‹ Le Colleg̀e du HavreChapitre 22 sur 54 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DirectkHi de Tabbé ChaHchard, Tabbé Chapei, L Btéanl et D. Pasqnier (182&*18aé)

Direotion de l'abbé Ghauchacd. — Dès que les derniers devoirs eurent été rendus à Yàbbé HoulieFi la Municipalité du Havre et le. Recteur de TAcadémie de Rouen s'empressèrent de lui chercher un successeur. Mais ne voulant accorder leur confiance qu'à: un mérite éprouvé, ils réclamaient du candidat des garanties sérieuses. Pour répondre à leurs prétentiona, d'ailleurs fort légitimes, il fallait « de l'aptitude, des connaissances, du zèle, une bonne tenue, et un homme qui n'ait guère d'autre salon que la cour du Collège, d'autre société que ses élèves et ses livres (1). »>

On ne connaissait, au Havre qu'un ecclésiastique capable de diriger le Collège, c'était un abbé J. Bazire, qui, après avoir tenu école à Honneur pendant plus de trente annéies* était venu résider à Ingouville et avait été autorisé, le 1"' Mars 1619, à y ouvrir un pensionnat (2). Installé « dans le pavillon de Monsieur Grégoire », l'abbé Bazire^ quoique ne recevant dans son établissement que des

(1) Archives municipales.

m /M4. — Copie de LeUres de la Commune dlngoaville (21 Mars 18199.

pensionnaires, eut pendant quelque temps des élèves aussi nombreux que distingués. C'était^ du reste, un maître exeellent qui enseignait lui-même le français, le latin, Tarithmétique, la géographie et Thistoire. Mais le curé d'Ingouville ayant été privé de vicaire, Tabbé Bazire avait négligé quelque peu sa maison d'éducation pour se livrer au ministère paroissial. Quand on songea & lui donner la succession de Tabbé Houlier, le Recteur fit observer que ce prêtre, infiufflsamment connu au Havre, était ou trop âgé ou trop fatigué pour se nnnpre à un genre de vie, plein de difficultés et de soucis. Et puis, quels étaient ses antécédents 7 lie ministre, ajoutait le Hecteur, « veut que les souvenirs puissent se reporter sans inconvénient sur toute la carrière qu'ont parcourue les hommes que je lui propose pour des places. » Le maire Begouen répondit qu'il n'avait jamais entendu dire que du bien de rabbé Bazire (1).

Lé Recteur, écartant néanmoins la candidature de ce prêtre, promit à la Municipalité havraise d'user de toute son influence pour lui procurer an plus tôt un- Principal qui réunit toutes les qualités désirables. Mais, observait le maire, « je verrais avec grand plaisir que ce pût être un ecclésiastique. »

Pendant six mois, toute démarche resta sans effet. Un ancien maître de pension à Rouen, appelé Duval, pensa prendre la direction du Collège, mais après divers pourparlers le gain lui parut trop faible et le logement trop petit. Ce sont ces deux inconvénients qu'il fit valoir dans le refus qu'il adressa au maire le 2 Octobre 1R25. Enfln, un arrêté ministériel nomma, le 11 Octobre, Fabbé Pierre Chauchard, né en A\Til 1790 à Crue jouis, village de TAveyron, ex-Principal du Collège de Gaillac et bachelier es lettres.

L'année scolaire 1825-1826 se passa sans incident notable. Quarante-six élèves seulement suivirent les classes du Collège. Sur les instances des régents Langlois et Boulier neveu, l'administration municipale, sollicitée par le Bureau du Collège, életva le traitement de Langlois de 900 francs et celui de Houlier de 200 francs ; ils eurent ainsi : le Principal 3,000 francs (1,800 francs comme Principal et 1,200 francs comme premier professeur) et le logement ; Langlois 1,800 francs sans logement, et Houlier 1,200 francs avec logement. En outre, on attacha au Collège, à partir du 1" Janvier 1826, avec appointements de 800 francs un

(1> Arcblyos omniolpales. — Copie de Lettres, Reg. XXVIII ; 82 Mars 18».

l'abbé chauchard 185

maître d^éiudeB, qui fui Nieolas-Gharles Doissel, né au Havre le 10 Janvier 1786, ancien ^lève au Collège et bachelier es lettres.

L'abbé Chauchard, nous ne savons pour quelle cause, ne passa au Havre qu'une année scolaire. Ses gages de Principal ne lui furent servis que jusqu'au 31 Juillet 1826, et cependant nous avons entre )es mains un prospectus qu'il fit imprimer le 4 août, c'est^dire quelques jours avant la distribution des prix, et dans lequel it «xposait son plan d'éducation pour la prochaine année scolaire. Le Principal y présentait en tort bons termes aux pères de famille, et les ressourcée que leur offrait le Collège pour Téducation de leurs enfants* et les moyens mJ3 en œuvre pour justifler leur confiance et la mériter de plus en plus. L'instruction, disait en substance l'abbé Chauchard, . ne développe que les facultés de l'esprit, l'éducation seule va droit au cœur de l'enfant en perfectionnant ses sentiments et ses n^œurs. Il faut donc que la religion, base indispensable d'une bonne éducation, vienne exercer sur l'enfant son influence salutaire. Le premier devoir de l'éducateur est de faire connaître h son élève sa religion, de lui en inspirer Tamour, et d'en surveiller la pratique.

Le Collège continuera à se conformer, pour la discipline et l'enseignement, aux règlements universitaires. Le programme des études oomprendra donc l'écriture, l'orthographe et le calcul, la mythologie, l'histoire et là géographie, les trois langues ffançaise, latine et grecque, et enfin les notions les plus intéressantes de littérature et de rhétorique.

Le prospectus ne fait aucune mentieo des Siwnees. Gette^emissien ne saurait nous surprendre. Si petite était alors la part des sciences dans le plan d'études des Collèges 1 Heureusement qn9 les jeunei^ gens trouvaient en ville toutes facilités pour acquérir des connaissances scientifiques suffisamment complètes. Il y avait d'abord Je professeur d'hydrographie, qui était nommé et appointé par l'Etat ; puis, quelques maîtres particuliers qui donnaient des lefons de mathématiques à \m certain nombre^ de jeunes gens se destinant à la Marine.

Chaque semaine, disait l'abbé Chauchard, les régents remet* troni au Principal des notes détaillées sur la conduite, l'application et les progrès de leurs élèves ; le maître d'études fera tous les jours son rapport au Priacipal.

L'émulation sera excitée chez les élèves par un examen men* suel, dans lequel des interrogations seront posées sur les matières

étudiées pendant ce temps. On y convoquera les meiribres du Bureau d*adminlstratk>n, et le résultat de cet examen sera communiqué aux familles.

La sollicitude des parents trouvera chez les régents les qualités nécessaires à tout éducateur : une surv^llance a<5tive, un dévouement sans bornes, des égards affectueux. Des récompenses seront réservées aux plus méritants, comme aussi des punitions aux coupables. On aura soin de proportionner te plus possible ces châtiments au tempérament, à Vâge et au caractère du délinquant. Le récidiviste, ou Técolier dangereux pour ses condisciples, sur le fait « de Tobéissance, des mœurs et de la religion », sera imi^itoyablement congédié.

Une des idées les plus chères à l'abbé Chauchard était la nécessité pour les parents d'entretenir, dans l'intérêt des enfants, de fréquents rapports avec le Principal du Collège. A ce propos, il aimait à rappeler ces paroles de Rollin : « Il faut que les parens voient souvent le Principal et les régens pour s'informer de la conduite de leurs enfans et des progrès qu'ils font dans les études, qu'ils leur donnent des lumièreis sur leur caractère et leurs inclinations'; qu'ils les appuient de toute leur autorité ; quMls prennent avec eux des mesures pour les corriger de leurs défauts, et qu'ils agissent en toiit de concert avec eux. Qn ne peut dire combien cette bonne îhtelllgence des parens avec les maîtres est utile aux enfans. »

Dlrectton de ridi>bé GhapeL — L*abbé Chautihard eut pour successeur au Collège du Havre un prêtre, Joseph Chapel, né lo 6 Mars 1795, à Pompidou (Lozère) et bachelier en théologie. L'abbé Chapel était régent de philosophie au Collège de Tours, quand, en Septenitife 1826, il fut appelé au Collège du Havre. Il n^étrtra en fonctions que le 22 ou le 23 Octobre suivant. Un de ses premiers actes fut la préparation d'un nouveau prospectus. Il conserva à peu près le programme de son prédécesseur, sauf quelques modifications qu'il importe de signaler. Les élèves, qui voudront tenter les épreuves du baccalauréat es lettres recevront au CMlège des leçons de philosophie. On créera aussi une chaire de langues vivantes, parce que les circonstances actuelles exigent chez plusieurs élèves, qui se destinent au oommerce, la connais8aiice«d*une langue étrangère, et principalement de l'anglais. Enfin, comme pour un chrétien le premier des devoirs est d'étudier et de prati-

VhBBÉ CHAPGL 187

quer sa religion, c*est le Principal qui se réserve de l'enseigner lui-ménie aux élèves, et de surveiller en même iemfiis Tobserva;' tion des pratiques qu*eUe impose.

Le Bureau' d*adminislratioii invita Chapel à établir à son compte un pensionnat dans l'enceinte du Collège ; mais Chapel ne put se rendre à ce désir, parce que le prix des denrées était trop élevé au Havre comparativement k la somme de 500 franes, réclamée aux pensionnaires. La Ville n'avait donc qu'à prendre elle-même la dipectian de ce pensionnat, ou à accorder au Principal une indemnité spéciale pour chaque pensionnaire qu'il recueillerait chez lui. Le Conseil municipal, èonvaineu que le succès du Collège dépendait surtout du rétablissement du pensionnat et qu'il était préférable d'en charger le Principal, décida qu'uncf gratiflcalioii de 200 francs lui serait servie par pensionnaire ; mats qu'en aucun cas, quand même le nombre de» pensiomiaires serait supérieur à dix, le saciiflce consenti par la Ville- pour le pensionnat ne dépasserait 2,000 francs (i).

Le ministre de Tlnlérieur, par décision du 31 Mai 1827, autorisa la Ville du Havre à dépenser la somme de 800 francs pour racquisitlon d'effets mobiliers à l'usage du Principal du Collège.

Pendant cette année 1827, il y eut au Collège soixante-douze élèves, tous externes. Le Principal fut payé 3,000 francs, Langlois 1,800 franés, Boulier neveu 1,400 francs sans logement, et Boissel 1,000 francs.

Voici quel fut, soos la direction de Chapel, l'emploi du teiçps dans les jours de plein exercice : le malin de 7 h. âi 8 h., étude ; de 8 h. à 10 h., classe ; de 10 h. à 11 h., élude pendant laquelle avait lieu la leçon de dessin ; l'après-midi, de.l h. & 2 lu, étude : de 2 h. à 4 h., classe ; de 4 h. à 4 h. 1/2, récréation ; et de 4 h. 1/2 à 6 h., élude.

Les régents du Collège se plaignaient dçpuis longtemps, au dire de Chapel, d«s gramçîaire^ de Lhomond, A la rentrée d'Octobre 1827, on introduisit au Collège la grammaire française et la grammaire latine de Lefranc, qui toutes deux venaient d'être adoptées pour l'éducation du duc de Bordeaux et que le Grand Maître de l'Université recommandait à tous les Recteurs.

Le maître d'études Boissel était en même temps régent de la

(1) Délibérations manieipales, Reg. VI. -* Copie de Lettres, Reg. XXIX, p. 509.

189 LE COUiBOE DU HAVRE

Classe élémentaire. Il y avait là un surcroît de travail qui provoqua, de la part de ce maître, des réclamations auxquelles le Principal eut le tort de ne pas prêter Toreille. Boissel étant tombé malade sur ces entrefaites, Cbai^el le remplaça ; mais de nombreux ennuis, qui durèrent plusieurs mois, lui turent suscités par les nouveaux maîtres. L'un, appelé Cambrun, venait de Coutanoes, où il exerçait la profession de « cirier ». Il était assez bon calligraphe ; mais de sa langue* disait Tabbé Chapel, Cambrun na connaissait surtout que « la partie verbeuse ». Au reste, honnête homme et excellent cirier, on fut tout aise de le garder, quoique plusieurs fois il se tftt plaint de la difficulté de sa tAche. Deux autres, Château et Enolt, n'avaient fait que passer par le Ccdlège.

Pendant les dix-sept mois qu'il passa au Collège, l'abbé Cfaa* pel travailla beaucoup au relèvement des études ; le temps lui manqua, hélas I pour mener à bonne fin cette entreprise. Il quitta le Havre en Février 1%8. Ce Principal, d'après un docnment authentique, fut d'abord provisoirement suspendu de ses fonctions. QueUes furent les causes de cette disgr&ee ? Quelques présomptions ne nous autorisent pas à donner à cette question une réponse péremptoire. Nous pensons qu'ayant réclamé de nombreuses modiflcations dans la disposition des classes, et même ayant exigé la construction d'un nouveau local, des dissentiments survinrent entre la mairie, trop pauvre pour b&tir, et la direction du Collège, trop difficile dans ses revendications. On allégua encore d'autres motifs, mais de façon si vague I Ce qui est certain, c'est que la suspension provisoire, infligée & l'abbé Chapel, se changea bientôt en révocation pure et simple.

Direction Bréard^ — L'abbé Chapel ayant cessé ses fonctions au milieu de l'année scolaire, il était urgent de pourvoir à son remplacement. On confia l'intérim à un des vicaires de Notre- Dame du Havre, l'abbé Bénard, homme instruit et très sympathique, qui, dès lors, signa : « Vicaire du Havre et Principal provisoire du Collège (i). »

(1) Jean-Baptiste Bénard était né h Saint-Valery-en-Caux le 20 Octobre rm. Professeur de Philosophie au Séminaire de Rouen, il fut prêtre le IS Octobre 1819, puis successivement vicaire à Notre-Dame du Havre le l" Janvier 1820, curé de Saint-François le 1*' Août 1837 et curé de Notre-Dame le 1" Juin 1848. L'abbé Bénard mourut le 29 Mars 1873. U était chevalier de la Légion d'honneur. Cf. Semaine Rdigieuse 4e Rouen, n* du 3 Mai 1873. Notice par rabbé Cochet.

Page 1