de l'Etre suprême, le 20 Prairial (8 Juin 1794), le Bataillon de TEspérance occupait sa place dans le cortège.
Malgré les encouragements officiels distribués par le Gouvernement aux organisateurs des fêtes, elles n*étaient point encore entrées dans la législation.
Daunou, dans son Rapport sur Tlnstruction publique, indiquait rétablissement de fêtes nationales comme la plus puissante forme d'éducation (i). « Là, disait-îl, se manifeste et s'anime la nature, dont les livres ne réfléchissent que d'obscures et faibles images, lorsqu'ils ne les présentent pa^ sous des aspects faux et corrupteurs. » Enfin, après bien des vicissitudes et bien des tâtonne ments, Daunou fut autorisé à introduire les fêtes dans le projet de loi qu'il préparait et qui devint le décret du 3 Brumaire an IV. Dans chaque canton de la République, lisons-nous au titre VI, il sera annuellement célébré sept fêtes nationales, celles de la fondation de la République (1" Vendémiaire), de la Jeunesse (10 Germinal), des Epoux* (10 Floréal), de la Reconnaissance (10 Prairial), de l'Agriculture (10 Messidor), de la Liberté (10 Fructidor). A ces fêtes, il faut ajouter les anniversaires des 21 Janvnr (mort de Louis XVI), 14 Juillet (prise de la Bastille), et 10 Août (renversement de la Royauté).
Les fêtes patriotiques et morales, demandées par Mirabeau,
(1) Rapport de Daunou, Moniteur des ïi et 25 octobre 1795.
étaient donc officiellement établies. Parmi les fâtes susnommées» les unes en effet avaient pour but de solenniser les époques mémorables et les grands souvenirs de la République, les autres retraçaient les vertus des différents âges et des professions diverses.
Le Directoire exécutif régla, par Tarrêt du 19 Ventôse an IV (9 Mars 1796) (1), les détails de la fête de la Jeunesse. On devait en ce jour armer les enfants parvenus À r&ge de seize ans, inscrire sur le registre des citoyens les jeunes gens âgés de vingt et un ans et délivrer à chacun une carte civique, enfin accorder des récompenses aux élèves qui s*étaient distingués dans les écoles nationales. Mais ce n'est pas tant le goût pour rétude que la conduite qui devait attirer l'attention des administrations. Le classement du mérite, d'après une circulaire du Ministre de l'Intérieur, François de Neufchâteau, pouvait être fait dans l'ordre suivant : Les vertus, les mœurs, les talents.
L'administration centrale du Département engageait fort les administrations municipales à donner à la fête de la Jeunesse tout l'éclat possible : « Que cette fête, leur écrivait-elle, soit embellie par les épanchements de la plus touchante fraternité, qu'elle présage à la Patrie une génération nouvelle de généreux défenseurs... Enfln, qu'elle porte dans les écoles nationales l'émulation et la vie par les récompenses qui seront décernées tant aux instituteurs primaires les plus méritants qu'aux élèves les plus distingués par leurs progrès. »
Nous allons décrire, d'après les procès-verbaux insérés dans les Registres des Délibérations du Conseil, l'oixionnance générale de cette fête, telle qu'elle fut célébrée au Havre, en l'an IV, en l'an VI et en l'an VII.
La date du 10 Germinal (30 Mars) avait été choisie pour associer le printemps de la vie à celui de l'année. « A celte époque sentimentale, la philosophie se plaît à entrevoir les fruits que doivent donner ces fleurs heureuses que le soleil de la liberté éclaire, échauffe et développe (2).
Le jour de la fête, la garde nationale et les troupes prenaient les armes, et la générale était battue à neuf heures du matin. Une heure après, tous les Corps constitués, civils et militaires,
(1) Bulletin des Lois.
(2) Ai-chives départementales. » Section L, Instruction publique. — Lettre du Ministre de Tlntérieur aux administrations centrales et municipales.
les chefs de la Marine et les citoyens qui devaient faire partie du cortège, se réunissaient dans la grande salle du Palais de Justice et sur la place de la Fraternité.
A onze heures précises, le oortège se mettait en marobe pour se rendre au Temple décadaire (1), à peu près dans Tordre suivant :
Les tambours ;
Un groupe, avec drapeau en tète, de citoyens pris dans les ateliers de la Marine ;
Un groupe de vieillards ;
Les défenseurs de la Patrie qui avaient reçu aux armées 4es blessures honorables ; Tun d*eux tenait une bannière portant cette inscription : « Les dangers ne sont rien pour qui la Liberté est tout » ;
Les instituteurs primaires et leurs élèves ; un des enfants avait une bannière sur laquelle on lisait : « Vive la République 1 » ;
Des jeunes gens de seize ans ;
Des jeunes gens de vingt et un ans ;
Des tambours et la musique faisant entendre des airs républicains ;
L*Administration municipale et celle de FHospice ;
Les membres des Tribunaux ;
Les membres du Jury d'Instruction publique ;
Les autorités Militaires et celles de la Marine ;
La haie était formée par cent hommes, pris dans la Garde nationale et les groupes de la garnison.
Un détachement de vingt-cinq soldats se rendait au Temple, dès dix heures et demie, pour y maintenir Tordre» sous Tautorite du Commissaire de police.
Le Temple était décoré de guirlandes, de trophées et de drapeaux;. Sur les murs, on avait peint, en Tan VII, ces paroles •
O Uborté ! par toi notre âme est agrandie I Prête-nous ta brûlante et sublime énergie 1
Pendant la cérémonie, la musique militaire, à laquelle s*associaient gracieusement les artistes et les amateurs, exécutait plusieurs symphonies et chants patrîotiiiues, parmi lesquels : Où
(1) La cérémonie se fit en l'an IV sur la place même de la Fraternité, et en Fan VI et en Tan VII dans la ci-devant église Notre-Dame qui servait de Temple décadaire.
LES FÈtEB i05
peuî-<m être mieux ? — * Veillons au salui de VEmpire I — Ça ira t Le président de TAdministration prononçait ensuite un discours propre à entretenir chez les enfants Témulation et à enflammer leurs jeunes cœurs de l'amour sacré de la Patrie. Il leur signalait les inestimables bienfaits de rinsfouction. S'il n'y a que les peuples vertueux qui sachent conserver la liberté, il n'y a que les peuples éclairés qui sachent la connaître et l'apprécier. Aussi il est d'autres armes que celles dont on frappe les ennemis de la République ; la jeunesse doit donc encore triompher dans la double carrière des connaissances et des vertus.
Après ce discours du Maire, on procédait d'abord à Tinseription civique et à l'armement des jeunes citoyens qui en étaient susceptibles ; puis les membres du Jury d'Instruetkm pubbque s'avançaient vers le bureau et l'un d'eux proclamait solennellement le nom de l'instituteur, plus digne « par son civisme que par ses talents. » En l'an VII, le lauréat fui Pierre* Dominique Aubri ; une médaille d'argent lui lut remise au nom de l'Administration centrale du Département. .
Après le maître, les élèves. On appelait les jeunes écoliers qui avaient fait le plus de progrès pendant l'année, ou qui avaient constamment montré la conduite la plus régulière et la plus républicaine. Le président leur donnait à chacun une couronne de lauriers et l'accolade fraternelle. En l'an IV, on récompensa trois élèves de l*Ecole de navigation, deux de l'Ecole de mathématiques et sept de l'Ecole du citoyen Lange ; en l'an VI, quatre élèves de chacun des cinq instituteurs primaires ; «n l'an VII, quatre élèves de Le Tellier et de Lange, et deux de Neveu, de Aubri et de Grégoire.
Après la proclamation des prix, on célébrait les mariages et on publiait les naissances et les décès.
Le chant de la Marseillaise terminait la cérémonie.
Le cortège se reformait alors dans le môme ordre qu'à l'arrivée, sauf que l'instituteur et les élèves qui avaient obtenu des récompenses marchaient entre l'Administration municipale et les membres des Tribunaux, et se rendait au Palais de Justice, où l'on se séparait.
L'enthousiasme, que le peuple avait manifesté aux premiers temps des fêles décadaires, s'était peu à peu refroidi. Aussi, pour ranimer le zèle des citoyens, les Cinq-Cents votèrent le 2 Thermidor an V (20 Juillet 1797), une loi, confirmée le i Août par
106 LE COLLftœ DU HAVRE
les Anciens, aux termes de laquelle les décadis et les jours de (êtes nationales étaient déclarés jours de repos, obligatoires pour tous les citoyens, fonctionnaires ou non, instituteurs publics ou privés. On régla même, le 13 Fructidor an VI, remploi de la journée. Les Administrations municipales devaient assister en costume à la cérémonie, y donner lecture des lois et actes de Tautorité, et célélM*er les mariages ; les instituteurs et les institutrices des écoles, soii communales, soit particulières, avaient Tordre d'y conduire leurs élèves.
Cette loi du 13 Fructidor an VI fut solennellement publiée au Havre le 3 Vendémiaire an VII (1). Les réunions décadaires se firent provisoirement dans la grander salle du Palais de Justice (2) ; mais le local n*étant pas assez vaste, on fit quelques travaux d'appropriation à la ci-devant église Notre-Dame, et c'est là que furent célébrées désormais les fêtes nationales et décadaires. ,
Mais les masses ne goûtaient plus ce genre de solennités. Aussi, un des premiers actes de Bonaparte, devenu chef du Gouvernement, fut de faire supprimer les fêtes, en Décembre 1799, par les Commissions législatives. Il n'en conserva que deux : celle du 14 Juillet, anniversaire du premier jour de la Révolution, et celle du l*' Vendémiaire, anniversaire du premier jour de la République. « Ces journées, disait-il, sont impérissables dans la mémoire des citoyens ; elles onU été accueillies par tous les Français avec des transports unanimes et ne réveillent aucun souvenir qui tende à porter la division parmi les amis de la République (3). >
(1) Archives municipales.
(2) Lettre du maire aux instituieui's du Havre, le 8 Vendémiaire an VII.
(3) Tbiers. Le Consulat et VEmpire, tome I, p. 125.