‹ Le Colleg̀e du HavreChapitre 4 sur 54 · DR 1791 A · texte numérisé non relu

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mois d'existence, manquait de sujets et par conséquent n'avait pas le moyen de se montrer difficile dans le choix de ses ministres. Desselles n'eut donc qu'à se faire connaître pour être admis aux Ordres majeurs. Il reçut le sous-diaconat à Beauvais le 21 Septembre 1791, puis à Rouen le diaconat en Décembre 1791 (1) et la prêtrise à Evreux en Mars 1792 (2).

Le jour même où l'abbé Dessolles était nommé au Collège, Delisle recevait l'autorisation officielle de tenir son Ecole de Mathématiques dans une des salles de la maison (15 Octobre 1791). Il devait cette faveur à la bienveillan.ce de la Municipalité. Le maire, en effet, considérant les nombreux et précieux avantages que les leçons de Delisle devaient procurer et aux enfants du Havre, et au professeur lui-même, lui avait permis, sur l'avis favorable de Tnipel, de transférer son école de Mathématiques au Collège^ mais seulement jusqu'à ce que la loi projetée sur l'éducation nationale fût votée et mise en vigueur. Delisle devait préalablement s'entendre avec Trupel pour les heures et l'ordonnance des classes, parce qu'avant tout il ne fallait troubler aucun des exercices ordinaires du Collège.

Dessolles renonça à l'enseignement en Avril 1792. Trupel le fit remplacer par Jérôme-Balthasar Levée, qui resta professeur au Collège jusqu'en Septembre de la même année.

Jérdme-Baithasar Levée était né au Havre le 3 Septembre 1769 d'une vieille famille de Normandie, mais qui n'était pas havraise d'origine. Son père s'appelait Gilles-François-Jacques Levée et sa mère, Marie-Madeleine Cauchon. Gilles Levée, homme « vertueux qui joignait à beaucoup d'instruction dans son état un fonds inépuisable de probité », était charpentier de navires. Il mourut à l'âge de trente-sept ans, le 19 Décembre 1771, alors que Jérôme- Balthasar n'avait que deux ans. Des revers de fortune l'avaient bien appauvri ; aussi sa veuve fut-elle heureuse de rencontrer dans une noble femme, Marguerite Guerard, veuve Prière, une amie généreuse qui voulut bien se dévouer à l'éducation de ses enfanta, et en particulier à celle de Jérôme-Balthasar. Grâce à cette protection, aussi large que désintéressée, le jeune Levée fut placé

(1) Archives de TArchevêché de Rouen.

(2) Archives départementales, section L, liasse 19. Les vicaires épiscopaux de Bouen envoyèrent douze diacres à Evreux pour y recevoir la prêtrise. Le nom de Dessolles figure sur la liste de ces douze diacres, qui quittèrent Rouen le 2 Mars 1792 pour se rendre ensemble à Evreux.

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au Collège, où il fit de solides éiudes. Plus tard, dans ses « Biographies havraises », il s'est montré plein de reconnaissance pour sa mère adoptive et pour sa fille Blanche-Françoise, « modèles acomplis de toutes les vertus, et dont, ajoutait-il, les noms resteront à jamais gravés dans ma mémoire. »

Le 24 Septembre 1785, J.-B. Levée reçut la tonsure à Rouen des mains du Cardinal de La Rochefoucauld (1) ; car il se destinait à rélat ecclésiastique. C'était même le désir de le voir prêtre, qui avait poussé la veuve Prière à aider de ses deniers sa vocation naissante. En 1787, il obtint des échevins du Havre la bourse Démare, qui lui permit de continuer ses études. L'année suivante, il alla recevoir à Séez les Ordres mineurs. Rentré au Havre en 1789, il fut clerc de Tœuvre à Notr^Dame pendant le second semestre de cette année (2), puis, pendant toute l'année 1790s, clerc de l'œuvre et sonneur des premières messes (3). Mais sentant faiblir sa vocation, à mesure que le moment de se lier irrévocablement approchait. Levée abandonna bientôt la carrière ecclésiastique. Il essaya de plusieurs emplois ; mais ne prit goût à aucun d'eux. Tous ses loisirs, il les consacrait à étudier les lettres et plus particulièrement les langues anciennes. Quand Triipeî se l'attacha comme collabcMateur, il était déjà membre de la Société « Les Amis de la Constitution ». Après un professorat de quelques mois. Levée reconnut que la pédagogie avait pour lui moins d'attraits que la politique, et il s'engagea dans le bataillon des Volontaires Havrais avec Routel, son ancien condisciple au Collège et son ami le plus déwué.

Sur la présentation faite par l'abbé Trupel, Pierre^Augustin- Julien Aubin, prêtre sermenté, fut agréé comme professeuradjoint au Collège le 19 Septembre 1792, et, le 19 Octobre suivant, Piacre-Amand Lange, clerc tonsuré, fut nommé troisième professeur (4). Tous deux ne purent entrer en fonctions qu'après avoir prêté, en présence de la Municipalité, le nouveau serment de Liberté-Egalité.

Pendant la journée du 10 Août 1792, qui avait donné le dernier coup à l'autorité royale, l'Assemblée Nationale avait compris

(1) Archives de l'Archevêché de Rouen.

(2) Il reçut pour cet office 10 livres 2 sols 6 deniers (Archives de Notre-Dame du Havre).

(3) Archives de Notre-Dame du Havre. Celte double fonction fut rétribuée 50 livres 5 sols.

(4) Archives municipales. — Regisire des Délibérations.

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