‹ Le Collier des heuresChapitre 3 sur 57 · VOYAGES · texte numérisé non relu

VOYAGES

Le train s'évade de la gare, quitte la ville, et tout à coup dans l'espace qu'il accapare s'élance, rugissant et fou.

Le front à la vitre fermée de l'étroite et chaude prison, vois, dans une fuite animée, s'évanouir les horizons.

A chaque instant le paysage ne se forme que pour mourir ; là, c'est une ferme, un villag-e, de gais jardins... Un souvenir

Coule pour toi de la fontaine dans l'eau luisante d'un lavoir... des bœufs lents labourent la plaine, une main agite un mouchoir;

Un curé lit son bréviaire, un coq noir s'ébroue, orgueilleux, une fenêtre dans le lierre ouvre au loin un œil curieux...

Oh ! que de coins, que de demeures où s'arrêterait le désir, où la main légère des heures doit filer la joie à loisir,

OÙ les minutes cadencées auraient toujours en s'éveillant pour accompag-ner les pensées un long- sourire bienveillant !. . .

Peut-être en cette maison blanche trouverais-tu l'amour blotti...

Vers toi le soir rêve et se penche ; descends du train qui ralentit....

Non! sous ce ciel de pourpre et d'ocre ne sais-tu pas que tout est faux?

Seul, ici-bas, le médiocre goûte le bonheur qu'il lui faut...

C'est toi qui pares de mensonges tout ce qu'effleure ton désir, mais ne sais-tu pas que les songes meurent dès qu'on veut les saisir?...

Que plutôt le train qui t'emporte jamais ne puisse s'arrêter; et qu'au battant d'aucune porte jamais ta main n'aille heurter!..,

Souhaite ardemment que ta course ne connaisse jamais de fin ; ne bois à l'eau d'aucune source, g-arde ta soif, garde ta faim ;

A travers le temps et l'espace bondis d'un élan plus nerveux, et lorsque la chimère passe ag-rippe-la par les cheveux,

Donne-lui ta chair et ton âme, pour que dans ton cœur et tes sens elle allume encor plus de flamme et des désirs plus incessants,

AU JARDIN DK VIE, . . IQ

Et que brûlé jusques aux moelles par des rêves plus souverains, c'est en montant vers les étoiles qu'un jour tu te casses les reins!

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