CHAPITRE PREMIER
Le CoUège de 1791 à 1793
En Février 1791, on s'en souvient, des trois régents attachés au Collège, un seul, Tabbé Trupel, avait prêté le serment à la Constitution civile du clergé. La situation n'étant plus tenable pour les deux autres régents, les abbés Taveau et Dubois, on les avait priés de démissionner ; mais ce n'était pas chose facile de pourvoir à leur remplacement.
A la séance du Conseil général de la Commune (8 Mars), le maire déclara vacantes les chaires des premier et troisième régents du Collège et demanda s'il y avait lieu de procéder immédiatement à la nomination de leurs successeurs. Il fut délibéré qu'à cette époque, où le Gouvernement préparait un code d'éducation nationale, il semblait peu opportun de faire des élections définitives. Après avoir entendu les conclusions du procureur, on décida que Trupel, second régent, remplirait provisoirement les fonctions de Principal et qu'il serait aûdé par un ou deux professeurs-adjoints, ecclésiastiques ou laïques, que le Conseil agréerait sur la présentatiwi de Trupel.
Dans la même séance, on décida qu'indépendamment de la rente de 530 livres, Trupel toucherait annuellement 1,200 livres,
total des traitements servis jusqu'ici aux trois professeurs, mais qu'il paierait lui-même ses professeurs-adjoints et leur fournirait, en outre, un logement dans le Collège.
Dès le surlendemain, Trupel présenta à la Municipalité ses deux nouveaux auxiliaires, lesquels, séance tenante, prêtèrent le serment de remplir leurs fonctions avec exactitude et d'être fidèles à la nation, à la ïoi et au Roi. Ils s'appelaient Pierre-André Durand et Jean-Pierre Muslel.
P.- A. Durand, né à Barcq (1) le 16 Juillet 1754 (2), habitait le Havre de|^ is! dé jb 'quelques années.
Trupel accorda à ce professeur 600 livres pour ses appointements (400 étaient prises sur les 1,200 livres accordées par la Ville et 200 provenaient de la fleffe de 530 livres). Il lui destina en plus un logement composé de trois pièces, d'un grenier et d'un caveau ; c'était préçisémejit Je local que venait de quitter l'abbé Taveau. Durand était à peine installé dans cet appartement que Trupel le lui retira pour l'offrir comme salle de répétition à la musique de la garde nationale ; il reçut en échange un petit dédommagement pécuniaire. Malgré cette mesure qu'il avait dû subir, Durand aurait eu mauvaise grâce à se plaindre. Sur quarante-deux écoliers inscrits au Collège, douze seulement composaient les classes de Quatrième et de Cinquième, dont il était chargé. Trupel enseignait seul les trente autres, qui se répartissaient dans les classes de Rhétorique, Seconde, Troisième, Sixième, Septième et Huitième.
D'autre part, Durand trouvait un supplément de traitement dans les libéralités de ses écoliers. Ces offrandes se faisaient à trois époques de l'année : au 1" Mai, à la Saint-Jean, et au 1*' Janvier. La mfoindre générosité était de six livres chaque fois et par enfant (3).
Après six mois de professorat au Collège, Durand quitta le Havre. Un peu plus tard, il ouvrit une école particulière sur la chaussée d'Ingouville, maison du citoyen P. Fichet (4).
(1) Barecf, ou Barc, ou Barques, autrefois commune, est aujoud^hui un hameau de cinquante habitants, dépendant de Marques, canton d'A^umale.
(2) Etat civil de Fontaine-la-Mallct au 9 Prairial an IV, ef Etat civil d'Ingouviîle pour 1806. C'est par erreur que, sur les registres d'Ingouville, un acte du 30 Nivôse an II fait naître P.-A. Durand à Pierrecourt, près de Neufchatel.
(3j rchives municipales, (4) Archives d'Ingouville.