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BOULIER

siastique au Séminaire de Joyeuse (1). L'abbé HouHer y resta attaché comme directeur jusqu'en 1792. Il semble nïème, d'après le Tableau de Rouen {2), qu*en 1789 il y remplit les fonctions de Supérieur.

Au commencement de 179i, Tabbé Houlier et ses ooHègues n'eurent pas à prêter le serment à la Constitution civile du clergé. L'article II de la loi du 26 Décembre 1790 n'obligeait que « les ecclésiastiques fonctionnaires publics » ; or TétablisseiDeat de Joyeuse étant « régi et payé par la maison d'Orléans, je ne crois pas ces ecclésiastiques dans le cas de la dénonciation (8). »

Les Directeurs de Joyeuse ne purent se soustraire, l'année suivante, aux lois qui atteignirent alors tous les ecclésiastiques. L'abbé Houlier passa en Angleterre, où il reçut l'hospitalité thm milord Arundel, qui, depuis longtemps le connaissait tout particulièrement et le tenait en: grande estime. Au retour des prêtres exilés, on lui fit des avances pour le garder en Angle^ terre ; mais son cœur le ramena dans sa Patrie.

Après la signature du Concordat, Mgr Etienne-Hubert Cambacérès, frère du Consul de ce nom, fut élu, le 9 Avril 1802; au siège archiépiscopal de Rouen. Dès le 25 Juin suivant, l'Arche vêque publia un décret exécutorial, qui établissait dans son diocèse cinquante et une cures et quatre cent trente-neuf succursales. Un curé fut envoyé, en Juillet, à Notre-Dàme-du-Havre : ce fut précisément l'abbé Malleuz, ancien répétiteur et directeur au Séminaire de Joyeuse. Anû intime de l'abbé Houlier» le nouveau curé du Havre le proposa à Sery comme capable de diri-' ger l'Ecole Secondaire.

A la suite de la délibération du Conseil municipal (4)^ de pressantes démarches furent faites auprès de l'autorité supérieure pour obtenir l'ouverture de cette Ecole dans le local de l'ancien Collège. Tous les actes à ce nécessaires furent transoûs par le préfet au Ministre, et, le 9 Floréal an XI (29 Avril 1803), les Consuls signèrent nn arrêté ainsi cpoiiçu (5) : « La Commune d<t

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(1) Archives départementales D. 319.

(2) Consulter aussi VAlmanach de la Ville et du Département de la Seine- Intérieure séant à Rouen,

(3) Archives municij^les de Rouen, 74,A. Lettre de la Municipalité de Rouen, le 29 janvier 1791, & « Massé, procureur général sindic du Département de la Seine-Inférieiu^. »

(4) Archives municipales. — Délibérations, reg. XVI, 16 VentlVse an XI. (5} Ibid. — Délibérations, registre XVI.

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Havre, département de ia Seiae-Inférieure, est autorisée à établir une EU^ole Secondaire dane I)b cy-devant Collège, qui lui est concédé à cet effet, à l^t charge par la dite Commune de remplir les conditions prescrites par Farrêté du 30 Frimaire an XI (1). »

Le maire reçut, le 18 Messidor, l'ampliation de cet arrêté, et en prépara aussitM rexécution. Le 27 Fructidor suivant (14 Septembre 1803)^ le Conseil municipal discuta un « Projet de règlement pour TEcole Secondaire, » et désigna ensuite comme Mreeteur et premier professeur « le citoyen Houlier, Agé de quarante-huH ans, ancien supérieur du Séminaire de Joyeuse, à Rouen, y demeurant (2). » L'abbé Houlier, disait le maire (3), est K un sujet qui à un extérieur imposant et à une moralité pure joint les oonnaissances et Tinstruction nécessaires pour professer tes deux premières classes de la langue latine et les premiers éléments des Mathématiques* » On avait offert la deuxième chaire à Tabbé Dubois, ancien régent au Collège ; mais des raisons de santé ne lui ayant pas permis d'accepter cette proposition, le Conseil Axa alors son choix, comme deuxième et troisième professeurs, sur les abbés Trupel et Aubin. Il fut réglé, dans la même séance, que. les professeurs seraient payés u sur les revenus communaux, » le Directeur et premier professeur, 1,500 francs, le deuxième 1,100 francs, et le troisième 800 francs ; on vota aussi un traitement annuel de 400 francs pour le concierge.

L'abbé Houlier donna son adhésion au suffrage de la Municipalité, et approuva le choix de Trupel et de Aubin eomme professeurs. Houlier était prêtre insermenté, tandis que Trupel et Aubin étaient des constitutionnels ; mais la bonne harmonie régnait ntaintenant entre ces deux catégories de prêtres. Quinze jours après la nomination de TArchevèque Gambacérès, le clefigé eonstitutiminel lui avait envoyé une Mire, où nous lisons cette phrase bien significative : « Nous vous déclarons abandonner volontairftmant la Constitution civile du clergé, et admettre toutes les dispositions et articles de raccord passé entre notre Saint-Père le Pape Pie VII et le Gouvernement Français, et vous

(1) L'arrêté du 30 Frûnaire an XI réglait les concessions de locaux destinés À rêtablissemenl des Ecoles Secondaires, la surveillance de ces Ecoles, et le paiement des trais d'instruction (Cf. Bulletin des Lois, T série, n* 2S8).

(2) Archiva muaicifale». — DélibéraUcoft reg. XVI.

(3) /Md. •- Copie de Lettres, reg. XIV.

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reconnaître pour seul premier pasteur et Archevêque de ce diocèse, vous prom^tant, en cette qualité, Tobéissance que nous avons vouée dans notre ordination à notre Archevêque et à ses successeurs. »

L'Archevêque se contenta de cette soumission, et, oubliant les antécédents de ces prêtres, il les plaça, comme les insermentés, 90it aux poètes qu'ils avaient occupés avant la Révolution, soit k la tête de paroisses à peu près d'égale importance. L*abbé Houlier n'eut donc pas à s'inquiéter de la conduite tenue depuis douze ans par les abbés Irupel et Aubin.

Les nominations du personnel enseignant de i cole Secondaire furent adressées au Ministre de l'inléneur, pour recevoir sa sanction, lormahté absolument indispensable. Cependant, dèa le lendemain de la réunion du conseil Uiunicipal, Irupel et Aubin avaient écrit au maire qu'ils acceptaient avec reconnaissance l'emploi auquel ils venaient d*être élus, et qu'ils s'efforceraient de répondre à la connance dont la Municipalité voulait bien les honorer.

Trois semaines plus tard, un arrêté des Consuls vint soudain tout réformer. Primitivement, c'étaient les Conseils municipaux qui devaient designer les Directeur et professeurs, puis soumettre leur choix à l'approbation du Ministre. Ce procédé semblait le plus rationnel, puisque, d'après l'expression de Sery, « c'était une affaire domestique. » De ce fait, Houlier, Trupel et Aubin avaient été nommés. Mais le nouvel arrêté stipulait qu'il serait formé un Bureau d'administration*, lequel présenterait pour chaque place deux sujets ; le Ministre agréerait l'un d'eux. Le vote de la Municipalité fut donc annulé.

Le maire Sery se soumit — il le fallait bien — mais pas de gaieté de cœur. Il vaudrait mieux, disait-il, « arranger ici cette affaire en famille ; les choses n'en seraient peut-être que plus convenables à notre localité. » Les nouvelles mesures retardent d'une façon bien fâcheuse l'ouverture d'une maison, qui devrait déjà fonctionner. « Si l'esprit a besoin de culture comme le corps^ nous éprouvons une espèce de famine. » Lui, naguère révolutionnaire, regrette et vante maintenant l'ancien régime. « Nous prétendons, dans notre délire prolongé, avoir tout à coup plus d'habileté que n'en ont montré nos devanciers avec leur expérience de plusieurs siècles. D'un souffle, nous avons tout balayé, et une certaine vergogne nous retient pour revenir à un

genre dont nous, ne pouvons nous dissimuler la sagesse (1). » Nos conqitoyens réclament avec impatience une école d'humanités, et, (( à teur grand scandale et murmure, » ils voient leurs enfants grandir sans recevoir l'instruction qui leur est due.

Dès la première séance du Bureau d'administration, 7 Nivôse an XII (27 Décembre 1803), Sery appuya fortement la candidature de rabbé Houlier comme Directeur de TEcole Secondaire ; il pressa le préfet de remplir en toute hâte les formalités requises pour cette nomination. On s'expose, par trop de lenteur, à lasser la patience de l'abbé Houlier et à le perdre ; car, par ailleurs, « on lui fait d'autres offres pour l'attirer. » Ce sera cependant rendre à la Ville un grand service que de l'appeler à la direction de l'Ecole Secondaire.

Sery proposa, selon la loi, deux prêtres pour chaque poste de professeur. Les premiers désignés n'étaient pas sans quelque mérite ; « pour les autres, c'est une médiocre doublure fournie par notre pauvreté, et vous savez que sur ce point nous ne sommes pas riches (2). »

Les candidats inscrits en première ligne furent' l'abbé Houlier en qualité de Directeur et premier professeur, l'abbé Trupel comme deuxième et l'abbé Rousset comme troisième professeur. L'abbé Aubin, n'ayant pas obtenu la majorité des suffrages, vit son nom placé après celui de l'abbé Rousset.

A la date du 18 Pluviôse an XII (8 Février 1804), Houlier et Rousset furent agréés comme premier et troisième processeurs ; et à Trupel on substitua un nommé Delœuil.

Le préfet annonça le 4 Ventôse (22 Février 1804) à Sery que Houlier serait Directeur du pensionnat, et il ajouta, sans plus de détails, qu'il y aurait « peut-être un changement dans les deux autres propositions. » Or, l'arrêté du Ministre de l'Intérieur, du 18 Pluviôse précédent, dont le préfet avait déjà communication, attribuait à Delœuil les chaires de Troisième et de Quatrième à l'Ecole Secondaire.

Le Bureau d'administration fut froissé de cette illégalité, car, d'après l'arrêté des Consuls du 19 Vendémiaire an XII, le Ministre ne devait admettre dans l'enseignement qu'un des maîtres présentés par le Bureau, et Delœuil, qu'on ne connaissait que de nom,

m Lettre au Préfet, 11 Pluviôse an XII. (2) IMd.

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ne ûgurait pas sur la liste des candidats. Aussi, quelques explications sur ce point furent respectueusement sollicitées du Ministre, et Sery suspendit provisoirement Tinstallation de Delœuil.

Trupel n'avait-il pas d'ailleurs acquis bien des droits aux bonnes grftces du Bureau ? Depuis plus de vingt ans, il avait rendu d'éminents services dans Tinstruclion ; et puis il venait de donner à la Municipalité une marque non équivoque de sa grande bienveillance. Les réparations, jugées nécessaires au local de l'ancien Collège, avaient contraint Sery à donner congé, pour le i** Vendémiaire précédent, aux locataires qui l'occupaient, et qui étaient Delisle, Lie Tellier et l'architecte Boucard. Le Tellier, qui tenait l'Ecole primaire, n'avait pu encore trouver de logement à sa convenance. Trupel, dont la nomination comme professeur au Collège ne semblait pas douteuse, eut l'heureuse idée de céder à Le Tellier le logement qu'il habitait rue de la Gaffe, et qui désormais serait trop vaste pour lui. 11 garda pour son usage personnel une seule chambre, et installa ses écoliers au Collège, dans une des salles que lui prêta la Municipalité. On sut gré à Trupel de cet acte de courtoisie, qui empêcha de fermer momentanément Técole de Le Tellier. Trupel, qui instruisait alors une quarantaine d'eniants, avait Tintention de les verser dans les différentes classes de TËcole Secondaire, et de la peupler du même coup ; et cependant, il avait plus d'avantages à les garder qu'à s'en défaire. On ne pouvait donc le nier, le succès de TEcole Secondaire était entre les mains de Trupel • rejeter ce maître, c'était* renoncer à ses écoliers. N'était-ce pas précisément parce que Rousset instruisait quelques élèves qu'il avait été présenté avant Aubin, ex-régent au Collège ? Justice était donc due à Trupel, ta homme doux, honnête, sensible, » à cause de ses services et de ses précieuses quahtés ; et puis la mesure inique, qui l'écarterait de renseignement, produirait en Ville la plus f&cheuse impression.

A mérite égal, Sery préférait un indigène à un étranger, et un ecclésiastique à un laïque. Pour la jeunesse, disait-il, l'état ecclésiastique est plus respectable. La Commune n'étant pas riche, un célibataire se contentera plus facilement d'un modique traitement ; d'ailleurs le célibataire n'est responsable que de sa conduite personnelle, tandis que l'homme marié répond de celle de sa femme et de ses enfants. Or< un maître ne doit jamais être ridiculisé aux yeux de ses élèves.

DehBuil n'avait aucune attache au Havre ; c'était même un inconnu poussé par faveur contai le vœu et la lettre de la loi, et aussi contre le gré de Tadministration du Oollège. « Ex-professeur émérite », demeurant à Rouen, Grande-Rue de la Pontaine-de- FAumône, il n'avait pu réussir à se faire nommer professeur au Lycée de Rouen, parce que sa « demande avait été faite trop tard ». Livré à renseignement tant public que particulier, depuis tiente-six ans, soit à Dunkerque, 9oit au Collège d'Evreux où il avait passé près de vingt ans, Delœuil avait pour protecteurs le conseiller d'Etat, FVourcroy, et le préfet de la Seine-Inférieure, Beugnot. Il avait déjà exprimé le désir d'occuper n une chaire d'humanités dans l'Eccrie Secondaire » du Havre. Mais Sery, qui avait reçu sur son compte des renseignements favorables, n'avait pu que lui promettre de présenter son nom à l'Administration et au Ministre, dans le cas où l'Ecole Secondaire exigerait le concours d*un plus grand nombre de professeurs.

On sut bientôt que c'était le préfet Beugnot, qui, voulant favoriser son protégé, avait substitué le nom de Delœuil à celui de Trupel ; et le Bureau ignorait si bien ce détail qu'il avait pHé le préfet d'appuyer ses réclamations auprès du Ministre de l'Intérieur.

Sery avait, dans une lettre, exposé à Delœuil, d'abord, que sa nomination contrariait « les convenances locales »; puis^ qu'il serait assez mal accueilli au Havre, qu'il ne gagnerait pas assez pour nourrir sà famille, et qu'il ne tarderait pas à regretter son déplacement.

Toutefois, le préfet n'abandonna pas la cause de son candidat : « J'ai voulu », écrivait-il, « lui donner un témoignage d'estime et de reconnaissance en le plaçant dans une ville où les talens m'ont paru être le mieux appréciés. » Il implora encore la bienveillance du maire en faveur de Delœuil ; il essaya même de l'intimider en ajoutant, sous forme de menaces, que, si par des circonstances imprévues, il fallait remplacer Delœuil, il s'opposerait à la nomination de Trtipel, parce qu'elle lui semblerait « le prix de la mauvaise grâce que ledit Bureau a mise à accueillir le professeur jugé digne de lui être présenté. »

Mais, répondait sagement Sery, si Delœuil avait écrit qu'il tie désirait que la t4t)i8ième place, il eût été aisé de lui donner satis*» faction. Il n'y aurait eu aucune injustice à proposer en première ligne Delœuil au lieu de Rousset, puisque Rousset n'avait aucuns droits à une chaire de professeur.

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Delœuil se rangea à ravis du maire du Havre ; mais il ne eonr sentit à donner sa démission qu'après s'Stre assuré d^un autre emploi. Rendons-lui cette justice qu'il fit tout ce qui était ea son pouvoir pour se créer une nouvelle situation. II tenta en particulier de remonter son pensionnat dans une maison qui lui fut cédée moyennant des clauses très acceptables (i). Il dut réussir dans son entreprise, puisqu'il démissionna bientôt. I^a nomina: tion de son successeur ne fut cependant connue qu'après Touyerr ture de l'Ecole Secondaire.

Avant d'installer cette Ecole, on fit à l'immeuble dégradé \eê réparations les plus urgentes ; ce travail fut mené vivement, et, le 5 Pructidor, Sery put écrire à l'abbé Houlier qu'il était entière* ment achevé. Le nouveau Pirecteur promit de venir, sous peu de jours, visiter « ce vieillard rajeuni ». II insista déjà sur la nécessité de préparer un programme « clair, simple, précis et sans ombre de charlatanisme ». Ce programme, que Sery et Houlier rédigèrent ensemble, fut imprimé et afflché en ville ; il portait la date du 30 Fructidor an XII. Le maire informait ses concitoyens que <( l'Ecole Secondaire ou Collège du Havre » commencerait seg exercices le 15 Vendémiaire suivant (7 Octobre 1804). Il déclarait que les trois professeurs étaient des hommes recommandables, et que « tous répondront & la conflance du Gouvernement, ainsi qu'ii rattente des parens ». Venait ensuite le sommaire des matières enseignées dans l'établissement. On y apprendra « depuis les élémens de la langue latine jusqu'à la rhétorique inclusivement ; en outre le calcul, les élémens des mathématiques, la géographie, l'histoire et tout ce qui est prescrit pour les Ecoles Secondaires ». L'expérience démontrera bientôt que la maison « ne dégénère point de ce que les habitans du Havre l'ont vue dans les tems les plus prospères, et sous les anciens professeurs ». On y recevra des pensionnaires, des demi-pensionnaires et des externes.

Le parents purent dès ce moment faire inscrire leurs enfants, soii au secrétariat de la Municipalité, soit chez l'abbé Houlier, Directeur.

La cérémonie de l'inauguration de cette Ecole eut lieu le 16 Vendémiaire an XIII (8 Octobre 1804). Le maire, pour en accroître la pompe, y invita les autorités constituées de la ville. Le cortège se forma à Thôlel de Ville, et se rendit, précédé des tam-

(1) Lettre du 10 Août 1804 au maire du Havre.

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l>ours et de la musique de la Gardé Nationale, dans la grande salle du PaliBiis de Justice. La séance s'ouvrit par un discours du maire Sery.

L'orateur fait tout d'abord reloge de rinstruction et de l'éducation, qui sèment des fleurs sur les pas du jeune homme, qui distinguent l'homme mûr et le présentent avec avantage sur le théâtre du monde où il trouve la considération, et qui prolongent chez le vieillard les agréables impressions. Et dans quel temps, s'écriet-il, l'instruction doit-elle être mieux appréciée î Les carrières sont ouvertes non plus h la naissance ou à la faveur, mais indistinctement à toutes les bonnes volontés! L'exclusion n'existe que pour les ignorants.

Après cet intéressant début, Sery fait le procès « à ces temps funestes dont il faut écarter le souvenir », où l'instruction fut « repoussée, proscrite ». Ce n'est pas tout encore. « Les barbares, déclare-tril, faisant la guerre à tout ce qui était riche, soit des dons de l'aveugle Plulus, ou de ceux plus précieux d'Apollon ou de Minerve, rien n'échappait à leur fureur et à leur vandalisme I II ne leur restait plus, comme le faix)uche calife, qu'à brûler les bibliothèques ; et, à notre grand effroi, nous en avons vu faire l'horrible proposition. » Tout allait être détruit, les lettres comme les sciences ; mais un Dieu veillait sur la France et un héros élâil né pour la sauver des malheurs de l'anarchie et des fureurs de ces nouveaux Vandales. » Bonaparte paraît, les muses se consolent, les sciences reviennent en honneur. Des Lycées, des tLcoles Secondaires s'ouvrent. Les lettres n'ont pas encore repris leur place ; mais espérons tout de la sagesse et de la protection du Gouvernement. Et en passant, Sery fait l'éloge du vieux Collège, « ce Collège où nos compatriotes ont reçu de si intéressantes leçons, où nous avons, pour ainsi dire tous, puisé nos premières connaissances, et qui a formé, sous d'habiles professeurs, des élèves dont plusieurs ont paru avec distinction dans les premières fonctions de l'Etat. » Puis, il donne un souvenir ému à l'un de ses anciens maîtres ; il ne le nomme pas, mais « ce professeur si remarquable par sa douceur et par ses rares talents » ne peut être que l'abbé Taveau. Enfin, il fonde les meilleures espérances sur Tabbé Boulier et ses collègues.

Viennent' maintenant les conseils. Les professeurs feront bien de prendre Rollin comme guide, sans toutefois trop s'asservir à l'ancienne routine, et sans trop suivre les traces de dangereux

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novateurs. « Un mode d'enseignement sage et réfléchi, une méthode raisonnée et fixe, des définitions courtes et claires », voilà ce qu'il faut k la jeune intelligence de l'enfant. A mesure qu'il avance, détaillons-lui les beautés de la langue qu'il apprend, mais dans les limites que comporte son âge. Le professeur doit, à Taide des auteurs, montrer à l'élève toutes les richesses de la langue latine, et ici Sery cite spécialement Cicéron, Salluste, Tite-Live, Tacite, puis Virgile, Phèdre, Térence, Horace et Ovide. 11 recommande l'étude de la langue française « qui était peutr^tre un peu négligée dans nos Collèges », et, parmi les maîtres dignes d'admiration, il nomme Bossuet, Corneille, Pénelon, Racine, Boileau, La Fontaine, et même Voltaire et Rousseau qui, dit-il, « ont abusé des beaux dons qu'ils avaient reçus de la nature ». Sery d<Hine place dans son programme à l'enseignement de l'histoire, de la géographie, et des éléments de mathématiques.

Mais l'éducation, pour être complète, doit atteindre le cœur. C'est là qu'est la source de toutes les vertus ; et le talent sans la vertu n'est que funeste.

La morale, on en trouve les semences même dans les auteurs païens, Cicéron et Sénèque par exemple. Pour avoir des fondements durables, elle doit s'appuyer sur la religion. Sery conseille fortement la lecture des orateurs chrétiens, Bossuet, Bourdaloue, Massillon et Pléchier. Cependant, ajoute-t-il en s'adressant aux professeurs, « les meilleurs modèles qu'ils pourront rencontrer, ce sera vous. Messieurs, qui, avec un soin paternel, leur communiquerez vos précieuses connaissances, en même temps que vous leur présenterez l'exemple de toutes les vertus », et, dit-il en terminant, « nous n'aurons qu'à vous applaudir de vos succès. »

Après ce discours, Houlier et Roussel, premier et troisième professeurs, montrèrent leurs commissions expédiées de Paris par le Ministre de l'Intérieur le 18 Pluviôse an XII, et prêtèrent serment de fidélité à l'Empereur et aux Constitutions de l'Empire. Le maire les déclara alors installés dans leurs fonctions. A ce moment, l'abbé Houlier prit la parole et prononça une allocution « que tout l'auditoire entendit avec satisfaction (1). » Malheureusement, cette harangrue ne nous est point parvenue.

Le second professeur, Delœuil, quoique dûment convoqué, n'assista pas à cette cérémonie, pendant laquelle la musique exécuta « des fanfares ».

(1) Archives municipales. — Reg. des Délibérations.

Le 8oir, il y eut à Thôtel de Ville un banquet, auquel furent invités, outre Houlier et Rousseti les chellB des différents services. D'après cedrtains détails, que nous devons & TcAligeance de M. Se* guin, le nombre des convives fut de vingt à vingt-quatre (1).

Entrons maintenant dans le Collège, et étudions Tœuvre accomplie par les régents jusqu'à la mort de Tabbé Houlier, arrivée en 1625.

De 1804 à 1810, la population du OoUège varia entre soixantedix et quatre-vingts élèves (2). A partir de cette année, une diminution se fit sentir qui atteignit, en 1818, le minimum de vingt-sept collégiens. On n*en avait jamais compté aussi peu. Le chiffre de soixante-deux, que nous remarquons en 1820, est dû à la présence d'un certain nombre d'étrangers nouvellement débarqués au Havre, et surtout à une institution anglaise, établie à Ingouville, qui envoyait ses pensionnaires au CcHlège.

Avec ceAte « poignée d'écoliers », on conçoit qu'il n'était guère facile de s'astreindre à la lettre des règlements imposés par TEtat aux divers établissements d'instruction publique, d'autant que ces règlements subirent avec le temps de profondes modifications. Le s>i5(ème d'instruction secondaire, inauguré par la loi de 1802, fut remanié en 1806. Le 6 Mai de cette année, Fourcroy, sous l'inspiration de rSmpereur Napoléon, apporta au Corps législatif un projet de loi qui n'était que « la substance et comme le prélude d'une loi » alors en préparation. Ce projet, en trois articles, fut voté le iO suivant (3). Le premier article portait la fk)rmation, sous le nom d'Université impériale, d'un Corps exclusivement chargé de renseignement et de l'éducation publics dans tout l'Empire. Au sujet du troisième article, avait dit Fourcroy, « c'est dans la session de 1810 que le Gouvernement vous soumettra l'organisation générale du corps enseignant, qui, avant d'être soumise à votre sanction, aura déjà commencé à recevoir celle de l'expérience. » Mais Napoléon, toujours prêt à appliquer le sic volo, sic fubeo..., abrégea les délais, et chargea Fourcroy de rédiger ses vues sur l'établissement de l'Université. Le malheureux directeur de riostrucUon publique recommença, dit-on, son travail vingt-trois fais ; et bientôt, de l'autorité privée de l'Empereur, ce plan fut converti eu décret et publié le 17 Mars 1808.

(1) On y but par exemple neuf pots de cidre « à neuf sous le pot », et on y mangea vingt-quatre poupoites à 0 fr. 10 l'une.

{ii Archives municipales. — Copie de Lettres, reg. XÏX, n 10,080. (3) Cf. le Moniteur des 7 ei 11 mai 1806.

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Ce décret attribua à TEtat le monopole de renseignement. Les Principaux, les Régents et les Maîtres d'éludée des Collèges durent être bacheliers es lettres. De plus (art. 101), tous. Proviseurs et Censeurs dans les Lycées, Principaux et Régents dans les Collèges^ et même les surveillants furent astreints au célibat. Le célibat proscrit pendant la Révolution, et maintenant imposé au nom de TEm^ pereur I c'était là une prétention odieuse autant qu'impraticable. Aussi, r « Université du décret de 1808, cette Université avec une discipline à la fois monacale et militaire, cette Université n'a jamais complètement existé ; les mœurs du siècle ne Tontl pas permis... (l)»

Le vrai règlement, en vigueur au Collège du Havre pendant toute cette période, fut une heureuse adaptation aux besoins locaux du règlement élaboré par le Conseil municipal dans sa séance iu 27 Fructidor an XI (14 Septembre 1803) (2) avec l'arrêté du 19 Vendémiaire an XII, et, dans la suite, avec les statuts du 28 Septembre 1814 et du 4 Septembre 1821.

Français et Latin. — Le Collège du Havre fut avant tout une école de français et de latin. Six classes furent ouvertes pour l'étude de ces langues. Il avait été décidé que, tous les deux ans, il y aurait, au-dessus de la Rhétorique, une « classe des belles-lettres latines el françaises » ; nous ne pensons pas que cette classe ait jamais existé.

On commença par l'étude de la langue maternelle. L'Université de Paris, reprenant les ouvrages classiques en usage avant la Révolution, adopta la Grammaire française de Lhomond, et la Méthode latine de Gueroult ou rudiment de Lhomond.

En Sixième, l'élève étudiait la grammaire française pendant les deux premiers mois de l'année ; puis, ce temps écoulé, il passait à l'étude du latin, étude jugée nécessaire « parce qu'elle a donné naissance au plus grand nombre des idiomes modernes, et que la jurisprudence, la médecine et la religion la réclament (3). » Les auteurs expliqués étaient YEpitome historias sacrx de Lhomond, YEviiome hisioriœ graecx de Siret, et IMppendix de Dxis de Jouvency.

(1) Discours de M. de Parieu, ministre de rinstructon pubiique, h la séance du 12 Janvier 1850 de rassemblée législaUve.

(2) Archives municipales. — Délibérations, Reg. XVI.

(3) Rapport de la Commission nommée le 27 Frimaire an XI pour désirer les livres classiques à l'usage des Lycées et Collèges.

En Cinquième, on traduisait Cornélius Nepos, De viris illustribus urbis Ràmx, Phœdri fabulœ, et quelques lettres de Cicéron. Les enfants apprenaient les fables de La Fontaine imitées de Phèdre.

En Quatrième, les auteurs latins étaient Justin, Selectas e profanis, un choix des Métamorphoses d'Ovide, les premières, quatrième et cinquième Eglogues de Virgile, et les Pensées de Cicéron par d'Olivet. Les ouvrages français étalent la Fable d'Aristonoûs par Pénelon, quelques-uns de ses Dialogues pour le duc de Bourgogne et les Portraits choisis de La Bruyère.

En Troisième, on commençait Tétude de la prosodie latine, « parce qu'il est difllcile de sentir l'harmonie des vers de Virgile, si l'on ne s'essaie pas à l'imiter (1). » On traduisait Virgile (les principaux épisodes des Géorgiques et le premier livre de l'Enéide), Quinle-Curce, César {De Bello Gallico), et Cicéron {De Senectute et De Amicitid), Comme dans les classes précédentes, on rapprochait les chefs-d'œuvre français des chefs-d'œuvre antiques ; ainsi les élèves apprenaient par cœur la traduction des Géorgiques par Delille, puis quelques morceaux choisis de Télémaque, ot YHistoire de Charles XIL

En Seconde, ouvrages latins : Salluste, le deuxième livre de l'Enéide, cinq ou six Odes d'Horace, Cicéron (pro Ligario, pro Marcello), Tite-Live. Ouvragée français : la Conjuration de Venise par Saint-Réal, les Révolutions du portugal et les Révolutions romaines de Tabbé de Vertot.

En Première ou Rhétorique, on expliquait le cinquième livre de l'Enéide, les guerres puniques de Tite-Live, le pro lege Manilid de Cicéron, quelques lettres de Pline, quelques odes, une épître et une satire d'Horace, et on continuait à cultiver la poésie latine. En français, on analysait le Discours sur lUistoire universelle de Bossuet, un choix des Lettres de Madame de Sévigné, Rousseau le lyrique, la neuvième satire et VEpitre à Lamoignon de Boîleau, les Tropes de Dumarsais.

Le professeur enseignait à ses élèves les règles de tous les genres d'écrire, et les formait à la composition, soit latine, soit française (2). Les exercices de poésie française étaient prohibés. Le Grand Maître de l'Université trouvait, en effet, que « l'étude de la

(D Rapport de la Commission des livres classiques (2) Arrêté du 7 Août 1812.

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versification française, trop facile pour les esprits médiocres et ci difficile pour les bons poètes, n'est, pour les écoliers de seize à dix-sept ans, qu'une dangereuse distraction ou un tourment stérile (i). »

Enflga, dans la classe des belles-lettres, on devait développer les connaissances acquises dans les autres classes.

Le statut de 1814 modifia peu Tarrôté de 1803 sur Tétude du latin ; celui de 1821 enjoignit de commencer le latin et le fran* çais un an plus tôt, c'est-à-dire dans la classe élémentaire qui correspondait à la Septième ; de cette sorte, les auteurs près* crits antérieurement pour une classe furent indiqués pour 1» classe immédiatement inférieure.

Grec. — Lie plan d'études de 1803 supprimait complètement rétude du grec. La Commission regrettait de n'avoir point « trouvé de place dans l'éducation nationale pour cette belle langue, » mais elle espérait que certains professeurs se ménageraient quelque loisir pour en enseigner les éléments à Içurs élèves. Ce conseil particulier devint bientôt un ordre général! Un arrêté du 7 Août 1812 décida en effet que, dans tous les Collèges, ou commencerait l'étude du grec en Cinquième.

En Quatrième on fit des versions seulement, et dans les classes supérieures des thèmes et des versions (2). On traduisit en Quatrième les Dialogues de Lucien et la Cyropédie de Xénophon, en Troisième un choix des moralistes grecs, en Seconde Yllia^e, et en Rhétorique les Harangues de Démosthène et les poètes tragiques grecs (3).

Histoire et Géographie. — Le règlement municipal de 1803 avait prescrit dans toutes les classes l'étude de l'Histoire et de la Géographie, mais sans imposer de programme spécial. On se conforma au plan tracé dans l'arrêté du 19 Vendémiaire an Xll et dans le Rapport de la Commission.

En Sixième, Cinquième et Quatrième, l'élève ne connaissait, pour ainsi dire, que des traits épars de l'Histoire. En Sixième, il lisait le Catéchisme historique de Pleury, et en Cinquième, les Mœurs des Israélites, du même auteur ; en Quatrième, il com-

(1) Circulaire du 18 Décembre 1812.

P) Statut du 28 Septembre 1814.

(3) Statut du 4 Septembre 1821.

mmçaii Fétude de la Géographie, mais, & cause de la rareté des bons livras élémentaires, on lui recommandait Taneien Àhrégé de la Sphère el de la Géographie de GrooeaU

A partir de la Troisième, il avait entre les mains les Audimenis de VHiaioirê, par Domairon. On mit dès lors plus de méthode dans Tétude de l'Histoire, et Tordre des faits et des temps fut mieux observé. A THistoire, on Joignit la Ghronologie et la Géographie.

En Seconde, on étudiait THistoire des peuples modernes jus. qu'à la France, et la Géographie de Nicole de la Croix, parUcu- Hèremeut l'Europe, l'Asie, TAfrique avec les cartes modernes.

En Rhétorique, on voyait THistoire de France, avec la géographie de ce pays par provinces et par départements.

Pendant Tannée 1814, il fut ordonné aux professeurs de consacrer, durant les mois d^été, une demi-heure après chaque classe du soir à Tenseignement de Thistoire et de la géographie.

Le programme de cet enseignement fut aussi refait. On prescrivit : en Sixième, THiçtoire sainte, la Mythologie, des notions générales de Géographie, la Mappemonde ; en Cinquième, des notions élémentaires de Chronologie, d'Histoire ancienne et de Géographie comparée ; en Quatrième, THistoire ancienne et l'Histoire romaine jusqu'à la bataille d'Aciium ; en Troisième, THistoire romaine et THistoire du Moyen-Age depuis Auguste jusqu'à Charlemagne ; en Seconde, THistoire depuis Charlemagne, et en Rhétorique, THistoire de France .

Le règlement de 1814 ne fut qu'imparfaitement exécuté. Aussi un arrêté du 15 Mai 1818 régla qu'à l'avenir il y aurait, dans chaque Collège communal, un régpent^ spécial d'histoire et de géographie. De la Cinquième à la Rhétorique inclusivement, les élèves devaient avoir chaque semaine deux leçons d'histoire et de géographie ; chacune de ces leçons durait une heure.

Le maire du Havre, le Bureau d'administration et le Principal du Collège furent consultés sur la création d'une chaire d'histoire ; mais il fut jugé que, vu le petit nombre des collégiens, chaque professeur continuerait à enseigner dans sa classe This*toîre et I^ géographie d'après le nouveau règlement, qui, d'ailleurs était à peu près celui de 1814 ; et ainsi on évita à la Ville un surcroît de dépenses.

Voici enfin les dispositions du Statut de 1821 sur Tenseignement de THistoire : en Cinquième on étudiera THistoire

L*ABBé HOULIfiR 157

ancienne, en Quatrième THistoire romaine, en Troisième rHiôtoire du Moyen-Age, et en Seconde l'Histoire moderne proprement dite, principalement FHistoire de France. A partir de cette époque, THistoire disparut entièrement de la classe de Rhétorique.

Malbématlquea. — Le règlement établi par la Municipalité portait que les quatre règles de FArithmétlque seraient enseignées en Quatrième et en Troisième, et les premiers éléments des Mathématiques dans les classes supérieures.

L'arrêté du 19 Vendémiaire an XII réserva un peu plus de temps aux sciences. On dut en Sixième « chiffrer », en Cinquième appliquer « les quatre règles de l'arithmétique sur les nombres entiers, » et en Quatrième continuer l'arithmétique. On adjoignit à ce programme les premières notions de physique et quelques propositions de géométrie nécessaires pour la pratique des opératiorrs les plus faciles du toisé et de l'arpentage.

Le Statut de 1821 régla que l'arithmétique serait apprise dahs la classe élémentaire, en Sixième et en Cinquième, et qu'on exposerait en Quatrième et en Troisième les principes des sciences naturelles.

En réalité, les sciences exactes ne furent sérieusement étudiées au Havre qu'à l'Ecole d'Hydrographie et de Mathématiques, entretenue par le service de la Marine.

Ctiseignemcfiit religieux. — Le Décret du 17 Mars 1808 proclamait (Art. XXXVIII) que les préceptes de la religion catholique étaient une des bases de l'enseignement universitaire. Aussi, dans les classes élémentaires, les maîtres eux-mêmes consaôraient tous les jours la dernière heure de l'étude du soir à faire réciter à leurs élèves l'Histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament, et, en outre, le catéchisme du diocèse.

Les élèves de Sixième, Cinquième, Quatrième et Troisième assistaient, le Jeudi matin, à une instruction sur le catéchisme. Le Dimanche, à:vait lieu d'ordinaire une conférence sur la religion pour les classes de Seconde et de Rhétorique réunies ; cet entretien durait une heure et demie. Tous les collégiens apprenaient chaque jour quelques versets de l'Ecriture Sainte en français, en latin ou en grec. Le Samedi matin, c'était TEvangile du Dimanche suivant qu'ils récitaient, en français dans les classas élémentaires, en latin dans les classes de Sixième^ Cin-

quième, Quatrième et Troisième, et en grec dans les classes plus élevées (1).

Ordre et police des classes. — Toutes les classes commençaient et ilnissaient à la même heure, et avaient une durée de deux heures à deux heures un quart. Il y avait deux classes par jour : celle du matin, fixée à neuf heures en hiver et à huit heures en été ; celle du soir, fixée en hiver à deux heures et en été à deux heures un quart. Dans les grands froids, le Directeur avait la faculté de diminuer d'un quart d'heure ou d'une demiheure la longueur des classes.

Une cloche annonçait le commencement et la fin des divers exercices.

Lies élèves qui avaient été absents ou qui arrivaient en retard, n'étaient admis au Collège que sur la présentation d'un billet signé de leurs parents. Plusieurs absences non motivées entraînaient l'exclusion.

Défense était faite d'introduire dans l'Ecole des livres non spécialement autorisés, & plus forte raison des traductions Défense aussi d'apporter, en classe ou en cour, bâtons, épées, ou armes quelconques. Les couteaux et les ciseaux étaient confisqués sans retour.

Les élèves devaient toujours se tenir découverts en présence de leurs professeurs et leur porter le plus grand respect. On ne souffrait aucune parole contre les mœurs, la religion ou le gouvernement.

L'écolier désobéissant était puni ou renvoyé, et chaque professeur pouvait, de sa propre autorité, congédier . un enfant indocile ou habituellement paresseux.

Le règlement de la Municipalité ne détaillait pas les punitions ; mais le décret de Vendémiaire an XII disait formellement (articles LVII et LVIII) que les peines consistaient dans des surcroîts de travail, dans des privations de récréation ou de promenade, dans les arrêts et la prison. La peine de la prison n'était prononcée que par le Directeur ; c'était un des cas qui lui étaient réservés. Cette prison devait être « une chambre suffisamment éclairée, facile à surveiller, où l'élève aura toujours à faire une tâche extraordinaire. » Le Statut de 1821 régla que

(1) Statut du 4 Septembre 1821, art. 146-150.

l'abbé houlier 159

celte tâche extraordinaire serait choisie de façon à profiter à l'instruction de l'élève ; c'était généralement un morceau de prose ou de poésie que Télève puni devait apprendre par cœur.

De tout temps, la discipline fut assez ferme, parce que les enfants sont trop naturellement enclins à se livrer à des espiègleries, qui ne sont pas souvent du meilleur goût, et qu'il convient de mettre un frein à la légèreté de leur âge. En quittant le Collège, où sans doute ils avaient dépensé toutes leurs provisions de sagesse, le naturel revenait au galop, et certes plusieurs habitants du voisinage n'eurent pas toujours à s'en féliciter.

Le 7 Janvier 1808, quelques-uns de ces étourdis allèrent même jusqu'à jeter des pierres dans des vitres, qui, selon eux, eurent le tort de se briser sous le choc. Officiellement informé du fait, le maire adressa au Principal une circulaire pleine de menaces pour les élèves qui désormais seraient trouvés en faute, et cette circulaire fut lue dans les classes (1). Messieurs les Collégiens furent prévenus qu'on ferait arrêter par la police quiconque se permettrait d'insulter un citoyen dans la rue. Prise de crainte^ la gent écolière s'amenda, mais pour combien de tem|>6 ?...

Le 22 Octobre suivant nouvelle lettre du maire. Quel crime a donc été commis 7 Oh ! c'était épouvantable I On avait vu deux élèves se battre dans la rue. Aussi, pour les humilier, on citait leurs noms ; ils s'appelaient Emile Levieux et François de Martonne, tous deux appartenant à la classe de Seconde, et tous deux excellents élèves, qui pourtant firent plus tard très bonne Qgure dans le monde (2). Comme ils durent regretter leur pHgilat en plein air I a J'ai été surpris^ écrivait le maire (3), que des jeunes gens auxquels on donne l'éducation la plus soignée, qui ne trouvent dans le Collège que de bonnes leçons et les meilleurs exemples, que ces jeunes gens, dis-je, s'avilissent au point de se faire regarder comme des polissons et des perturbateurs. Ils doivent savoir que l'ordre public exige que lou> ceux qui le troublent soient arrêtés et punis. » Ils n'ont donc maintenant qu'à se bien tenir, car la punition sera exemplaire ; la voici : « Je charge les Commissaires de police d'arrêter surle-champ les écoliers qui, soit vis-à-vis du public ou même de leurs camarades, s'écarteraient des bornes de l'ordre. »

(1) Archives muiiicii>ale8. -^ Copie de Lettres, reg. XVI, n' 6,696. @} Levieux devint bâtonnier des avocats du Havre, et de Martonne fui magistrat, puis chef du bureau des grûces au Ministère de la Justice. (3) Archives municipales. *- Copie de Lettres, rog. XVII, n* 7,082.

Eh bien, à Taurore du vingtième siècle, avons-nous changé tout cela ? Et nos Lycéens ne se donnent-ils toujours que des poignées de main au sortir de la classe ?...

Plusieurs années se passèrent dans le plus grand calme, que nous attribuons au bon esprit plutôt qu'au petit nombre dcb combattants. Un seul acte d'insubordination est à signaler. C'était le 25 Février 1825, au soir. Vingt-trois élèves faisaient, moins attentivement que d'ordinaire, leurs devoirs dans la salle de la première étude. Six d'entre eux troublèrent l'ordre pendant une heure, et furent renvoyés le lendemain.

Ils avaient pourtant grand air, nos Collégiens, avec leur uniforme, que certes ils n'auraient pas dû déshonorer par une mauvaise tenue I D'abord obligatoire pour les pensionnaires seuls, l'uniforme fut imposé bientôt aux demi-pensionnaires, et plus tard à tous les élèves, même les externes.

Les Collégiens portèrent, au début, des vêtements en drap bleu. Puis, en exécution du décret Impérial du 2 Juillet 1808, un arrêté du Ministre de llntérieur détermina, le 6 Septembre suivant, la couleur et la forme de ces vêtements. « Habit gris de fer avec revers, parements et collet couleur ponceau, veste-gilet de la même oouleur que l'habit* et chapeau & trois cornes dit chapeau français,. » tel fut le nouvel uniforme ; mais il ne vécut pas long temps. En 1812, un décret impérial, rendu à Witepsk le 31 Juillet, décida que les élèves pensionnaires des Lycées, des institutions et pensionû, seraient à l'avenir « habillés de drap bleu, teint avec l'indigo-pastel, et dans la forme déterminée par nos anciens règlements. » Le même décret imposa aussi aux élèves pensionnaires des Collèges l'habit bleu avec des accessoires tels qu'on pût les distinguer des élèves des Lycées. Pour se conformer à ces dispositions, écrivait le ministro aux Recteurs le 12 Septembre 1812, les Lycées reprendront l'habit bleu sans revers, avec le collet et les parements bleu de ciel. Dans les Collèges, le ooUet et les parements de l'uniforme seront de couleur jaune, boutons jaunes, en entier de métal, portant au milieu le mot Collège, et autour, en légende, le nom de la Ville. Dans les institutions et pensions, le collet et les parements de l'uniforme seront do couleur blanche, boutons blancs, en entier de métal, portant au milieu le mot Institution ou Pension, et autour, en légende, le nom du chef de l'établissement.

Cette mesure fut applicable à tous les élèves pensionnaires

l'abbé HOULIBR 161

et demi-pensionnaires ; les externes n*y furent pas encore astreints.

Après la chute de Napoléon, la Commission de l'Instruction publique, convaincue de la nécessité de faire promptement disparaître tout ce qui, dans les Collèges, rappelait le régime militaire, régla, le 12 Octobre 1815, que Thabit des Collégiens serait désormais un frac de drap bleu uni, avec des boutons de métal portant le nom de rétablissement, et que le chapeau rond, dit tuyau de poêle, serait substitué au chapeau à trois oornee.

La tenue des élèves fut entièrement la même dans tous les Collèges ; on ne toléra jamais de différence, ni pour la formes ni pour la couleur, ni pour la qualité des vêtements.

Avouons que le a tuyau de poêle », et les gros bad de laine ou de coton apparaissant sur les chevilles, rendaient ridicule Taccouti'ement des Collégiens. Ils s'en rendirent si bien compte qu'à plusieurs r^rises ces malheureux firent entendre des réclamations ; mais l'Université resta sourde à leurs doléances et même les plaisanta. Profitant de la Révolution de 1848, tous les Collégiens de Paris envoyèrent une députation demander au Gouvernement provisoire le rétablissement du tricorne, et aussi de l'épée que les grands portaient autrefois au côté. Ils furent regus par Ledru-Rollin, qui écouta leurs représentations, mais les repoussa avec pertes. Enfin, le 24 Avril 1848, le Ministre de l'Instruction publique, mieux disposé, supprima l'habit et le tuyau de poêle, et les remplaça par la tunique et le képi. Au Havre, le nouvel uniforme fut trouvé plein d'élégance. Bien porté au début, on n'en vit pas d'abord les inconvénients. Néanmoins, les établissements libres se gardèrent bien de l'adopter, et certains petits Sémiinaires conservèrent longtemps encore le chapeau haut de forme.

La tunique n'étaijt pas commode ; boutonnée, eUe comprimait la poitrine ; ouverte, elle manquait de grftce. Elle vécut cependant jusqu'en 1890.

Compositions et Prix. — On composait au Collège chaque quinzaine. N'étaient admis à concourir pour les prix que ceux qui avaient au moins trois mois de présence dans une classe. Les Prix étaient attribués dans les trois classes supérieures par la Municipalité et dans les quatre autres par le Directeur.

Avant la Révolution, les écoliers quittaient le Collège immédiatement après Içur composition faite, sans attendre l'heure régle-

mentaire de la sortie. Il y avait là un abus auquel le Maire remédia le 28 Primaire an XIII (1), en décidant qu'à l'avenir la cloche annoncerait la fin de la composition, comme elle annonçait la fin des classes. Les professeurs furent cependant invités à accorder « aux éooliers tardifs le temps de finir leur composition. »

Chaque année, les Prix furent distribués aux élèves du 0 au 25 Août. Cette cérémonie, qui attirait l'élite de la Société havraise, eut lieu jusqu'en 1812 dans la Grande Salle du Palais de Justice, place du Marché, et, à partir de 1813, dans la Salle de la Bourse, excepté en 1814 où elle se fit à l'ancien « hôtel de Ville, salle fayencée », et, en 1816, dans la Grande Salle du Tribunal de Commerce.

Le Maire, qui d'ordinaire présidait cette fête, y invitait les Corps constitués de la Ville. La musique de la Garde Nationale prêtait son gracieux concours» et un service d'ordre était assuré par les Commissaires de police qui disposaient d'un détachement de douze grenadiers commandés par un sergent.

La séance débutait par un acte public ou par quelques exercices littéraires, interprétés par les élèves.

Voici, par exemple, le programme de l'acte public donné en 1805. C'était un plaidoyer sur ces quatre défauts de la jeunesse : l'indolence, la vivacité et l'emportement, la légèreté, la complaisance. Les quatre avocats étaient Ergaste qui a retiré Adraste de l'indolence, Philandre qui a modéré la vivacité et l'emportement de Polydore^ Staiomène qui a fixé le caractère léger et volage de Gyrophile, Phronime qui a modéré l'excessive complaisance d'Erastme. Les rôles d'Ergaste, de Philandre, de Staiomène et de Phronime furent remplis par les élèves Français de Martonne, du Havre ; Pierre-Emile Levieux, du Flavre ; Henri Portier, de Saint- Domingue, et Louis Barbin de Qrandmaisofi, de Beauvaîs. Le juge du débat fut Pierre-Louis Delacroix, de Bolbec.

En 1807, l'acte public fut remplacé par des exercices littéraires. C'étaient des morceaux choisis que déclamèrent le^ meilleurs élèves du Collège. Emile Levieux récita la Bible de Fonianes^ Piançois de Martonne l'fin/ant bien corrigé^ François Laîné YOrage, François Ancelot le Voyageur, Amand Lambert l'Epilrc à mon Habit, et Alexandre Lacorne le Chasseur.

(Ij Archivas municipales. — Copie de Lettres, reg. XV.

l'abbé HOULIÊH 163

En 1804^1805, Tannée de la réouverture, la plus haute classe du Collège fut la Quatrième. Le palmarès porte que les matières récompensées dans cette classe furent le thème, la version, les vers latins et la mémoire. Les lauréate ayant presque tous des noms très connus dans notre ville, il convient de les citer. Ce sont : François Ancelot, Pierre-Emile Levieux, Louis Barhin de Grandmaison, Louis Delacroix, François de Martonne, Henri Portier, Jean Becquerel.

Il y eut des prix de thème, de version et de mémoire, décernés en Cinquième, à Pâques Tréfouel, Hippolyte Baudemont, Jacq.-Alex.-Ed. Jue, Pierre-François Lalné, Pierre-Louis Turban et Cyprien Vacquerie ; en Sixième, à Louis-Prosper Firon, Fran-; çois-Emmanuel Rossignol, Eugène Taveau, Pierre-François Gignou et Guillaume-Alphonse Durand ; en Septième, & Joseph Buquet, Aug.-Barnabé Signolle, Nicolas-Augustin Durand, Olivier Labbé, Adolphe Benoist, Prosper Ducheval. En Huitième et dans la classe des Commençants, on récompensa le thème et la mémoire. Furent nommés, en Huitième, Alexandre Fauque, Mathieu Miller, Alexandre Froville, Jean-Jacques Gossel, Frédéric Clarck, et chez lej Commençants^ J.-B. Godeboul, Jacques-Edouard Vigne, Nicolas Boissel, Jean-Jacques Hachard, Aristide-Denis Gay, Florentin Golle, Frédéric Moisy (1).

En 1808, le maire offrit la présidence de la fête au Général commandant la 15' Division militaire. « Rien ne sera certainement plus imposant », lisons-nous dans la lettre d'invitation au général, « que de voir la vertu guerrière couronner les modestes travaux de ces jeunes enfatnts, dont Témulation ne peut qu'être excitée pour devenir à leur tour des hommes utiles à leur patrie (2). »

Chaque lauréat recevait du maire une « palme de laurier », ou quelquefois une couronne de lierre, prise dans les jardins de THosrice municipal.

Après la distribution des Prix commençaient les Grandes Vacances, qui duraient environ un mote et demi. Les élèves avaient, pendant ce temps, à cultiver leur mémoire et à faire quelques devoirs.

Pendant l'année scolaire, il y avait oongé régulier les jeudis, dimanches et jours de fête. Dans le trimestre d'été, le Principal

(1) En 1807, Ancelot eut des succès en Seconde ; mais malheureusement, nous n'avons pu retrouver le palmarès des années 1807 et 1808.

(2) Archives municipales. — Copie de Lettres, reg. XVIII, n' 8,381.

accordait à son gré un demi^congé le mardi après-midi, mais tout au plus deux fois par mois. A Toccasion de la Semaine Sainte et de Pâques, les classes étaient fermées du mercredi saint nu soir jusqu'au lundi suivant exclusivement

Bureau d'administration du GoDège. — Après l'expulsion des Jésuites en 1762, il devint nécessaire de placer, d'une manière plus complète, sous la surveillance des magistrats, les différents Collèges qui ne dépendaient d'aucune congrégation, et qui par conséquent n'offraient pas à TEtat les sûretés des statuts d'un Ordre autorisé et reconnu par la loi. Jusque-là, cette surveillance s'était exercée sans unité, tanôt par les Parlements ou les Officiers de Justice, tantôt par les Ccnps municipaux ou les représentants de l'autorité royale. Le Roi songea à soumettre tous les Oollèges à une législation uniforme, ou du moins à leur imposer diverses n.esures propres à assurer la conservation et Tamélioratiôn de leurs biens et la discipline des études.

Le préambule de TEdit de Février 1763 (1) contient un rapide historique de renseignement en France. On y rappelle les efforts primitifs de TEglise pour créer des établissements d'instruction, la piotection « paternelle » accordée par les rois à ces établissements, la fondation des Universités, et le double intérêt de l'Eglise et de l'Etat dans le fait des écoles. Le Roi proleste qu'il n'entend nullement « préjudicier aux droits légitimes des fondateurs ni aux conditions primitives des fondations bien et duement autorisées, » et que ses dispositions ne tendent qu'à mettre un ordre meilleur dans tous les Collèges « qui s'étaient formés sans aucune règle commune. » Il décide donc que chaque Collège aura désormais un Bureau d'administration parfaitement indépendant, et offrant des garanties de stabilité et de bonne gestion. Ce Bureau sera formé de divers ordres de personnes, « soit du Clergé, soit du nombre des Officiers de Justice, soit du Corps municipal et des notables habitans du lieu, à qui surtout l'éducation des enfants des citoyens doit être recommandable. » Dans les villes, le dit Bureau « sera composé de l'archevêque ou évêque qui y présidera, du premier officier de la Justice royale ou seigneuriale du lieu, de celui qui y sera chargé du ministère public, de deux officiers municipaux, de

(1) Nous avons trouvé cet Edil, rédigé en 27 articles, aux Archives municipales de nouen, carton 2$1, liasse t.

CabbA IIOUI,I£g idÇ

deux notables du Heu choisis par ledit Bureau, et du Principal du Collège ; et en cas d*absence dudit archevêque ou évâque, il y assistera telle personne ecclésiaâtique qui aura par lui été commise à cet effet, laquelle prendra place après celuy qui présidera audit Bureau. »

Ainsi le clergé, souvent comme fondateur, toujours comme gardien de Tunité religieuse, la magistrature comme dépositaire dts maintien de Tordre public, les municipalités représentant à la fois lee villes et les familles, voilà quels furent les éléments de ce Ckmseil, où tous les intérêts furent défendus et tous les droite protégés.

Nous ignorons comment ce Bureau fonctionna au Havre avant 1793.

Après la tourmente révolutionnaire, en même temps qu'on releva les anciens Collèges sous le nom, soit de Lycées, soit d'Ecoles Secondaires, on en confia Tadministration, la discipline et la comptabilité à un Bureau. Cette Commission, pour les Ecoles Secondaires, fut constituée par l'arrêté des Consuls du 19 Vendédémiaire an XII (1). Elle se composait du sous-préfet, du maire, du commissaire du Gouvernement près le tribunal d'arrondissement, de deux membres du Conseil municipal, du juge de paix de l'arrondissement et du Directeur de l'Ecole Secondaire. Les membres du Bureau remplissaient leurs fonctions gratuitement et devaient exercer leur surveillance sur toutes les parties de TEcole ; ils présentaient au Ministre de l'Intérieur deux candidats pour chaque place de professeur vacante et cette présentation était transmise par le sous-préfet au préfet, et par ce dernier au Ministre.

Le sous-préfet, et à son défaut le maire, présidait les séances du Bureau d'administration. D'après l'arrêté du 19 Vendémiaire, le Conseil municipal du Havre fut appelé à désigner deux de ses membres : ce furent Le Barrois d'Orgeval et Le Thuillier flls. La première réunion du Bureau se tint le 12 Nivôse an XII (!•' Janvier 1804).

Cette organisation subsista jusqu'au décret du 4 Juin 1809, qui établit sur une base nouvelle les Bureaux d'administration. Chaque Bureau fut composé de quatre membres, outre le président. La présidence appartint de droit à l'inspecteur d'Académie, et en son

(1) BulUtin des Lois, 3* année n* 322.

absence, au maire (1). Il fut réglé toutefois que, si le sous-préfet désirait faire partie du Bureau, il en serait alors le président.

Le Bureau veillait au progrès des études, au maintien de Tordre, à la police des classes et du pensionnat, il visitait de temps en temps le Collège pour s'assurer de la bonne tenue des élèves et de la qualité de leur nourriture, il proposait la répartition des fonds accordés par la Ville pour le soutien de l'Ecole, il arrêtait chaque année le compte des recettes et dépenses, il désignait au Recteur les sujets capables de remplir une chair© vacante, il prenait des délibérations, mais ces délibérations ne pouvaient recevoir leur effet qu'après avoir été approuvées par le Grand Maître de TUnîversité, sur la proposition du Recteur à qui elles étaient d'abord transmises ; telles furent les attributions du Bureau d'administmtion d'après les instructions ministérielles des 22 Mai et 27 Juin 1810.

Au Collège du Havre, la formation du Bureau d'administration conformément au décret de 1809, ne sa fit qu'au commencement de 1811. Le sous-préfet accepta le titre de président, et les quatre membres furent le maire, le curé de Notre-Dame, Le Sage, procureur impérial, et Le Barrois d'Orgeval, membre du Conseil municipal.

Budgets et dépenses. — A l'époque de la réouverture du Collège, il avait été décidé que las traitements des professeurs seraient de 1.500 francs pour le Principal, de 1.100 francs pour le deuxième, et de 800 francs pour le troisième professeur.

En 1808, on accorda une indemnité de cent francs à un répétiteur chargé de remplacer les professeurs en cas de maladie.

A partir de 1810, la ville du Havre fut obligée de fournir annuellement au Lycée de Rouen « un contingent de 2.062 fr. 50 » pour l'entretien de plusieurs bourses.

L'article XHI du Décret du 15 Novembre 1811 porta que « les comptes des dépenses des Collèges, qui étaient à la charge des Communes, seraient rendus chaque année par le Principal à un Bureau composé du Maire, président, d'un membre du Conseil de l'Académie ou autre délégué du Recteur, de deux membres du Conseil de Département ou d'Arrondissement et de deux membres du Conseil municipal. » Ces quatre derniers étaient désignés cha-

(1) Décret du 4 Juin 1809, art. XXIV.

l'abbé houmbr lf)7

que année par lé Préfet. Ce Bureau de vérification des oemptes, qu'il ne faut pas confondre avec le Bureau d^adminlstration, fonctionna au Havre pendant de nombreuses années.

Dans la discussion du budget de 1812, le Conseil municipal constata que le chiffre des élèves diminuait chaque année, et par suite le produit de la rétributk)n collégiale (24 franos par élève) dont les professeurs bénéficiaient en dehors du traitement fixe qui leur était servi par la Ville. Il n'existait point, à proprement parler, de pensionnat au Collège. Le Principal, pour la commodité de quelques parente, recevait, chez lui et à son compte, quelques élèves pensionnaires ; mais, depuis plusieurs années, ce pensionnat était devenu très onéreux au Principal. Aussi, au commencement de 1812, le Bureau d'administration du Collège vota une somme de 1,500 francs pour indemniser le Principal des pertes subies pour le pensionnat pendant les deux années précédentes. Le passif s'éleva en 1818 à la somme de 684 francs et en 1814 à celle de 300 francs. Il est vtai que, dans les frais du pensionnat, entraient les traitements du maître d*étude, 300 francs ; du maître d'écriture, 250 francs, et du domestique.

On exigeait du Principal des comptes détaillés, même sur son pensionnat qui n'était cependant qu'une entreprise purement privée ; et certes ce n'était pas avec l'intention de lui offrir une compensation. M. Holley, président du Conseil de l'Académie à Rouen, dépassa vraiment toute discrétion dans une lettre écrite en Avril 1817, où il réclamait l'état des dépenses du Collège. La plupart des détails demandés ne regardaient que l'administration municipale. « On s'égare, lui répondit le maire, le 20 Avril 1817 (1), par cette raideur d'idées, et sans le vouloir on imite cette assemblée désorganisatrice où l'on a cru dire une merveille en proclamant avec emphase ce fameux et ridicule apophthegme : « Périssent les colonies plutôt qu'un principe I » Ce mot hasardé avait précisément été cité par M. Holley dans une lettre à l'abbé Boulier.

On reconnut enfin la nécessité d'améliorer la situation pécuniaire des régents ; sur ce point, il y avait accord entre le Recteur de l'Académie et le maire du Havre ; mais la Commission de rinstruction publique tardait à donner son assentiment. Ce retard amena le maire à formuler quelques observations, comme celle-ci, par exemple, datée du 27 Juillet 1819 : « On fait tout en France

(1) Archives municipales. — Copie de Lettres, reg. XXHI.

d'une manière mesquine, et à peine le traitemmt d'un homme instruit dont l*éducation a coûté beacoup de temps et d*argent est*il porté au taux des geuges ou du salaire d*un garçon de bureau. Ce sont de ces cboses qui devraient être arrêtées et fixées seulement par Tautorilé locale, qui a, à oet égard, des connaissances particulièros, et qui paie. »

A partir de 1822, les trois régents furent payés 1,800, 1,500 et 1,000 francs, tout compris.

Proleflseuni. — Sous la direction de Fabbé Houlier, renseignement fut ainsi réparti entre les trois professeurs : le Principal s'attribua les classes de Première et Seconde ; le deuxième professeur fut chargé de la Troisième et de la Quatrième, et le troisième eut les commençants, qu'il dut conduire jusqu'à la Cinquième inclusivement (1). Il était recommandé aux professeurs de donner en tout Texemple d'une grande régularité. Ils ne pouvaient se faire remplacer qu'en cas de maladie, et leur suppléant devait être agréé par le Principal, s'il s'agissait d'un professeur, et par le maire s'il s'agissait du Principal. En 1807 (2), on attacha au Collège un surveillant nommé Lelièvre, à qui ces remplacements furent spécialement confiés, et qui ne reçut tout d'abord pour ce service qu'une bien légère rétribution.

Les professeurs remettaient tous les mois entre les mains du Principal des notes sur la conduite et les progrès de leurs élèves. Le Principal, seul, logeait dans l'établissement, au moins dans les premières années.

On se souvient qu'en 1804 deux régents seulement avaient été installés au Collège ; le troisième, Delœuil, songeant à démissionner, ne s'était pas présenté à la cérémonie du 16 Vendémiaire. Bientôt, en effet, il remit sa chaire, à laquelle on nomma Trupel, le 14 Brumaire an XIIÏ (10 Novembre 1804) (8). Le jour de son installation, 10 Frimaire (!•' Décembre), Trupel prèia entre les mains du maire le serment d'obéissance aux Constitutions de l'Empire et de fidélité à l'Empereur, comme aussi celui de remplir ses fonctions avec zèle et exactitude (4). Mais

(i) Le premier professeur garda le Uire <le Direeieur de VEcoie Secondaire jusqu'en 1808 ; il reprit ensuite celui de Principal du Collège.

(2) Archives municipales. — Copie de Lettres, reg. XVII, 16 avril.

(3) Ibid. — Déltt)éralions, reg. XVII.

(4) ma. — Délibérations, reg. XVII. — Copie de Lettres, reg XV, n" 5,890 et 5,895.

L*ABBÉ HOUUBR 169

les fatigues et les épreuves d'une vijd bien troublée avaient uaë avant le temps un tempérament autrefois robuste. Trupel tomba malade. On ne put le soigner au Collège ; le local était petit et, avouons-le, peu salubre, et puis sa modeste chambre de la me de la Gaffe était encore moins ^ne. Il fut transporté à Gainneville, chez une dame Papillon, où il mourut le 21 Ventôse an XIII (14 Mars 1805) (1). Il fut inhumé le surlendemain <tens le cimetière de OainneviUe (2).

Le successeur de Tabbé Trupel ne fut désigné que le 22 Juillet 1806 ; c*était un prêtre, Pierre-Clément Mauoonduit, né à Nointot le 29 Novembre 1766. Installé dans ses fonctions de 'régent le 16 Vendémiaire an XIV (8 Octobre), il prêta ce }our*ià le serment requis (3). Attaché depuis 1803 an clergé de Saint^Fratiçois du Havre comme diacre d'office et clerc des Sacrements, il conserva cet emploi iiialgré ses occupations au Collège (4).

L'abbé Mauoonduit quitta, en Septembre 1811,. le Collège du Havre pour aller fonder celui de Montivilliers. Ouvert dans Tancienne infirmerie de Tabbaye, partie qui n'avait pas été vendue pendant la Révolution et dont la Ville avait gardé la jouissance, ce Collège, dans lequel on enseigna la langue latine, n'eut que peu de prospérité. C'est dans cette enclave de l'ancienne abbaye que mourut l'abbé Mauconduit, le 1^' Mai 1837 (5).

Sery, persuadé que deux professeurs suffisaient bien pour instruire quarante-quatre élèves, suggéra à Laporte-Lalanne, Recteur de l'Académie à Rouen, l'idée de ne désigner aucun successeur à l'abbé Mauconduit. L'un des régents prendrait les commençants qu'il conduirait de musa h la Cinquième comprise, l'autre aurait ks classes plus élevées. N'était-ce pas d'ailleurs ce qui avait «Kisié au XVIP et au XVIII* siècle ? Mais chaqud professeur ayant dès lors une surcharge de travail, il sera juste d'améliorer son sort. Le maire proposa en conséquence cet arrangement : augmenter les gages de Roussel de. trois cents fmncs, et faire une répartition égale, entre Houlier et Rousset, de la

(1) Archives municipales de Gainneville.

(2) Archives de T Archevêché de Rouen.

(3) Archives municipales. — Délibérations, reg. XVII. — Copie de LeUres, reg. XVI, n- 6,455 et 6,456.

(4) Abbé Lecomie, Les Eglises et le Clergé du Havre.

(5) Les Principaux du Collège de Montivilliers furent successivement, après rabbé Mauconduit, des laïques nommés Marais, Gérardin et Caron. L'école professionnelle, actuellement existante, remplaça au même lieu le Collège, (Communication de Mlle A. Le Masson, de MontiviUicrs).

170 LE collAob du havre

rétribution scolaire payée par les élèves. Avec rassenliment du Recteur, ce projet fut soumis au Bureau d'admioistiatton (1), qui rapprouva complèt^aoeut dans sa séance du 4 Octobre suivant (2).

L*dnnée scolaire 1811-1812 se passa ainsi avec deux proies seurs. Mais le 30 Octobre 1812 (3), le Recteur informa Sery que, par décret ministériel du 22 Octobre, un « régent de Seconde de grammaire » était nommé au Collège du Havre. C*était Jean- Baptiste*Charles Langlois, né le 13 Février 1770 à Anquetierville, canton de Gaudebec-en-Gaux. Cet homme était bachelier es lettres et tenait au Havre, depuis plusieurs années, une école particulière (4)«

Le maire démontra à sa façon, le 3 Novembre, au Recteur que la nomination de Langlois était « absolument inutile et superflue (5). » A Tépoque du rétablissement du Collège sous la direction de Tabbé Houlier, on comptait, disait*il, quatre-vingts écoliers et on avait Tespoir d'une augmentation assez rapide ; mais, par suite de la dépopulation successive de la ville et de la misère toujours croissante qui accablait les habitants, le nombre avait décliné chaque année. Il n*y avait que quarante collégiens à la fin de 1811 ; il y en avait moins encore en 1812. Multiplier les professeurs, n'était^e pas disséminer davantage les écoliers, donner par exemple cinq ou six élèves à un professeur et faire une application ridicule de ce vers :

Apparent rari nantes in gurgile vasto 7

La masse de la population, à cette vue, ne conclura^-elle pas que les études sont très médiocres, donc inutiles, puisque les classes sont vides 7 Assurément, notre ville ne peut se passer de Collège ; mais la nécessité des circonstances doit être la suprême loi.

D'ailleurs la situation flnancière de la Ville n'autorise aucunement cet accroissement de dépenses. Et quand même la Ville accepterait de payer les huit cents francs qu'elle donnait précédemment au troisième professeur, le nouveau mode de partage des

(1) Archives municipales. — Copie de Lettres, Reg. XX, 11 Septembre 18fl.

(2) Archives municipales.

0) Ibid.

(4) Ibid,

(5) Ibid. — Copie de Lettres, reg. XXL

L*ABBé HOULIBR 171

rétributions scolaires mécontenterait encore, et inutilement, les trois professeurs. La nomination de Langlois suscite des embarras ; il convient donc de ia faire rapporter par le Ministre. Sans blesser toutefois cet homme honorable, une observation s'impose. C'est un instituteur, qui donne en ville des leçons de grammaire, géographie, etc., principalement à des jeunes filles. Nécessairement, il voudra continuer ces cours, tout en remplissant ses fonctions au Collège, d'autant plus que, se mariant prochainement, ses besoins vont augmenter^ et, sans nul doute, les leçons particulières seront le principal, tandis que les leçons du Collège ne formeront que Taocessoire. Or, un bon maître se donne tout entier à son état, et, par conséquent, après une classe, il doit préparer la suivanAe»

Non content d'avoir ' exposé au Recteur ses réclamations, Sery s'adressa dès le lendemain, 4 Novembre, au Grand Maître de l'Université lui-même. Après avoir renouvelé les observations faites au Recteur, il assura le Grand Maître qu'il n'apportait au débat ni passion ni partialité ; c'était la raison seule qui le dirigeait. Il connaissait le prix de l'instruction, ayant eu la plus grande part dans le rétablissement du Collège, qui fut son « premier berceau. » Il en suivait le développement avec intérêt, et ne désespérait pas de voir la fln de la crise. « Les études y sont aussi bonnes que je les ai vues de mon temps, » ajoutait-il. Si, selon ses prévisions, d'heureuses circonstances attirsûent au Collège un plus grand concours d'élèves, il serait le premier âi solliciter du Grand Maître la nomination de nouveaux professeurs.

Le Grand Maître transmit une première réponse, le 18 Décembre 1812, par l'intermédiaire du Recteur. A son avis, l'enseignement « souffre de l'état actuel » ; il maintient donc la nomination de Langlois, et fixe son traitement pour l'année courante.

La nomination d'un nouveau régent, écrivait à son tour le Grand Maître Fontanes, à la date du 26 Décembre, était désirée lorsque les Inspecteurs généraux ont visité le Collège, et le Principal lui-même a formellement déclaré qu'il ne lui était plus possible de rester seul chargé des classes d'humanités et de grammaire. Il est donc opportun d'utiliser les bons offices de Langlois et de lui confier les classes de grammaire (Cinquième et Quatrième).

Mais Sery ne se tint pas pour battu. Dans un Mémoire, qu'il rédigea le 9 Février 1813, il résuma toutes ses observations

172 hE GOLtÉOE DU HAVRE

8«r rinulilité d'un troisième régent, et, pour protester contre Id décision du Grand M&dtre, il pria le préfet de communiquer son Mémoire au Ministre de rintérieur. Le décret impérial du 15 Novembre 1811 sur les établissements dépendant de rUniversite avait créé en effet une surveillance administrative, dirigée par le Ministre de rintérieur, lequel embrassait dans ses attributions et renseignement et la comptabilité des Communes. Le Ministre de rintérieur devait donc décider s'il y avait lieu de rétablir actuellement un troisième régent, et, par là, de grever sans nécessUé la ville d*un surcroît de dépenses.

Aucune solution n'était encore donnée à Taffaire, quand, le 8 Avril 1813, Rousset reçut un billrt de TArchevêché de Rouen, qui le nommait à la succursale de Bléville, avec ordre de s'y rendre au plus tdt (1). Le lendemain, Rousset adressa à la Municipalité sa démission de régent au Collège, et le Principal le fit suppléer provisoirement par le répétiteur (2).

Après plusieurs annés passées à Bléville, Tabbé Rousset se retira à Saint-François, comme prêtre habitué. Il mourut en son domicile, rue du Grand-Croissant, âgé de quatre-vingt-un ans (3), et fut inhumé le 25 Septembre 1843, au cimetière Saint-Roch (4). « L*abbé Rousset », écrivait en 1850 Tabbé Lecomte, « était instruit ; il avait rendu des services dans renseignement public, au Collège de cette ville ; comme prédicateur, il avait eu certains succès. Il a conservé jusqu'à la mort un bien vif repentir de la faiblesse qu'il avait eue de prêter le serment à la Constitution civile du clergé, et d'avoir possédé le titre de curé par intrusion (5). »

Le départ de Tabbé Rousset trancha la difficulté soulevée par le décret ministériel du 22 Octobre précédent. Dès le 17 Avril, le Recteur chargea le maire du Havre de hâter l'installation de Langlois, et de le mettre ainsi en possession du droit acquis par la décision du Grand Maître de l'Université.

Il fut bientôt réglé que Langlois remplacerait Rousset complètement et qu'alors il jouirait du traitement intégral accordé à son prédécesseur.

(ï) Archives de TArchevôché de Rouen.

ÎB Archives municipales. — Copie de Lettres, Reg. XXI, 11 avril 1S13. (3) Archives de Téglise Saint-François.

(i) Archives de TArchevêché de Rouen, et Nôcrologe des prêtres de Saint- François.

(é) Les Eglises et U Clergé du Havre, p. 231.

L*ABBÉ HOULIER 173

Le Recteur, Laporte^Lalanne, désirait cependant le rétablissement d*un troisième régent. Il constatait avec peine Texcës de fatigue qui résultait de Tétat de choses actuel, pour Houlier et son coUaboratur, et le préjudice que devaient en subir les études. Il faisait remarquer en même temps (Juin 1813) que le maire du.Ifavre, en démontrant Tinutilité d'un troisième professeur d'après la diminution survenue dans le nombre des élèves, prenait reffet pour la cause. La preuve, c'est que cette diminution s'accentuait de plus en plus depuis la vacance de la troisième chaire. Et puis, conséquence fâcheuse qu'il fallait éviter à tout prix, si le Ck>llège pouvait fonctionner avec deux professeurs, il ne serait plus que de deuxième classe, et l'enseignement y serait borné à la Seconde de grammaire, autrement dit à la Quatrième. Il est impossible que deux hommes suffisent à tant de besogne ; voilà pourquoi le Bureau d'administration du Collège et l'abbé Houlier réclamaient un troisième professeur.

Le préfet partageait si bien l'opinion du Recteur qu'il n'avait pas jugé à propos de transmettre au Ministre de l'Intérieur le Mémoire de Sery du 9 Février précédent.

C'était donc, pour le maire du Havre, un premier échec qui en faisait présager d'autres. Désireux d'attacher au Collège son neveu, J.-B.-P. Houlier, commet maître élémentaire, l'abbé Houlier sollicita l'appui du maire, qui, eu égard à leur intimité réciproque, ne put lui refuser ce service. Il s'exécuta sans doute, mais pas de la meilleure grâce du monde, comme il est facile de s'en convaincre en parcourant la lettre qu'il adressa au souspréfet le 10 Avril 1815 (1).

Cependant un arrêté du 2 Octobre suivant nomma « régent des classes élémentairs au Collège du Havre » Jean-Baptiste-Pierre Houlier, ancien élève du Collège et bachelier es lettres, né à Nointot en 1795.

Pendant tout le temps que l'abbé Houlier eut la direction du Collège, les éloges lui furent prodigués ainsi qu'à ses collaborateurs. Dans ses Rapports au Recteur de l'Académie, à Rouen, et au sous-préfet, le maire ne glissa jamais la moindre critique. « La conduite et les principes des trois professeurs n'ont rien que de louable, » écrivait-il, « et chacun d'eux remplit tous ses devoirs avec beaucoup de zèle. » On se préoccupait vivement en

(1) Archives niunieipales. — Copie de Lettres, reg. XXII.

174 LE COUlOE DU HAVRE

effet dans rUniver^té des opinions, mœurs et talents des membres de renseignement. A chaque information, le maire louait « le mérite distingué » du Principal, et u le bon esprit, la sagesse et Tamour de la tranquillité publique n qui animaient les professeurs. Aussi quand pendant les Ceni Jaurs^ en Mai 1815, on pria le maire d'exiger un nouveau serment des régents du Collège, il se demanda ce que signifiait un serment imposé à des hommes uniquement absorbés par renseignement des langues française et latine et ne s'occupant jamais de politique. Ce serment, si étranger à leurs fonctions, et par suite si inutile, accepteront-ils volontiers de le prêter ? Un fonctionnaire public, qui s'acquitte de son emploi le mieux possible, ne prouve4-il pas par sa conduite qu'il se soumet et au souverain et aux lois de son pays ? N'y a-t-il pas là une sorte de serment tacite ? 11 convient donc, pour l'instant, de laisser les régents du Collège expliquer à leurs écoliers la grammaire et les auteurs classiques ; on n'a pas autre chose à leur demander.

Le Conseil municipal soutenait toujours les intérêts des régents ; mais, au besoin, il n'hésitait pas à les charger d'une besogne vraiment accablante. Ainsi, il délibéra à l'unanimité, le 8 Juillet 1819, que désormais la durée des classes serait de trois heures, parce que chaque régent professant plusieurs classes à la fois, il était impossible de donner, dans l'espace de deux heures, les explications nécessaires pour faire profiter en même temps tous les élèves. La Municipalité se souciait fort de développer l'instruction au Collège. En soi, l'idée était louable ; mais le malheur, c'est que la prolongation des classes était contraire aux règlements de l'Université, qui fixaient une durée uniforme pour tous ses établissements : deux heures le matin pendant toute l'année, deux heures le soir, de la rentrée d'Octobre au 31 Mars, et deux heures et demie pendant le trimestre d'été. Le Conseil Académique fut néanmoins consulté sur cette question, et son avis fut qu'il n'y avait pas lieu de déroger aux lois établies.

Parmi les nombreux témoignages de vénération donnés à l'abbé Houlier, citons cette belle phrase de Sery (l) : M. Houlier est « un respectable ecclésiastique, un homme d'un mérite consommé qui passe péniblement sa vie à instruire nos enfants

(1) Archives municipales. — Copie de Lettres, reg. XXHI, 29 avril 1817. Le Maire d M. HoUey, président du GonseU de l'AcadémÀe À Rouen.

L*ABBÉ HOULISR 175

dans les sciences et dans les belles-lettres, à les entretenir dans la crainte de Dieu, dans Tamour pour le Roi, et à les préparer à rendre un jour les plus précieux services à la Patrie. » Morlent de son côté a écrit cet éloge court, mais bon : « Le respectable M. Houlier formait d*excellenAs élèves et de bons citoyens (1). »

L'abbé Houlier mourut au Collège, le 9 Mars 1825, et fut inhumé le surlendemain dans le cimetière de Notre-Dame.

Comment, sous la direction d'un prêtre qui avait Testime de tous au Havre et qui était en même temps un éducateur éminent, alors que les Inspecteurs généraux de TUniversilé trouvaient toujours dans le Collège, au rapport du maire, « des sujets bien commencés, de la plus belle espérance, et qui ont été distingués dans le Lycée de Rouen », comment le Collège ne prit-il pas plus d'extension ? Il nous est facile de répondre à cette question en faisant remarquer que, bien sauvent, les circonstances furent défavorables à Tabbé Houlier, et que deux grands obstacles surtout anéantirent son zèle : les écoles pariiculières et la rétribution uni^ tersitaire.

Ecoles particulières d'enseignement secondaire. — Trois maîtres particuliers firent, dès son rétablissement, une redoutable concurrence au Collège : Tabbé Aubin, Tabbé Choinet et Langlois. Tous trois réunissaient ensemble dans leurs maisons respectives de quatre-vingts k cent élèves. Outre la doctrine chrétienne, ils enseignaient la lecture, récriture, Tarithmétique, la grammaire française, la géographie, et aussi les éléments de la langue latine.

Au mois d'Octobre 1806, Tabbé Choinet donna à son école une organisation nouvelle. Dans un programme imprimé, il apprit à ses concitoyens qu'il allait susciter et maintenir Témulation parmi ses écoliers qui feraient ainsi de rapides progrès. Il ajoutait, toutefois, que la t&che était bien rude, car la paresse des enfants, comme aussi rinsouciance des parents, empêchaient assez fréquemment le maître de recueillir le fruit de ses soins et de ses travaux.

L*abbé Choinet exigeait de ses élèves une petite rétribution mensuelle qui était fixe, mais qui ne donnait droit qu'aux leçons de lecture et d'écriture ; on payait une légère redevance pour chaque faculté ajoutée.

Il annonça pour tous les écoliers un examen trimestriel, et à

(1) Le Havre ancien et moderne, tome I, p. 208.

la fin de Tannée un exercice public, à la suite duquel les deux élèves, qui s'y seraient le plus distingués, obtiendraient, sait la faveur de ne payer Tannée suivante aucun supplément pour les frais d*études en dehors de la taxe fixe, soit un prix équivalent à la somme dont ils se trouveraient ainsi exonérés.

A la maison furent attachés deux maîtres, un sous-mattre et même une personne spécialement chargée d'aller chercher et de reconduire à domicile les enfants qu'on ne voulait pas laisser seuls dans les rues. Selon le désir des parents, Tabbé Choinet admettait quelques demi-pensionnaires. Il poussa même la bienveillance jusqu'à recevoir gratuitement des indigents, et il pria le maire et les curés de la ville de désigner ensemble ceux qui pouvaient mériter ce bienfait. Il est bien évident que Tabbé Choinet donnait ses préférences aux enfants « de bonnes mœurs, dociles, soumis et jaloux de leur avancement. »

L'abbé Choinet ne dut pas réussir dans son entreprise, car îl quitta bientôt le Havre après avoir eu soin de se munir d'un bon certificat délivré par le maire. Il se retira à Rouen au couvent de SaintrJoseph, rue Poisson, 20. C'est de cette maison qu'il demanda, le 8 Septembre 1811, la succession de Tabbé Maucouduil ; mais le maire lui répondit que Tabbé Mauconduit ne serait pas remplacé.

Le Gouvernement s'émut de bonne heure du succès obtenu par les écoles parliculièresi et essaya d'en arrêter le développement. Le décret du 17 Mars 1808 renfermait déjà plusieurs articles réglementant l'enseignement privé. Ainsi « aucune école ne pouvait être formée hors de TUnhrersilé impériale et sans Tautorisation de son chef (art. H). » Le© directeurs d'institution devaient être membres de TUniversilé et posséder le grade de bachelier dans les deux facultés des lettres et des sciences. Il y avait plus encore : ces maîtres brevetés et assermentés ne pouvaient publier ni prospectus, ni programme, ni méthode, sans l'approbation du Recteur et du Conseil de TAcadémie (art. CIV).

Le décret du 17 Septembre 1808, qui corroborait celui du mois de Mars précédent, marquait formellement que « tout établissement quelconque d'instruction, qui, au 1*» Janvier 1809, ne serait pas muni d'un diplôme exprès du Grand Maître, cesserait d'exister (Titre II, art. III). »

Dans la liste des maîtres particuliers, exerçant au Havre, nous trouvons même les régents du Collège. En dehors des classes, ils

l'abbé HOUUfiR m

recevaient chez eux bon nombre d'élèves, qui, sous leurs yeux, faisaient leurs devoirs et préparaient la classe du lendemain.

En 1810, Tabbé Mauconduit instruisait à part deux demi-peu* sionnaires et dix-sept externes ; chaque demi-pensionnaire payait 300 francs par an et chaque externe 12 francs par mois. Mauconduit ne versait pas de rétribution à rUniverstté. Housset n'avait que deux pensionnaires, qui payaient chacun 500 francs. Lie maire témoigna que « ces deux instituteurs étaient recommandables par leur instruction et le soin qu'ils prenaient de leurs élèves. »

Le répétiteur Lelièvre surveillait che2 lui trente externes, la plupart très jeuneSt qui lui apportaient de 2 à 4 francs par mois. L'enseignement de ce maître se rapprochait beaucoup de celui des écoles primaires.

Langlois avait de quatorze à dix-huit externes qui payaient 0 francs par mois. Il leur enseignait les principes des langues latine et française. On affirmait qu'il avait « grand soin de ses élèves, et du zèle pour son état » ; il donnait également des leçons en ville.

Aubin avait quinze externes en bas ftge ; se contentant de 2 4 3 francs par mois, il leur enseignait la lecture, l'écriture et accidentellement les premières règles de la grammaire latine.

Bobée (1) instruisait « avec zèle » huit externes, moyennant 6 francs par élève et par mois ; il donnait des leçons chez lui et en ville. Son enseignement embrassait surtout les éléments de la langue latine.

Il y avait là de la part de ces maîtres, et surtout dee profes^ seurs du Ccrilège, un abus réel, auqu^ mit (In le Recteur de l'Aca^ demie en rappelant aux intéressés la teneur des règlements. Mau« conduit et Langlois fermèrent leur école en 1811 ; mais malheu^ reusement, en se retirant à Montivilliers, Tabbé Mauconduit entraîna à sa suite quelques élèves du Collège du Havre. L'abbé Aubin, qui enseignait sans autorisation, fut bientftt oontiaint de cesser ses leçons. Au début de l'année 1815, 11 fut nommé desservant de la paroisse d'Heuqueville. C'est dans ce poste qu'il mourut le 29 Novembre 1821, et ses restée furent inhumés dand le cimetière de la commune (2).

(1) Bobée, ancien vicaire constituiionndl, knounit en 1880 prêtre habitué & Notre-Dame du Havre. Il était ftgé de 63 ans.

(2) Registre de catholicité de Heuqueville (Archives de l'Archevêché de Rouen).

i78 LE COLLÈGB DU HAVRB

Les mathématiques étaient k peine cuUivées au Collège. Seiy, pressé par le Recteur de FAcadémie, en Octobre 1812, d'y créer une chaire de mathématiques, répondit que cette chaire était inutile. On «Dseigne fort peu les mathématiques dans notre Ck)Uège, avaittil écrit dès Tannée précédente, et vraiment on a déjà assez de choses à faire pénétrer dans Tesprit des enfants « surtout si Ton veut que ne courant qu'un lièvre ils puissent l'attraper. » L'étude des sciences exactes a sans doute son importance, mais il exisie en ville des écoles spéeialement ouvertes pour Tétude de Thydrographie. On ne peut rien désirer de mieux (1).

On ne songeait donc pas à interdire renseignement aux i»*ofesseurs Robert et Bernard, dont les écoles étaient « en réputati<Mi » et bien fréquentées. Robert, comme professeur d'hydrographie, dépendait du service de la Marine ; Berniu'd, « homme instruit et très «été pour le progrès de ses élèves (2) », put continuer ses leçon^i mais en s'assujettissant aux règlements de TUniversité.

Il y eut au Havre un autre professeur d'hydrographie, appelé Maugendre, qui était maître particulier, puisque, le 28 Mars 1822, le recteur lui réclama (3) le montant de la rétriiMition universitaire pour ses élèves. Maugendre déclara qu'ayant été constamment malade pendant le trimestre, il n'avait pas eu d'élèves, do»c pas de rétribution h prélever ni d'états trimestriels & envoyer (4).

La prospérité des établissements particuliers du Havre n'était pas un fait isolé ; partout les Lycées et les Collèges étaient vides à côté des écoles privées qui regorgeaient d'élèves. Pour peupler les maisons de l'Etat, un des moyens les plus expéditifs était de tuer la concurrence. C'est à cet expédient que s'arrêta l'Empereur. De son palais de Saint-Gloud, il lança le décret du 15- Noveni* bre 1811. Notons-en les principales dispositions relatives aux écoles privées. ; les commentaires seraient superflus.

Jusque-là les chefs d'institution et les maîtres de pension avaient la faculté d'enseigner la grammaire, les humanités, la rhétorique et même la philosophie. Ce privilège est désormais supprimé dans les villes qui possèdent un Collège. Les élèves de toutes les maisons d'éducation sont tenus de suivre les classes de ce Col-

(1) Archives municipales. — Copie de Lettres, Reg. XXI, Novembre 1812. ffî Ibid. — Co^e de Lettres, Reg. XXi, n* 11,706. Le maire au recteur de

(3) IbiiL

(4) ihid. — Copie de Lettres XXVÎ, n' 897, 1- Avril 1822.

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