VOYAGES
Le train s'évade de la gare, quitte la ville, et tout à coup dans l'espace qu'il accapare s'élance, rugissant et fou.
Le front à la vitre fermée de l'étroite et chaude prison, vois, dans une fuite animée, s'évanouir les horizons.
A chaque instant le paysage ne se forme que pour mourir ; là, c'est une ferme, un villag-e, de gais jardins... Un souvenir
Coule pour toi de la fontaine dans l'eau luisante d'un lavoir... des bœufs lents labourent la plaine, une main agite un mouchoir;
Un curé lit son bréviaire, un coq noir s'ébroue, orgueilleux, une fenêtre dans le lierre ouvre au loin un œil curieux...
Oh ! que de coins, que de demeures où s'arrêterait le désir, où la main légère des heures doit filer la joie à loisir,
OÙ les minutes cadencées auraient toujours en s'éveillant pour accompag-ner les pensées un long- sourire bienveillant !. . .
Peut-être en cette maison blanche trouverais-tu l'amour blotti...
Vers toi le soir rêve et se penche ; descends du train qui ralentit....
Non! sous ce ciel de pourpre et d'ocre ne sais-tu pas que tout est faux?
Seul, ici-bas, le médiocre goûte le bonheur qu'il lui faut...
C'est toi qui pares de mensonges tout ce qu'effleure ton désir, mais ne sais-tu pas que les songes meurent dès qu'on veut les saisir?...
Que plutôt le train qui t'emporte jamais ne puisse s'arrêter; et qu'au battant d'aucune porte jamais ta main n'aille heurter!..,
Souhaite ardemment que ta course ne connaisse jamais de fin ; ne bois à l'eau d'aucune source, g-arde ta soif, garde ta faim ;
A travers le temps et l'espace bondis d'un élan plus nerveux, et lorsque la chimère passe ag-rippe-la par les cheveux,
Donne-lui ta chair et ton âme, pour que dans ton cœur et tes sens elle allume encor plus de flamme et des désirs plus incessants,
AU JARDIN DK VIE, . . IQ
Et que brûlé jusques aux moelles par des rêves plus souverains, c'est en montant vers les étoiles qu'un jour tu te casses les reins!