PRIX
liCvieux, qui suivait en môme temps un Cours de philosophie, et Adrien Guiot.
Chaque année, le maire présidait la distribution des Prix, et profitait de celte bonne occasion pour adresser quelques conseils bien pratiques à son jeune auditoire. Parents et amis des Collégiens accouraient en foule à cette solennité ; on n'en compta pas moins de quinzQ cents en 1838. Au début de la séance, un professeur lisait un discours généralement très littéraire et très goûté de l'auditoire.
En 1844, dans sa courte allocution, le maire, après avoir distribué des encouragements à la jeunesse et des éloges aux. professeurs, témoigna le regret que le Collège ne parût pas se ressentir des progrès que l'instruction faisait partout en France. Loin d'augmenter, le nombre des élèves y avait décru, et la confiance des parents ne semblait répo-ndre, ni au zèle du Principal et des professeurs, ni aux sacrifices que s'imposait la Ville pour entourer cet établissement des garantie^ les plus favorables à une excellente éducation.
Ecusson doré appliqué sur les Prix (1836-1861)
Conformément aux instructions ministérielles, le Bureau d'administration arrêta, le 24 Juillet 1845, que les Prix continueraient à être donnés d'après le nombre total des points obtenlte pendant Tannée, la dernière composition ayant une valeur triple. Convaincu d'ailleurs que prodiguer les récompenses c'est en diminuer la valeur, il décida en outre qu'il y aurait un Premier et un
Second Prix pour chaque genre de composition dans les classes de douze élèves au moins, un Prix seulement dans les classes inférieures à ce nombre, et môme que ce Prix unique pourrtût être supprimé dans les classes où il y aurait trop peu d'élèves.
Les sujets des dernières compositions étaient choisis par le Principal ; une Commission spéciale, composée des professeurs du Collège, corrigeait et classait les copies. Le Bureau d'administration vérifiait et approuvait ensuite le travail de la Commission.
Afin de mieux apprécier les progrès des Collégiens, on avait déjà institué des examens de semestre. C'était le sous-préfet qui y convoquait le maire et d autres personnalités, et qui lui-même se faisait un devoir d'y assister. Puis, suivant un usage établi dans les Collèges de plein exercice, on décida, en Octobre 1845^ de donner désormais des Prix à la fin du premier semestre de l'année scolaire, afin d'encourager le travail de celle première partie de l'année par le pressentiment plus immédiat d'une prochaine récompense. Toutefois, en adoptant cette mesure, on n'avait pas l'intention d'accroître le nombre des Prix, qu'on trouvait encore excessif. L'année précédente, quelques éjèves mécontents d'une petite réduction qui avait été faite en ca sens, s'étaient aispensés d'assister à la distribution des Prix et n'étaient point venus recevoir les volumes qui leur étaient destinés. Comme il importait de prévenir ou de réprimer de tels sentiments, on résolut de ne plus remettre les Prix à ceux des élèves cfiii; api^è^ s'éti% abstenus de se présenter à la distribution, n'apporteraient pas une excuse acceptable. Ces dispositions furent formulées ainsi : ^
« Il y aura désormâlB ou Collège du Havfe des prix de semestre, comme dans les Collèges royaux. Proclamés & la fin du semestre, ils ne seront décernés qu'à la distribution générale de fin d'année.
» Le nombre des Prix de fin d année ne sera fixé annuellement qu'après la correction des compositions générales et sur la proposition du Principal.
» Les élèves qui ne viendraient pas recevoir leurs Prix à la distribution générale seront censés y avoir renoncé. Us joe pourront plus les obtenir qu'en justiflanl d une cause légitime d'absence. »
Le Bureau d'administration prit encore deux déterminations bien importantes. 11 régla, le 23 Octobre 1845, qu'à partir de 1846, des Prix d'excellence seraient délivrés aux élèves, d'après le nombre total des points obtenus pendant 4e premier semestre dans
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les dîfléreiiles branches de renseignement, et cela sans préjudice des Prix ordinaires. Toutefois, persistant dans sa résolution de supprimer les Prix inutiles, qui rassurent la paresse plus qu'ils n'encouragent le travail, il rappela que pour chaque Faculté il y aurait deux Prix ou un Prix dans les classes supérieures ou inférieures à douze élèves, et que, pour rehausser la valeur des Prix de Langues vivantes, le nombre de ces Prix serait réduit de moitié. Puis, en 1847, il arrêta que les Prix seraient accordés d'après les points acquis d^ns chaque Faculté pendant le second semestre, la dernière composition ayant une valeur triple.
Fn 1848, à la requête des élèves, les fonds, que l'Administration consacrait annuellement à l'achat de livres de Prix, reçurent une destination charitable. On remit à chaque lauréat un simple bulletin marquant les succès obtenus.
L'Ecole Primaire Supérieure. — Les communes chefs-lieux de département, et celles dont la population excède six mille ftmes, devront avoir une Ecole primaire supérieure, disait l'article X de la loi du 28 Juin 1833.
Le Conseil municipal du Havre, faute de local, ne se soucia guère de l'exécution de cette loi qu'en 1837 ; mais alors il y mit un empressement fébrile. En Juin, il décida la création d'une Ecole primaire supérieure (1), et le maire ajouta qu'il avait le plus vif désir d'en présider l'ouverture au mois d'Octobre suivant (2).
La Municipalité proposa en même temps, dans des vues d'économie et pour assurer plus d'efficacité aux leçons qu'y recevraient les élèves, de confier la direction de l'Ecole au Principal et l'enseignement aux régents du Collège. Le 11 Juillet 1837, le Comité supérieur d'instruction primaire au Havre approuva les propositions du Conseil municipal et exprima aussi le vœu que l'Ecole primaire supérieure fût mise en activité à la prochaine rentrée des classes.
Mais il ne suffisait pas, pour ouvrir une école, de désirer y placer tel ou tel maître, il fallait passer du désir à la réalité, et au mois d'Octobre aucune démarche n'était encore entreprise pour obtenir les nominations tant souhaitées.. C'est seulement le 22 Novembre 1837 que le Conseil municipal s'occupa pratiquement! de la
(1) Conclusions du rapport de la Commission, paragraphe IV.
p) Archives municipales. — Copie de Lettres, Reg. XXXIX, 24 Juin 1837.
question en votant à runanimité un avis favorable à la nomination de Ferrus comme directeur de TEcole primaire supérieure. Mais tout candidat à une chaire, et à plus forte raison à la direction d'une Ecole primaire supérieure, devait produire un certificat de moralité et un brevet de capacité. Ferrus, ne possédant pas ce brevet, sollicita du Ministre de Tlnstruction publique Tautorisation de diriger provisoirement TEcole primaire supérieure, en attendant répoque de la première session d'examen établie à Rouen.
Le Ministre accorda à Perrus la faveur demandée, mais sous la condition de prendre pour auxiliaire, parmi les régents chargés des Cours de TEcole, un instituteur breveté du degré supérieur. Ansieaux, qui avait ce brevet, s'empressa de se mettre à la disposition de rautorité locale. Après Taccomplissement des formalités d'usage, Ansieaux fut nommé instituteur à TEcole primaire supérieure dans les premiers jours de Décembre 1838, et reçut le titre de sous-directeur de cette Ecole.
Ferrus n'eut pas la patience d'attendre le l*' Janvier pour convoquer les élèves inscrits ; il fut tout heureux de pouvoir déclarer, à la Un de Décembre, que toutes les classes fonctionnaient très bien.
Sur l'invitation du maire, Ferrus avait tracé, en 1837, pour l'Ecole primaire supérieure, conformément aux vues du Conseï! municipal, un plan d'organisation que le Ministre de rinstruction publique, de Salvandy, approuva le 23 Mai 1838.
Voici quels furent, sous la direction Ferrus, les matières enseignées à l'Ecole primaire supérieure, le nombre d'heures consacrées par semaine à chacune de ces matières, et le nom des piofesseurs qui les enseignèrent :
LafUjue {rançaise (5 heures de grammaire française, 4 heures d'exercices de mémoire et de style). — Revel, Ansieaux, Boissel, Guyol et Jacob.
Calcul (3 heures de tenue de livres et 2 heures d'arithmétique). — Chandelier.
Géométrie pratique (3 heures). — Robert fils, Alluard et Beunon.
Physique, Chimie et Histoire naturelle (5 heures). — Pleury.
Histoire et Géographie (4 heures). — Ansieaux, Revel.
Anglais (5 heures). — Spry.
Allemand. — Horst.
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Dessin (2 heures). — Ochard.
Ecriture (5 heures). — Philippe.
Musique vocale (1 heure). — Buziau, Donnay.
Religion et Morale (3 heures). — L'Aumônier du Oollège.
Ferras avait grand soin de faire remarquer aux professeurs que l'enseignement primaire, pour être supérieur, n'en diffère pas moins essentiellement, par la méthode, de l'enseignement secondaire, où la théorie domine la pratique. Ici, au contraire, c'est la pratique qui prévaut, et chaque maître doit s'attacher surtout à la partie la plus usuelle de l'art ou de la science qu'il professe.
Un mûifi s'était & peine écoulé depuis l'ouverture de l'Ecole prinoaire supérieure que Ferrus avait déjà la satisfaction, de constater qu'elle était en pleine activité, et il témoignait l'espoir que la bonne répartition des Cours de l'Ecole réagirait d'une manière utile sur l'enseignement collégial, qui marcherait alors moins embarrassé de cours accessoires. L'Ecole supérieure ne devaitrcUe pas embrasser toutes les études se rattachant aux connaissances commerciales, et répondre ainsi au vœu de la population havrs^ise ?
Cette organisation avait sans ^oute ses avantages, mais n'avaitelle pas aussi ses inconvénients ? On s'aperçut en effet assez pnomptement que l'Ecole primaire supérieure n'était en réalité qu'une annexe du Collège, qualifiée de division commerciale. Le 30 Avril 1830, on avait pourtant posé en principe, à la Chambre des Députés, que le moyen le plus efflcace de donner à l'enseignement primaire supérieur les développements convenables était d'en faire un enseignement « entièrement isolé ». Pour ne point entraîner les Communes dans de trop fortes dépenses, on avait affecté une partie des bâtiments des Collèges aux Ecoles primaires supérieures et on s'était servi des mêmes professeurs pour les deux établissements. Mais au Havre il y avait un réel abus. Les élèves Inscrits dans les deux maisoTis étaient portés, sans distinction aucune, sur la liste des collégiens. Et puis, tout était commun de part et d'autre, les budgets, les salles d'études, les récréations, etc. Une telle confusion parut au Conseil municipal une véritable illégalité. L'esprit de la loi n'était-il pas de conserver à chaque institution son caractère propre, afin de nettement discerner les trois degrés d'instruction que le Gouvernement avait eu la volonté de. créer ? C'était si bien l'opinion du Conseil municipal qu'il régla, le 21 Juillet 1841, que l'Ecole primaire supérieure cesserait d'être une subdivision du Collège, et que les élèves de l'Ecole
seraient tout à fait séparés des collégiens. Convaincu que le prix de 75 francs conviendrait^ par sa modicité, à toutes les familles, il fixa à ce chiffre le taux de la rétribution annuelle exigible des élèves de l'Ecole supérieure. Tout était bien préparé pour une nouvelle organisation de l'Ecole, lorsque FOrdonnance du 21 Novembre 1841 vint jeter le trouble dans les esprits. Elle établissait dans plusieurs villes, et en particulier au Havre, une Ecole primaire supérieure installée complètement sur le modèle de celle qu'on voulait modifier. On conçoit que les dispositions de cette Ordonnance arrêtèrent, au grand regret de la Municipalité, Texécution du projet qu'elle avait formé de détacher du Collège son École primaire supérieure. Mais on ne perdit pas confiance au Havre. Au lieu de murmurer et de se désespérer, on agit, et les démarches tentées alors eurent un plein succès. Une nouvelle Ordonnance du 21 Avril 1842 porta que les prescriptions de celle du 21 Novembre précédent cessaient d'être applicables à la Ville du Havre, parce qu'il avait été récemment satisfait à cette loi par rétablissement spécial et dictinct d'une Ecole primaire supérieure.
En effet, un nouveau plan d'organisation pour l'Ecole supérieure avait été présenté par Baltazard et adopté en Conseil municipal.
Cette Ecole, qui ouvrit le 1"* Février 1842, eut désormais une existence absolument indépendante du Collège.
Notons, toutefois, que la séparation de TEcole supérieure n'amena pas la suppression, dans le Collège, de l'instruction professionnelle, qui fut toujours « considérée à bon droit comme le complément indispensable des études de latinité », Les régents, cliargés de faire aux collégiens et aux élèves de l'Ecole supérieure les Cours qui se rattachaient au Commerce, donnèrent les mêmes Cours au Collège, et on trouva équitable de maintenir à ces régents le supplément de traitement qui leur avait été attribué a raison de ces mêmes Cours.
Pensions secondaires. — Les pensions particulière3 faisaient un grand tort au Collège ; mais Ferrus, qui était up partisan déclaré de (a liberté de l'enseignement, ne voulait voir dans la concurrence qu'un encouragement à mieux faire, et dans 1^ concurrents que d'estimables rivaux. Malheureusement, a ces estimables rivaux », guidés par l'intérêt personnel, prenaient parfois trop de plaisir à lancer contre le Collège des critiques ou des