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Aubin, d'ailleurs, ne resta pas longtemps du côté des insermentés. Le 13 Juillet, il se rendit au greffe de la Municipalité et déclara par écrit qu'il avait Tintention de prêter, dans les formes exigées par la loi, le serment à la Canstiiution civile du clergé (l).
Le lendemain 14 Juillet, c'était grande fête au Havre. On célébrait l'anniversaire de la prise de la Bastille et de la Grande Fédération. La cérémonie, à la fois religieuse et politique, eut lieu en grande pompe sur la place du Palais de Justice. Charrier de la Roche, évêque constitutionnel de la Seine-Inférieure^ avait répondu à l'invitation du maire et des curés du Havre.
« A 11 heures et demie, lisons-nous dans le procès-verbal de la fête (2), deux coups de canon ont annoncé le commencement de la messe, qui a été célébrée pontiflcalement. Après l'Evangile, M. Goube, vicaire épiscopal, est monté en chaire. La messe finie, Monsieur révoque, placé dans un fauteuil sur le marchepied de 1 autel, a prononcé un discours rempli des sentiments de la plus saine religion et du plus pur patriotisme. Après ce discours, qui a été vivement applaudi, Pierre-Augustin-Julien Aubin, prêtre habitué en l'église Saint-François, (et deux autres ecclésiastiques) ont prêté le serment prescrit par la loi du 26 Décembre dernier ; ils ont reçu de Monsieur Tévêque le baiser de paix, et leurs concitoyens leur ont donné des marques non équivoques de leur satisfaction. »
L'abbé Aubin, déjà 'choisi par le curé de Saint-François pour occuper le poste de premier vicaire constitutionnel, devait, aux termes de la loi, renouveler son serment en présence du Corps municipal. Cette cérémonie eut lieu, le dimanche 24 Juillet, entre l'hvangile et le Credo de la messe paroissiale (3). C'était vraiment bien la peine de blâmer si haut w la mascarade » du 27 Février précédent I
Le 10 Septembre de l'année suivante (1792), Aubin adressa aux administrateurs du District de Montivilliers sa démission de vicaire à Saint-François, parce qu'il allait occuper, à partir du 1*' octobre, « une autre place ». Il avait, disait-il, « prévenu M. l'évêque de sa démission et l'avait engagé à lui donner un suc-
Ci) Archives municipales,
{z) IbiU, — Begislre des Délibéraiionfl.
(3) Ibid.
cesseur (1). » Cette a autre place », qu'Aubin ne désignait pas dans sa lettre, était celle de régent au Collège. Quant à son successeur, on parut peu s'en soucier ; car Aubin continua à exercer, malgré ses occupations au Collège, le ministère à Saint-François. Les registres de celte paroisse le mentionnent comme vicaire, et c'est sous ce titre que, pendant plusieurs mois encore, lui-même signe les actes de catholicité.
Aubin fut deuxième professeur au Collège, du 10 Octobre 1792 au 4 Octobre 1793 (2). Nommé officiellement vicaire à Ingouville le surlendemain 6 Octobre, il ne séjourna que six mois à peine dans cette commune. Le 11 Nivôse an II (31 Décembre 1793), il sollicita un certiflcat de civisme ; mais la Société populaire, après enquête, le lui refusa. Le 4 Germinal (24 Mars 1794), la Municipalité d'Ingouville le fit arrêter et conduire en prison au Havre. Dès lors, Aubin partagea la vie mouvementée de Trupel.
En quittant le Collège, Aubin y avait laissé un collègue, Lange, qui, lui aussi, dut deux mois plus tard renoncer à renseignement. Il fut en effet soupçonné d'incivisme à la suite d'un incident apparemment peu sérieux. Se trouvant, le 9 Octobre, « sur la route de Pécamp », il était entré dans une auberge, ayant pour enseigne le Cap, sur le territoire d'Hermeville, et s'était fait servir un repas. Parmi les personnes présentes était un citoyen Huet, horloger à Manneville-la-Goupil, qui, dès le lendemain, avait dénoncé Lange au Comité de surveillance du Havre. Il l'accusait d'avoir soutenu, devant plusieurs cultivateurs et marins, que la Constituante avait été « composée des plus beaux esprits de la France », que la Convention « s'amusait à faire rien de bon », et que cependant « ce n'était pas le moment de faire des bêtises et des minuties. » Mandé, le 20 Brumaire (12 Novembre), devant le Comité de surveillance pour fournir quelques éclaircissements. Lange nia avoir tenu de semblables propos. Pouvait-on douter de son civisme, lui qui remplissait si fidèlement son service dans la garde nationale, lui surtout qui, par attachement aux idées révolutionnaires, avait quitté le Séminaire de Rouen (3) ? Lange voulait trop prouver ; car
(1) Archives départemcnlalos. — Section L. — District de Monlivilliers. *- Culte. — Clcrgô.
(2) Archives municipales.
(3) Archives départementales. — Section N. — District de Montivilliers. — Police générale. — Interrogatoires prêtés au Comité de surveillance de la Ville du Havre, reg. HI, fol. 39 et 65.