LANGUES VIVANTES
difficultés a peu d'efforts à faire pour en comprendre le mécanisme ; chez lui la routine et la mémoire remplacent la réflexion, et par conséquent son esprit ne se développe pas, car TintelUgence ne s'ouvre que par le travail.
Parmi les langues étrangères, je ne connais, ajoutait Ferrus, que l'allemand qui, par ses complications et ses ressemblances avec les langues anciennes, puisse les remplacer convenablement dans Texereice des facultés intellectuelles. C'est, en effet, une langue tranapositive comme le latin, et surtout comme le grec dont elle se rapproche beaucoup par la construction des phrases et la fréquente combinaison des racines dans une foule de mots composés. Elle est sans contredit la plus savante et la plus riche des langues de l'Europe, et sa littérature offre une grande variété de modèles en tous genres.
Sous ce rapport, l'anglais ne le cède pas à l'allemand. La littérature anglaise a même un attrait tout particulier qu'elle doit à son originalité, à son allure indépendante. Mêlant avec bonheur le naïf au sublime, c'est par une profonde connaissance du cœur humain, bien plus que par une facile abondance de style, que ses orateurs, ses philosophes et ses poètes émeuvent et ravissent ; mais, lorsque le langage s'élève avec là pensée, rien n'égale sa noblesse et son énergie. C'est surtout chez les anglais que l'on peut signaler l'étroite alliance de la poésie avec la philosophieii combinaison si propre à étendre l'imagination et à mûrir la raison.
La conclusion logique des idées que, pendant toute la durée de son principalat, Ferrus ne cessa de professer, et que nous venons de résumer succinctement, sur l'étude des langues vivantes, c'est que l'anglais et l'allemand peuvent très bien servir de base à un Cours complet d'études classiques pour les nombreux élèves dont les parents ne se soucient ni du grec ni du latin et se contentent de l'étude du français.
L'enseignement des langues doit précéder tous les autres, car le langage est le moyen de communication sans lequel aucun autre enseignement ne peut exister ; d'ailleurs, cette étude peut toujours être immédiatement pratique, puisque la nature a disposé nos organes et nos facultés de manière à nous faire retenir les mots très facilement dès notre enfance. Enfin l'expérience prouve que tous ceux qui apprennent tard les langues les savent toujours mal et font en vain les plus grands efforts pour perdre leurs mauvaises habitudes d'accent et de prononciation.
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Ferrus, dès ^n arrivée au Havre, avait fixé, ainsi qu'il suii, le programme d'enseignement des langues anglaise et allemande :
En Septième. — Mêmes exercices sur Tanglais que sur le latin, lecture, prononciation, dictées, etc. — Pas encore d'allemand.
En Sixième. — Grammaire anglaise, thèmes, explication d'un auteur facile. — Racines allemandes, lecture, prononciation, déclinaisons, conjugaisons, orthographe.
En Cinquième. — Thèmes anglais, traduction d'un auteur moins facile. — Grammaire allemande, syntaxe, construction, traduction de l'allemand en français.
En Quatrième. — Composition en anglais, lettres, versification, traduction d'un poète. — Thèmes allemands, inversions, traduction d'un poète allemand facile.
Nous n'avons trouvé aucune indication de programme pour les classes de Troisième, de Seconde et de Rhétorique.
A partir de 184$, les candidats aux grades dans les Facultés des Lettrée durent subir une épreuve spéciale sur les langues vivantes.
Depuis bien des années, les langues vivantes étaient enseignées dans un grand nombre de Collèges, quoique l'enseignement en fût facultatif. Au Havre, la langue anglaise était seule inscrite au programme des études, quand Ferrus fut nommé Principal du Collège. Le régent d'anglais, alors en exercice, s'appelait Henry Spry, clïoisi en Octobre 1835 par le Bureau d'administration et la Municipalité.
Né à Stoke Danierel, comté de Devon (Angleterre), le 23 Juin 1803, Spry était gradué de l'Université d'Oxford. Il se fit natnira- User français et prit ensuite le certificat d'aptitude & renseigne-, ment de l'anglais.
Un arrêté du 21 Août 1838 rendit l'enseignement des langues vivantes « obligatoire dans tous les Collèges du royaume » (art. I), et pour tous les élèves depuis la Cinquième jusqu'à la Rhétorique inclusivement (art. Ill), Mais pendant de nombreuses années, les règlements n'exigèrent par semaine qu'une seule leçon d'une heure, et cette leçon devait être donnée en dehors du temps ordinaire des classes.
L'arrêté du 21 Août permit au Bureau d'administration d'attacher définitivement Spry au Collège, en qualité de professeur d'anglais ; mais la nomination officielle n'était possible qu'à certaines conditions. Jusque-là, Spry, régent délégué, ne donnait