PENSIONS SECONDAIRES
plaintes plus ou moins justifiées. A toutes leurs att^ues Fernis répondait noblement : « Nous respectons tout le monde, sans craindre personne ».
Le Bureau d*adminisiration du Collège se montra toujours d*une parfaite courtoisie avec les chefs de pension. D'après un décret du 15 Novembre 1811, les éièves latinistes des pensionnats particuliers étaient inscrits dV>fflce aux Cours du Collège. Ces enfants furent gracieusement assimilés aux collégiens internes, et, comme eux, ils ne payèrent, à partir de 1844, que 60 francs de rétribution collégiale.
La pension Hapely installée à Ingouville, pavillon Dodard, conserva de 1836 à 1848 tout son crédit auprès des familles. Ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, la distribution des Prix était roccasîon d'une grande fête. En 1840, les élèves y interprétèrent une pièce intitulée : La veille tTune distrihuiion de Prix, scène d'intérieur arrangée par A. R. (A. Réville) (1).
Pierre-Gustave Serizot, né à Dieppe le 6 Avril 1809, obtint le 7 Décembre 1843 l'autorisation d'ouvrir une pension au Havre. Il s'installa rue Dauphine, 34 ; mais son programme d'études nous a paru plutôt élémentaire que secondaire.
Un bachelier es lettres, nommé Sorel, tint une pension en 1838 et 1839.
De 1842 à 1846, se trouvait sur la commune de Graville, à l'encoignure de la rue Reine-Berthe, un bon pensionnai qui était dirigé par Valpêire, et où l'on étudiait le latin, le français et le commerce.
En 1837, un ancien maître d'études et répétiteur au Collège royal de Rouen, Pierre-François Marie, né à Villons-les-Buissons (Calvados) le 19 Septembre 1812, vint fonder au Havre un pensionnat secondaire. Au bout de sept ans, il comptait cent deux élèves, sur lesquels quinze pensionnaires. Avant 1844, Marie était installé rue de la Communauté, 11 ; il habita ensuite 27, rue de l'Hôpital. Quand Marie eut connaissance du prochain départ de Ferrus, il pria le maire d'appuyer la demande qu'il adressait au Ministre de l'Instruction publique en vue d'obtenir le principalal du Collège du Havre. Dans l'intéressante lettre qu'il écrivit à cette occasion, nous relevons, sur l'éducation de la jeunesse, ce conseil que Marie tenait du maire lui-même et qu'il lui rappelait avec beaucoup d'à
(1) Imprimée chez Lepetit à Ingouville, 26 p. in-8'. — CoUecUon S«gûin.
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pix>pos : « Il m faut point cultiver rintelligeoce au détriment du oœur : la vertu est sœur de la science ». La candidature de Marie semblait mériter tous les suffrages, d'autant plus qu'il avant Tassuranoe, s'il réussissait dans ses démarches, d'entraîner à sa suite tous ses élèves ; et cette centaine d'enfants, jointe au noyau déjà existant au Collège, marquerait d'emblée pour cet établissement une ère de prospérité. Nous ignorons pour quelle cause Marie ne fut pas agréé. En tout cas, il n'eût pas obtenu moins de succès que de Lacombe, qui lui fut préféré.
La pension Gauthier, établie rue Saint-Honoré, 1, fut cédée en 1837 & l'abbé Rebotd, et à Désiré Pasquier, ex-principal du Collège. Mais l'abbé Reboul s'étant retiré en Juillet 1838, D. Pasquier resta seul à la tète de la maison. Celui-ci, avant de l'administrer en son nom, eut la précaution de demander l'appui du Bureau d'admiaisbrationduCoUèget Ce Bureau,, considérant que les motifs* qui Tavaienit déterminé à faire éloigner Pa:squier du Collège, n'étaient pas applicables & l'établissement particulier qu'il allait diriger, que d'ailleurs depuis son départ du Collège sa conduite n'avait donné lieu à aucun reproche, que la maison à laquelle il avait été attaché comme auxiliaire de l'abbé Reboul jouissait de l'estime publique, que ce pemsionnat ne devait pas nuire au développement du Collège, et que s'il en résultait quelque rivalité ce ne serait qu'une honorable émulation d'enseignement et de progrès, le Bureau ne mit aucune opposition à la requête de Pasquier.
C'était une excessive bienveillance de la part du Bureau, car, comme chef de pension, Pasquier fut celui qui créa le plus d'ennuis au Collège. Ses hostilités ouvertes datent de 1843. Le 27 Février de cette année, il se plaignit au maire des désa^éments qui lui étaient suscités par le Collège. Le décret de 1811, qui imposait aux élèves latinistes des pensions l'obligation de suivre les Cours du Collège, n'avait point encore été appliqué au Havre. C'est quand on en exigea de Pasquier l'exécution très prochaine, qu'il opposa de la résistance. Il imagina, ou au moins il grossit des tracasseries survenues entre les élèves du Collège et ceux de sa maison. Vingt des siens avaient été, paratt-il, assaillis par des collégiens qui étaient en promenade sur la côte d'Ingouville, sous la surveillance d'un maître d'études. Et puis, chaque jour, ces collégiens, venaient importuner ses élèves à la porte même du pensionnat. Perrus, pour faire cesser ces taquineries plus ou moins réelles, avait poussé la condescendance jusqu'à modifier les heures d'entrée et de sortie
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dn Collège ; et <to son côté le Maire, devant qui Pasquier avait porté plainte, avait cru plus prudent de ne pas intervenir.
Pasquier, qui avait en effet obtenu la faveur de garder chez lui ses élèves latinistes jusqu'à Pâques 1843^ demanda au Minisire de proroger cette dispense jusqu -à la fin de Tannée scolaire. Le Bureau d*adininisiiution, consulté sur cette réclamation, avait reconnu à runanimité que te retour à Texécution du décret du 15 Novembre 1811 intéressait la prospérité du Collège, et qu'il manquerait à sa mission s'il acceptait la continuation d'un état de choses certainement iH^éjudiciable & rétablissement. Il avait donc supplié le Ministre de refuser tout sursis à Pasquier.
En Février 1844, Pasquier essaya de faire affranchir ses élèves de la rétribution annuelle de 60 francs. « On peut bien attendre, » disaji-il, « le vote de la loi qu'on prépare actuellement sur la liberté de l'enseignement. » « Payez d'abord », lui répondit le maire, « nous attendrons ensuite. »
Toujours récalcitrant, Pasquier n'envoyait au Collège que le pins petit nombre de ses meilleurs élèves. La loi était cependant formelle, et il fallait s'y conformer d'autant plus volontiers qu'elle intéressait à la fois les finances municipales, la prospérité du Collège et généralement la force des études.
Répondant à une observation du Recteur, Pasquier l'assura, le 26 Décembre 1844, qu'il obtempérait à ses ordres, et qu'il conduisait aux classes du Collège tous ceux de ses élèves latinistes qui se trouvaient dans le cas prévu par le règlement, et même, pour mieux prouver sa loyauté, il sollicita une dispense pour deux jeunes mulâtres que la rigueur du climat ne permettait pas d'exposer quatre fois par jour aux variations d'une froide température.
Les allégations de Pasquier étaient de tous points inexactes ; mais, par malheur., au lieu de vaincre la rébellion de Pasquier pai* les voies légales, le Recteur ajoutait foi à toutes ses protestations. Aussi, ce chef de pension ne se gêna plus. Au mois de Mars 1845; oubliant ses engagements pris près du Recteur, il relira du Collège les deux élèves que, pour feindre sa soumission, il s'était borné à y envoyer, en sorte que, sur seize élèves latinistes que renfermait son pensionnat, six seulement assistaient aux Cours du Collège.
Le Bureau voyait avec chagrin Pasquier se soustraire aussi ouvertement à la loi. C'était, en effet, d'autant plus regrettable qu'avec des classes plus nombreuses les études auraient été plus
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fortes au Collège, et puis Pasquier, en n*amenant que ses plus laborieux élèves, exploitait cette situation dans un Wi nettement hostile à de Lacombe. Les succès de ces enfants lui servaient de réclame. On pria encore une fois le Recteur de redresser cet abus éminemment nuisible au bon renom du Collège ; mais ce fut en pure perte*. On a peine à comprendre comment, pendant plusieurs années, Pasquier parvint à se jouer impunément des Inspecteurs de rUniversité.
Mais il fut bien attrapé à son tour, quand, au mois de Juin 1946, il sollicita du Ministre remploi de sous-inspecteur de rinstruction primaire. Le Préfet fut chargé de mener une enquête sur les antécédents et la moralité du candidat. Il consulta né^ssairement le maire du Havre, et même réclama son opinion personnelle sur Pasquier. Le maire, qui était fort mécontent des agissements de ce maître de pension, écrivit pour toute réponse cette phrase qu'il n'accompagna d'aucun commentaire : « Je crois devoir me borner à vous faire savoir que, attendu l'irrégularité de la conduite du sieur Pasquier, l'Administration s'est trouvée dans la nécessité de pourvoir à son remplacement comme Principal du Collège. )> Inutile d'ajouter qu'au reçu de cette note brève et sèche la candidature de Pasquier fut immédiatement écartée.
En 1848, Pasquier se retira à Honfleur ; c'est dans cette ville qu'il mourut.
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