‹ Le Colleg̀e du HavreChapitre 21 sur 54 · L*ABBÉ BOULIER · texte numérisé non relu

L*ABBÉ BOULIER

lège. Les ch€ls d'institution pourront seulement chez eux, ou bien répéter les leçons du Collège, ou bien donner aux enfants une instruction tout 'à fait élétnentàirei comme la lecture et récriture qui n'étaient point enseignées au Collège. On sévit avec plus de rigueuvencore contre les pensions, en imposant aux malires de ne répéter les leçons du Collège que « jusqu'aux cfeB&es de gram^ maire et aux éléments d'arithmétique et de géométrie inclusive*ment (art XVI). »

A compter du i^ Novembre 1812, les chefs d'institution et les maîtres de pension ne purent loger de pensionnalreé « au^Klessus de V&gô de neuf ans » qu'autant .qua le Collège, établi dans la môme ville, a;vaU son maximum. de pensionnaires, dûment constaté par le préfet. En outre, tous tes élèves inscrits dans las instir tutions et pensionp furent astreints è « Thabit uniforme des Lycées, à peine de clôture des établissements (art. XXI). » EnO», pûar bien démontrer que chaque étudiant avait» bien passé par lee écoles de sa ville et ne s'était nullement soustrait h la loi, on n'était admis à prendre des gr^es dans les lettres ou les sciences que sur la présentation d'un certificat d'études, .à moins que le candidat Dfi prouve (( avoir été élevé par un instituteur, par. son père, son, oncle ou son frère (art. XXIIÏ). »

RétribuUon Collégiale. — De 1$04 à 1808> les collégiens n'assistant qu'aux classes payaient au Principal, comme montant de la rétribution collégiale, \a modique somme de 24 francs. Lorsque de droit universitaire de 20 ou 25 francs fut imposé à tous, ce droit augmenta d'autant la somme à verser entjre les mains du Principal. A un moment, Tabbé Houlier offrit, moyennant 6 francs par mois ou 72 francs par an, de se charger tout ensemble des rétributions collégiale et universitaire, et de la surveillance des enfants désireux de faire leurs devoirs au Collège avant de rentrer chez leurs parents. Des 72 francs ainsi reçus, le Principal ne gardait donc à son profit que 28 francs tout au plus.

Rétrittutlon universitaire. — L'article 134 du décret de 1808 portait qu*on prélèverait « au profil de l'Université, dans toutes les écoles dé l'Empire, un vingtième sur la rétribution payée par chaque élève pour son instruction. » D'après cet article, que pouvait-on exiger d'un demi-pensionnaire, et d'un externe reçu gratuitement, ou à peu près,- dans une école ? Cette taxe semblait ne pouvoir

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peser que sur les pensionnaires. Jusque-là, rien de menaçant pour la masse de nos collégiens. Malheureusement, un autre décret^ daté du 17 Septembre iSQS (titre X1I« art. XXV), vint fixer que les demi-^penslonnaires, les externes, et même les élèves gratuits paieraient annuellement une rétribution égale à la somme que payaient les pensionnaires de rétablissement, où ils faisaient leur instruction. Lie prix de la pension au Collège du Havre étant de 500 francs, la rétribution se montait donc & 25 francs ; plus tard, quand on diminua la pension de 100 francs, la rétribution ne fut plus que de 20 francs.

Cette taxe sur Téducation ne connut aucune exception. Admis gratuitement ou non, dès lors qu'un enfant recevait Tinstruction, il timibait sous le coup de Ib capitation. Si par exemple la charité d'un instituteur public ou particulier acceptait pour rien quelque indigent dans sa classe, TEtat obligeait Tenfant, ou pIutM son mettre lui-même^ à payer l'Impôt. *

Cette mesure fit beaucoup de mécontents dans notre cité. Cinq ou six familles, ne pouvant fournir la rétribution, retirèrent inunédiatement leurs enfants du Collège. A partir de cette époque (1), le nombre des élèves ne fit que décroître. En trois ans, le Collège en perdit trente-trois ; c'était presque la moitié. Au milieu de la gène dans laquelle vivaient alors un grand nombre d'habitants en cette « ville infiniment malheureuse », la nouvelle imposition ne pouvait être accueillie sans murmures. Qu'on n'aille pas s'imaginer que le dégoût des études secondaires se soit alors emparé des esprits ; non, car en retirant les enfants du Collège ou en refusant de les y mettre, les parents les faisaient instruire dans d'autres maisons, dont les chefs, malgré les règlements, savaient bien s'afffanchir de ces nouvelles charges.

L'inquiétude pour Vavenir de son Collège avait gagné Sery, qui, en Novembre 1810, affirmait connaître plus de trente enfants, fréquentant ces écoles particulières et sortis presque tous du Collège. Aussi craignait-il que ces « institutions parasites » ne vins* sent à dévorer l'établissement municipal. Il espérait bien que ces institutions éphémères passeraient avec les hommes qtiî ne les tenaient que par métier ; mais d'ici là le Collège ^vait le temps de disparaître. Et le voilà maintenant qui entonne un hymne au passé : « D'un souffle nous avons tput balayé, et nous égarant

(1) Archives munjcipalee. — Copie de Letires, U Novembre 18|0.

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ensuite dans des rêveries platoniques, nous prétendons, architectes téméraires, avoir tout à coup plus d'habileté que n'en ont montré nos devanciers avec leur expérience de plusieurs siècles. Une mauvaise homte, une certaine vergogne nous retient pour revenir au vrai genre, et à des institutions dont nous ne pouvons intérieurement nous dissimuler la sagesse. » La vraie conclusion de cette complainte, c'est que Sery priait le Recteur de l'Académie non seulement d'assimiler au Collège, pour les rétributions, les maisons particulières établies au Havre, mais de favoriser fout spécialement le Collège communal. N'a-t-on pas promis aux Principaux et aux régents des Collèges la jouissance « de privilèges que les maisons d'éducation réclameraient en vain ? » Jusqu'au bout, Sery répéta que la rétribution universitaire « déplaisait généralement et ne contribuait pas peu à dégoûter les familles (1). »

On ne saurait mieux clore ce chapitre qu'en rappelant avec reconnaissance l'appui si marqué que Sery prêta foute sa vie à notre maison d'enseignement secondaire. 11 l'a soutenue à l'une des époques les plus critiques de son existence, et sa bienfaisante intervention l'a empêché de succomber. Nous nous souvenons qu'en 1810, constatant avec amertume l'insuccès de ses eflorts, Sery avait déjà réclamé pour 9on Collège « une protection spéciale et, pour ainsi dire, exclusive (2). »

(1) Lettre du 29 Avril' 1817.

(2) Lettre du 24 Novembre 1810.

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