DG 1791 A 1793 II
qu'il serait absurde et oontradictoire de continuer à exiger le serment selon la formule alors en usage : « Je jure d'être Adèle à la Nation, à la Loi et au Rioi. » Ces derniers mots n'avaient désormais plus de sens. L'Assemblée avait décrété en conséquence, dans la même séance, que tous ses membres promettraient publiquement de maintenir de tout leur pouvoir la liberté et Végaliié^ ou de mourir à leur poste. Le 14 du même mois, elle avait décidé que le même serment serait imposé à tout Français recevant traitement ou pension de l'Etat ; et le lendemain un nouveau décret avait étendu cette obligation à tous les fonctionnaires publics.
Les deux nouveaux professeurs du Collège jurèrent donc ff d'être fidèles à la nation, de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir en les défendant, et de bien remplir leurs fonctions. »
Trupel avait demandé à la même époque l'autorisation de transférer le Collège dans le local plus vaste des ci-devant Ursulines ; mais le Conseil, le procureur entendu, avait repoussé cette demande.
Amand Lange, né à Néville le 20 Janvier 1760 (1), n'enlra jamais dans les Ordres ; il ne fut que tonsuré. Pour gagner sa vie, il se mit au service du clergé constitutionnel du Havre. Le 10 Juillet 1791, il fut nommé chantre à Notre-Dame avec des appointements annuels de cent cinquante livres. Il remplit ces fonctions jusqu'à la fermeture des églises.
Pierre-AugusHn-Julien Aubin, naquit sur Saint-François, le 20 Mai 17f^l, de Pierre-Louis-Charles et de • Jeanne-Françoise Goussîaume. Se destinant à la prêtrise, il reçut, assez jeune encore, la tonsure .Ayant sollicité la bourse Démare, il l'obtint en 1777 grâce à la protection de l'abbé Mahieu, alors curé du Havre. H garda cett« bourse pendant huit ans. Entre temps, il reçut les Ordres mineurs en 1780, fit une année de théologie à Caen, fut refusé au sous-diaconat vers Pâques 1782 parce qu'il joignait un caractère un peu dissimulé à une science et à une piété d'ailleurs médiocres. 11 fut néanmoins admis au mois de Septembre suivant, malgré des notes peu meilleures ; aussi ajoutait-on qu'il avait besoin d'être stimulé. Heureusement, son caractère allait s'améliorant avec les années. Quand il fut diacre en Septembre
(1) Archives municipales.
1783, il était noté assez bon, et, au moment de la prêtrise en Septembre 1785, on lui reconnaissait un caractère gai, « lœtus indole (1). »
Devenu prêtre, il s'établit maître de pension et fut en même temps habitué à Téglise Saint-François.
Il se montra tout d'abord hostile à la Constitution civile du clergé. La conduite, qu'il tint le Dimanche 27 Février 1791, fit clairement connaître ses sentiments sur ce point. Ce jour-là, le Conseil général de la Commune du Havre s'était rendu à Saint- François pour y recevoir le serment de plusieurs « retardataires ». Les jureurs étaient six religieux du couvent des Capucins. Quand l'abbé Aubin, mêlé à la foule, aperçut l'abbé Claude Choinet, clerc habitué à Notre-Dame, et maître d'école comme lui, qui marchait immédiatement après la Municipalité, il s'écria : « Voilà le reste de la mascarade I » Ce propos malséant scandalisa fort toutes les personnes qui purent l'entendre. Cependant, le procureur de la Commune, mû par un sentiment de sage modération, s'abstint de faire un rapport sur l'incident. Il feignit, pour n'avoir pas à intervenir, de n'en pas saisir toute l'importance, et puis il était convaincu « qu'en laissant cet homme à ses remords ce serait assez le punir de son indiscrétion (2). » Mais le lendemain, divers citoyens déposèrent au bureau de la Municipalité une plainte en forme ; ils voulaient que « ce sieur Aubin fût dénoncé ».
Dans sa séance du 1*' Mars (3), le Conseil prit lecture de cette requête, et, après avoir rappelé que, « dans l'occurrence actuelle et à cette époque où des personnes mal intentionnées cherchent à jeter le trouble dans les consciences et à semer le germe de la division dans les esprits », le procureur n'avait rédigé aucun procèsverbal « pour éviter tout trouble dans le lieu saint », il délibéra que la plainte serait renvoyée aux signataires « à l'effet par eux, si faire ils le veulent, de la remettre à Monsieur l'accusateur public aux fins d'y donner telle suite que les cas requerront »
Copie de la Délibération fut adressée, à Rouen, aux membres du Directoire du Département de la Seine-Inférieure ; mais ceuxci se gardant bien d'ordonner des poursuites contre le coupable, Aubin ne fut pas inquiété.
(1) Archives de T Archevêché de Rouen.
(2) Archives municipales. — Copie de Lettres, reg. II.
(3) Registre I" des Délibérations du Conseil municipal.