‹ Le Colleg̀e du HavreChapitre 7 sur 54 · DE 1791 A · texte numérisé non relu

DE 1791 A

lorsque la Révolution éclata, il n'était plus au Séminaire depuis longtemps. Aussi ses moyens de défense ne convainquirent pas le Comité de surveillance, qui refusa de lui délivrer un certificat de civisme ; et alors le Conseil général, dûment informé, « considé* rant qu'il serait dangereux et contraire aux intérêts de la chose publique de laisser plus longtemps dans une place d'instituteur public » un pareil citoyen, destitua Lange de ses fonctions de professeur au Collège, le nonodi de la seconde décade de Frimaire an II (9 Décembre 1793) (1). L'arrêt du Conseil était exécutoire au 1* Nivôse suivant (21 Décembre).

Aubin et Lange n'eurent pas leur logement au Collège. Lange demeurait dans la rue Royale (2), lettre J, n"" 27. Aubin habitait C. 125 (3), et était inscrit comme garde national dans la Compagnie du capitaine Leguay.

Trupel et ses professeurs-adjoints n'avaient comme appointements que la somme de 1,730 livres, sur lesquelles la Municipalité versait 1,200 livres. Ces 1,200 livres étaient prélevées, 900 sur la caisse de l'octroi et 300 sur la caisse communale.

La suppression de la caisse de l'octroi, en Mars 1791, retira donc 900 livres aux régents. Le mal s'aggrava encore lorsque, le li Novembre 1792, la Municipalité cessa d'acquitter les honoraires des professeurs. On comprend donc que l'abbé Aubin ait cumulé les fonctions de vicaire, qui étaient rétribuées, avec celles de professeur qui ne rapportaient rien.

Les lois des 16 Février et 4 Septembre 1793 obligèrent le Conseil général à intervenir dans la question. Aussi, dans sa séance du 16 Nivôse an II (6 Janvier 1794), il régla que le traitement des piofesseurs du Collège devait être fixé à 1,200 livres pour le Principal et à 1,000 livres pour chacun des deux autres, le tout à compter du 11 Novembre 1T92 (4).

Quand plus tard la commune put payer son arriéré, Trupel, Aubin et Lange reçurent pour leurs appointements une somme basée sur ce tarif.

(1) Archives municipales. — Registre des Délibéi^alions. (8) Aujourd'hui, rue du Général-Faidherbc. — A son interrogatoire du 20 Bru. maire, Lange déclara cependant qu'il hawitait rue du Petit-Croissant.

(3) Le territoire du Havre était alors partagé en dix sections désignées par les premières lettres de Talphabet, et les maisons comprises dans chaque section portaient un numéro d'ordre.

(4) Archives municipales. — Registre des E)éUbérations.

Archives départementales. — Section L. — District de Montivilliers.

On se souvient que Tabbé Trupel et ses auxiliaires n'avaient été nommés professeurs au Collège qu'à titre provisoire. Le Gouvernement annonçait la préparation d'un Code d'instruction publique ; mais ce code tardait bien à paraître.

La ConsUtuanle. — En 1789, il y avait eu dans les cahiers du Tiers-Etat, du Clergé et de la Noblesse, unanimité pour demander une éducation nationale. LAssemblée Constituante, tenant compte des réclamations contenues dans ces cahiers, avait résolu de mettre tous les établissements d'instruction sous la main de l'Etat. L'instruction publique, sécularisée, échappa dès lors à l'Eglise.

La Constituante inscrivit, dans la loi des 3 et 14 Septembre 1791, l'article suivant : a II sera créé et organisé une instruction publique commune & tous les citoyens, gratuite à Tégard des parties d'enseignement indispensables pour tous les hommes, et dont les établissements seront distribués graduellement dans un rapport combiné avec la division du royaume (1). »

Pour appliquer ce décret, Talleyrand présenta à l'Assemblée, les 10, 11 et 19 Septembre, un plan de réorganisation scolaire (2). Il demandait l'établissement de quatre sortes d'écoles publiques, correspondant aux différents degrés de la hiérarchie administrative : 1® les écoles, dites primaires dans chaque chef-lieu de canton ; 2* les écoles, dites secondaires, dans chaque chef-liea de district ; 3* les écoles de département, dans chaque chef-lieu de département ; et 4** ÏInsiitut, à Paris.

L'école de district ou d'arrondissement était une copie assez fidèle de nos Collèges d'enseignement secondaire. L'instruction, donnée dans ces maisons, devait embrasser les langues anciennes, une langue vivante, l'histoire de la religion, la morale, l'histoire universelle, enfin une étude approfondie du drait politique. Talleyrand réclamait surtout, et avec raison, renseignement de la langue nationale. Mais, pour lui, la base de l'enseignement, à tous les degrés d'instruction, c'était la Constitution.

Comme l'a très bien fait observer M. Gabriel Compayré (3), dans le système de Talleyrand « l'homme n'est plus qu'un animal politique, venu au monde pour connaître, aimer et servir la Cons-

(1) Constitution de 1791, titre 1".

(2) Le rapport de Talleyrand, qui contenait 112 pages ln4' et une foule de tableaux, se terminait par un projet de décret en 208 articles.

(3j Uiatoife critique des doctrines de Véducalion, p. 295.

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