‹ Le Collier des heuresChapitre 2 sur 57 · VITRAIL · texte numérisé non relu

VITRAIL

Vitrail qu'on aperçoit aux murs de quelque ég-lise dont chaque vieille pierre est un nid d'oraisons que dentela le temps, pareil aux artisons dont le labeur subtil parfois s'idéalise...

Vitrail terne et sans vie au regard qu'il reçoit de la rue où les cœurs mêlent leurs lassitudes, vitrail de beauté close aux yeux des multitudes que de loin il attire et de près il déçoit...

Ses bleus, ses violets et ses rouges sont tristes aux clartés du plein air où flambe un dur midi et la poussière au bord du plomb qui Igs sertit mange les chefs du Christ et de saint Jean-Baptiste.

Quitte le boulevard où les trompes d'autos dominent tous les bruits de leur voix dissonante, où la vie à son gré vous prend dans sa tourmente ainsi que l'océan roule un mort dans ses flots. . .

Ecarte le vantail du temple et tu vas croire que tu glisses, rapide, au calice d'un Ijs, tant le silence est frais parmi cette oasis, tant le vol des encens y met d'ombre illusoire. .

Qu'importe si la foi reste en toi sans levain et que tu croies ou non au Dieu que l'on encense, pour que tout sanctuaire accueille sa présence le cœur de tout passant garde assez de divin.

AU JARDIN DE VIE. . . l3

Regarde le vitrail et frissonne de joie !. . . Il t'avait paru gris et terne du dehors, vois rutiler sa pourpre et resplendir ses ors, reg'arde comme en lui la lumière flamboie !

Vitrail de l'âme aussi qui laisse indifférents ceux qui vont au hasard sans détourner la tête... La vie a mis sur lui sa poussière indiscrète et nul ne le devine et nul ne le comprend !...

Mais il a sa beauté qui reste prisonnière

de notre lassitude eî de notre mépris

jusqu'à l'heure soudaine où nos regards surpris

le voient flamber aux feux de la bonne lumière ! .

Vitrail de l'âme au fond du temple clandestin !. un vag-ue encens parfume encor le sanctuaire, l'ombre fluide a des douceurs d'électuaire, l'écho du souvenir traîne des chants lointains !.

Que ta voix amicale ose forcer le seuil, ne crains pas le refus du geste qui s'isole, et mets assez d'espoir entre chaque parole pour que le Dieu secret veuille te faire accueil.

L'aspect que lui donna le monde s'atténue î. Dans l'émoi d'un mystère à demi révélé, tu franchis pas à pas l'asile inviolé où tout être ici-bas cache sa beauté nue. = .

Et tu vas voir, dressé contre le jour qui ment et souille les couleurs en confondant leur gamme, le vitrail que sertit le rêve au fond de l'âme, surgir et flamboyer dans l'ombre, hautement !...

AU JARDIN DE VIE... l5

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